Mot-clefpoésie persane

sujet

Sepehri, « Histoires de lune, d’eau et de vent : poèmes »

éd. Maelström réévolution, Bruxelles

Il s’agit d’une anthologie de M. Sohrab Sepehri*, artiste inégalé de l’Iran moderne. Peintre et poète à la fois, il est tout aussi imprégné de poésie dans sa peinture, qu’il est peintre dans ses élans poétiques. Son trait distinctif est un sens spécial de la nature, qui voit l’âme dans le dehors et le dehors dans l’âme et qui exprime l’un par l’autre les deux mondes ouverts devant lui. Là est la raison de cette écriture mystique, par laquelle M. Sepehri représente une idée sous l’image d’une libellule, d’un peuplier aux feuilles murmurantes, d’une allée boisée, etc., propre à la rendre plus sensible et plus frappante que si elle était présentée directement. En effet, la poésie de M. Sepehri n’est autre chose qu’un symbolisme, un allégorisme continuel, analogue au songe d’un enfant :

« “Où est la demeure de l’Ami ?”
C’est à l’aurore que retentit la voix du cavalier…
Montrant du doigt un peuplier blanc, [un passant répondit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boisée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aussi bleu que
Le plumage de la sincérité.
Tu iras jusqu’au fond de cette allée…
Au pied de la fontaine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité ondulante de cet espace sacré
Tu entendras un certain bruissement :
Tu verras un enfant perché au-dessus d’un pin effilé,
Désireux de ravir la couvée du nid de la lumière
Et tu lui demanderas :
— Où est la demeure de l’Ami ?”
 »

* En persan سهراب سپهری. Haut

« Un Opuscule de Khwāja ‘Abdallāh Anṣārī concernant les bienséances des soufis »

dans « Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale », vol. 59, p. 203-239

Il s’agit de l’« Abrégé concernant les bienséances des soufis et de ceux qui cheminent dans la voie de Dieu » (« Mokhtasar fî âdâb al-sûfiyya wa-l-sâlikîn li-tarîq al-Haqq »*) de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî**, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî*** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî****), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »*****. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En arabe « مختصرفى آداب الصوفية و السالكين الطريق الحق ». Parfois transcrit « Mokhtaṣar fī ādāb aṣ-ṣūfiyya wa-s-sālikīn li-ṭarīq al-Ḥaqq ». Haut

** En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

*** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

**** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

***** no 108. Haut

« Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī (1006-1089 apr. J.-C.) : mystique hanbalite »

éd. Imprimerie catholique, coll. Recherches publiées sous la direction de l’Institut de lettres orientales de Beyrouth, Beyrouth

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) et autres œuvres de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî*, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî***), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »****. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

*** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

**** no 108. Haut

Ansârî, « Chemin de Dieu : trois traités spirituels »

éd. Sindbad, coll. La Bibliothèque de l’islam, Paris

Il s’agit des « Cent terrains » (« Sad maydân »*), des « Étapes des itinérants vers Dieu » (« Manâzil al-sâ’irîn »**) et autres œuvres de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî***, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî**** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî*****), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »******. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En persan « صد میدان ». Parfois transcrit « Ṣad maidān ». Haut

** En arabe « منازل السائرين ». Parfois transcrit « Manâzelossâérin » ou « Manâzel ussâ’erîn ». Haut

*** En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

**** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

***** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

****** no 108. Haut

Ansârî, « Cris du cœur, “Munâjât” »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

Il s’agit des « Cris du cœur » (« Monâjât »*, littéralement « Oraisons improvisées ») de Khwâdja ‘Abdullâh Ansârî**, mystique musulman né en l’an 1006 apr. J.-C. dans la ville de Hérat, dans l’actuel Afghanistan ; surnommé pour cette raison Harawî*** (« l’homme de Hérat »). Peu connu en Occident, n’ayant laissé chez les Arabes que le souvenir d’un polémiste virulent qui « passait à l’injure dès qu’il constatait la moindre divergence de vues avec son interlocuteur » (selon Ibn Rajab Baghdâdî****), Ansârî n’a pas cessé pourtant de rayonner sur les peuples de langue persane, pour lesquels il représente l’un des plus anciens monuments de leur prose. Pour le peuple afghan surtout qui partage sa culture et sa finesse, en même temps que son tempérament bouillant et altier, il demeure un protecteur et un intercesseur. Sa tombe à Hérat reste l’objet de pèlerinages, et les napperons de soie rêche que l’on aime y offrir aux hôtes étrangers, portent, encadrés d’une mosquée stylisée, ses « Cris du cœur » ; celui-ci par exemple : « Mon Dieu ! Tu es dans les soupirs des hommes généreux, et présent dans les cœurs de ceux qui se souviennent. On dit que tu es près, et tu es bien plus que cela ; on dit que tu es loin, et tu es plus proche que l’âme ! Je ne sais si tu es dans l’âme, ou si l’âme même c’est toi. À vrai dire, tu n’es ni ceci ni cela. À l’âme il faut la vie, et cette vie c’est toi »*****. Enfant prodige qui maniait le persan et l’arabe avec une égale aisance, en une prose rythmée, Ansârî vivait dans un siècle extrêmement agité, où s’écroulait l’Empire ghaznévide et naissait l’Empire seldjoukide ; où s’entrechoquaient les idées, souvent avec violence. Il s’engagea à fond dans les polémiques de son temps, tout en étudiant les sciences religieuses. Une rencontre bouleversante avec Kharaqânî, un vieux soufi illettré qui lira dans les lettres de son cœur, réveillera en lui une foi sans faille qui motivera ses travaux, qui fournira la trame de son enseignement spirituel et qui soutiendra son courage dans la lutte et persécutions menées par ses adversaires. Devenu aveugle sur la fin de sa vie, il dictera ses ouvrages les plus imposants à des disciples jeunes et fervents au cours de promenades au milieu de tulipes.

* En persan « مناجات ». Autrefois transcrit « Monâdjât », « Munādjāt » ou « Munâjât ». Haut

** En persan خواجه عبدالله انصاری. Autrefois transcrit Khawâdjâ ‘Abd Allâh Ansârî, Khwâja Abdallah Ançâri ou Khajeh Abdollah Ansari. Haut

*** En arabe هروي. Parfois transcrit Heravī ou Herawi. Haut

**** Dans « Khwādja ‘Abdullāh Anṣārī : mystique hanbalite », p. 130. Haut

***** no 108. Haut

Nezâmî, « Layla et Majnûn »

éd. Fayard, Paris

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ »*, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir »**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ». Haut

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ». Haut

Iqbal, « La Métaphysique en Perse »

éd. Actes Sud, coll. Bibliothèque de l’islam, Arles

Il s’agit de Mohammad Iqbal*, chef spirituel de l’Inde musulmane, penseur et protagoniste d’un islam rénové. Son génie très divers s’exerça aussi bien dans la poésie que dans la philosophie, et s’exprima avec une égale maîtrise en prose et en vers, en ourdou et en persan. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consacrées à son sujet. Cette influence, qui se concentre principalement au Pakistan, dont il favorisa la création, et où il jouit d’un extraordinaire prestige, déborde cependant sur tout le monde islamique. Rabindranath Tagore connut fort bien ce compatriote indien, porte-parole de la modernité, sur qui, au lendemain de sa mort, il publia le message suivant : « La mort de M. Mohammad Iqbal creuse dans la littérature un vide qui, comme une blessure profonde, mettra longtemps à guérir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut difficilement se passer d’un poète dont la poésie a une valeur aussi universelle ». Quelle était la situation quand Iqbal, sa thèse de doctorat « La Métaphysique en Perse »** tout juste terminée, commença à approfondir et tenta de résoudre les problèmes des États gouvernés par l’islam, qui le tourmentaient depuis quelques années déjà ? Les habitants de ces États, oublieux de leur gloire passée, se trouvaient plongés dans une sorte de somnolence morne, faite de lassitude et de découragement :

« La musique qui réchauffait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est brisé…
Le musulman se lamente sous le porche de la mosquée
 »

* En ourdou محمد اقبال. Parfois transcrit Mohammed Eqbâl, Mohamad Eghbal, Mouhammad Iqbâl ou Muhammad Ikbal. Haut

** En anglais « The Development of Metaphysics in Persia ». Haut

Iqbal, « Reconstruire la pensée religieuse de l’islam »

éd. du Rocher-UNESCO, coll. UNESCO d’œuvres représentatives, Monaco-Paris

Il s’agit de Mohammad Iqbal*, chef spirituel de l’Inde musulmane, penseur et protagoniste d’un islam rénové. Son génie très divers s’exerça aussi bien dans la poésie que dans la philosophie, et s’exprima avec une égale maîtrise en prose et en vers, en ourdou et en persan. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consacrées à son sujet. Cette influence, qui se concentre principalement au Pakistan, dont il favorisa la création, et où il jouit d’un extraordinaire prestige, déborde cependant sur tout le monde islamique. Rabindranath Tagore connut fort bien ce compatriote indien, porte-parole de la modernité, sur qui, au lendemain de sa mort, il publia le message suivant : « La mort de M. Mohammad Iqbal creuse dans la littérature un vide qui, comme une blessure profonde, mettra longtemps à guérir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut difficilement se passer d’un poète dont la poésie a une valeur aussi universelle ». Quelle était la situation quand Iqbal, sa thèse de doctorat « La Métaphysique en Perse »** tout juste terminée, commença à approfondir et tenta de résoudre les problèmes des États gouvernés par l’islam, qui le tourmentaient depuis quelques années déjà ? Les habitants de ces États, oublieux de leur gloire passée, se trouvaient plongés dans une sorte de somnolence morne, faite de lassitude et de découragement :

« La musique qui réchauffait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est brisé…
Le musulman se lamente sous le porche de la mosquée
 »

* En ourdou محمد اقبال. Parfois transcrit Mohammed Eqbâl, Mohamad Eghbal, Mouhammad Iqbâl ou Muhammad Ikbal. Haut

** En anglais « The Development of Metaphysics in Persia ». Haut

Bâbâ Tâhir, « “Le Génie du millénaire” : cent quatrains lyriques »

éd. L’Harmattan, coll. Poètes des cinq continents, Paris

éd. L’Harmattan, coll. Poètes des cinq continents, Paris

Il s’agit de Bâbâ Tâhir*, poète persan, dont la simplicité des sentiments et du vocabulaire fait le charme de ses quatrains. On sait peu de choses sur lui ; on ignore même le temps où il vécut (entre le Xe et XIIe siècle apr. J.-C. probablement). Il était un de ces derviches errants, ces fous de Dieu qui passent pour saints en Orient, et que pour cela, tout le monde révère et respecte. Le surnom de ‘Uryân** (« le Nu ») sous lequel il est désigné, lui vient, disent certains, de ce qu’il se promenait sans vêtements dans les bazars et dans les rues ; mais il est tout aussi vraisemblable qu’il vivait dans le dénuement ou le renoncement, plutôt que dans la complète nudité : « Je suis le bohème mystique qu’on appelle “qalender” ; je n’ai ni feu ni lieu, nul point d’attache », dit-il. « Le jour, j’erre autour du monde, et la nuit, je m’endors une brique sous la tête… Il n’y a point dans l’univers de papillon aussi étourdi, de fou aussi étrange que moi. Les serpents et les fourmis ont tous une retraite, mais moi je n’ai pas même — infortuné ! — le mur d’une maison en ruines »***. En tout cas, l’on constate que son mysticisme ne lui épargna ni les tourments de l’amour ni les angoisses causées par la pensée de la mort. Il est, d’ailleurs, un des premiers derviches à avoir décrit ses transports amoureux dans la langue persane : « Le colchique des montagnes ne dure qu’une semaine, ainsi que la violette des bords de la rivière ; je veux crier, de ville en ville, que la fidélité des belles aux joues rosées ne dure qu’une semaine… Mon cœur est plein de feu, mes yeux pleins de larmes ; ma vie n’est qu’un vase rempli de tristesses et d’ennuis. Eh bien ! si, après ma mort, tu viens à passer près de ma tombe, ton parfum me rendra la vie »

* En persan باباطاهر. Parfois transcrit Bâbâ Tâher. Haut

** En persan عریان. Parfois transcrit Uriyan, ‘Oriyān ou Oryân. Haut

*** Traduction de Clément Huart, p. 516 & 528. Haut

Farrokhzad, « La Conquête du jardin : poèmes (1951-1965) »

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

Il s’agit des poèmes de Mme Forough Farrokhzad*, « l’enfante terrible » de la poésie persane, une des écrivaines les plus discutées de l’Iran, morte dans un accident tragique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consacra tout son être à la poésie — l’on peut même dire qu’elle se sacrifia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en faisait — en exprimant sans aucune retenue ses émois féminins dans une société iranienne qui refusait aux femmes de cultiver leurs talents et leurs goûts. Elle estimait qu’un poème ne méritait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibrations de son âme. La modernité de Forough laissa rarement les lecteurs impartiaux : elle suscita une forte attirance ou une vive aversion ; une hostilité exagérée ou un éloge exalté. Alors que les uns la considéraient comme une femme dépravée, dangereuse dans ses paroles et dans la pratique de son art ; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne culturelle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conventions, était à la recherche de progrès émancipateur. « Je voulais être “une femme” et “un être humain”. Je voulais dire que j’avais le droit de respirer, de crier… Les autres voulaient étouffer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poitrine », dit-elle**. Elle savait qu’en prenant une attitude de défi, elle se ferait beaucoup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des ruptures ; mais elle croyait qu’il fallait enfin briser les barrières et tenir droit face aux agitations des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la première fois dans un poème intitulé « Le Péché » (« Gonâh »***) :

« J’ai péché, péché dans le plaisir,
Dans des bras chauds et enflammés.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brûlants et rancuniers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regardé ses yeux pleins de mystère,
Et des supplications de ses yeux
Mon cœur, impatiemment, a tremblé…
 »

* En persan فروغ فرخزاد. Parfois transcrit Foruq Farroxzâd, Forugh Farrokhzod, Forugh Farrokhzād , Furugh Farrukhazad ou Furugh Farrukhzad. Haut

** « La Nuit lumineuse », p. 189-190. Haut

*** En persan « گناه ». Haut

Farrokhzad, « La Nuit lumineuse : écrits »

éd. Lettres persanes, Arcueil

éd. Lettres persanes, Arcueil

Il s’agit des lettres et entretiens de Mme Forough Farrokhzad*, « l’enfante terrible » de la poésie persane, une des écrivaines les plus discutées de l’Iran, morte dans un accident tragique à trente-deux ans (XXe siècle). Elle consacra tout son être à la poésie — l’on peut même dire qu’elle se sacrifia pour elle et pour l’idée qu’elle s’en faisait — en exprimant sans aucune retenue ses émois féminins dans une société iranienne qui refusait aux femmes de cultiver leurs talents et leurs goûts. Elle estimait qu’un poème ne méritait ce nom que lorsqu’on y jetait la flamme de son cœur et les vibrations de son âme. La modernité de Forough laissa rarement les lecteurs impartiaux : elle suscita une forte attirance ou une vive aversion ; une hostilité exagérée ou un éloge exalté. Alors que les uns la considéraient comme une femme dépravée, dangereuse dans ses paroles et dans la pratique de son art ; les autres, au contraire, la voyaient en héroïne culturelle, en rebelle qui, ayant fait l’expérience de la ruine des conventions, était à la recherche de progrès émancipateur. « Je voulais être “une femme” et “un être humain”. Je voulais dire que j’avais le droit de respirer, de crier… Les autres voulaient étouffer mes cris sur mes lèvres et mon souffle dans ma poitrine », dit-elle**. Elle savait qu’en prenant une attitude de défi, elle se ferait beaucoup d’ennemis, qu’elle s’attirerait des ennuis et des ruptures ; mais elle croyait qu’il fallait enfin briser les barrières et tenir droit face aux agitations des faux dévots. C’est ce qu’elle fit pour la première fois dans un poème intitulé « Le Péché » (« Gonâh »***) :

« J’ai péché, péché dans le plaisir,
Dans des bras chauds et enflammés.
J’ai péché, péché dans des bras de fer,
Dans des bras brûlants et rancuniers.
Dans ce lieu calme, sombre et muet,
J’ai regardé ses yeux pleins de mystère,
Et des supplications de ses yeux
Mon cœur, impatiemment, a tremblé…
 »

* En persan فروغ فرخزاد. Parfois transcrit Foruq Farroxzâd, Forugh Farrokhzod, Forugh Farrokhzād , Furugh Farrukhazad ou Furugh Farrukhzad. Haut

** « La Nuit lumineuse », p. 189-190. Haut

*** En persan « گناه ». Haut

« Mas’oud : poète persan et hindoui »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Mas’oud-i Saad-i Selmân*, illustre poète persan, qui subit dans son âge mûr près de vingt ans d’emprisonnement sous les règnes successifs de trois rois (XIe-XIIe siècle). Les souffrances endurées pendant son incarcération prêtent à ses vers des accents d’une force, d’une intensité, d’une sincérité telles, qu’il nous arrive parfois, en les lisant, de sentir nos cheveux se dresser sur notre tête, et les larmes nous venir aux yeux. « Tout critique impartial reconnaît quel haut degré d’éloquence et d’inspiration Mas’oud atteint en ses poèmes de captivité », dit Nezâmî ‘Arûzî**. La famille de Mas’oud était originaire d’Hamadan (Iran) ; mais son père, Khâja Saad ben Selmân, alla résider à Lahore (Pakistan), où il jouit longtemps de la faveur des rois ghaznévides et remplit quelques postes élevés sous leur gouvernement. Mas’oud hérita des honneurs de son père ; mais, par suite d’intrigues de Cour et à cause, dit-on, de son attachement au prince Saïf uddaula Mahmoud, qui fut accusé de trahison, il fut arrêté et enchaîné par le roi en 1079 ou 1080 apr. J.-C. dans la citadelle de Nâï***. Ce nom de Nâï, qui signifie « roseau » ou « flûte de roseau » en persan, donna naissance à des jeux de mots tout à fait fascinants dans les vers de notre poète : « Mon cœur gémit, comme gémit le roseau de la flûte, prisonnier que je suis dans cette citadelle de Nâï… Quoi d’autre que plaintes peut apporter l’air de Nâï ? Le destin m’eût déjà tué à force de douleurs et de souffrances, si ma vie n’avait pour lien la poésie vivifiante. Non, non, ma grandeur s’est accrue de toute la hauteur de la citadelle de Nâï ! »**** En vain, ce rossignol chanta dans sa cage de fer ; en vain, ses vers furent lus au roi. Ce dernier les écouta, mais n’en fut point ému ; il quitta le monde en laissant en captivité notre poète, qui ne fut libéré que la soixantaine passée. Dégoûté d’une Cour dont il n’avait reçu que des injustices et des mortifications, Mas’oud passa le reste de ses jours dans les paisibles fonctions de bibliothécaire. « Combien de poèmes, brillants comme des joyaux et précieux comme des perles, naquirent de cette nature ardente et ne furent jamais agréés ! », dit Nezâmî ‘Arûzî. « Le déshonneur en restera sur la grande maison [ghaznévide]… Le malheur de Mas’oud vint à son terme, tandis que le déshonneur restera sur cette dynastie jusqu’au jour de la résurrection. »

* En persan مسعود سعد سلمان. Parfois transcrit Mas’ûd-i Sa’d Salmân, Maç’ûd-i Sa’ad Salmân, Mas‘ud-e Sa‘d-e Salmān, Masood Said Salman, Masoud Sa’ad Salman ou Maç’oud-i Sa’ad-i Selman. À ne pas confondre avec Saadi, l’auteur du « Gulistan » et du « Boustan », qui vécut un siècle plus tard. Haut

** « Les Quatre Discours ; traduit du persan par Isabelle de Gastines », p. 92. Haut

*** Cette citadelle se trouvait quelque part au Waziristan, d’après Nezâmî ‘Arûzî. Haut

**** En persan

« نالم ز دل چو نای من اندر حصار نای…
جز ناله های زار چه آرد هوای نای
گردون به درد و رنج مرا کشته بود اگر
پیوند عمر من نشدی نظم جانفزای
نه نه ز حصن نای بیفزود جاه من
 ».

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Firdousi, « Le Livre des rois. Tome VII »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des rois » (« Schah-nameh »*) d’Aboulkasim Firdousi** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chanson de geste de soixante mille distiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses origines jusqu’à l’époque où la puissance de ses monarques croula sous les armes des Arabes musulmans. La première partie, légendaire et pleine de merveilleux, est la seule véritablement épique ; la seconde, relative à la Perse sassanide, est une succession de règnes historiques, auxquels président des rois, des héros particuliers à chacun d’eux : plutôt qu’avec l’épopée, elle offre des analogies avec « quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou certaines histoires de France », comme le dit Étienne Quatremère***. Avec « Le Livre des rois », la vieille culture persane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refoulé, pour quelque temps, cette culture dans les villages, où elle s’était conservée avec tout un ensemble de traditions et de légendes tenant lieu de souvenirs nationaux. « L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mortel. L’arabe ne réussit à être que la langue de la religion. Aussitôt que le califat s’affaiblit, une réaction persane — d’abord sourde, bientôt ouverte — se manifeste », explique Ernest Renan****. Avec Firdousi, la Perse reprend sa complète indépendance dans l’islam. Mais ce qui fait surtout le caractère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les considérations politiques et morales par lesquelles il termine chaque catastrophe, chaque choc des peuples, chaque effondrement des royaumes. Il y a une belle mélancolie et une sorte de sagesse résignée dans ces réflexions par lesquelles il interrompt un moment la course des événements. « Ô monde ! », dit l’une d’elles*****, « n’élève personne si tu veux le moissonner après ! Si tu l’enlèves, pourquoi l’as-tu élevé ? Tu hausses un homme au-dessus du firmament, mais tout à coup tu le précipites sous la terre obscure. » « Kobad », dit une autre******, « n’avait plus que sept mois à vivre ; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la coutume de ce monde oppresseur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses promesses [de longévité]. »

* En persan « شاهنامه ». Parfois transcrit « Shah Namu », « Çahname », « Chahnamè », « Schehname », « Schah-namé », « Schahnama », « Schah-namah », « Shah-nameh », « Shah Name », « Shahnamah », « Shahnama », « Šāh-nāma », « Šāhnāmah », « Şehname », « Şāh-nāme » ou « Šah-nameh ». Haut

** En persan ابوالقاسم فردوسی. Parfois transcrit Firdawsi, Firdausī, Firdavsi, Firdovsi, Firdouçy, Firdocy, Firdoosee, Firdousee, Ferdousee, Ferdosee, Ferdoucy, Ferdowsī, Firdewsi, Firdevsî, Firdusi, Firdussi, Ferdusi, Firdôsî, Ferdossi, Firdoussi, Ferdoussi, Firdoussy, Firdousy, Ferdousy ou Ferdoussy. Haut

*** « Compte rendu sur “Le Livre des rois” », 1841, p. 398-399. Haut

**** « Le Schahnameh », p. 139. Haut

***** « Tome I », p. 32. Haut

****** « Tome VII », p. 287-288. Haut