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Pham Duy Khiêm, «Ma Mère : roman»

manuscrit

manus­crit

Il s’agit de «Ma Mère» de M. Pham Duy Khiêm*, écri­vain viet­na­mien d’expression fran­çaise. Né en 1908, orphe­lin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assi­dus de rem­por­ter, au lycée Albert-Sar­raut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le bac­ca­lau­réat clas­sique, qu’il fut le pre­mier Viet­na­mien à pas­ser, il par­tit en France ter­mi­ner ses études, en pauvre bour­sier. Sa situa­tion d’étudiant sans foyer, ori­gi­naire des colo­nies, eut un contre­coup affec­tif à tra­vers un amour impos­sible avec une jeune Pari­sienne nom­mée Syl­vie. Sous le pseu­do­nyme de Nam Kim, il évo­qua avec beau­coup de sen­si­bi­li­té dans «Nam et Syl­vie» la nais­sance de cette pas­sion qui parais­sait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour débou­cha sur­tout sur un atta­che­ment immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne ren­tra au Viêt-nam qu’avec une lourde appré­hen­sion, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étran­ger pour com­prendre : «Aucun homme», dit-il**, «ne peut, sans une cer­taine mélan­co­lie, s’éloigner pour tou­jours peut-être d’un lieu où il a beau­coup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occa­sion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeu­nesse, ce n’est pas une tris­tesse vague qu’il res­sent, mais un déchi­re­ment secret». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plu­sieurs de ses com­pa­triotes prirent très mal et que peu d’entre eux imi­tèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée fran­çaise. Ses amis lui écri­virent pour lui en deman­der les rai­sons; il les expo­sa dans «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine» : «Il y a péril, un homme se lève — pour­quoi lui deman­der des rai­sons? C’est plu­tôt à ceux qui se tiennent cois à four­nir les rai­sons qu’ils auraient pour s’abstenir», dit-il***. «Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie mili­taire; mais nous sommes en guerre, et je ne sau­rais demeu­rer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seule­ment de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici; et je dois l’occuper, quelque dan­ge­reuse qu’elle soit».

* En viet­na­mien Phạm Duy Khiêm. Haut

** «Nam et Syl­vie», p. 3. Haut

*** «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine», p. 12 & 120. Haut

Pham Duy Khiêm, «Nam et Sylvie : roman»

éd. Plon, Paris

éd. Plon, Paris

Il s’agit de «Nam et Syl­vie» de M. Pham Duy Khiêm*, écri­vain viet­na­mien d’expression fran­çaise. Né en 1908, orphe­lin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assi­dus de rem­por­ter, au lycée Albert-Sar­raut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le bac­ca­lau­réat clas­sique, qu’il fut le pre­mier Viet­na­mien à pas­ser, il par­tit en France ter­mi­ner ses études, en pauvre bour­sier. Sa situa­tion d’étudiant sans foyer, ori­gi­naire des colo­nies, eut un contre­coup affec­tif à tra­vers un amour impos­sible avec une jeune Pari­sienne nom­mée Syl­vie. Sous le pseu­do­nyme de Nam Kim, il évo­qua avec beau­coup de sen­si­bi­li­té dans «Nam et Syl­vie» la nais­sance de cette pas­sion qui parais­sait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour débou­cha sur­tout sur un atta­che­ment immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne ren­tra au Viêt-nam qu’avec une lourde appré­hen­sion, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étran­ger pour com­prendre : «Aucun homme», dit-il**, «ne peut, sans une cer­taine mélan­co­lie, s’éloigner pour tou­jours peut-être d’un lieu où il a beau­coup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occa­sion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeu­nesse, ce n’est pas une tris­tesse vague qu’il res­sent, mais un déchi­re­ment secret». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plu­sieurs de ses com­pa­triotes prirent très mal et que peu d’entre eux imi­tèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée fran­çaise. Ses amis lui écri­virent pour lui en deman­der les rai­sons; il les expo­sa dans «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine» : «Il y a péril, un homme se lève — pour­quoi lui deman­der des rai­sons? C’est plu­tôt à ceux qui se tiennent cois à four­nir les rai­sons qu’ils auraient pour s’abstenir», dit-il***. «Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie mili­taire; mais nous sommes en guerre, et je ne sau­rais demeu­rer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seule­ment de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici; et je dois l’occuper, quelque dan­ge­reuse qu’elle soit».

* En viet­na­mien Phạm Duy Khiêm. Haut

** «Nam et Syl­vie», p. 3. Haut

*** «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine», p. 12 & 120. Haut

Pham Duy Khiêm, «La Place d’un homme : de Hanoï à La Courtine»

éd. Plon, Paris

éd. Plon, Paris

Il s’agit de «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine» de M. Pham Duy Khiêm*, écri­vain viet­na­mien d’expression fran­çaise. Né en 1908, orphe­lin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assi­dus de rem­por­ter, au lycée Albert-Sar­raut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le bac­ca­lau­réat clas­sique, qu’il fut le pre­mier Viet­na­mien à pas­ser, il par­tit en France ter­mi­ner ses études, en pauvre bour­sier. Sa situa­tion d’étudiant sans foyer, ori­gi­naire des colo­nies, eut un contre­coup affec­tif à tra­vers un amour impos­sible avec une jeune Pari­sienne nom­mée Syl­vie. Sous le pseu­do­nyme de Nam Kim, il évo­qua avec beau­coup de sen­si­bi­li­té dans «Nam et Syl­vie» la nais­sance de cette pas­sion qui parais­sait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour débou­cha sur­tout sur un atta­che­ment immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne ren­tra au Viêt-nam qu’avec une lourde appré­hen­sion, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étran­ger pour com­prendre : «Aucun homme», dit-il**, «ne peut, sans une cer­taine mélan­co­lie, s’éloigner pour tou­jours peut-être d’un lieu où il a beau­coup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occa­sion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeu­nesse, ce n’est pas une tris­tesse vague qu’il res­sent, mais un déchi­re­ment secret». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plu­sieurs de ses com­pa­triotes prirent très mal et que peu d’entre eux imi­tèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée fran­çaise. Ses amis lui écri­virent pour lui en deman­der les rai­sons; il les expo­sa dans «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine» : «Il y a péril, un homme se lève — pour­quoi lui deman­der des rai­sons? C’est plu­tôt à ceux qui se tiennent cois à four­nir les rai­sons qu’ils auraient pour s’abstenir», dit-il***. «Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie mili­taire; mais nous sommes en guerre, et je ne sau­rais demeu­rer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seule­ment de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici; et je dois l’occuper, quelque dan­ge­reuse qu’elle soit».

* En viet­na­mien Phạm Duy Khiêm. Haut

** «Nam et Syl­vie», p. 3. Haut

*** «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine», p. 12 & 120. Haut

Joubert, «Correspondance générale (1774-1824). Tome III. La Restauration»

éd. William Blake & Co., Bordeaux

éd. William Blake & Co., Bor­deaux

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Correspondance générale (1774-1824). Tome II. La Période impériale»

éd. William Blake & Co., Bordeaux

éd. William Blake & Co., Bor­deaux

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Correspondance générale (1774-1824). Tome I. Les Temps révolutionnaires»

éd. William Blake & Co., Bordeaux

éd. William Blake & Co., Bor­deaux

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Carnets. Tome II»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Carnets. Tome I»

éd. Gallimard, Paris

éd. Gal­li­mard, Paris

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Joubert, «Essais (1779-1821)»

éd. A. G. Nizet, Paris

éd. A. G. Nizet, Paris

Il s’agit de Joseph Jou­bert, un des plus grands sty­listes fran­çais (XVIIIe-XIXe siècle). Cet homme sin­gu­lier ne publia rien de son vivant, tant il tenait peu à la gloire, et ne fit rien d’autre, lit­té­ra­le­ment par­lant, pen­dant toute sa vie, que de tra­vailler à ses «Pen­sées», écri­vant, ratu­rant, ajou­tant, retran­chant et n’en finis­sant jamais. À sa mort en 1824, il lais­sait der­rière lui deux cent cinq car­nets, com­plé­tés par soixante liasses de papiers où se mêlaient, dans une grande confu­sion, des notes, des bribes d’essais, des brouillons de lettres. Ce n’est que bien des années plus tard que Jean-Bap­tiste-Michel Duchesne, neveu de Jou­bert, en fit un mince recueil, qu’il remit à l’illustre Cha­teau­briand, lequel se char­gea de le pré­fa­cer et d’y mettre un peu d’ordre. Duchesne fit donc seul le choix de cette pre­mière édi­tion des «Pen­sées», écar­tant celles qui étaient dif­fi­ci­le­ment déchif­frables, retou­chant celles qui lui sem­blaient trop longues ou trop courtes. Bien qu’ami des lettres, il n’avait pas un esprit assez exer­cé pour que ce choix fût satis­fai­sant, et il est dom­mage que sur la recom­man­da­tion du nom de Cha­teau­briand on se soit habi­tué, pen­dant long­temps, à juger Jou­bert sur une édi­tion qui, étant incom­plète et fau­tive, ne le montre pas dans toute sa splen­deur lit­té­raire et phi­lo­so­phique. Mais qui est donc Jou­bert? Quel est cet incon­nu, cet ano­nyme, cet inédit qui s’était fait de la per­fec­tion une cer­taine idée qui l’empêchait de rien ache­ver? Voi­ci com­ment Sainte-Beuve répond à cette ques­tion : «Ce fut un de ces heu­reux esprits qui passent leur vie à pen­ser; à conver­ser avec leurs amis; à son­ger dans la soli­tude; à médi­ter quelque grand ouvrage qu’ils n’accompliront jamais, et qui ne nous arrive qu’en frag­ments». Sur l’un de ses car­nets, Jou­bert écri­vait* : «Je suis comme Mon­taigne impropre au dis­cours conti­nu». On peut y lire un aveu d’impuissance; on peut y lire aus­si la marque d’une esthé­tique chez cet homme qui se disait avare «de [son] encre»**, et qui ne vou­lait «[se] don­ner la peine d’exprimer, avec soin, que des choses dignes d’être écrites sur de la soie ou sur l’airain»***. Pen­sant pour la seule volup­té de pen­ser, pen­sant patiem­ment, il atten­dait, pour cou­cher un mot, que la goutte d’encre qui devait tom­ber de sa plume se chan­geât en «goutte de lumière»****, «tour­men­té» qu’il était «par la mau­dite ambi­tion de mettre tou­jours tout un livre dans une page, toute une page dans une phrase et cette phrase dans un mot»*****.

* «Car­nets. Tome II», p. 240. Haut

** «Cor­res­pon­dance. Tome I», p. 101. Haut

*** id. Haut

**** «Car­nets. Tome I», p. 662. Haut

***** «Car­nets. Tome II», p. 485. Haut

Pindare, «Olympiques • Pythiques • Néméennes • Isthmiques • Fragments»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Pin­dare*, poète grec (Ve siècle av. J.-C.). Pau­sa­nias rap­porte «qu’étant tout jeune et s’en allant à Thes­pies pen­dant les grandes cha­leurs, Pin­dare fut sur­pris du som­meil vers le milieu de la jour­née, et que s’étant mis hors du che­min pour se repo­ser, des abeilles vinrent faire leur miel sur ses lèvres; ce qui fut la pre­mière marque du génie que devait avoir Pin­dare à la poé­sie»**. Car cette mer­veille, qu’on dit être aus­si arri­vée par la suite à Pla­ton et à saint Ambroise, a tou­jours été regar­dée comme le pré­sage d’une extra­or­di­naire habi­le­té dans le dis­cours. Plu­tarque cite Pin­dare plus d’une fois, et tou­jours avec éloge. Horace le pro­clame le pre­mier des poètes lyriques et se sert de cette com­pa­rai­son éner­gique*** : «Comme des­cend de la mon­tagne la course d’un fleuve que les pluies ont enflé par-des­sus ses rives fami­lières; ain­si bouillonne et se pré­ci­pite, immense, Pin­dare à la bouche pro­fonde». On peut dire que Pin­dare était très dévot et très reli­gieux envers les dieux, et l’on en voit des preuves dans plu­sieurs de ses frag­ments, comme quand il dit «que l’homme ne sau­rait, avec sa faible intel­li­gence, péné­trer les des­seins des dieux»****. Et ailleurs : «Les âmes des impies volent sous le ciel, autour de la terre, en proie à de cruelles dou­leurs, sous le joug de maux inévi­tables. Mais au ciel habitent les âmes des justes dont la voix célèbre, dans des hymnes, la grande divi­ni­té»*****. Pla­ton qua­li­fie Pin­dare de «divin» («theios»******) et rap­pelle, dans le «Ménon», ses vers sur l’immortalité de l’âme : «Pin­dare dit que l’âme humaine est immor­telle; que tan­tôt elle s’éclipse (ce qu’il appelle mou­rir), tan­tôt elle repa­raît, mais qu’elle ne périt jamais; que pour cette rai­son, il faut mener la vie la plus sainte pos­sible, car “les âmes qui ont payé à Pro­ser­pine la dette de leurs anciennes fautes, elle les rend au bout de neuf ans à la lumière du soleil”»*******. Hélas! ce beau frag­ment appar­tient à quelque ode de Pin­dare que nous n’avons plus. De tant d’œuvres du grand poète, il n’est res­té que la por­tion presque la plus pro­fane. Ses hymnes à Jupi­ter, ses péans ou chants à Apol­lon, ses dithy­rambes, ses hymnes à Cérès et au dieu Pan, ses pro­so­dies ou chants de pro­ces­sion, ses hymnes pour les vierges, ses enthro­nismes ou chants d’inauguration sacer­do­tale, ses hypor­chèmes ou chants mêlés aux danses reli­gieuses, toute sa litur­gie poé­tique enfin s’est per­due dès long­temps, dans la ruine même de l’ancien culte. Il ne s’est conser­vé que ses odes célé­brant les quatre jeux publics de la Grèce : les jeux pythiques ou de Delphes, les jeux isth­miques ou de Corinthe, ceux de Némée et ceux d’Olympie.

* En grec Πίνδαρος. Haut

** «Des­crip­tion de la Grèce», liv. IX, ch. 23. Haut

*** «Odes», liv. IV, poème 2. Haut

**** p. 299. Haut

***** p. 310. Haut

****** En grec θεῖος. Haut

******* «Ménon», 81b. Cor­res­pond à p. 310. Haut

Pham Duy Khiêm, «La Jeune Femme de Nam Xuong»

éd. Taupin, Hanoï

éd. Tau­pin, Hanoï

Il s’agit de «La Jeune Femme de Nam Xuong» de M. Pham Duy Khiêm*, écri­vain viet­na­mien d’expression fran­çaise. Né en 1908, orphe­lin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assi­dus de rem­por­ter, au lycée Albert-Sar­raut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le bac­ca­lau­réat clas­sique, qu’il fut le pre­mier Viet­na­mien à pas­ser, il par­tit en France ter­mi­ner ses études, en pauvre bour­sier. Sa situa­tion d’étudiant sans foyer, ori­gi­naire des colo­nies, eut un contre­coup affec­tif à tra­vers un amour impos­sible avec une jeune Pari­sienne nom­mée Syl­vie. Sous le pseu­do­nyme de Nam Kim, il évo­qua avec beau­coup de sen­si­bi­li­té dans «Nam et Syl­vie» la nais­sance de cette pas­sion qui parais­sait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour débou­cha sur­tout sur un atta­che­ment immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne ren­tra au Viêt-nam qu’avec une lourde appré­hen­sion, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étran­ger pour com­prendre : «Aucun homme», dit-il**, «ne peut, sans une cer­taine mélan­co­lie, s’éloigner pour tou­jours peut-être d’un lieu où il a beau­coup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occa­sion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeu­nesse, ce n’est pas une tris­tesse vague qu’il res­sent, mais un déchi­re­ment secret». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plu­sieurs de ses com­pa­triotes prirent très mal et que peu d’entre eux imi­tèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée fran­çaise. Ses amis lui écri­virent pour lui en deman­der les rai­sons; il les expo­sa dans «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine» : «Il y a péril, un homme se lève — pour­quoi lui deman­der des rai­sons? C’est plu­tôt à ceux qui se tiennent cois à four­nir les rai­sons qu’ils auraient pour s’abstenir», dit-il***. «Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie mili­taire; mais nous sommes en guerre, et je ne sau­rais demeu­rer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seule­ment de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici; et je dois l’occuper, quelque dan­ge­reuse qu’elle soit».

* En viet­na­mien Phạm Duy Khiêm. Haut

** «Nam et Syl­vie», p. 3. Haut

*** «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine», p. 12 & 120. Haut

Pham Duy Khiêm, «Légendes des terres sereines»

éd. Mercure de France, Paris

éd. Mer­cure de France, Paris

Il s’agit des «Légendes des terres sereines» de M. Pham Duy Khiêm*, écri­vain viet­na­mien d’expression fran­çaise. Né en 1908, orphe­lin de bonne heure, M. Pham Duy Khiêm dut à ses efforts assi­dus de rem­por­ter, au lycée Albert-Sar­raut de Hanoï, tous les prix d’excellence. Après le bac­ca­lau­réat clas­sique, qu’il fut le pre­mier Viet­na­mien à pas­ser, il par­tit en France ter­mi­ner ses études, en pauvre bour­sier. Sa situa­tion d’étudiant sans foyer, ori­gi­naire des colo­nies, eut un contre­coup affec­tif à tra­vers un amour impos­sible avec une jeune Pari­sienne nom­mée Syl­vie. Sous le pseu­do­nyme de Nam Kim, il évo­qua avec beau­coup de sen­si­bi­li­té dans «Nam et Syl­vie» la nais­sance de cette pas­sion qui parais­sait d’emblée vouée à l’échec. Cet amour débou­cha sur­tout sur un atta­che­ment immuable à la France, et M. Pham Duy Khiêm ne ren­tra au Viêt-nam qu’avec une lourde appré­hen­sion, presque une angoisse, qu’il faut être né sur un sol étran­ger pour com­prendre : «Aucun homme», dit-il**, «ne peut, sans une cer­taine mélan­co­lie, s’éloigner pour tou­jours peut-être d’un lieu où il a beau­coup vécu, qu’il s’agisse ou non d’un pays comme la France, d’une ville comme Paris. Si par la même occa­sion il se sépare de ses années d’étudiant et de sa jeu­nesse, ce n’est pas une tris­tesse vague qu’il res­sent, mais un déchi­re­ment secret». À la veille de la Seconde Guerre, par un geste que plu­sieurs de ses com­pa­triotes prirent très mal et que peu d’entre eux imi­tèrent, M. Pham Duy Khiêm s’engagea dans l’armée fran­çaise. Ses amis lui écri­virent pour lui en deman­der les rai­sons; il les expo­sa dans «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine» : «Il y a péril, un homme se lève — pour­quoi lui deman­der des rai­sons? C’est plu­tôt à ceux qui se tiennent cois à four­nir les rai­sons qu’ils auraient pour s’abstenir», dit-il***. «Je n’aime pas la guerre, je n’aime pas la vie mili­taire; mais nous sommes en guerre, et je ne sau­rais demeu­rer ailleurs. Il ne s’agit point d’un choix entre France et Annam. Il s’agit seule­ment de savoir la place d’un [homme] comme moi, en ce moment. Elle est ici; et je dois l’occuper, quelque dan­ge­reuse qu’elle soit».

* En viet­na­mien Phạm Duy Khiêm. Haut

** «Nam et Syl­vie», p. 3. Haut

*** «La Place d’un homme : de Hanoï à La Cour­tine», p. 12 & 120. Haut