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Erfan, «Sans ombre : roman»

éd. de l’Aube, coll. Regards croisés, La Tour d’Aigues

éd. de l’Aube, coll. Regards croi­sés, La Tour d’Aigues

Il s’agit de «Sans ombre» de M. Ali Erfan, écri­vain ira­nien de langue fran­çaise. Né à Ispa­han en 1946, il fait par­tie de ces hommes de théâtre, ces cinéastes, ces artistes que l’évolution poli­tique de leur pays a menés à la pri­son et à l’exil. Quand son deuxième film a été pro­je­té, le ministre de la Culture ira­nien, pré­sent dans la salle, a décla­ré à la fin : «Le seul mur blanc sur lequel on n’a pas encore ver­sé le sang des impurs, c’est l’écran de ciné­ma. Si on exé­cute ce traître, et que cet écran devient rouge, tous les cinéastes com­pren­dront qu’on ne peut pas jouer avec les inté­rêts du peuple musul­man»*. Il a quit­té alors l’Iran pour pour­suivre une car­rière d’écrivain à Paris. Bien que cette car­rière soit loin d’être finie, je m’autorise, dès à pré­sent, à résu­mer les prin­ci­pales et dif­fé­rentes qua­li­tés de M. Erfan et comme les élé­ments consti­tu­tifs de son génie. 1o Le goût de l’intrigue trou­blante, rapide, sombre. «Mon récit», dit M. Erfan, «sera rapide comme l’ange de la mort lorsqu’il sur­git par la fenêtre ou par la fente sous la porte, s’empare de l’âme du pire des tyrans et dis­pa­raît aus­si­tôt par le même che­min, en empor­tant l’âme d’un poète»**. 2o La nos­tal­gie de la patrie, de la langue natale, de l’enfance. Chaque fois qu’il entre­prend d’écrire, M. Erfan cherche le temps de sa pre­mière jeu­nesse. Il goûte l’extase de la mémoire, le plai­sir de retrou­ver les choses per­dues et oubliées dans la langue natale. Et comme cette mémoire retrou­vée ne raconte pas ce qui s’est pas­sé réel­le­ment, mais ce qui aurait pu se pas­ser, c’est elle le véri­table écri­vain; et M. Erfan est son pre­mier lec­teur : «Main­te­nant, je connais [la langue fran­çaise]. Mais je ne veux pas par­ler… Madame dit : “Mon ché­ri, dis : jas­min”. Je ne veux pas. Je veux pro­non­cer le nom de la fleur qui était dans notre mai­son. Com­ment s’appelait-elle? Pour­quoi est-ce que je ne me sou­viens pas? Cette grande fleur qui pous­sait au coin de la cour. Qui mon­tait, qui tour­nait. Elle grim­pait par-des­sus la porte de notre mai­son, et elle retom­bait dans la rue… Com­ment s’appelait-elle? Elle sen­tait bon. Madame dit encore : “Dis, mon ché­ri”. Moi, je pleure, je pleure…»*** 3o L’absence de phi­lo­so­phie morale, d’idéal, de sen­ti­ment reli­gieux. Si M. Erfan n’a pas la joie de croire, c’est là son défaut, ou plu­tôt son mal­heur, mais un mal­heur tenant à une cause fort grave, je veux dire les crimes que M. Erfan a vu com­mettre au nom d’une reli­gion dont les pré­ceptes ont été déna­tu­rés et détour­nés de leur pro­pos et de leur véri­table signi­fi­ca­tion : «Il ouvrit sans hâte l’un des épais dos­siers [de la Répu­blique isla­mique], en reti­ra un feuillet, l’examina et, tout d’un coup, s’écria : “Enfer­mez cette femme dans un sac de jute et jetez-lui des pierres jusqu’à ce qu’elle crève comme un chien… Que le père étrangle son fils de ses propres mains… Vio­lez la fillette de douze ans mal­gré son repen­tir et, entre ses jambes, tirez son foie”»

* Dans Mathieu Lin­don, «L’Enfer para­di­siaque d’Ali Erfan». Haut

** «Le Der­nier Poète du monde», p. 11. Haut

*** id. p. 82. Haut

Sepehri, «Histoires de lune, d’eau et de vent : poèmes»

éd. Maelström réévolution, Bruxelles

éd. Mael­ström réévo­lu­tion, Bruxelles

Il s’agit d’une antho­lo­gie de M. Soh­rab Sepeh­ri*, artiste inéga­lé de l’Iran moderne. Peintre et poète à la fois, il est tout aus­si impré­gné de poé­sie dans sa pein­ture, qu’il est peintre dans ses élans poé­tiques. Son trait dis­tinc­tif est un sens spé­cial de la nature, qui voit l’âme dans le dehors et le dehors dans l’âme et qui exprime l’un par l’autre les deux mondes ouverts devant lui. Là est la rai­son de cette écri­ture mys­tique, par laquelle M. Sepeh­ri repré­sente une idée sous l’image d’une libel­lule, d’un peu­plier aux feuilles mur­mu­rantes, d’une allée boi­sée, etc., propre à la rendre plus sen­sible et plus frap­pante que si elle était pré­sen­tée direc­te­ment. En effet, la poé­sie de M. Sepeh­ri n’est autre chose qu’un sym­bo­lisme, un allé­go­risme conti­nuel, ana­logue au songe d’un enfant :

«“Où est la demeure de l’Ami?”
C’est à l’aurore que reten­tit la voix du cava­lier…
Mon­trant du doigt un peu­plier blanc, [un pas­sant répon­dit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boi­sée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aus­si bleu que
Le plu­mage de la sin­cé­ri­té.
Tu iras jusqu’au fond de cette allée…
Au pied de la fon­taine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité ondu­lante de cet espace sacré
Tu enten­dras un cer­tain bruis­se­ment :
Tu ver­ras un enfant per­ché au-des­sus d’un pin effi­lé,
Dési­reux de ravir la cou­vée du nid de la lumière
Et tu lui deman­de­ras :
— Où est la demeure de l’Ami?”
»

* En per­san سهراب سپهری. Haut

«Daryush Ashouri : un intellectuel hétérodoxe iranien»

éd. L’Harmattan, coll. L’Iran en transition, Paris

éd. L’Harmattan, coll. L’Iran en tran­si­tion, Paris

Il s’agit de «La Théo­rie de “l’occidentalite” et la Crise de pen­sée en Iran» («Naza­rieh-ye gharb­za­de­gi va boh­rân-e tafak­kor dar Iran»*) et autres articles de M. Daryoush Ashou­ri**, intel­lec­tuel et tra­duc­teur ira­nien, ins­tal­lé en France depuis 1987. La pen­sée ira­nienne moderne est en grande par­tie tiraillée entre son rejet de l’Occident et sa fas­ci­na­tion pour lui. Au siècle der­nier, elle devi­sait avec opti­misme d’un ave­nir où elle serait plus occi­den­ta­li­sée; à pré­sent, elle s’en prend, en des termes défai­tistes et récri­mi­nants, aux per­ver­si­tés de l’Occident, dont elle vou­drait faire un épou­van­tail. M. Ashou­ri traite de cette dicho­to­mie et il dit ne pou­voir mieux la défi­nir que comme un «res­sen­ti­ment» patho­lo­gique («kin-tou­zi»***) qui a affli­gé à la fois les pen­seurs et les masses popu­laires en Iran tout au long de l’histoire récente. M. Ashou­ri emprunte ce terme de «res­sen­ti­ment» à Frie­drich Nietzsche et il l’applique au cas ira­nien. Dans «La Généa­lo­gie de la morale», Nietzsche oppose l’homme actif ou sur­homme, qui crée triom­pha­le­ment ses propres valeurs, aux hommes impuis­sants, à qui la vraie action est inter­dite, et qui ne trouvent de com­pen­sa­tion que dans leur haine ren­trée et dans leur ran­cune envers le sur­homme. Ces hommes du «res­sen­ti­ment», étant inca­pables d’agir, demeurent dura­ble­ment rem­plis de réac­tions hos­tiles et veni­meuses. Telle est l’attitude de beau­coup d’Iraniens qui, depuis les années 1960, ne par­viennent plus à affir­mer posi­ti­ve­ment leur propre «soi» : au lieu de cela, ils cherchent un adver­saire dans ce qui se situe en dehors, dans ce qui est leur «autre que soi», et tout d’abord, dans une culture occi­den­tale trans­for­mée en une véri­table cari­ca­ture, en un monstre. Et M. Ashou­ri de don­ner comme exemple deux pen­seurs ira­niens de renom, Dja­lal Âl-e Ahmad et Ali Sha­ria­ti, et leur théo­rie de «l’occidentalite» ou «mala­die occi­den­tale». «Comme j’y ai déjà fait allu­sion», dit M. Ashou­ri, «“l’occidentalite” est basée sur cette concep­tion qu’il existe un “Occi­dent” là-bas et un “nous” ici, dont la rela­tion est qua­li­fiée de domi­nant-domi­né… Le pro­blème fon­da­men­tal de cette théo­rie est qu’elle n’a pas de connais­sance [ni] de l’un, ni de l’autre, et dans un cercle vicieux, ne par­vient pas à se don­ner une ouver­ture au monde. Je vou­drais citer deux figures qui repré­sentent cette ten­dance, Âl-e Ahmad et Sha­ria­ti. Les deux se réfé­rent à l’islam pour cri­ti­quer l’Occident, mais leur démarche est-elle simi­laire à celle de Ghazâ­li? La grande dif­fé­rence entre ces deux intel­lec­tuels et Ghazâ­li consiste dans le fait que, pour ce der­nier, la reli­gion est le but; alors que, pour eux, celle-ci est un moyen de com­bat poli­tique… À l’opposé de Ghazâ­li, qui cherche la racine et les concepts les plus fon­da­men­taux, on [ne voit aucun] sou­bas­se­ment phi­lo­so­phique [chez Âl-e Ahmad et chez Sha­ria­ti]. Par exemple, ils ne peuvent plus consul­ter Des­cartes, et… de ce fait, ils deviennent étran­gers au socle de la moder­ni­té, alors qu’eux-mêmes sont incons­ciem­ment sous son influence»

* En per­san «نظریهٔ غرب‌زدگی و بحران تفکر در ایران». Haut

** En per­san داریوش آشوری. Par­fois trans­crit Darioush Ashou­ri, Dariush Ashoo­ri ou Daryush Ashu­ri. Haut

*** En per­san کین توزی. Par­fois trans­crit «kine-tou­zi». Haut

Buzurg ibn Šahrîyâr, «Livre des merveilles de l’Inde»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des mer­veilles de l’Inde» («Kitâb ‘aǧâ’ib al-Hind»*) attri­bué à Buzurg ibn Šah­riyâr al-Râm-Hur­muzî**. L’auteur — un Per­san de Râm-Hur­muz*** — a sillon­né les côtes de l’Inde et de l’Insulinde en tant que capi­taine de navire («nâḫu­dât»); mais la plu­part des faits qu’il nous rap­porte ont pour garants d’autres capi­taines de navire, maîtres de navi­ga­tion («mu‘allim») et pilotes de sa connais­sance. «On y trouve de la géo­gra­phie, de l’histoire natu­relle, de la fan­tai­sie…, des récits de tem­pêtes et de nau­frages, des scènes d’anthropophagie, et — disons-le tout de suite comme aver­tis­se­ment aux per­sonnes faciles à effa­rou­cher — plu­sieurs traits de mœurs orien­tales, contés avec une fran­chise un peu crue»****. De ce très riche fouillis, il se dégage en tout cent trente-quatre his­to­riettes que l’auteur dit avoir recueillies de la bouche même des navi­ga­teurs per­sans et arabes qui y ont joué le pre­mier rôle. Quelques-unes d’entre elles sont datées, et leurs dates s’échelonnent de 900 à 953 apr. J.-C. Il est per­mis d’en déduire que le recueil a été ache­vé en cette der­nière année ou peu après. Comme le titre de «Livre des mer­veilles de l’Inde» l’indique, et comme c’est presque tou­jours tou­jours le cas s’agissant d’anecdotes nées natu­relles dans la bouche de marins, l’extraordinaire, le ter­rible, le mer­veilleux tient ici une place cen­trale. Les his­toires fabu­leuses de ser­pents géants et de peuples man­geurs d’hommes ne font donc pas défaut, et l’auteur finit par­fois par lâcher : «À mon sens, c’est une rêve­rie sans fon­de­ment. Dieu seul connaît la véri­té»*****. Mais il s’en trouve d’autres qui frappent par leur sim­pli­ci­té et leur accent véri­dique; car, à l’opposé des «Mille et une Nuits», elles peuvent se conclure par des revers de for­tune et des faillites : «Un bâti­ment coule à fond en pleine mer, un autre est sub­mer­gé en vue du port; tel échoue et se brise sur les écueils, tel autre est frap­pé par la corne d’un nar­val. Ici, de tout un nom­breux équi­page nau­fra­gé, six ou sept hommes seule­ment se sauvent, par des moyens mira­cu­leux, après avoir souf­fert mille morts. Là, un seul échappe aux flots pour tom­ber entre les mains d’un monstre à face humaine, d’un Poly­phème qui l’engraisse pour le dévo­rer»******.

* En arabe «كتاب عجائب الهند». Autre­fois trans­crit «Kitāb ‘adjā’ib al-Hind» ou «Kitab al-ajaib al-Hind». Haut

** En per­san بزرگ بن شهریار رامهرمزی. Autre­fois trans­crit Bozorg fils de Chah­riyâr ou Buzurg b. Shah­riyār. Haut

*** En per­san رامهرمز. Autre­fois trans­crit Râm­hor­moz, Ram-Hor­muz ou Ram­hor­mouz. Haut

**** Mar­cel Devic. Haut

***** p. 173. Haut

****** Mar­cel Devic. Haut

Bâbâ Tâhir, «“Le Génie du millénaire” : cent quatrains lyriques»

éd. L’Harmattan, coll. Poètes des cinq continents, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Poètes des cinq conti­nents, Paris

Il s’agit de Bâbâ Tâhir*, poète per­san, dont la sim­pli­ci­té des sen­ti­ments et du voca­bu­laire fait le charme de ses qua­trains. On sait peu de choses sur lui; on ignore même le temps où il vécut (entre le Xe et XIIe siècle apr. J.-C. pro­ba­ble­ment). Il était un de ces der­viches errants, ces fous de Dieu qui passent pour saints en Orient, et que pour cela, tout le monde révère et res­pecte. Le sur­nom de ‘Uryân**le Nu») sous lequel il est dési­gné lui vient, disent cer­tains, de ce qu’il se pro­me­nait sans vête­ments dans les bazars et dans les rues; mais il est tout aus­si vrai­sem­blable qu’il vivait dans le dénue­ment ou le renon­ce­ment, plu­tôt que dans la com­plète nudi­té : «Je suis le bohème mys­tique qu’on appelle “qalen­der”; je n’ai ni feu ni lieu, nul point d’attache», dit-il. «Le jour, j’erre autour du monde, et la nuit, je m’endors une brique sous la tête… Il n’y a point dans l’univers de papillon aus­si étour­di, de fou aus­si étrange que moi. Les ser­pents et les four­mis ont tous une retraite, mais moi je n’ai pas même — infor­tu­né! — le mur d’une mai­son en ruines»***. En tout cas, l’on constate que son mys­ti­cisme ne lui épar­gna ni les tour­ments de l’amour ni les angoisses cau­sées par la pen­sée de la mort. Il est, d’ailleurs, un des pre­miers der­viches à avoir décrit ses trans­ports amou­reux dans la langue per­sane : «Le col­chique des mon­tagnes ne dure qu’une semaine, ain­si que la vio­lette des bords de la rivière; je veux crier, de ville en ville, que la fidé­li­té des belles aux joues rosées ne dure qu’une semaine… Mon cœur est plein de feu, mes yeux pleins de larmes; ma vie n’est qu’un vase rem­pli de tris­tesses et d’ennuis. Eh bien! si, après ma mort, tu viens à pas­ser près de ma tombe, ton par­fum me ren­dra la vie»

* En per­san باباطاهر. Par­fois trans­crit Bâbâ Tâher. Haut

** En per­san عریان. Par­fois trans­crit Uriyan, ‘Oriyān ou Oryân. Haut

*** Tra­duc­tion de Clé­ment Huart, p. 516 & 528. Haut

«Sainte Golindouch»

dans « Échos d’Orient », vol. 4, nº 1, p. 18-20

dans «Échos d’Orient», vol. 4, no 1, p. 18-20

Il s’agit de sainte Golin­douch*, sur­nom­mée la «mar­tyre vivante» («mar­tys zôsa»**), une Per­sane qui se conver­tit au chris­tia­nisme et qui fit des miracles et des pro­diges après avoir subi de grands tour­ments de la part des siens (VIe siècle apr. J.-C.). La légende de sa pas­sion a été exploi­tée par le cler­gé chré­tien, qui rêvait de la conquête reli­gieuse de la Perse, mais le fond de son his­toire n’en est pas moins vrai. Golin­douch appar­te­nait à une noble famille per­sane et des­cen­dait même de sang royal. Éle­vée dans la reli­gion ances­trale, elle pra­ti­qua d’abord le culte du feu et les super­sti­tions des mages. On la maria à l’un des membres du sénat, dont elle eut deux fils. Au bout de trois années de mariage, cette jeune femme tom­ba dans une extase (cer­tains diraient une attaque d’hystérie). Quand elle en fut sor­tie, elle racon­ta que son âme avait été témoin des sup­plices ter­ri­fiants réser­vés aux cou­pables et des béa­ti­tudes qui attendent ceux qui adorent le Dieu des chré­tiens. Son mari trai­ta d’abord cette vision de fable ridi­cule, et il ne s’en pré­oc­cu­pa pas autre­ment; mais quand il la vit fer­me­ment réso­lue à se faire chré­tienne, il employa tous les moyens pour la faire renon­cer à cette apos­ta­sie. Ce fut en vain. Elle eut une autre vision. Un ange lui appa­rut, vêtu de lumière, qui lui mon­tra le spec­tacle qu’elle avait vu la pre­mière fois, et lui pré­dit la mort pro­chaine de son mari. La pré­dic­tion ne tar­da pas à s’accomplir. Aus­si­tôt, Golin­douch se ren­dit à Nisibe et embras­sa le chris­tia­nisme. Les mages, furieux, lui ordon­nèrent de reve­nir au culte natio­nal, et sur son refus, ils la sou­mirent aux cruau­tés et aux tor­tures dont est cou­tu­mière, entre toutes, la per­sé­cu­tion asia­tique : «D’abord la fla­gel­la­tion : un des seins de la patiente [est] ampu­té à demi par le fouet… Puis le sup­plice de la cendre brû­lante : on en rem­plit un sac dans lequel on lui main­tient la tête enfer­mée pour l’étouffer. C’est ensuite un séjour de trois mois, sans nour­ri­ture, dans une basse-fosse, avec un énorme ser­pent… [Enfin] les souillures du lupa­nar»***. Elle serait morte si l’ange qui avait cou­tume de lui appa­raître ne venait pas à chaque fois pour la sau­ver. Tant de résis­tance fit croire à ses bour­reaux que Golin­douch se ser­vait de sor­ti­lèges. On finit par la condam­ner à l’exil. Conduite par son ange, elle se diri­gea vers Jéru­sa­lem. Là, elle fit voir à tous les fidèles ses stig­mates.

* En grec Γολινδούχ. Par­fois trans­crit Golin­duh, Golin­duch, Golin­douche ou Golin­douque. On ren­contre aus­si les gra­phies Γολανδούχ (Golan­douch) et Γολιανδούχ (Golian­douch). Autre­fois trans­crit Golan­douche. «Le der­nier élé­ment de ce mot doit être le per­san “dokht” (دخت), “fille”, qui entre dans la com­po­si­tion des noms de prin­cesses sas­sa­nides Azer­mi­do­kht, Pou­ran­do­kht. Le pre­mier est plus dif­fi­cile à expli­quer», dit Ernest Blo­chet. Haut

** En grec «μάρτυς ζῶσα». Haut

*** … Bar­dou. Haut

Erfan, «La 602e Nuit : nouvelles»

éd. de l’Aube, coll. Regards croisés, La Tour d’Aigues

éd. de l’Aube, coll. Regards croi­sés, La Tour d’Aigues

Il s’agit de «La 602e Nuit» de M. Ali Erfan, écri­vain ira­nien de langue fran­çaise. Né à Ispa­han en 1946, il fait par­tie de ces hommes de théâtre, ces cinéastes, ces artistes que l’évolution poli­tique de leur pays a menés à la pri­son et à l’exil. Quand son deuxième film a été pro­je­té, le ministre de la Culture ira­nien, pré­sent dans la salle, a décla­ré à la fin : «Le seul mur blanc sur lequel on n’a pas encore ver­sé le sang des impurs, c’est l’écran de ciné­ma. Si on exé­cute ce traître, et que cet écran devient rouge, tous les cinéastes com­pren­dront qu’on ne peut pas jouer avec les inté­rêts du peuple musul­man»*. Il a quit­té alors l’Iran pour pour­suivre une car­rière d’écrivain à Paris. Bien que cette car­rière soit loin d’être finie, je m’autorise, dès à pré­sent, à résu­mer les prin­ci­pales et dif­fé­rentes qua­li­tés de M. Erfan et comme les élé­ments consti­tu­tifs de son génie. 1o Le goût de l’intrigue trou­blante, rapide, sombre. «Mon récit», dit M. Erfan, «sera rapide comme l’ange de la mort lorsqu’il sur­git par la fenêtre ou par la fente sous la porte, s’empare de l’âme du pire des tyrans et dis­pa­raît aus­si­tôt par le même che­min, en empor­tant l’âme d’un poète»**. 2o La nos­tal­gie de la patrie, de la langue natale, de l’enfance. Chaque fois qu’il entre­prend d’écrire, M. Erfan cherche le temps de sa pre­mière jeu­nesse. Il goûte l’extase de la mémoire, le plai­sir de retrou­ver les choses per­dues et oubliées dans la langue natale. Et comme cette mémoire retrou­vée ne raconte pas ce qui s’est pas­sé réel­le­ment, mais ce qui aurait pu se pas­ser, c’est elle le véri­table écri­vain; et M. Erfan est son pre­mier lec­teur : «Main­te­nant, je connais [la langue fran­çaise]. Mais je ne veux pas par­ler… Madame dit : “Mon ché­ri, dis : jas­min”. Je ne veux pas. Je veux pro­non­cer le nom de la fleur qui était dans notre mai­son. Com­ment s’appelait-elle? Pour­quoi est-ce que je ne me sou­viens pas? Cette grande fleur qui pous­sait au coin de la cour. Qui mon­tait, qui tour­nait. Elle grim­pait par-des­sus la porte de notre mai­son, et elle retom­bait dans la rue… Com­ment s’appelait-elle? Elle sen­tait bon. Madame dit encore : “Dis, mon ché­ri”. Moi, je pleure, je pleure…»*** 3o L’absence de phi­lo­so­phie morale, d’idéal, de sen­ti­ment reli­gieux. Si M. Erfan n’a pas la joie de croire, c’est là son défaut, ou plu­tôt son mal­heur, mais un mal­heur tenant à une cause fort grave, je veux dire les crimes que M. Erfan a vu com­mettre au nom d’une reli­gion dont les pré­ceptes ont été déna­tu­rés et détour­nés de leur pro­pos et de leur véri­table signi­fi­ca­tion : «Il ouvrit sans hâte l’un des épais dos­siers [de la Répu­blique isla­mique], en reti­ra un feuillet, l’examina et, tout d’un coup, s’écria : “Enfer­mez cette femme dans un sac de jute et jetez-lui des pierres jusqu’à ce qu’elle crève comme un chien… Que le père étrangle son fils de ses propres mains… Vio­lez la fillette de douze ans mal­gré son repen­tir et, entre ses jambes, tirez son foie”»

* Dans Mathieu Lin­don, «L’Enfer para­di­siaque d’Ali Erfan». Haut

** «Le Der­nier Poète du monde», p. 11. Haut

*** id. p. 82. Haut

Erfan, «La Route des infidèles : roman»

éd. de l’Aube, coll. Regards croisés, La Tour d’Aigues

éd. de l’Aube, coll. Regards croi­sés, La Tour d’Aigues

Il s’agit de «La Route des infi­dèles» de M. Ali Erfan, écri­vain ira­nien de langue fran­çaise. Né à Ispa­han en 1946, il fait par­tie de ces hommes de théâtre, ces cinéastes, ces artistes que l’évolution poli­tique de leur pays a menés à la pri­son et à l’exil. Quand son deuxième film a été pro­je­té, le ministre de la Culture ira­nien, pré­sent dans la salle, a décla­ré à la fin : «Le seul mur blanc sur lequel on n’a pas encore ver­sé le sang des impurs, c’est l’écran de ciné­ma. Si on exé­cute ce traître, et que cet écran devient rouge, tous les cinéastes com­pren­dront qu’on ne peut pas jouer avec les inté­rêts du peuple musul­man»*. Il a quit­té alors l’Iran pour pour­suivre une car­rière d’écrivain à Paris. Bien que cette car­rière soit loin d’être finie, je m’autorise, dès à pré­sent, à résu­mer les prin­ci­pales et dif­fé­rentes qua­li­tés de M. Erfan et comme les élé­ments consti­tu­tifs de son génie. 1o Le goût de l’intrigue trou­blante, rapide, sombre. «Mon récit», dit M. Erfan, «sera rapide comme l’ange de la mort lorsqu’il sur­git par la fenêtre ou par la fente sous la porte, s’empare de l’âme du pire des tyrans et dis­pa­raît aus­si­tôt par le même che­min, en empor­tant l’âme d’un poète»**. 2o La nos­tal­gie de la patrie, de la langue natale, de l’enfance. Chaque fois qu’il entre­prend d’écrire, M. Erfan cherche le temps de sa pre­mière jeu­nesse. Il goûte l’extase de la mémoire, le plai­sir de retrou­ver les choses per­dues et oubliées dans la langue natale. Et comme cette mémoire retrou­vée ne raconte pas ce qui s’est pas­sé réel­le­ment, mais ce qui aurait pu se pas­ser, c’est elle le véri­table écri­vain; et M. Erfan est son pre­mier lec­teur : «Main­te­nant, je connais [la langue fran­çaise]. Mais je ne veux pas par­ler… Madame dit : “Mon ché­ri, dis : jas­min”. Je ne veux pas. Je veux pro­non­cer le nom de la fleur qui était dans notre mai­son. Com­ment s’appelait-elle? Pour­quoi est-ce que je ne me sou­viens pas? Cette grande fleur qui pous­sait au coin de la cour. Qui mon­tait, qui tour­nait. Elle grim­pait par-des­sus la porte de notre mai­son, et elle retom­bait dans la rue… Com­ment s’appelait-elle? Elle sen­tait bon. Madame dit encore : “Dis, mon ché­ri”. Moi, je pleure, je pleure…»*** 3o L’absence de phi­lo­so­phie morale, d’idéal, de sen­ti­ment reli­gieux. Si M. Erfan n’a pas la joie de croire, c’est là son défaut, ou plu­tôt son mal­heur, mais un mal­heur tenant à une cause fort grave, je veux dire les crimes que M. Erfan a vu com­mettre au nom d’une reli­gion dont les pré­ceptes ont été déna­tu­rés et détour­nés de leur pro­pos et de leur véri­table signi­fi­ca­tion : «Il ouvrit sans hâte l’un des épais dos­siers [de la Répu­blique isla­mique], en reti­ra un feuillet, l’examina et, tout d’un coup, s’écria : “Enfer­mez cette femme dans un sac de jute et jetez-lui des pierres jusqu’à ce qu’elle crève comme un chien… Que le père étrangle son fils de ses propres mains… Vio­lez la fillette de douze ans mal­gré son repen­tir et, entre ses jambes, tirez son foie”»

* Dans Mathieu Lin­don, «L’Enfer para­di­siaque d’Ali Erfan». Haut

** «Le Der­nier Poète du monde», p. 11. Haut

*** id. p. 82. Haut

Pakravan, «Ombres du vent : récit. [Tome I]. Lumière de mes yeux»

éd. Parallèles, McLean

éd. Paral­lèles, McLean

Il s’agit des mémoires en langue fran­çaise de Mme Fate­meh Pakra­van racon­tant en trois par­ties l’histoire de son père, inti­tu­lée «Lumière de mes yeux»; celle de sa mère, inti­tu­lée «Le Visage de ma mère»; et avec «Le Soleil écla­té», celle de son mari M. le géné­ral Has­san Pakra­van. Issus de familles per­sanes aux ori­gines mul­tiples, M. et Mme Pakra­van étaient des Ira­niens de pro­fonde culture fran­çaise, demeu­rés irré­duc­ti­ble­ment à la croi­sée de l’Orient et de l’Occident. Le fran­çais était leur langue de pré­di­lec­tion, et Paris — une ville qui n’avait aucun secret pour eux. L’un et l’autre furent appe­lés à des fonc­tions émi­nentes en Iran : Mme Pakra­van fut direc­trice d’hôpital à Téhé­ran, avant d’être nom­mée Secré­taire géné­rale au Tou­risme; M. le géné­ral Pakra­van, fils de la roman­cière Emi­neh Pakra­van, élève des écoles d’artillerie de Poi­tiers et de Fon­tai­ne­bleau, ensei­gna à l’Académie mili­taire de Téhé­ran, où il eut comme élève le futur schah d’Iran. Ce der­nier lui confia divers postes diplo­ma­tiques, et sur­tout il le mit, à par­tir de 1961, à la tête de la SAVAK. M. le géné­ral Pakra­van ne tar­da pas à réfor­mer cette redou­table police poli­tique ira­nienne. Il se mon­tra phi­lo­sophe, huma­niste, ouvert sur le monde, là où ses pré­dé­ces­seurs avaient été ambi­tieux, bru­taux, san­gui­naires. Son hon­nê­te­té est res­tée dans les mémoires : un «saint», de l’avis même des oppo­sants au schah. Res­pec­té des intel­lec­tuels, il ten­ta de per­sua­der les meilleurs de tra­vailler pour lui; il pro­mit aux autres de ne pas gêner leurs tra­vaux. Il contrô­lait en per­ma­nence l’intégrité de ses employés : on raconte qu’un jour, alors qu’il visi­tait un lieu de déten­tion, il enten­dit des gémis­se­ments. Il se diri­gea vers la cel­lule d’où pro­ve­naient les plaintes. Un pri­son­nier y était allon­gé. «Que se passe-t-il?», deman­da-t-il. «J’ai été frap­pé», répon­dit le pri­son­nier en lui mon­trant ses che­villes enflées. Aus­si­tôt M. le géné­ral Pakra­van fit ali­gner les geô­liers devant le pri­son­nier, qui d’un geste en dési­gna un. Et devant l’assistance médu­sée, le chef de la SAVAK gifla le res­pon­sable en lui disant : «Tu sais bien que j’ai inter­dit qu’on mal­traite les pri­son­niers! Tu feras dix jours d’arrêts de rigueur!»* Bon nombre d’opposants lui doivent la liber­té et la vie, dont en pre­mier lieu l’ayatollah Kho­mei­ny. On sait de quelle façon scan­da­leuse ce der­nier le remer­cia : il le fit fusiller peu après la chute du schah en 1979, comme il fit fusiller un mil­lier d’autres géné­raux, offi­ciers et sous-offi­ciers. «Quand le corps de son père fut ren­du à Karim Pakra­van, [le régime isla­mique] eut cette phrase ter­rible : “Il était pour nous plus dan­ge­reux vivant que mort”», rap­porte un jour­na­liste**. «Inter­dic­tion fut faite aux cime­tières ira­niens d’accepter le corps du mar­tyr, qui n’avait pas le droit à une sépul­ture décente. Pen­dant trois jours et trois nuits, le fils pro­me­na le corps de son père de vil­lage en bour­gade à la recherche d’un lieu d’enterrement. Fina­le­ment… aux portes du désert, sous un arbre, le fils ense­ve­lit son père.»

* Dans Chris­tian Delan­noy, «SAVAK». Haut

** M. Frei­doune Saheb­jam. Haut

Farrokhzad, «La Conquête du jardin : poèmes (1951-1965)»

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

éd. Lettres per­sanes, coll. Nou­velle Poé­sie per­sane, Paris

Il s’agit des poèmes de Mme Forough Far­ro­kh­zad*, «l’enfante ter­rible» de la poé­sie per­sane, une des écri­vaines les plus dis­cu­tées de l’Iran, morte dans un acci­dent tra­gique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consa­cra tout son être à la poé­sie — l’on peut même dire qu’elle se sacri­fia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en fai­sait — en expri­mant sans aucune rete­nue ses émois fémi­nins dans une socié­té ira­nienne qui refu­sait aux femmes de culti­ver leurs talents et leurs goûts. Elle esti­mait qu’un poème ne méri­tait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibra­tions de son âme. La moder­ni­té de Forough lais­sa rare­ment les lec­teurs impar­tiaux : elle sus­ci­ta une forte atti­rance ou une vive aver­sion; une hos­ti­li­té exa­gé­rée ou un éloge exal­té. Alors que les uns la consi­dé­raient comme une femme dépra­vée, dan­ge­reuse dans ses paroles et dans la pra­tique de son art; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne cultu­relle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conven­tions, était à la recherche de pro­grès éman­ci­pa­teur. «Je vou­lais être “une femme” et “un être humain”. Je vou­lais dire que j’avais le droit de res­pi­rer, de crier… Les autres vou­laient étouf­fer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poi­trine», dit-elle**. Elle savait qu’en pre­nant une atti­tude de défi, elle se ferait beau­coup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des rup­tures; mais elle croyait qu’il fal­lait enfin bri­ser les bar­rières et tenir droit face aux agi­ta­tions des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la pre­mière fois dans un poème inti­tu­lé «Le Péché» («Gonâh»***) :

«J’ai péché, péché dans le plai­sir,
Dans des bras chauds et enflam­més.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brû­lants et ran­cu­niers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regar­dé ses yeux pleins de mys­tère,
Et des sup­pli­ca­tions de ses yeux
Mon cœur, impa­tiem­ment, a trem­blé…
»

* En per­san فروغ فرخزاد. Par­fois trans­crit Foruq Far­roxzâd, Forugh Far­ro­kh­zod, Forugh Far­ro­khzād , Furugh Far­ru­kha­zad ou Furugh Far­ru­kh­zad. Haut

** «La Nuit lumi­neuse», p. 189-190. Haut

*** En per­san «گناه». Haut

Farrokhzad, «La Nuit lumineuse : écrits»

éd. Lettres persanes, Arcueil

éd. Lettres per­sanes, Arcueil

Il s’agit des lettres et entre­tiens de Mme Forough Far­ro­kh­zad*, «l’enfante ter­rible» de la poé­sie per­sane, une des écri­vaines les plus dis­cu­tées de l’Iran, morte dans un acci­dent tra­gique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consa­cra tout son être à la poé­sie — l’on peut même dire qu’elle se sacri­fia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en fai­sait — en expri­mant sans aucune rete­nue ses émois fémi­nins dans une socié­té ira­nienne qui refu­sait aux femmes de culti­ver leurs talents et leurs goûts. Elle esti­mait qu’un poème ne méri­tait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibra­tions de son âme. La moder­ni­té de Forough lais­sa rare­ment les lec­teurs impar­tiaux : elle sus­ci­ta une forte atti­rance ou une vive aver­sion; une hos­ti­li­té exa­gé­rée ou un éloge exal­té. Alors que les uns la consi­dé­raient comme une femme dépra­vée, dan­ge­reuse dans ses paroles et dans la pra­tique de son art; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne cultu­relle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conven­tions, était à la recherche de pro­grès éman­ci­pa­teur. «Je vou­lais être “une femme” et “un être humain”. Je vou­lais dire que j’avais le droit de res­pi­rer, de crier… Les autres vou­laient étouf­fer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poi­trine», dit-elle**. Elle savait qu’en pre­nant une atti­tude de défi, elle se ferait beau­coup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des rup­tures; mais elle croyait qu’il fal­lait enfin bri­ser les bar­rières et tenir droit face aux agi­ta­tions des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la pre­mière fois dans un poème inti­tu­lé «Le Péché» («Gonâh»***) :

«J’ai péché, péché dans le plai­sir,
Dans des bras chauds et enflam­més.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brû­lants et ran­cu­niers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regar­dé ses yeux pleins de mys­tère,
Et des sup­pli­ca­tions de ses yeux
Mon cœur, impa­tiem­ment, a trem­blé…
»

* En per­san فروغ فرخزاد. Par­fois trans­crit Foruq Far­roxzâd, Forugh Far­ro­kh­zod, Forugh Far­ro­khzād , Furugh Far­ru­kha­zad ou Furugh Far­ru­kh­zad. Haut

** «La Nuit lumi­neuse», p. 189-190. Haut

*** En per­san «گناه». Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome VII»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome VI»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut