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Firdousi, «Le Livre des rois. Tome VI»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome V»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Roûmî, «“Mathnawî” : la quête de l’absolu»

éd. du Rocher, Monaco

éd. du Rocher, Mona­co

Il s’agit du «Math­nawî»* de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «مثنوی». Par­fois trans­crit «Mes­né­vi», «Mes­ne­wi», «Meth­né­vi», «Mes­na­vi», «Mas­na­vi», «Mas­na­wi», «Maṯ­nawī» ou «Math­na­vi». Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut

Attar, «Les Sept Cités de l’amour»

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spi­ri­tua­li­tés vivantes, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du Divan (Recueil de poé­sies) de Férid-eddin Attar* (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»**; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»***. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

Haut

*** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

Haut

**** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

«Alexandre, le Macédonien iranisé : l’exemple du récit par Nezâmî (XIIe siècle)»

dans « Alexandre le Grand dans les littératures occidentales et proche-orientales » (éd. Université Paris X-Nanterre, coll. Littérales, Nanterre), p. 227-241

dans «Alexandre le Grand dans les lit­té­ra­tures occi­den­tales et proche-orien­tales» (éd. Uni­ver­si­té Paris X-Nan­terre, coll. Lit­té­rales, Nan­terre), p. 227-241

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Livre d’Alexandre le Grand»*Eskan­dar-nâmeh»**) de Nezâ­mî de Gand­jeh***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue per­sane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâ­mî fut le pre­mier qui rema­nia dans un sens roma­nesque le vieux fonds des tra­di­tions per­sanes. Sans se sou­cier d’en pré­ser­ver la pure­té et la cou­leur, il les amal­ga­ma libre­ment tan­tôt aux récits plus ou moins légen­daires des com­pi­la­teurs arabes, tan­tôt aux fic­tions des roman­ciers alexan­drins. Par sa sophis­ti­ca­tion poé­tique, il dépas­sa les uns et les autres. Ses œuvres les plus impor­tantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil inti­tu­lé «Kham­seh»****Les Cinq») en arabe ou «Pandj Gandj»*****Les Cinq Tré­sors») en per­san. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout hon­nête homme devait connaître, au point d’en pou­voir réci­ter des pas­sages entiers. Au sein de leur aire cultu­relle, à tra­vers cette immen­si­té qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débor­dait même sur l’Inde musul­mane, elles occu­paient une place équi­va­lente à celle qu’eut «L’Énéide» en Europe occi­den­tale. «Les mérites et per­fec­tions mani­festes de Nezâ­mî — Allah lui soit misé­ri­cor­dieux! — se passent de com­men­taires. Per­sonne ne pour­rait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Tré­sors”; bien plus, cela échappe au pou­voir du genre humain», dira Djâ­mî****** en choi­sis­sant de se faire peindre age­nouillé devant son illustre pré­dé­ces­seur.

* Par­fois tra­duit «His­toire fabu­leuse d’Alexandre le Grand» ou «Alexan­dréide». Haut

** En per­san «اسکندر‌نامه». Par­fois trans­crit «Secan­der-nameh», «Sekan­der Námah», «Sikan­der Nama», «Escander—namèh», «Eskan­der Nāmeh», «Iskan­der-namé», «Isken­der-nâmè», «Iskan­dar Nāma» ou «Sekan­dar-nâmeh». Haut

*** En per­san نظامی گنجوی. Par­fois trans­crit Nadha­mi, Nid­ha­mi, Niz­hâ­mî, Niz­ha­my, Niza­my, Niza­mi, Nishâ­mi, Nisa­my, Nisa­mi, Nezâ­my ou Nez­ha­mi. Haut

**** En arabe «خمسة». Par­fois trans­crit «Kham­sè», «Kham­sah», «Kham­sa», «Ham­sa», «Ham­sah», «Hamse», «Cham­seh» ou «Ham­seh». Haut

***** En per­san «پنج گنج». Par­fois trans­crit «Pendsch Kendj», «Pendch Kendj», «Pandsch Gandsch», «Pendj Guendj», «Penj Ghenj», «Pentch-Ghandj» ou «Panj Ganj». Haut

****** «Le Béhâ­ris­tân», p. 185-186. Haut

Firdousi, «Le Livre des rois. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre des rois» («Schah-nameh»*) d’Aboulkasim Fir­dou­si** (X-XIe siècle apr. J.-C.). Cette vaste chan­son de geste de soixante mille dis­tiques relate l’histoire de la Perse (l’Iran), depuis ses ori­gines jusqu’à l’époque où la puis­sance de ses monarques crou­la sous les armes des Arabes musul­mans. La pre­mière par­tie, légen­daire et pleine de mer­veilleux, est la seule véri­ta­ble­ment épique; la seconde, rela­tive à la Perse sas­sa­nide, est une suc­ces­sion de règnes his­to­riques, aux­quels pré­sident des rois, des héros par­ti­cu­liers à cha­cun d’eux : plu­tôt qu’avec l’épopée, elle offre des ana­lo­gies avec «quelques grands romans en vers du Moyen Âge, le “Roman de Brut”, celui de “Rou” ou cer­taines his­toires de France», comme le dit Étienne Qua­tre­mère***. Avec «Le Livre des rois», la vieille culture per­sane paraît au grand jour pour prendre sa revanche de la conquête arabe. Celle-ci avait refou­lé, pour quelque temps, cette culture dans les vil­lages, où elle s’était conser­vée avec tout un ensemble de tra­di­tions et de légendes tenant lieu de sou­ve­nirs natio­naux. «L’islamisme… fut un rude coup pour le vieil esprit, mais ce ne fut pas un coup mor­tel. L’arabe ne réus­sit à être que la langue de la reli­gion. Aus­si­tôt que le cali­fat s’affaiblit, une réac­tion per­sane — d’abord sourde, bien­tôt ouverte — se mani­feste», explique Ernest Renan****. Avec Fir­dou­si, la Perse reprend sa com­plète indé­pen­dance dans l’islam. Mais ce qui fait sur­tout le carac­tère de cet auteur et qui n’appartient qu’à lui, ce sont les consi­dé­ra­tions poli­tiques et morales par les­quelles il ter­mine chaque catas­trophe, chaque choc des peuples, chaque effon­dre­ment des royaumes. Il y a une belle mélan­co­lie et une sorte de sagesse rési­gnée dans ces réflexions par les­quelles il inter­rompt un moment la course des évé­ne­ments. «Ô monde!», dit l’une d’elles*****, «n’élève per­sonne si tu veux le mois­son­ner après! Si tu l’enlèves, pour­quoi l’as-tu éle­vé? Tu hausses un homme au-des­sus du fir­ma­ment, mais tout à coup tu le pré­ci­pites sous la terre obs­cure.» «Kobad», dit une autre******, «n’avait plus que sept mois à vivre; appelle-le donc “roi” si tu veux, ou “rien” si tu aimes mieux. Telle est la cou­tume de ce monde oppres­seur : il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tienne ses pro­messes [de lon­gé­vi­té].»

* En per­san «شاهنامه». Par­fois trans­crit «Shah Namu», «Çah­name», «Chah­na­mè», «Scheh­name», «Schah-namé», «Schah­na­ma», «Schah-namah», «Shah-nameh», «Shah Name», «Shah­na­mah», «Shah­na­ma», «Šāh-nāma», «Šāhnā­mah», «Şeh­name», «Şāh-nāme» ou «Šah-nameh». Haut

** En per­san ابوالقاسم فردوسی. Par­fois trans­crit Fir­daw­si, Fir­dausī, Fir­dav­si, Fir­dov­si, Fir­dou­çy, Fir­do­cy, Fir­doo­see, Fir­dou­see, Fer­dou­see, Fer­do­see, Fer­dou­cy, Fer­dowsī, Fir­dew­si, Fir­dev­sî, Fir­du­si, Fir­dus­si, Fer­du­si, Fir­dô­sî, Fer­dos­si, Fir­dous­si, Fer­dous­si, Fir­dous­sy, Fir­dou­sy, Fer­dou­sy ou Fer­dous­sy. Haut

*** «Compte ren­du sur “Le Livre des rois”», 1841, p. 398-399. Haut

**** «Le Schah­na­meh», p. 139. Haut

***** «Tome I», p. 32. Haut

****** «Tome VII», p. 287-288. Haut

Anvari, «Poème»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Odes» d’Anvari*, poète de langue per­sane, éga­le­ment connu sous le nom d’Anvari Abi­var­di**, car il naquit près d’Abivard, dans l’actuel Turk­mé­nis­tan (XIIe siècle apr. J.-C.). Ce fut le poète le plus brillant de la Cour du sul­tan Ahmad San­jar. Le style de ses com­po­si­tions est assez dif­fi­cile, et cer­taines de ses «Odes» ont besoin d’un com­men­taire pour être com­prises. L’ode, cepen­dant, est le genre où Anva­ri est regar­dé comme supé­rieur à tous les autres poètes per­sans, comme en témoigne ce dis­tique : «Par­mi les poètes, trois sont pro­phètes, en dépit de la parole de Maho­met : “Plus de pro­phète après moi!”; dans l’épopée Fir­dou­si, dans le gha­zel Saa­di, dans l’ode Anva­ri»***. On sait peu de chose sur sa vie, sauf les cir­cons­tances dans les­quelles il devint le poète offi­ciel du sul­tan. Les voi­ci, d’ailleurs. Moez­zi, qui le pré­cé­da dans ce poste, jouis­sait d’une telle mémoire qu’il lui suf­fi­sait d’entendre une ode une fois pour la rete­nir par cœur. Aus­si, chaque fois qu’un poète réci­tait une ode devant le sul­tan Ahmad San­jar, lorsque la pièce arri­vait à sa fin, plai­sait-elle à ce monarque, Moez­zi ne man­quait pas de s’écrier : «Il y a beau temps que j’ai com­po­sé cette poé­sie; d’ailleurs, elle est encore dans ma mémoire»****, et il la réci­tait du pre­mier au der­nier vers. Les poètes pré­ten­dants étaient plon­gés dans la stu­pé­fac­tion, ne sachant par quel moyen pré­sen­ter au sul­tan Ahmad San­jar des vers dont ce monarque fût per­sua­dé que Moez­zi n’était pas l’auteur. Anva­ri trou­va le stra­ta­gème sui­vant : il revê­tit des habits tout râpés et orna sa tête d’une aigrette extra­or­di­naire, puis se ren­dit avec un air de folie chez Moez­zi. «Je suis poète», lui dit-il, «et j’ai com­po­sé quelques vers en l’honneur du sul­tan; j’attends de vous que vous les lui décla­miez et que vous rece­viez pour mon compte un cadeau sérieux. — Récite-les-moi», répon­dit Moez­zi. Anva­ri com­men­ça en ces termes : «Vive le roi, vive le roi, vive le roi! Vive l’émir, vive l’émir, vive l’émir!», et il conti­nua à débi­ter d’autres bali­vernes de la même force. Moez­zi se figu­ra avoir affaire à un bouf­fon et lui dit : «Demain matin, trouve-toi à la Cour du sul­tan : je lui expo­se­rai ta situa­tion, et j’obtiendrai qu’il t’attache à son ser­vice». Le len­de­main, Anva­ri s’habilla avec conve­nance, se coif­fa d’un tur­ban élé­gant et entra dans le palais. Pris de court, Moez­zi ne put que dire : «Déclame-nous l’ode que tu as com­po­sée en l’honneur du sul­tan». Aus­si­tôt, Anva­ri réci­ta le début d’une ode pleine de com­pa­rai­sons auda­cieuses et de louanges superbes

* En per­san انوری. Autre­fois trans­crit Enwe­ri, Enve­ry, Enve­ri, Enver­ri, Anve­ri, Anve­ry, Anwe­ri, Anwe­ry, Anoua­ry, Anwa­ry ou Anwarī. Haut

** En per­san انوری ابیوردی. Haut

*** Dans Albert de Biber­stein Kazi­mirs­ki, «Anve­ri». Haut

**** «Notice sur le poète per­san Enve­ri», p. 242. Haut

Djâmî, «Medjnoun et Leïlâ : poème»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une ver­sion per­sane du «Maj­nûn et Lay­lâ»*, légende de l’amour impos­sible et par­fait, ou par­fait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répan­due en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célé­bri­té égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec les­quelles elle pré­sente plus d’un trait de res­sem­blance. «Il n’est pas si indif­fé­rent, pour­tant, de pen­ser que l’amour, bien avant de trou­ver le che­min de notre Occi­dent, avait chan­té si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots», explique M. André Miquel. Maj­nûn et Lay­lâ vivaient un peu après Maho­met. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à ali­men­ter l’amour, ain­si que la proxi­mi­té des camps, agglu­ti­nés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient don­ner natu­rel­le­ment aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tri­bus dif­fé­rentes l’occasion de se voir et faire naître les pas­sions les plus vives. Mais, en même temps, la néces­si­té de chan­ger fré­quem­ment de place, pour aller cher­cher au loin d’abondants pâtu­rages, devait contra­rier non moins sou­vent les amours nais­santes : «Déjà deux jeunes cœurs lan­guis­saient l’un pour l’autre; déjà leurs sou­pirs, aus­si brû­lants que l’air enflam­mé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes; la jeune fille, timide, s’éloigne len­te­ment en dévo­rant ses larmes, et son amant, res­té seul en proie à sa dou­leur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre déses­poir»**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Ara­bie Maj­nûn et Lay­lâ, mais aus­si Jamîl et Buthay­na, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Par­fois tra­duit «Mec­nun et Ley­lâ», «Megnoun et Leï­leh», «Magnoun et Leï­la», «Med­j­noun et Leï­lé», «Med­jnūn et Leylā», «Mad­j­noûn et Ley­lî», «Mad­j­noune et Lei­ly», «Mad­sch­nun et Lei­la», «Med­sch­nun et Lei­la», «Med­sch­noun et Lei­la», «Maj­noon et Lei­li», «Med­gnoun et Lei­leh», «Mej­noûn et Laï­la», «Mad­j­non et Lalé», «Maj­noune et Ley­la», «Maǧnūn et Laylā», «Maj­noun et Lai­li», «Muj­noon et Lai­li» ou «May­nun et Lay­la». Haut

** Antoine-Léo­nard de Ché­zy, «Pré­face au “Med­j­noun et Leï­lâ” de Djâ­mî». Haut

«Le Fou de Laylâ : le “dîwân” de Majnûn»

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. Bibliothèque arabe-Les Classiques, Arles

éd. Actes Sud-Sind­bad, coll. Biblio­thèque arabe-Les Clas­siques, Arles

Il s’agit de ver­sions arabes du «Maj­nûn et Lay­lâ»*, légende de l’amour impos­sible et par­fait, ou par­fait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répan­due en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célé­bri­té égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec les­quelles elle pré­sente plus d’un trait de res­sem­blance. «Il n’est pas si indif­fé­rent, pour­tant, de pen­ser que l’amour, bien avant de trou­ver le che­min de notre Occi­dent, avait chan­té si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots», explique M. André Miquel. Maj­nûn et Lay­lâ vivaient un peu après Maho­met. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à ali­men­ter l’amour, ain­si que la proxi­mi­té des camps, agglu­ti­nés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient don­ner natu­rel­le­ment aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tri­bus dif­fé­rentes l’occasion de se voir et faire naître les pas­sions les plus vives. Mais, en même temps, la néces­si­té de chan­ger fré­quem­ment de place, pour aller cher­cher au loin d’abondants pâtu­rages, devait contra­rier non moins sou­vent les amours nais­santes : «Déjà deux jeunes cœurs lan­guis­saient l’un pour l’autre; déjà leurs sou­pirs, aus­si brû­lants que l’air enflam­mé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes; la jeune fille, timide, s’éloigne len­te­ment en dévo­rant ses larmes, et son amant, res­té seul en proie à sa dou­leur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre déses­poir»**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Ara­bie Maj­nûn et Lay­lâ, mais aus­si Jamîl et Buthay­na, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Par­fois tra­duit «Mec­nun et Ley­lâ», «Megnoun et Leï­leh», «Magnoun et Leï­la», «Med­j­noun et Leï­lé», «Med­jnūn et Leylā», «Mad­j­noûn et Ley­lî», «Mad­j­noune et Lei­ly», «Mad­sch­nun et Lei­la», «Med­sch­nun et Lei­la», «Med­sch­noun et Lei­la», «Maj­noon et Lei­li», «Med­gnoun et Lei­leh», «Mej­noûn et Laï­la», «Mad­j­non et Lalé», «Maj­noune et Ley­la», «Maǧnūn et Laylā», «Maj­noun et Lai­li», «Muj­noon et Lai­li» ou «May­nun et Lay­la». Haut

** Antoine-Léo­nard de Ché­zy, «Pré­face au “Med­j­noun et Leï­lâ” de Djâ­mî». Haut

Roûmî, «Roubâ’yât»

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librai­rie d’Amérique et d’Orient A. Mai­son­neuve, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des «Qua­trains» («Rubayat»*) de Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî**, poète mys­tique d’expression per­sane, qui n’est pas seule­ment l’inspirateur d’une confré­rie, celle des «der­viches tour­neurs», mais le direc­teur spi­ri­tuel de tout le XIIIe siècle. «Un si grand poète, aimable, har­mo­nieux, étin­ce­lant, exal­té; un esprit d’où émanent des par­fums, des lumières, des musiques, un peu d’extravagance, et qui, rien que de la manière dont sa strophe prend le départ et s’élève au ciel, a déjà trans­por­té son lec­teur», dit M. Mau­rice Bar­rès***. Réfu­gié à Konya**** en Ana­to­lie (Roûm), Djé­lâl-ed-dîn trou­va dans cette ville habi­tée de Grecs, de Turcs, d’Arméniens, de Juifs et de Francs un peuple adon­né à la poé­sie, à la musique, aux danses, et il employa cette poé­sie, cette musique, ces danses pour lui faire connaître Dieu. Son action immense en Orient jeta, pour ain­si dire, des racines si pro­fondes dans toutes les âmes que, même jusqu’aujourd’hui, les fruits et les fleurs de ses ensei­gne­ments n’ont rien per­du de leur fraî­cheur ni de leur par­fum; il se sur­vit dans ses dis­ciples et ses suc­ces­seurs qui, depuis plus de sept siècles, répètent ses plus beaux délires autour de son tom­beau en l’appelant «notre Maître» (Maw­lâ­nâ*****). La beau­té et l’esprit tolé­rant de ses œuvres ont sur­pris les orien­ta­listes occi­den­taux, et tour­né la tête aux plus sobres par­mi eux. «Tous les cœurs sur les­quels souffle ma brise s’épanouissent comme un jar­din plein de lumière», dit-il avec rai­son

* En per­san «رباعیات». Par­fois trans­crit «Rubaiat», «Robāïates», «Roubâ’yât», «Robaiyat», «Roba’yat», «Rou­bayyat», «Robái­j­ját», «Rou­baïyat» ou «Rubâi’yât». Haut

** En per­san جلال‌الدین رومی. Par­fois trans­crit Jelālu-’d-Dīn er-Rūmī, Jel­la­lud­din Rumi, Jela­lud­din Rumi, Jalal-ud-Din Rumi, Jal­la­lud­din Rumi, Dja­lâl-ud-Dîn Rûmî, Dže­la­lud­din Rumi, Dscha­lal ad-din Rumi, Cala­laddīn Rūmī, Jalâl ad dîn Roû­mî, Yalal ad-din Rumí, Galal al-din Rumi, Dja­lâl-od-dîn Rûmî, Jalâ­lod­dîn Rûmî, Djé­la­lid­din-Rou­mi, Jalel Iddine Rou­mi, Dsche­lâl-ed-dîn Rumi, Cela­le­din Rumi, Cela­led­din-i Rumi, Jela­led­din Rumi, Dje­la­let­tine Rou­mî, Djé­lal­le­din-i-Rou­mi ou Djel­lal-ed-Dine Rou­mi. Haut

*** «Une Enquête aux pays du Levant. Tome II», p. 74. Haut

**** On ren­contre aus­si les gra­phies Cogni, Cogne, Conia, Konia et Konié. C’est l’ancienne Ico­nium. Haut

***** En per­san مولانا. Par­fois trans­crit Mau­la­na, Mow­lâ­nâ, Mev­la­na ou Mew­lâ­nâ. Haut