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«Les Auteurs du printemps russe. Galitch»

éd. Noir sur blanc, Montricher

éd. Noir sur blanc, Mon­tri­cher

Il s’agit de M. Alexandre Galitch*, poète-chan­son­nier russe (XXe siècle). Avec son pen­chant à la satire cor­ro­sive, son manie­ment de l’argot des camps, son art de sai­sir les détails piquants de la vie des classes infé­rieures ou per­sé­cu­tées aux­quelles il appar­te­nait, M. Galitch a inau­gu­ré, gui­tare au poing, le genre du court sketch mis en vers et ren­du avec une sûre­té éton­nante dans les accents et l’intonation. Dis­si­dentes, sub­ver­sives, ses bal­lades gênaient le pou­voir, qui ne pou­vait leur par­don­ner de dire à haute voix ce que l’homme de la masse, l’homme de la rue pen­sait tout bas. Répan­dues très vite grâce à la tech­nique nou­velle du magné­to­phone, elles raillaient la nomenk­la­tu­ra bureau­cra­tique et ses pri­vi­lèges («pri­vi­lèges nomenk­la­tu­raux, tra­hi­sons nomenk­la­tu­rales», chan­taient-elles en refrain) ain­si que l’humeur peu­reuse des petits fonc­tion­naires comme celui qui, ayant rêvé qu’il était le géant Atlas, ne par­la de son rêve «ni à sa fille ni à sa femme» («ni dot­che­ri ni jené»**) pour ne pas éveiller de soup­çons. Aus­si, en dépit de leur qua­li­té poé­tique, en dépit de la popu­la­ri­té de leur auteur, deve­nu l’une des «voix de che­vet» des étu­diants et anti­con­for­mistes sovié­tiques, elles n’avaient aucune chance d’être impri­mées dans les revues auto­ri­sées. On ne les publia qu’à l’étranger : en 1969, 1972 et 1974 à Franc­fort sous le titre de «Chan­sons» («Pes­ni»***) ou «La Géné­ra­tion per­due»****Poko­lé­nié obret­chion­nykh»*****) de même qu’en 1971 à Paris sous le titre de «Poèmes de Rus­sie» («Poe­my Ros­sii»******). Ces paru­tions clan­des­tines aggra­vèrent encore le cas de M. Galitch aux yeux des auto­ri­tés. Expul­sé de l’Union des écri­vains et celle des cinéastes, visi­té par des agents de sur­veillance, convo­qué au KGB, rayé des scènes où il avait par­ti­ci­pé en tant qu’acteur, sans par­ler des enre­gis­tre­ments de ses bal­lades qu’on confis­quait chez ses amis, M. Galitch se vit contraint en 1974 de quit­ter cette Rus­sie à laquelle il était pour­tant vis­cé­ra­le­ment atta­ché.

* En russe Александр Галич. Par­fois trans­crit Alexan­der Galich, Alek­san­dr Galicz ou Alek­san­dr Galič. De son vrai nom Alexandre Aro­no­vitch Guinz­bourg (Александр Аронович Гинзбург). Par­fois trans­crit Gins­burg, Guins­bourg, Ginz­burg ou Ginz­bourg. Haut

** En russe «ни дочери ни жене» Haut

*** En russe «Песни» Haut

**** Autre­fois tra­duit «La Géné­ra­tion des condam­nés». Haut

***** En russe «Поколение обречённых». Par­fois trans­crit «Poko­le­nie obret­chen­nych» ou «Poko­le­nie obre­chen­nykh». Haut

****** En russe «Поэмы России». Haut

Baïf, «Œuvres complètes. Tome III. Les Jeux»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit des «Œuvres com­plètes» de Jean-Antoine de Baïf*, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs «Œuvres com­plètes» édi­tées, celles de Baïf ont dû attendre le XXIe siècle pour être enfin réunies (encore que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages admi­rables, sont sou­vent de lec­ture labo­rieuse et mal récom­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’«Antho­lo­gie grecque» et leurs imi­ta­teurs néo-latins, à moins qu’il ne pille les pétrar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande faci­li­té, il laisse pas­ser des incor­rec­tions, des solé­cismes, des mal­adresses et écrit négli­gem­ment, sans tâton­ne­ment comme sans retouches : «La phrase s’étend, s’étire, abuse des rejets…; parce qu’il ne sut jamais ni se sur­veiller ni se contraindre», déclare un cri­tique**. «On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser; car il paraît que, de son temps, on l’accusait déjà de négli­gence», disent d’autres***. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : «Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se repo­lir sont un peu pares­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, remis assez de fois»****. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve «leur sujet si bizarre et divers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose»*****; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bizar­re­ries, il affecte une entière indif­fé­rence et pré­fère renon­cer aux pre­mières places : «Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe»******. De plus en plus, il se sent une voca­tion de réfor­ma­teur. Tra­duc­teur de l’«Anti­gone» de Sophocle et de «L’Eunuque» de Térence, au moins autant musi­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la rédui­sant à la pho­né­tique et appli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers métrique. Pour assu­rer le suc­cès de sa réforme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de musique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­si­ra pas mieux que ses vers et son ortho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand expé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, allait mul­ti­pliant les ten­ta­tives; par le foi­son­ne­ment de ses «Œuvres com­plètes», il mérite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain******* lui a dres­sée : «Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe********, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est tarie».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jean-Antoine de Bayf et Jan-Antoéne de Baïf. Haut

** Raoul Mor­çay. Haut

*** Claude-Sixte Sau­treau de Mar­sy et Bar­thé­le­my Imbert. Haut

**** Le poème «Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour…». Haut

***** Le poème «Amour, quand je revois tout ce que je com­pose…». Haut

****** Le poème «Mais sans m’en avi­ser serais-je misé­rable?…». Haut

******* Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut

******** Rivière arro­sant la demeure des Muses. Haut

Parny, «Œuvres complètes. Tome IV. Mélanges • Opuscules • Lettres • Réponses»

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Les Introu­vables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, che­va­lier de Par­ny, poète et créole qui doit la meilleure par­tie de sa renom­mée à ses «Élé­gies» éro­tiques et ses «Chan­sons madé­casses» (XVIIIe siècle). Cha­teau­briand les savait par cœur, et il écri­vit à l’homme dont les vers fai­saient ses délices pour lui deman­der la per­mis­sion de le voir : «Par­ny me répon­dit poli­ment; je me ren­dis chez lui, rue de Clé­ry. Je trou­vai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage mar­qué de petite vérole. Il me ren­dit ma visite; je le pré­sen­tai à mes sœurs. Il aimait peu la socié­té et il en fut bien­tôt chas­sé par la poli­tique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus sem­blable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fal­lait que le ciel de l’Inde, une fon­taine, un pal­mier et une femme. Il redou­tait le bruit, cher­chait à glis­ser dans la vie sans être aper­çu… et n’était tra­hi dans son obs­cu­ri­té que par… sa lyre»*. Mais le pre­mier trait dis­tinc­tif du «seul poète élé­giaque que la France ait encore pro­duit», comme l’appelait Cha­teau­briand**, était sa bon­té et sa sym­pa­thie. Sen­sible par­tout aux mal­heurs de l’humanité, Par­ny déplo­rait le sort de l’Inde affa­mée, rava­gée par la poli­tique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colo­nies de la France dont la nour­ri­ture était «saine et assez abon­dante», mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au cou­cher du soleil : «Non, je ne sau­rais me plaire», écri­vait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — «non, je ne sau­rais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tom­ber que sur le spec­tacle de la ser­vi­tude, où le bruit des fouets et des chaînes étour­dit mon oreille et reten­tit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon sem­blable. On troque tous les jours un homme contre un che­val : il est impos­sible que je m’accoutume à une bizar­re­rie si révol­tante».

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. IV, ch. 12. Haut

** «Essai his­to­rique sur les révo­lu­tions», liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** «Tome IV», p. 130. Haut

Parny, «Œuvres complètes. Tome III. Isnel et Asléga • Élégies • Les Tableaux • Chansons madécasses»

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Les Introu­vables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, che­va­lier de Par­ny, poète et créole qui doit la meilleure par­tie de sa renom­mée à ses «Élé­gies» éro­tiques et ses «Chan­sons madé­casses» (XVIIIe siècle). Cha­teau­briand les savait par cœur, et il écri­vit à l’homme dont les vers fai­saient ses délices pour lui deman­der la per­mis­sion de le voir : «Par­ny me répon­dit poli­ment; je me ren­dis chez lui, rue de Clé­ry. Je trou­vai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage mar­qué de petite vérole. Il me ren­dit ma visite; je le pré­sen­tai à mes sœurs. Il aimait peu la socié­té et il en fut bien­tôt chas­sé par la poli­tique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus sem­blable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fal­lait que le ciel de l’Inde, une fon­taine, un pal­mier et une femme. Il redou­tait le bruit, cher­chait à glis­ser dans la vie sans être aper­çu… et n’était tra­hi dans son obs­cu­ri­té que par… sa lyre»*. Mais le pre­mier trait dis­tinc­tif du «seul poète élé­giaque que la France ait encore pro­duit», comme l’appelait Cha­teau­briand**, était sa bon­té et sa sym­pa­thie. Sen­sible par­tout aux mal­heurs de l’humanité, Par­ny déplo­rait le sort de l’Inde affa­mée, rava­gée par la poli­tique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colo­nies de la France dont la nour­ri­ture était «saine et assez abon­dante», mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au cou­cher du soleil : «Non, je ne sau­rais me plaire», écri­vait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — «non, je ne sau­rais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tom­ber que sur le spec­tacle de la ser­vi­tude, où le bruit des fouets et des chaînes étour­dit mon oreille et reten­tit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon sem­blable. On troque tous les jours un homme contre un che­val : il est impos­sible que je m’accoutume à une bizar­re­rie si révol­tante».

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. IV, ch. 12. Haut

** «Essai his­to­rique sur les révo­lu­tions», liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** «Tome IV», p. 130. Haut

Parny, «Œuvres complètes. Tome II. Les Galanteries de la Bible • Le Paradis perdu • Goddam • Les Rose-Croix»

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Les Introu­vables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, che­va­lier de Par­ny, poète et créole qui doit la meilleure par­tie de sa renom­mée à ses «Élé­gies» éro­tiques et ses «Chan­sons madé­casses» (XVIIIe siècle). Cha­teau­briand les savait par cœur, et il écri­vit à l’homme dont les vers fai­saient ses délices pour lui deman­der la per­mis­sion de le voir : «Par­ny me répon­dit poli­ment; je me ren­dis chez lui, rue de Clé­ry. Je trou­vai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage mar­qué de petite vérole. Il me ren­dit ma visite; je le pré­sen­tai à mes sœurs. Il aimait peu la socié­té et il en fut bien­tôt chas­sé par la poli­tique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus sem­blable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fal­lait que le ciel de l’Inde, une fon­taine, un pal­mier et une femme. Il redou­tait le bruit, cher­chait à glis­ser dans la vie sans être aper­çu… et n’était tra­hi dans son obs­cu­ri­té que par… sa lyre»*. Mais le pre­mier trait dis­tinc­tif du «seul poète élé­giaque que la France ait encore pro­duit», comme l’appelait Cha­teau­briand**, était sa bon­té et sa sym­pa­thie. Sen­sible par­tout aux mal­heurs de l’humanité, Par­ny déplo­rait le sort de l’Inde affa­mée, rava­gée par la poli­tique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colo­nies de la France dont la nour­ri­ture était «saine et assez abon­dante», mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au cou­cher du soleil : «Non, je ne sau­rais me plaire», écri­vait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — «non, je ne sau­rais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tom­ber que sur le spec­tacle de la ser­vi­tude, où le bruit des fouets et des chaînes étour­dit mon oreille et reten­tit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon sem­blable. On troque tous les jours un homme contre un che­val : il est impos­sible que je m’accoutume à une bizar­re­rie si révol­tante».

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. IV, ch. 12. Haut

** «Essai his­to­rique sur les révo­lu­tions», liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** «Tome IV», p. 130. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome IV»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome III»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome II»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome I»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

Baïf, «Œuvres complètes. Tome II. Les Amours»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit des «Œuvres com­plètes» de Jean-Antoine de Baïf*, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs «Œuvres com­plètes» édi­tées, celles de Baïf ont dû attendre le XXIe siècle pour être enfin réunies (encore que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages admi­rables, sont sou­vent de lec­ture labo­rieuse et mal récom­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’«Antho­lo­gie grecque» et leurs imi­ta­teurs néo-latins, à moins qu’il ne pille les pétrar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande faci­li­té, il laisse pas­ser des incor­rec­tions, des solé­cismes, des mal­adresses et écrit négli­gem­ment, sans tâton­ne­ment comme sans retouches : «La phrase s’étend, s’étire, abuse des rejets…; parce qu’il ne sut jamais ni se sur­veiller ni se contraindre», déclare un cri­tique**. «On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser; car il paraît que, de son temps, on l’accusait déjà de négli­gence», disent d’autres***. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : «Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se repo­lir sont un peu pares­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, remis assez de fois»****. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve «leur sujet si bizarre et divers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose»*****; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bizar­re­ries, il affecte une entière indif­fé­rence et pré­fère renon­cer aux pre­mières places : «Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe»******. De plus en plus, il se sent une voca­tion de réfor­ma­teur. Tra­duc­teur de l’«Anti­gone» de Sophocle et de «L’Eunuque» de Térence, au moins autant musi­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la rédui­sant à la pho­né­tique et appli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers métrique. Pour assu­rer le suc­cès de sa réforme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de musique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­si­ra pas mieux que ses vers et son ortho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand expé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, allait mul­ti­pliant les ten­ta­tives; par le foi­son­ne­ment de ses «Œuvres com­plètes», il mérite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain******* lui a dres­sée : «Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe********, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est tarie».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jean-Antoine de Bayf et Jan-Antoéne de Baïf. Haut

** Raoul Mor­çay. Haut

*** Claude-Sixte Sau­treau de Mar­sy et Bar­thé­le­my Imbert. Haut

**** Le poème «Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour…». Haut

***** Le poème «Amour, quand je revois tout ce que je com­pose…». Haut

****** Le poème «Mais sans m’en avi­ser serais-je misé­rable?…». Haut

******* Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut

******** Rivière arro­sant la demeure des Muses. Haut

Baïf, «Œuvres complètes. Tome I. Neuf Livres des poèmes»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit des «Œuvres com­plètes» de Jean-Antoine de Baïf*, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs «Œuvres com­plètes» édi­tées, celles de Baïf ont dû attendre le XXIe siècle pour être enfin réunies (encore que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages admi­rables, sont sou­vent de lec­ture labo­rieuse et mal récom­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’«Antho­lo­gie grecque» et leurs imi­ta­teurs néo-latins, à moins qu’il ne pille les pétrar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande faci­li­té, il laisse pas­ser des incor­rec­tions, des solé­cismes, des mal­adresses et écrit négli­gem­ment, sans tâton­ne­ment comme sans retouches : «La phrase s’étend, s’étire, abuse des rejets…; parce qu’il ne sut jamais ni se sur­veiller ni se contraindre», déclare un cri­tique**. «On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser; car il paraît que, de son temps, on l’accusait déjà de négli­gence», disent d’autres***. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : «Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se repo­lir sont un peu pares­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, remis assez de fois»****. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve «leur sujet si bizarre et divers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose»*****; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bizar­re­ries, il affecte une entière indif­fé­rence et pré­fère renon­cer aux pre­mières places : «Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe»******. De plus en plus, il se sent une voca­tion de réfor­ma­teur. Tra­duc­teur de l’«Anti­gone» de Sophocle et de «L’Eunuque» de Térence, au moins autant musi­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la rédui­sant à la pho­né­tique et appli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers métrique. Pour assu­rer le suc­cès de sa réforme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de musique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­si­ra pas mieux que ses vers et son ortho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand expé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, allait mul­ti­pliant les ten­ta­tives; par le foi­son­ne­ment de ses «Œuvres com­plètes», il mérite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain******* lui a dres­sée : «Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe********, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est tarie».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jean-Antoine de Bayf et Jan-Antoéne de Baïf. Haut

** Raoul Mor­çay. Haut

*** Claude-Sixte Sau­treau de Mar­sy et Bar­thé­le­my Imbert. Haut

**** Le poème «Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour…». Haut

***** Le poème «Amour, quand je revois tout ce que je com­pose…». Haut

****** Le poème «Mais sans m’en avi­ser serais-je misé­rable?…». Haut

******* Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut

******** Rivière arro­sant la demeure des Muses. Haut

«Les Auteurs du printemps russe. Okoudjava • Vyssotski»

éd. Noir sur blanc, Montricher

éd. Noir sur blanc, Mon­tri­cher

Il s’agit de Bou­lat Okoud­ja­va* et de Vla­di­mir Vys­sots­ki**, les chan­teurs sovié­tiques les plus émi­nents, mais aus­si les plus per­sé­cu­tés par la haine et par la sot­tise du régime. Ils res­tent à tout jamais comme un témoi­gnage des humi­lia­tions et du déses­poir infli­gés à tout un peuple par une tri­bu de bureau­crates bor­nés, effrayés par l’ombre de la véri­té, ter­ro­ri­sés par la sin­cé­ri­té, trau­ma­ti­sés par le talent. Toutes les chan­sons de ces deux paro­liers ont un point com­mun : elles révèlent, avec dou­leur, des pans entiers d’une «autre» his­toire, non pas l’histoire offi­cielle, écrite par le régime, mais celle vécue par des mil­lions de gens — marins, avia­teurs, pay­sans, étu­diants, ouvriers d’usine — et jusque-là entiè­re­ment pas­sée sous silence dans les publi­ca­tions. «Mes pro­ta­go­nistes ne sont pas de ces hauts per­son­nages chers à l’histoire roman­cée, mais de petites gens, des obs­curs, des médiocres. Ce type d’humanité me convient mieux», dit Okoud­ja­va***. «En règle géné­rale, les grands ont conscience de leur gran­deur… et jouent les coquettes pour la pos­té­ri­té… Les humbles, au contraire, conservent leur natu­rel et se tiennent sans affec­ta­tion. Avec eux, tout est simple, aisé. Ils n’en laissent pas moins leur trace dans les évé­ne­ments, peuvent nous ser­vir d’exemples, de mises en garde et de sources d’inspiration.» Un soir de tris­tesse et de soli­tude, Okoud­ja­va errait à tra­vers Mos­cou. Le hasard lui fit prendre le der­nier trol­ley­bus. Grâce à la pré­sence silen­cieuse des autres voya­geurs, des gens simples, il trou­va un remède aux tour­ments de son âme, à la «bié­da»****mal­heur») :

«Quand je suis impuis­sant à vaincre le mal­heur,
Que le déses­poir me guette,
Je prends en marche le trol­ley bleu,
Le der­nier,
Au hasard.
Trol­ley de minuit, file par les rues,
Fais ta ronde au long des bou­le­vards
Pour ramas­ser ceux qui, dans la nuit, ont fait
Nau­frage,
Nau­frage
»

* En russe Булат Окуджава. Par­fois trans­crit Okudža­va, Okudz­ha­va, Okud­scha­wa, Okud­ja­va ou Okudz­sa­va. Haut

** En russe Владимир Высоцкий. Par­fois trans­crit Vis­sots­ki, Vis­sots­ky, Vys­sots­ky, Vysots­ky, Vısots­ki, Vısots­kiy, Viso­cki, Vyso­ckij, Wys­soz­ki, Vysots­ki, Vis­zo­ckij ou Wyso­cki. Haut

*** «L’Amour-toujours, ou les Tri­bu­la­tions de Chi­pov : his­toire vraie racon­tée sur un air de vau­de­ville ancien; pré­face inédite de l’auteur pour l’édition fran­çaise; tra­duit du russe par Marie-France Tol­stoï», p. 5. Haut

**** En russe беда. Haut

Parny, «Œuvres complètes. Tome I. La Guerre des dieux • Les Déguisements de Vénus»

éd. L’Harmattan, coll. Les Introuvables, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Les Introu­vables, Paris

Il s’agit d’Évariste-Désiré, che­va­lier de Par­ny, poète et créole qui doit la meilleure par­tie de sa renom­mée à ses «Élé­gies» éro­tiques et ses «Chan­sons madé­casses» (XVIIIe siècle). Cha­teau­briand les savait par cœur, et il écri­vit à l’homme dont les vers fai­saient ses délices pour lui deman­der la per­mis­sion de le voir : «Par­ny me répon­dit poli­ment; je me ren­dis chez lui, rue de Clé­ry. Je trou­vai un homme assez jeune encore, de très bon ton, grand, maigre, le visage mar­qué de petite vérole. Il me ren­dit ma visite; je le pré­sen­tai à mes sœurs. Il aimait peu la socié­té et il en fut bien­tôt chas­sé par la poli­tique… Je n’ai point connu d’écrivain qui fût plus sem­blable à ses ouvrages : poète et créole, il ne lui fal­lait que le ciel de l’Inde, une fon­taine, un pal­mier et une femme. Il redou­tait le bruit, cher­chait à glis­ser dans la vie sans être aper­çu… et n’était tra­hi dans son obs­cu­ri­té que par… sa lyre»*. Mais le pre­mier trait dis­tinc­tif du «seul poète élé­giaque que la France ait encore pro­duit», comme l’appelait Cha­teau­briand**, était sa bon­té et sa sym­pa­thie. Sen­sible par­tout aux mal­heurs de l’humanité, Par­ny déplo­rait le sort de l’Inde affa­mée, rava­gée par la poli­tique de l’Angleterre, et celui des Noirs dans les colo­nies de la France dont la nour­ri­ture était «saine et assez abon­dante», mais qui avaient la pioche à la main depuis quatre heures du matin jusqu’au cou­cher du soleil : «Non, je ne sau­rais me plaire», écri­vait-il*** de l’île de la Réunion, qui était son île natale — «non, je ne sau­rais me plaire dans un pays où mes regards ne peuvent tom­ber que sur le spec­tacle de la ser­vi­tude, où le bruit des fouets et des chaînes étour­dit mon oreille et reten­tit dans mon cœur. Je ne vois que des tyrans et des esclaves, et je ne vois pas mon sem­blable. On troque tous les jours un homme contre un che­val : il est impos­sible que je m’accoutume à une bizar­re­rie si révol­tante».

* «Mémoires d’outre-tombe», liv. IV, ch. 12. Haut

** «Essai his­to­rique sur les révo­lu­tions», liv. I, part. 1, ch. 22. Haut

*** «Tome IV», p. 130. Haut