Sepehri, « Histoires de lune, d’eau et de vent : poèmes »

éd. Maelström réévolution, Bruxelles

éd. Mael­ström ré­évo­lu­tion, Bruxelles

Il s’agit d’une an­tho­lo­gie de M. Soh­rab Se­pehri1, ar­tiste in­égalé de l’Iran mo­derne. Peintre et poète à la fois, il est tout aussi im­pré­gné de poé­sie dans sa pein­ture, qu’il est peintre dans ses élans poé­tiques. Son trait dis­tinc­tif est un sens spé­cial de la na­ture, qui voit l’âme dans le de­hors et le de­hors dans l’âme et qui ex­prime l’un par l’autre les deux mondes ou­verts de­vant lui. Là est la rai­son de cette écri­ture mys­tique, par la­quelle M. Se­pehri re­pré­sente une idée sous l’image d’une li­bel­lule, d’un peu­plier aux feuilles mur­mu­rantes, d’une al­lée boi­sée, etc., propre à la rendre plus sen­sible et plus frap­pante que si elle était pré­sen­tée di­rec­te­ment. En ef­fet, la poé­sie de M. Se­pehri n’est autre chose qu’un sym­bo­lisme, un al­lé­go­risme conti­nuel, ana­logue au songe d’un en­fant :

« “Où est la de­meure de l’Ami ?”
C’est à l’aurore que re­ten­tit la voix du ca­va­lier…
Mon­trant du doigt un peu­plier blanc, [un pas­sant ré­pon­dit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boi­sée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aussi bleu que
Le plu­mage de la sin­cé­rité.
Tu iras jusqu’au fond de cette al­lée…
Au pied de la fon­taine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité on­du­lante de cet es­pace sa­cré
Tu en­ten­dras un cer­tain bruis­se­ment :
Tu ver­ras un en­fant per­ché au-des­sus d’un pin ef­filé,
Dé­si­reux de ra­vir la cou­vée du nid de la lu­mière
Et tu lui de­man­de­ras :
— Où est la de­meure de l’Ami ?”
 »2

un sym­bo­lisme, un al­lé­go­risme conti­nuel, ana­logue au songe d’un en­fant

M. Se­pehri na­quit dans la ville de Qom en 1928. Il était en­core pe­tit quand son père l’initia à la pein­ture. « La pein­ture consti­tuait ma prière. J’étais pas­sionné, et ma pas­sion n’avait pas de tech­nique », dit M. Se­pehri3. Sa mai­son se trou­vait au bord du dé­sert. Tous ses rêves por­taient sur le dé­sert. Son père et ses oncles étaient chas­seurs, et il les ac­com­pa­gnait à la chasse. Cette ac­ti­vité ne lui plut ja­mais, mais ce fut elle qui l’attira vers la plaine avant l’aube et qui in­suf­fla dans son cœur mille sen­sa­tions di­verses. « C’est en chas­sant que je dé­cou­vris le corps nu de la na­ture », dit M. Se­pehri4. « J’ai glissé mes mains sur la peau des arbres. Je me suis lavé les mains et le vi­sage dans l’eau cou­rante ; je me suis laissé al­ler dans le vent. Je brû­lais de la pas­sion de contem­pler. » En 1946, M. Se­pehri trouva un em­ploi dans l’Éducation na­tio­nale. Sa ren­contre avec un jeune poète qui tra­vaillait avec lui, M. Mo­sh­fegh Kâ­shânî, donna une nou­velle cou­leur à sa vie. « Je com­po­sais des gha­zels, et il cor­ri­geait leurs dé­fauts et leurs fai­blesses… Ses sug­ges­tions me gui­daient. J’écrivais tous les soirs », dit M. Se­pehri5. La na­ture l’occupait déjà tout en­tier. « J’aime les pierres. Il me semble que l’on peut tendre, à l’abri de la pierre, une em­bus­cade à l’éternité. [Je me sens] uni aux peu­pliers. Le corps des peu­pliers s’accorde bien avec les courbes et les pentes des col­lines… L’oiseau peint doit pou­voir s’envoler hors du temps. La fleur peinte aussi doit pous­ser dans l’éternité », dit M. Se­pehri6.

Voici un pas­sage qui don­nera une idée de la ma­nière de M. Se­pehri :
« Je suis mu­sul­man
Ma Ka‘ba à moi est une rose rouge
Mon lieu de dé­vo­tion — une source pure
Ma pierre de prière — un éclat de lu­mière à mon front
Mon ta­pis de ri­tuel — un jar­din plein de fleurs
Mes ablu­tions — la cou­lée de lu­mière qui mi­roite à tra­vers les fe­nêtres…
Je me mets à prier quand le vent ap­pelle le fi­dèle,
Que sa voix se fait en­tendre à la cime du cy­près.
Je me mets à prier lorsque chaque herbe, telle un mi­na­ret, ap­pelle à la prière,
Lorsque la vague qui s’élève me dit : “Lève-toi et prie”
 »7.

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Anne-Ma­rie Mo­vas­sa­ghi et Ha­mid-Reżā Chaïri, « Un Poète contem­po­rain : Sohrāb Sé­pehri » dans « Lu­qmān », vol. 7, no 2, p. 81-90.
  1. En per­san سهراب سپهری. Haut
  2. « Oa­sis d’émeraude ; in­tro­duc­tion et tra­duc­tion de Da­ryush Shaye­gan », p. 43. Haut
  3. « L’Orient du cha­grin ; tra­duit du per­san par Ja­lal Ala­vi­nia en col­la­bo­ra­tion avec Thé­rèse Ma­rini », p. 15. Haut
  4. id. p. 11. Haut
  1. id. p. 16. Haut
  2. id. p. 81-82. Haut
  3. p. 89. Haut