Mot-clefPerse

pays, gentilé ou langue

Nezâmî, « Layla et Majnûn »

éd. Fayard, Paris

éd. Fayard, Paris

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ »*, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir »**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ». Haut

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ». Haut

Buzurg ibn Šahrîyâr, « Livre des merveilles de l’Inde »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des merveilles de l’Inde » (« Kitâb ‘aǧâ’ib al-Hind »*) attribué à Buzurg ibn Šahriyâr al-Râm-Hurmuzî**. L’auteur — un Persan de Râm-Hurmuz*** — a sillonné les côtes de l’Inde et de l’Insulinde en tant que capitaine de navire (« nâḫudât ») ; mais la plupart des faits qu’il nous rapporte ont pour garants d’autres capitaines de navire, maîtres de navigation (« mu‘allim ») et pilotes de sa connaissance. « On y trouve de la géographie, de l’histoire naturelle, de la fantaisie…, des récits de tempêtes et de naufrages, des scènes d’anthropophagie, et — disons-le tout de suite comme avertissement aux personnes faciles à effaroucher — plusieurs traits de mœurs orientales, contés avec une franchise un peu crue »****. De ce très riche fouillis, il se dégage en tout cent trente-quatre historiettes que l’auteur dit avoir recueillies de la bouche même des navigateurs persans et arabes qui y ont joué le premier rôle. Quelques-unes d’entre elles sont datées, et leurs dates s’échelonnent de 900 à 953 apr. J.-C. Il est permis d’en déduire que le recueil a été achevé en cette dernière année ou peu après. Comme le titre de « Livre des merveilles de l’Inde » l’indique, et comme c’est presque toujours toujours le cas s’agissant d’anecdotes nées naturelles dans la bouche de marins, l’extraordinaire, le terrible, le merveilleux tient ici une place centrale. Les histoires fabuleuses de serpents géants et de peuples mangeurs d’hommes ne font donc pas défaut, et l’auteur finit parfois par lâcher : « À mon sens, c’est une rêverie sans fondement. Dieu seul connaît la vérité »*****. Mais il s’en trouve d’autres qui frappent par leur simplicité et leur accent véridique ; car, à l’opposé des « Mille et une Nuits », elles peuvent se conclure par des revers de fortune et des faillites : « Un bâtiment coule à fond en pleine mer, un autre est submergé en vue du port ; tel échoue et se brise sur les écueils, tel autre est frappé par la corne d’un narval. Ici, de tout un nombreux équipage naufragé, six ou sept hommes seulement se sauvent, par des moyens miraculeux, après avoir souffert mille morts. Là, un seul échappe aux flots pour tomber entre les mains d’un monstre à face humaine, d’un Polyphème qui l’engraisse pour le dévorer »******.

* En arabe « كتاب عجائب الهند ». Autrefois transcrit « Kitāb ‘adjā’ib al-Hind » ou « Kitab al-ajaib al-Hind ». Haut

** En persan بزرگ بن شهریار رامهرمزی. Autrefois transcrit Bozorg fils de Chahriyâr ou Buzurg b. Shahriyār. Haut

*** En persan رامهرمز. Autrefois transcrit Râmhormoz, Ram-Hormuz ou Ramhormouz. Haut

**** Marcel Devic. Haut

***** p. 173. Haut

****** Marcel Devic. Haut

Bâbâ Tâhir, « “Le Génie du millénaire” : cent quatrains lyriques »

éd. L’Harmattan, coll. Poètes des cinq continents, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Poètes des cinq continents, Paris

Il s’agit de Bâbâ Tâhir*, poète persan, dont la simplicité des sentiments et du vocabulaire fait le charme de ses quatrains. On sait peu de choses sur lui ; on ignore même le temps où il vécut (entre le Xe et XIIe siècle apr. J.-C. probablement). Il était un de ces derviches errants, ces fous de Dieu qui passent pour saints en Orient, et que pour cela, tout le monde révère et respecte. Le surnom de ‘Uryân** (« le Nu ») sous lequel il est désigné lui vient, disent certains, de ce qu’il se promenait sans vêtements dans les bazars et dans les rues ; mais il est tout aussi vraisemblable qu’il vivait dans le dénuement ou le renoncement, plutôt que dans la complète nudité : « Je suis le bohème mystique qu’on appelle “qalender” ; je n’ai ni feu ni lieu, nul point d’attache », dit-il. « Le jour, j’erre autour du monde, et la nuit, je m’endors une brique sous la tête… Il n’y a point dans l’univers de papillon aussi étourdi, de fou aussi étrange que moi. Les serpents et les fourmis ont tous une retraite, mais moi je n’ai pas même — infortuné ! — le mur d’une maison en ruines »***. En tout cas, l’on constate que son mysticisme ne lui épargna ni les tourments de l’amour ni les angoisses causées par la pensée de la mort. Il est, d’ailleurs, un des premiers derviches à avoir décrit ses transports amoureux dans la langue persane : « Le colchique des montagnes ne dure qu’une semaine, ainsi que la violette des bords de la rivière ; je veux crier, de ville en ville, que la fidélité des belles aux joues rosées ne dure qu’une semaine… Mon cœur est plein de feu, mes yeux pleins de larmes ; ma vie n’est qu’un vase rempli de tristesses et d’ennuis. Eh bien ! si, après ma mort, tu viens à passer près de ma tombe, ton parfum me rendra la vie »

* En persan باباطاهر. Parfois transcrit Bâbâ Tâher. Haut

** En persan عریان. Parfois transcrit Uriyan, ‘Oriyān ou Oryân. Haut

*** Traduction de Clément Huart, p. 516 & 528. Haut

« Sainte Golindouch »

dans « Échos d’Orient », vol. 4, nº 1, p. 18-20

dans « Échos d’Orient », vol. 4, no 1, p. 18-20

Il s’agit de sainte Golindouch*, surnommée la « martyre vivante » (« martys zôsa »**), une Persane qui se convertit au christianisme et qui fit des miracles et des prodiges après avoir subi de grands tourments de la part des siens (VIe siècle apr. J.-C.). La légende de sa passion a été exploitée par le clergé chrétien, qui rêvait de la conquête religieuse de la Perse, mais le fond de son histoire n’en est pas moins vrai. Golindouch appartenait à une noble famille persane et descendait même de sang royal. Élevée dans la religion ancestrale, elle pratiqua d’abord le culte du feu et les superstitions des mages. On la maria à l’un des membres du sénat, dont elle eut deux fils. Au bout de trois années de mariage, cette jeune femme tomba dans une extase (certains diraient une attaque d’hystérie). Quand elle en fut sortie, elle raconta que son âme avait été témoin des supplices terrifiants réservés aux coupables et des béatitudes qui attendent ceux qui adorent le Dieu des chrétiens. Son mari traita d’abord cette vision de fable ridicule, et il ne s’en préoccupa pas autrement ; mais quand il la vit fermement résolue à se faire chrétienne, il employa tous les moyens pour la faire renoncer à cette apostasie. Ce fut en vain. Elle eut une autre vision. Un ange lui apparut, vêtu de lumière, qui lui montra le spectacle qu’elle avait vu la première fois, et lui prédit la mort prochaine de son mari. La prédiction ne tarda pas à s’accomplir. Aussitôt, Golindouch se rendit à Nisibe et embrassa le christianisme. Les mages, furieux, lui ordonnèrent de revenir au culte national, et sur son refus, ils la soumirent aux cruautés et aux tortures dont est coutumière, entre toutes, la persécution asiatique : « D’abord la flagellation : un des seins de la patiente [est] amputé à demi par le fouet… Puis le supplice de la cendre brûlante : on en remplit un sac dans lequel on lui maintient la tête enfermée pour l’étouffer. C’est ensuite un séjour de trois mois, sans nourriture, dans une basse-fosse, avec un énorme serpent… [Enfin] les souillures du lupanar »***. Elle serait morte si l’ange qui avait coutume de lui apparaître ne venait pas à chaque fois pour la sauver. Tant de résistance fit croire à ses bourreaux que Golindouch se servait de sortilèges. On finit par la condamner à l’exil. Conduite par son ange, elle se dirigea vers Jérusalem. Là, elle fit voir à tous les fidèles ses stigmates.

* En grec Γολινδούχ. Parfois transcrit Golinduh, Golinduch, Golindouche ou Golindouque. On rencontre aussi les graphies Γολανδούχ (Golandouch) et Γολιανδούχ (Goliandouch). Autrefois transcrit Golandouche. « Le dernier élément de ce mot doit être le persan “dokht” (دخت), “fille”, qui entre dans la composition des noms de princesses sassanides Azermidokht, Pourandokht. Le premier est plus difficile à expliquer », dit Ernest Blochet. Haut

** En grec « μάρτυς ζῶσα ». Haut

*** … Bardou. Haut

« Mas’oud : poète persan et hindoui »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Mas’oud-i Saad-i Selmân*, illustre poète persan, qui subit dans son âge mûr près de vingt ans d’emprisonnement sous les règnes successifs de trois rois (XIe-XIIe siècle). Les souffrances endurées pendant son incarcération prêtent à ses vers des accents d’une force, d’une intensité, d’une sincérité telles, qu’il nous arrive parfois, en les lisant, de sentir nos cheveux se dresser sur notre tête, et les larmes nous venir aux yeux. « Tout critique impartial reconnaît quel haut degré d’éloquence et d’inspiration Mas’oud atteint en ses poèmes de captivité », dit Nezâmî ‘Arûzî**. La famille de Mas’oud était originaire d’Hamadan (Iran) ; mais son père, Khâja Saad ben Selmân, alla résider à Lahore (Pakistan), où il jouit longtemps de la faveur des rois ghaznévides et remplit quelques postes élevés sous leur gouvernement. Mas’oud hérita des honneurs de son père ; mais, par suite d’intrigues de Cour et à cause, dit-on, de son attachement au prince Saïf uddaula Mahmoud, qui fut accusé de trahison, il fut arrêté et enchaîné par le roi en 1079 ou 1080 apr. J.-C. dans la citadelle de Nâï***. Ce nom de Nâï, qui signifie « roseau » ou « flûte de roseau » en persan, donna naissance à des jeux de mots tout à fait fascinants dans les vers de notre poète : « Mon cœur gémit, comme gémit le roseau de la flûte, prisonnier que je suis dans cette citadelle de Nâï… Quoi d’autre que plaintes peut apporter l’air de Nâï ? Le destin m’eût déjà tué à force de douleurs et de souffrances, si ma vie n’avait pour lien la poésie vivifiante. Non, non, ma grandeur s’est accrue de toute la hauteur de la citadelle de Nâï ! »**** En vain, ce rossignol chanta dans sa cage de fer ; en vain, ses vers furent lus au roi. Ce dernier les écouta, mais n’en fut point ému ; il quitta le monde en laissant en captivité notre poète, qui ne fut libéré que la soixantaine passée. Dégoûté d’une Cour dont il n’avait reçu que des injustices et des mortifications, Mas’oud passa le reste de ses jours dans les paisibles fonctions de bibliothécaire. « Combien de poèmes, brillants comme des joyaux et précieux comme des perles, naquirent de cette nature ardente et ne furent jamais agréés ! », dit Nezâmî ‘Arûzî. « Le déshonneur en restera sur la grande maison [ghaznévide]… Le malheur de Mas’oud vint à son terme, tandis que le déshonneur restera sur cette dynastie jusqu’au jour de la résurrection. »

* En persan مسعود سعد سلمان. Parfois transcrit Mas’ûd-i Sa’d Salmân, Maç’ûd-i Sa’ad Salmân, Mas‘ud-e Sa‘d-e Salmān, Masood Said Salman, Masoud Sa’ad Salman ou Maç’oud-i Sa’ad-i Selman. À ne pas confondre avec Saadi, l’auteur du « Gulistan » et du « Boustan », qui vécut un siècle plus tard. Haut

** « Les Quatre Discours ; traduit du persan par Isabelle de Gastines », p. 92. Haut

*** Cette citadelle se trouvait quelque part au Waziristan, d’après Nezâmî ‘Arûzî. Haut

**** En persan

« نالم ز دل چو نای من اندر حصار نای…
جز ناله های زار چه آرد هوای نای
گردون به درد و رنج مرا کشته بود اگر
پیوند عمر من نشدی نظم جانفزای
نه نه ز حصن نای بیفزود جاه من
 ».

Haut

Nezâmî ‘Arûzî, « Les Quatre Discours »

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

Il s’agit des « Quatre Discours » (« Tchahâr Maqâleh »*) de Nezâmî de Samarcande**, critique littéraire persan. On le surnomme communément Nezâmî ‘Arûzî*** (« Nezâmî le Prosateur ») afin de le distinguer de son homonyme, le grand poète de Gandjeh. On ne sait de sa vie que le peu qu’il en a dit lui-même dans ses « Quatre Discours ». En 1110-1111 apr. J.-C., il était dans sa ville natale de Samarcande (Ouzbékistan), recueillant des traditions relatives au poète Rûdaki ; en 1112-1113 apr. J.-C., il rencontra à Balkh (Afghanistan) Omar Khayyam dont il devint un proche, un élève même ; trois ans plus tard, il séjourna à Hérat (Afghanistan) ; l’année suivante, se trouvant dans le besoin, il se rendit à Ṭoûs (Iran) avec l’espoir de gagner la faveur du sultan Ahmad Sanjar ; là-bas, il visita la tombe de Firdousi et recueillit à son sujet plusieurs détails insérés dans son livre ; la même année, il se rendit à Nishapur (Iran), où il fit visite au poète Moezzi. Ses « Quatre Discours » ont été probablement composés peu avant la mort du sultan Ahmad Sanjar en 1157 apr. J.-C. Ils se divisent en quatre chapitres, traitant des quatre classes d’hommes — secrétaires, poètes, astrologues et médecins — qui sont nécessaires au service des rois. Pour chaque classe, Nezâmî ‘Arûzî raconte une dizaine d’anecdotes : « Viendront [ci-après] dix authentiques et plaisantes anecdotes », dit-il dans sa préface****, « choisies parmi les plus originales et les plus appropriées à [chaque] chapitre, afin d’éclairer le roi et de le convaincre que l’office de secrétaire n’est pas une petite charge ; que celui de poète n’est pas une futile occupation ; que l’astrologie est une science nécessaire ; que la médecine est un art indispensable ». Outre leur charme, leur style admirable d’élégance et de naturel, ces anecdotes ont le mérite de donner de précieux renseignements, qu’on ne trouve nulle part ailleurs, sur l’histoire intellectuelle de cette époque ; elles fournissent le seul témoignage contemporain sur Khayyam et le plus ancien détail biographique sur Firdousi. En somme, comme dit un orientaliste*****, leur auteur est « un de ceux qui jettent le plus de lumière sur la vie de Cour en Perse et en Asie centrale au XIIe siècle de notre ère ».

* En persan « چهارمقاله ». Parfois transcrit « Čahār Maḳāla », « Chahár Maqála », « Chahār Maqāle », « Tschar-Maghâleh » ou « Cahâr Makaleh ». Haut

** En persan نظامی سمرقندی. Parfois transcrit Nizami Samarcandi, Nizami de Samarqand, Niẓāmī Samarḳandī ou Niẓāmī-i Samarqandī. Haut

*** En persan نظامی عروضی. Parfois transcrit Nidhami-i Arudi, Niẓāmī ‘Arūḍī ou Nizâmi-è-Arouzi. Haut

**** p. 34. Haut

***** Edward Granville Browne. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome VII »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome VI »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome V »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome IV »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut

Roûmî, « “Mathnawî” : la quête de l’absolu »

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Rocher, Monaco

Il s’agit du « Mathnawî »* de Djélâl-ed-dîn Roûmî**, poète mystique d’expression persane, qui n’est pas seulement l’inspirateur d’une confrérie, celle des « derviches tourneurs », mais le directeur spirituel de tout le XIIIe siècle. « Un si grand poète, aimable, harmonieux, étincelant, exalté ; un esprit d’où émanent des parfums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà transporté son lecteur », dit M. Maurice Barrès***. Réfugié à Konya**** en Anatolie (Roûm), Djélâl-ed-dîn trouva dans cette ville habitée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adonné à la poésie, à la musique, aux danses, et il employa cette poésie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ainsi dire, des racines si profondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses enseignements n’ont rien perdu de leur fraîcheur ni de leur parfum ; il se survit dans ses disciples et ses successeurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tombeau en l’appelant « notre Maître » (Mawlânâ*****). La beauté et l’esprit tolérant de ses œuvres ont surpris les orientalistes occidentaux, et tourné la tête aux plus sobres parmi eux. « Tous les cœurs sur lesquels souffle ma brise s’épanouissent comme un jardin plein de lumière », dit-il avec raison

* En persan « مثنوی ». Parfois transcrit « Mesnévi », « Mesnewi », « Methnévi », « Mesnavi », « Masnavi », « Masnawi », « Maṯnawī » ou « Mathnavi ». Haut

** En persan جلال‌الدین رومی. Parfois transcrit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jellaluddin Rumi, Jelaluddin Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jallaluddin Rumi, Djalâl-ud-Dîn Rûmî, Dželaluddin Rumi, Dschalal ad-din Rumi, Calaladdīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roûmî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Djalâl-od-dîn Rûmî, Jalâloddîn Rûmî, Djélaliddin-Roumi, Jalel Iddine Roumi, Dschelâl-ed-dîn Rumi, Celaledin Rumi, Celaleddin-i Rumi, Jelaleddin Rumi, Djelalettine Roumî, Djélalledin-i-Roumi ou Djellal-ed-Dine Roumi. Haut

*** « Une Enquête aux pays du Levant. Tome II », p. 74. Haut

**** On rencontre aussi les graphies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Iconium. Haut

***** En persan مولانا. Parfois transcrit Maulana, Mowlânâ, Mevlana ou Mewlânâ. Haut

Attar, « Les Sept Cités de l’amour »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du Divan (Recueil de poésies) de Férid-eddin Attar* (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je considère Attar comme le meilleur poète mystique de la Perse. Certes, le nombre des Persans qui se sont distingués dans le genre est si considérable, et plusieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opinion peut paraître hasardée. Sous le rapport du choix des pensées et de la grâce de l’expression, Djélâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien inférieur ; mais de toutes les idées de ce célèbre disciple, je défierais d’en trouver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « Attar a parcouru les sept cités de l’Amour, tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle »** ; et encore : « Attar fut l’âme du mysticisme, et Sanaï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces »***. Férid-eddin exerça d’abord la profession de parfumeur, ainsi que l’indique son surnom d’Attar (« qui fabrique ou qui vend des parfums »). Il avait une boutique très élégante, qui attirait les regards du public et qui flattait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa boutique avec l’apparence d’un homme important, un fou, ou pour mieux dire, un religieux très avancé dans la vie spirituelle****, vint à sa porte, jeta un regard sur les marchandises qui étaient étalées, puis poussa un profond soupir. Attar, étonné, le pria de passer son chemin. « Tu as raison », lui répondit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embarrassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est malheureusement pas ainsi de toi, qui possèdes tant de précieuses marchandises. Songe donc à te préparer à ce voyage. »

* En persan فریدالدین عطار. Parfois transcrit Farîdoddîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feriduddin Attar, Fariduddine Attar, Faridaddin Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

** En persan

« هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
 ».

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*** En persan

« عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
 ».

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**** Les fous sont regardés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et rangés parmi les soufis. Haut

Firdousi, « Le Livre des rois. Tome III »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut