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Sepehri, «L’Orient du chagrin : poèmes (1961) • Conversation avec mon maître»

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

éd. Lettres per­sanes, coll. Nou­velle Poé­sie per­sane, Paris

Il s’agit d’une antho­lo­gie de M. Soh­rab Sepeh­ri*, artiste inéga­lé de l’Iran moderne. Peintre et poète à la fois, il est tout aus­si impré­gné de poé­sie dans sa pein­ture, qu’il est peintre dans ses élans poé­tiques. Son trait dis­tinc­tif est un sens spé­cial de la nature, qui voit l’âme dans le dehors et le dehors dans l’âme et qui exprime l’un par l’autre les deux mondes ouverts devant lui. Là est la rai­son de cette écri­ture mys­tique, par laquelle M. Sepeh­ri repré­sente une idée sous l’image d’une libel­lule, d’un peu­plier aux feuilles mur­mu­rantes, d’une allée boi­sée, etc., propre à la rendre plus sen­sible et plus frap­pante que si elle était pré­sen­tée direc­te­ment. En effet, la poé­sie de M. Sepeh­ri n’est autre chose qu’un sym­bo­lisme, un allé­go­risme conti­nuel, ana­logue au songe d’un enfant :

«“Où est la demeure de l’Ami?”
C’est à l’aurore que reten­tit la voix du cava­lier…
Mon­trant du doigt un peu­plier blanc, [un pas­sant répon­dit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boi­sée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aus­si bleu que
Le plu­mage de la sin­cé­ri­té.
Tu iras jusqu’au fond de cette allée…
Au pied de la fon­taine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité ondu­lante de cet espace sacré
Tu enten­dras un cer­tain bruis­se­ment :
Tu ver­ras un enfant per­ché au-des­sus d’un pin effi­lé,
Dési­reux de ravir la cou­vée du nid de la lumière
Et tu lui deman­de­ras :
— Où est la demeure de l’Ami?”
»

* En per­san سهراب سپهری. Haut

Sepehri, «“Où est la maison de l’ami?” : poèmes (1951-1977)»

éd. Lettres persanes, coll. Nouvelle Poésie persane, Paris

éd. Lettres per­sanes, coll. Nou­velle Poé­sie per­sane, Paris

Il s’agit d’une antho­lo­gie de M. Soh­rab Sepeh­ri*, artiste inéga­lé de l’Iran moderne. Peintre et poète à la fois, il est tout aus­si impré­gné de poé­sie dans sa pein­ture, qu’il est peintre dans ses élans poé­tiques. Son trait dis­tinc­tif est un sens spé­cial de la nature, qui voit l’âme dans le dehors et le dehors dans l’âme et qui exprime l’un par l’autre les deux mondes ouverts devant lui. Là est la rai­son de cette écri­ture mys­tique, par laquelle M. Sepeh­ri repré­sente une idée sous l’image d’une libel­lule, d’un peu­plier aux feuilles mur­mu­rantes, d’une allée boi­sée, etc., propre à la rendre plus sen­sible et plus frap­pante que si elle était pré­sen­tée direc­te­ment. En effet, la poé­sie de M. Sepeh­ri n’est autre chose qu’un sym­bo­lisme, un allé­go­risme conti­nuel, ana­logue au songe d’un enfant :

«“Où est la demeure de l’Ami?”
C’est à l’aurore que reten­tit la voix du cava­lier…
Mon­trant du doigt un peu­plier blanc, [un pas­sant répon­dit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boi­sée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aus­si bleu que
Le plu­mage de la sin­cé­ri­té.
Tu iras jusqu’au fond de cette allée…
Au pied de la fon­taine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité ondu­lante de cet espace sacré
Tu enten­dras un cer­tain bruis­se­ment :
Tu ver­ras un enfant per­ché au-des­sus d’un pin effi­lé,
Dési­reux de ravir la cou­vée du nid de la lumière
Et tu lui deman­de­ras :
— Où est la demeure de l’Ami?”
»

* En per­san سهراب سپهری. Haut

Sepehri, «Oasis d’émeraude»

éd. Imago, coll. Poiesis, Paris

éd. Ima­go, coll. Poie­sis, Paris

Il s’agit d’une antho­lo­gie de M. Soh­rab Sepeh­ri*, artiste inéga­lé de l’Iran moderne. Peintre et poète à la fois, il est tout aus­si impré­gné de poé­sie dans sa pein­ture, qu’il est peintre dans ses élans poé­tiques. Son trait dis­tinc­tif est un sens spé­cial de la nature, qui voit l’âme dans le dehors et le dehors dans l’âme et qui exprime l’un par l’autre les deux mondes ouverts devant lui. Là est la rai­son de cette écri­ture mys­tique, par laquelle M. Sepeh­ri repré­sente une idée sous l’image d’une libel­lule, d’un peu­plier aux feuilles mur­mu­rantes, d’une allée boi­sée, etc., propre à la rendre plus sen­sible et plus frap­pante que si elle était pré­sen­tée direc­te­ment. En effet, la poé­sie de M. Sepeh­ri n’est autre chose qu’un sym­bo­lisme, un allé­go­risme conti­nuel, ana­logue au songe d’un enfant :

«“Où est la demeure de l’Ami?”
C’est à l’aurore que reten­tit la voix du cava­lier…
Mon­trant du doigt un peu­plier blanc, [un pas­sant répon­dit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boi­sée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aus­si bleu que
Le plu­mage de la sin­cé­ri­té.
Tu iras jusqu’au fond de cette allée…
Au pied de la fon­taine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité ondu­lante de cet espace sacré
Tu enten­dras un cer­tain bruis­se­ment :
Tu ver­ras un enfant per­ché au-des­sus d’un pin effi­lé,
Dési­reux de ravir la cou­vée du nid de la lumière
Et tu lui deman­de­ras :
— Où est la demeure de l’Ami?”
»

* En per­san سهراب سپهری. Haut

Sepehri, «Volume vert»

éd. L’Arbre, Aizy-Jouy

éd. L’Arbre, Aizy-Jouy

Il s’agit d’une antho­lo­gie de M. Soh­rab Sepeh­ri*, artiste inéga­lé de l’Iran moderne. Peintre et poète à la fois, il est tout aus­si impré­gné de poé­sie dans sa pein­ture, qu’il est peintre dans ses élans poé­tiques. Son trait dis­tinc­tif est un sens spé­cial de la nature, qui voit l’âme dans le dehors et le dehors dans l’âme et qui exprime l’un par l’autre les deux mondes ouverts devant lui. Là est la rai­son de cette écri­ture mys­tique, par laquelle M. Sepeh­ri repré­sente une idée sous l’image d’une libel­lule, d’un peu­plier aux feuilles mur­mu­rantes, d’une allée boi­sée, etc., propre à la rendre plus sen­sible et plus frap­pante que si elle était pré­sen­tée direc­te­ment. En effet, la poé­sie de M. Sepeh­ri n’est autre chose qu’un sym­bo­lisme, un allé­go­risme conti­nuel, ana­logue au songe d’un enfant :

«“Où est la demeure de l’Ami?”
C’est à l’aurore que reten­tit la voix du cava­lier…
Mon­trant du doigt un peu­plier blanc, [un pas­sant répon­dit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boi­sée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aus­si bleu que
Le plu­mage de la sin­cé­ri­té.
Tu iras jusqu’au fond de cette allée…
Au pied de la fon­taine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité ondu­lante de cet espace sacré
Tu enten­dras un cer­tain bruis­se­ment :
Tu ver­ras un enfant per­ché au-des­sus d’un pin effi­lé,
Dési­reux de ravir la cou­vée du nid de la lumière
Et tu lui deman­de­ras :
— Où est la demeure de l’Ami?”
»

* En per­san سهراب سپهری. Haut

«Mémoire sur Khâcâni : poète persan du XIIe siècle»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Kha­ga­ni Chir­va­ni* (XIIe siècle apr. J.-C.), excellent poète per­san, chantre atti­tré du sul­tan de la prin­ci­pau­té de Chir­van** (Azer­baïd­jan). Il s’est décrit lui-même en ces mots : «Je suis grand, je suis du nombre des esprits; je suis du monde occulte et je suis saint par ma nais­sance. Com­ment est-il donc pos­sible que mon être puisse se lais­ser sub­ju­guer par la matière? La rai­son me ser­vit de gou­ver­nante; ma nour­ri­ture était la loi du Pro­phète; l’esprit était mon ber­ceau»***. Il naquit à Cha­ma­kha****, chef-lieu du Chir­van, d’un père musul­man et d’une mère chré­tienne, mais il fut bien­tôt aban­don­né aux soins de son oncle, Mir­za Kafi, méde­cin et dro­guiste. Cet oncle eut une grande influence sur la jeu­nesse de notre poète. C’est lui qui, chaque soir, après avoir fer­mé sa bou­tique, lui ensei­gnait la langue arabe, la méde­cine, l’astronomie et la méta­phy­sique. Mal­gré tout son atta­che­ment pour son neveu, le péda­gogue orien­tal, fidèle au sys­tème d’éducation géné­ra­le­ment admis, avait sou­vent recours au bâton pour sti­mu­ler le zèle de son élève. Le poète parle de ces cor­rec­tions cor­po­relles d’une manière ori­gi­nale; il dit notam­ment : «En ai-je man­gé du gour­din dans sa bou­tique! Il m’amollissait par le bâton comme on amol­lit une gre­nade. On compte par­mi les miracles de Moïse qu’en jetant sa baguette, il la conver­tis­sait en ser­pent; mais mon oncle décou­vrait le vrai dans mon cœur au moyen de sa baguette, et il tra­çait sur mon corps les figures des ser­pents de Moïse»*****. Kha­ga­ni épou­sa une vil­la­geoise, à cause de laquelle il devint la cible des moque­ries des cour­ti­sans. Et pour­tant, il refu­sa d’épouser une autre femme et res­ta auprès de la sienne, qui était faible et d’une consti­tu­tion mala­dive. Voi­ci ce qu’il dit dans une lettre : «Pen­dant les temps des mala­dies, c’était moi qui pre­nais soin de cette défunte, son ser­vi­teur, et qui lui pré­sen­tais la cuvette et lui don­nais de l’eau pour se laver les mains; et quand elle a quit­té ce monde, comme il était enten­du entre nous, je suis par­ti de Chir­van. Je jure sur la per­sonne de Dieu, qu’il n’y a aucune autre cause qui puisse me tenir éloi­gné de mon pays, bien que l’ami et l’ennemi pensent autre­ment; mais ce que j’ai dit c’est la véri­té même»******. La perte de sa femme ins­pi­ra au poète trois pièces de vers, dont la pre­mière se remarque par l’expression vraie du sen­ti­ment qui l’a dic­tée. De toutes les poé­sies de Kha­ga­ni, c’est la seule où il appa­raît un homme sin­cère, la dou­leur lui fai­sant oublier, l’espace d’un moment, son lan­gage apprê­té et son éru­di­tion conve­nue

* En per­san خاقانی شروانی. Autre­fois trans­crit Hrâqâ­ni, Xāqānī, Ḵāqā­ni, Khā­qā­ni, Kha­qa­ny, Kha­gha­ny, Kha­gha­ni, Haka­ni, Khâ­kâ­ni ou Khâ­câ­ni. Haut

** En azé­ri Şir­van. Autre­fois trans­crit Shar­van, Chir­wan, Schir­wan, Çir­wan, Shir­van, Širvān ou Šervān. Haut

*** p. 46-47. Haut

**** En azé­ri Şamaxı. Par­fois trans­crit Che­ma­kha, Sha­ma­kha, Šamāḵa, Scha­ma­chie, Scha­ma­kiè, Sha­ma­khi ou Cha­ma­khi. Haut

***** p. 12. Haut

****** Dans Ahmed Ateş, «Recueil de lettres de Xāqānī». Haut

Hâtef d’Ispahan, «Trois Odes mystiques»

dans « Journal asiatique », sér. 5, vol. 7, p. 130-147

dans «Jour­nal asia­tique», sér. 5, vol. 7, p. 130-147

Il s’agit des odes mys­tiques d’Ahmad Hâtef d’Ispahan*, poète per­san du XVIIIe siècle apr. J.-C. Dans le siècle de déca­dence où vivait ce char­mant poète, la cor­rup­tion du goût deve­nait de jour en jour plus pro­fonde. Le titre si recher­ché de «roi des poètes» («malik-os-cho’arâ»**) était accor­dé non plus au talent, mais à la flat­te­rie; si bien que, selon le mot ingé­nieux d’un orien­ta­liste***, le «roi des poètes» n’était plus que le «poète des rois». La Cour des petits princes, celle des Afcha­rides et des Zend, reten­tis­sait du ramage de trois ou quatre cents flat­teurs, «brillants per­ro­quets mor­dillant du sucre dans leur bec», pour par­ler le lan­gage du temps. Par­mi cette foule de rimeurs obs­curs, on ren­contre avec sur­prise un poète véri­table, un seul : Hâtef d’Ispahan. Il doit sa renom­mée sur­tout aux odes mys­tiques, com­po­sées de «strophes en refrain» («tardji’-bend»****), qui sont des strophes se ter­mi­nant avec la même rime, sauf le der­nier vers ou le «refrain», qui a une rime dif­fé­rente. «[Ces] odes sont géné­ra­le­ment goû­tées en Perse et semblent avoir méri­té l’attention de quelques per­sonnes aux­quelles leurs études et leurs voyages ont ren­du fami­lières les mœurs et la poé­sie des Orien­taux; elles y ont remar­qué une grâce par­ti­cu­lière de style, une grande élé­va­tion d’esprit et une liai­son d’idées que l’on trouve rare­ment dans les gha­zels les plus renom­més, et même dans les odes du célèbre Hâfez», explique Joseph-Marie Jouan­nin*****. Hâtef y chante le plus sou­vent le «Bien-Aimé», le «Vieillard», l’«Éter­nel» avec tout le mys­ti­cisme, avec toutes les conven­tions de la secte sou­fie à laquelle il appar­tient, mais dans un style d’une rare sim­pli­ci­té, dans un lan­gage tendre et ému, por­té au plus haut degré de per­fec­tion; en un mot, avec une grâce qui man­quait à ses contem­po­rains.

* En per­san احمد هاتف اصفهانی. Par­fois trans­crit Ahmed Hâtif Isfa­hâ­ni ou Aḥmad Hātef Eṣfahā­ni. Haut

** En per­san ملک‌الشعرا. Haut

*** Joseph von Ham­mer-Purg­stall. Haut

**** En per­san ترجیع‌بند. Par­fois trans­crit «tarjí‘-band». Haut

***** «Deux Odes mys­tiques», p. 344. Haut

Hâtef d’Ispahan, «Deux Odes mystiques»

dans « Journal asiatique », sér. 1, vol. 11, p. 344-355

dans «Jour­nal asia­tique», sér. 1, vol. 11, p. 344-355

Il s’agit des odes mys­tiques d’Ahmad Hâtef d’Ispahan*, poète per­san du XVIIIe siècle apr. J.-C. Dans le siècle de déca­dence où vivait ce char­mant poète, la cor­rup­tion du goût deve­nait de jour en jour plus pro­fonde. Le titre si recher­ché de «roi des poètes» («malik-os-cho’arâ»**) était accor­dé non plus au talent, mais à la flat­te­rie; si bien que, selon le mot ingé­nieux d’un orien­ta­liste***, le «roi des poètes» n’était plus que le «poète des rois». La Cour des petits princes, celle des Afcha­rides et des Zend, reten­tis­sait du ramage de trois ou quatre cents flat­teurs, «brillants per­ro­quets mor­dillant du sucre dans leur bec», pour par­ler le lan­gage du temps. Par­mi cette foule de rimeurs obs­curs, on ren­contre avec sur­prise un poète véri­table, un seul : Hâtef d’Ispahan. Il doit sa renom­mée sur­tout aux odes mys­tiques, com­po­sées de «strophes en refrain» («tardji’-bend»****), qui sont des strophes se ter­mi­nant avec la même rime, sauf le der­nier vers ou le «refrain», qui a une rime dif­fé­rente. «[Ces] odes sont géné­ra­le­ment goû­tées en Perse et semblent avoir méri­té l’attention de quelques per­sonnes aux­quelles leurs études et leurs voyages ont ren­du fami­lières les mœurs et la poé­sie des Orien­taux; elles y ont remar­qué une grâce par­ti­cu­lière de style, une grande élé­va­tion d’esprit et une liai­son d’idées que l’on trouve rare­ment dans les gha­zels les plus renom­més, et même dans les odes du célèbre Hâfez», explique Joseph-Marie Jouan­nin*****. Hâtef y chante le plus sou­vent le «Bien-Aimé», le «Vieillard», l’«Éter­nel» avec tout le mys­ti­cisme, avec toutes les conven­tions de la secte sou­fie à laquelle il appar­tient, mais dans un style d’une rare sim­pli­ci­té, dans un lan­gage tendre et ému, por­té au plus haut degré de per­fec­tion; en un mot, avec une grâce qui man­quait à ses contem­po­rains.

* En per­san احمد هاتف اصفهانی. Par­fois trans­crit Ahmed Hâtif Isfa­hâ­ni ou Aḥmad Hātef Eṣfahā­ni. Haut

** En per­san ملک‌الشعرا. Haut

*** Joseph von Ham­mer-Purg­stall. Haut

**** En per­san ترجیع‌بند. Par­fois trans­crit «tarjí‘-band». Haut

***** p. 344. Haut

Bâbâ Tâhir, «Les Quatrains»

dans « Journal asiatique », sér. 8, vol. 6, p. 502-545

dans «Jour­nal asia­tique», sér. 8, vol. 6, p. 502-545

Il s’agit de Bâbâ Tâhir*, poète per­san, dont la sim­pli­ci­té des sen­ti­ments et du voca­bu­laire fait le charme de ses qua­trains. On sait peu de choses sur lui; on ignore même le temps où il vécut (entre le Xe et XIIe siècle apr. J.-C. pro­ba­ble­ment). Il était un de ces der­viches errants, ces fous de Dieu qui passent pour saints en Orient, et que pour cela, tout le monde révère et res­pecte. Le sur­nom de ‘Uryân**le Nu») sous lequel il est dési­gné lui vient, disent cer­tains, de ce qu’il se pro­me­nait sans vête­ments dans les bazars et dans les rues; mais il est tout aus­si vrai­sem­blable qu’il vivait dans le dénue­ment ou le renon­ce­ment, plu­tôt que dans la com­plète nudi­té : «Je suis le bohème mys­tique qu’on appelle “qalen­der”; je n’ai ni feu ni lieu, nul point d’attache», dit-il. «Le jour, j’erre autour du monde, et la nuit, je m’endors une brique sous la tête… Il n’y a point dans l’univers de papillon aus­si étour­di, de fou aus­si étrange que moi. Les ser­pents et les four­mis ont tous une retraite, mais moi je n’ai pas même — infor­tu­né! — le mur d’une mai­son en ruines»***. En tout cas, l’on constate que son mys­ti­cisme ne lui épar­gna ni les tour­ments de l’amour ni les angoisses cau­sées par la pen­sée de la mort. Il est, d’ailleurs, un des pre­miers der­viches à avoir décrit ses trans­ports amou­reux dans la langue per­sane : «Le col­chique des mon­tagnes ne dure qu’une semaine, ain­si que la vio­lette des bords de la rivière; je veux crier, de ville en ville, que la fidé­li­té des belles aux joues rosées ne dure qu’une semaine… Mon cœur est plein de feu, mes yeux pleins de larmes; ma vie n’est qu’un vase rem­pli de tris­tesses et d’ennuis. Eh bien! si, après ma mort, tu viens à pas­ser près de ma tombe, ton par­fum me ren­dra la vie»

* En per­san باباطاهر. Par­fois trans­crit Bâbâ Tâher. Haut

** En per­san عریان. Par­fois trans­crit Uriyan, ‘Oriyān ou Oryân. Haut

*** p. 516 & 528. Haut

«Anthologie persane (XIe-XIXe siècle)»

éd. Payot, coll. Bibliothèque historique, Paris

éd. Payot, coll. Biblio­thèque his­to­rique, Paris

Il s’agit d’une antho­lo­gie per­sane (XIe-XIXe siècle). La poé­sie est le talent propre et par­ti­cu­lier des Per­sans, et la par­tie de leur lit­té­ra­ture où ils excellent : la viva­ci­té de leur ima­gi­na­tion, la poli­tesse de leurs mœurs, la dou­ceur de leur langue, telles sont peut-être les causes de leur fécon­di­té poé­tique. Un homme qui ne sait pas un mot de per­san ne lais­se­ra pas, en enten­dant réci­ter des vers per­sans, d’être épris du son et de la cadence qui y est très sen­sible. Allez en Iran, par­lez aux gens dans la rue, aux bou­chers, aux mar­chands; ils feront entrer dans leur réponse des tour­nures qui suf­fi­ront à vous plon­ger dans une rêve­rie pro­fonde. Comme dit Hâfez :

«Le secret de Dieu que le gnos­tique pèle­rin ne dit à per­sonne,
Je suis stu­pé­fait, ne sachant d’où le mar­chand de vin l’a enten­du
»*.

Si les belles-lettres de l’islam comptent par­mi les plus remar­quables du monde, c’est avant tout grâce au génie ira­nien. Les pre­miers maîtres dans l’art de la gram­maire étaient d’origine per­sane, même s’ils avaient pas­sé leur jeu­nesse dans la pra­tique de la langue arabe. Tous les savants musul­mans qui ont trai­té des prin­cipes fon­da­men­taux de la science, tous ceux qui se sont dis­tin­gués dans la juris­pru­dence, et la plu­part de ceux qui ont culti­vé l’exégèse cora­nique, appar­te­naient à la race per­sane ou s’étaient assi­mi­lés aux Per­sans par les manières et par l’éducation. Cela suf­fit pour démon­trer la véri­té de la parole attri­buée au pro­phète Maho­met : «Si la science était sus­pen­due au haut du ciel, il y aurait des gens par­mi les Per­sans pour s’en empa­rer»**. Comme dit Jan Ryp­ka : «Les Ira­niens sont les Fran­çais de l’Orient. Chez les uns comme chez les autres, la pro­duc­tion lit­té­raire et artis­tique pré­sente une éten­due et une valeur inap­pré­ciables…

** Dans Ibn Khal­doun, «Pro­lé­go­mènes». Haut

«Mohammad Iqbal»

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

éd. Seghers, coll. Poètes d’aujourd’hui, Paris

Il s’agit de Moham­mad Iqbal*, chef spi­ri­tuel de l’Inde musul­mane, pen­seur et pro­ta­go­niste d’un islam réno­vé. Son génie très divers s’exerça aus­si bien dans la poé­sie que dans la phi­lo­so­phie, et s’exprima avec une égale maî­trise en prose et en vers, en our­dou et en per­san. On peut juger de l’étendue de son influence d’après le grand nombre d’études consa­crées à son sujet. Cette influence, qui se concentre prin­ci­pa­le­ment au Pakis­tan, dont il favo­ri­sa la créa­tion, et où il jouit d’un extra­or­di­naire pres­tige, déborde cepen­dant sur tout le monde isla­mique. Rabin­dra­nath Tagore connut fort bien ce com­pa­triote indien, porte-parole de la moder­ni­té, sur qui, au len­de­main de sa mort, il publia le mes­sage sui­vant : «La mort de M. Moham­mad Iqbal creuse dans la lit­té­ra­ture un vide qui, comme une bles­sure pro­fonde, met­tra long­temps à gué­rir. L’Inde, dont la place dans le monde est trop étroite, peut dif­fi­ci­le­ment se pas­ser d’un poète dont la poé­sie a une valeur aus­si uni­ver­selle». Quelle était la situa­tion quand Iqbal, sa thèse de doc­to­rat «La Méta­phy­sique en Perse»** tout juste ter­mi­née, com­men­ça à appro­fon­dir et ten­ta de résoudre les pro­blèmes des États gou­ver­nés par l’islam, qui le tour­men­taient depuis quelques années déjà? Les habi­tants de ces États, oublieux de leur gloire pas­sée, se trou­vaient plon­gés dans une sorte de som­no­lence morne, faite de las­si­tude et de décou­ra­ge­ment :

«La musique qui réchauf­fait le cœur de l’assemblée
S’est tue, et le luth s’est bri­sé…
Le musul­man se lamente sous le porche de la mos­quée
»

* En our­dou محمد اقبال. Par­fois trans­crit Moham­med Eqbâl, Moha­mad Egh­bal, Mou­ham­mad Iqbâl ou Muham­mad Ikbal. Haut

** En anglais «The Deve­lop­ment of Meta­phy­sics in Per­sia». Haut

Hâfez, «Le Divan : œuvre lyrique d’un spirituel en Perse au XIVe siècle»

éd. Verdier, coll. Verdier poche, Lagrasse

éd. Ver­dier, coll. Ver­dier poche, Lagrasse

Il s’agit du Divan (Recueil de poé­sies) de Shams ad-din Moham­mad*, plus connu sous le sur­nom de Hâfez**sachant de mémoire le Coran»). La ville de Chi­raz, l’Athènes de la Perse, a pro­duit, à un siècle de dis­tance, deux des plus grands poètes de l’Orient; car il n’y avait pas un demi-siècle que Saa­di n’était plus, lorsque Hâfez a paru sur la scène du monde et a illus­tré sa patrie. L’ardeur de son ins­pi­ra­tion lyrique, qui célèbre Dieu sous les sym­boles appa­rem­ment irré­li­gieux de l’amour du vin, des plai­sirs des sens, et par­fois même de la débauche, déses­père inter­prètes et tra­duc­teurs, et fait de son œuvre un exemple par­fait de poé­sie pure. Cette super­po­si­tion de sens per­met toute la gamme des inter­pré­ta­tions et laisse le lec­teur libre de choi­sir la signi­fi­ca­tion le mieux en rap­port avec son état d’âme du moment. Aus­si, de tous les poètes per­sans, Hâfez est-il le plus uni­ver­sel. Long­temps incon­nu en Occi­dent, il a été révé­lé dans le «Divan orien­tal-occi­den­tal» de Gœthe, grâce à ce com­pli­ment, peut-être le plus beau que l’on puisse adres­ser à un poète, à savoir que sa poé­sie nous console et nous donne cou­rage dans les vicis­si­tudes de la vie : «À la mon­tée et à la des­cente, tes chants, Hâfez, charment le pénible che­min de rochers, quand le guide, avec ravis­se­ment, sur la haute croupe du mulet, chante pour éveiller les étoiles et pour effrayer les bri­gands»***. Oui, cha­cun croit trou­ver chez Hâfez ce qu’il cherche : les âmes affli­gées — un conso­la­teur, les artistes — un modèle sublime de raf­fi­ne­ment, les mys­tiques — un esprit voi­sin de Dieu, les amants — un guide. Sou­vent la seule musique des vers suf­fit pour séduire les illet­trés, et pour leur faire sen­tir tout un ordre de beau­tés, qu’ils n’avaient peut-être jamais si bien com­prises aupa­ra­vant :

«“Saman-buyân gho­bâr-e gham čo benši­nand benšâ­nand.” Quand s’assoient ceux qui fleurent le jas­min, ils font tom­ber la pous­sière du cha­grin.»

* En per­san شمس الدین محمد. Par­fois trans­crit Chams-od-dîn Moham­mad, Chams al-din Moham­mad, Chams-ad-din Moha­med, Moham­med Scham­sed­din, Moham­med-Chems-eddyn, Muham­mad Schams ad-din, Moham­med Shems ed-din ou Shams ud-dîn Muham­mad. Haut

** En per­san حافظ. Par­fois trans­crit Haphyz, Hâfiz, Hhâ­fiz, Hafis, Hafes, Afez ou Hafedh. Haut

*** «Poé­sies diverses • Pen­sées • Divan orien­tal-occi­den­tal; tra­duit par Jacques Por­chat», p. 532. Haut

Attar, «Le Mémorial des saints»

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion indi­recte du «Mémo­rial des saints» («Tez­ki­ra­ta­lav­lia»*) de Férid-eddin Attar** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je consi­dère Attar comme le meilleur poète mys­tique de la Perse. Certes, le nombre des Per­sans qui se sont dis­tin­gués dans le genre est si consi­dé­rable, et plu­sieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opi­nion peut paraître hasar­dée. Sous le rap­port du choix des pen­sées et de la grâce de l’expression, Djé­lâl-ed-dîn Roû­mî ne lui est en rien infé­rieur; mais de toutes les idées de ce célèbre dis­ciple, je défie­rais d’en trou­ver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roû­mî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : «Attar a par­cou­ru les sept cités de l’Amour, tan­dis que j’en suis tou­jours au tour­nant d’une ruelle»***; et encore : «Attar fut l’âme du mys­ti­cisme, et Sanaï fut ses yeux; je ne fais que suivre leurs traces»****. Férid-eddin exer­ça d’abord la pro­fes­sion de par­fu­meur, ain­si que l’indique son sur­nom d’Attar («qui fabrique ou qui vend des par­fums»). Il avait une bou­tique très élé­gante, qui atti­rait les regards du public et qui flat­tait aus­si bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa bou­tique avec l’apparence d’un homme impor­tant, un fou, ou pour mieux dire, un reli­gieux très avan­cé dans la vie spi­ri­tuelle*****, vint à sa porte, jeta un regard sur les mar­chan­dises qui étaient éta­lées, puis pous­sa un pro­fond sou­pir. Attar, éton­né, le pria de pas­ser son che­min. «Tu as rai­son», lui répon­dit l’inconnu, «le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embar­ras­sé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est mal­heu­reu­se­ment pas ain­si de toi, qui pos­sèdes tant de pré­cieuses mar­chan­dises. Songe donc à te pré­pa­rer à ce voyage.»

* En per­san «تذکرة الاولیا». Par­fois trans­crit «Tez­ke­ret ül-Evliyâ», «Tez­ki­ret el-Evliyâ», «Taz­ki­rat-ul-Awlià», «Taz­ka­rat al-Avliya», «Taz­ke­rat ul-Awliyâ», «Taḏ­ke­rat al-Auliā», «Tadh­ki­rat ‘l-Awliyâ» ou «Tadh­ke­rat al-Owliyâ». Haut

** En per­san فریدالدین عطار. Par­fois trans­crit Farî­dod­dîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feri­dud­din Attar, Fari­dud­dine Attar, Fari­dad­din Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr. Haut

*** En per­san

«هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
».

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**** En per­san

«عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
».

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***** Les fous sont regar­dés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et ran­gés par­mi les sou­fis. Haut

Khayyam, «Les “Rubâ’iyât” : les quatrains du célèbre poète, mathématicien et astronome persan»

éd. Seghers, Paris

éd. Seghers, Paris

Il s’agit des «Qua­trains» («Rubayat»*) d’Omar Khayyam**, mathé­ma­ti­cien et astro­nome per­san (XIe-XIIe siècle). À force de son­der les étoiles, il mesu­ra com­bien la vie parais­sait petite et déri­soire devant l’insondable indif­fé­rence de l’univers. Face à elle, Des­cartes se fera des sys­tèmes qui l’apaiseront, et Pas­cal se blot­ti­ra contre Dieu. Khayyam, dont le génie éga­lait celui de ces deux savants, consa­cra une bonne par­tie de son exis­tence à la poé­sie. Il chan­ta le sort des hommes, plon­gés dans l’Empire désert et muet du néant, et loua le vin, le seul bon, le seul fidèle ami. Véri­tables bré­viaires du pes­si­misme, ses «Qua­trains» cir­cu­lèrent par­tout où la langue per­sane était com­prise et admi­rée :

«Bois du vin. Déjà ton nom quitte ce monde
Quand le vin coule dans ton cœur, toute tris­tesse dis­pa­raît
Dénoue plu­tôt, boucle après boucle, la che­ve­lure d’une idole
Et n’attends pas que, de tes os, les nœuds d’eux-mêmes se dénouent
»***.

Sou­fi en appa­rence, incré­dule en réa­li­té, mêlant le blas­phème à l’hymne divin, mas­quant d’un sou­rire les san­glots d’angoisse qui l’étranglaient, Khayyam fut peut-être le plus scep­tique — et sur­tout le plus moderne — par­mi les libres pen­seurs de la Perse : «Des cri­tiques exer­cés ont tout de suite sen­ti sous cette enve­loppe sin­gu­lière un frère de Gœthe ou de Hen­ri Heine», dit Ernest Renan****. «Cer­tai­ne­ment, ni Moté­nab­bi ni même aucun de ces admi­rables poètes arabes antéis­la­miques, tra­duits avec le plus grand talent, ne répon­draient si bien à notre esprit et à notre goût. Qu’un pareil livre [que les “Qua­trains”] puisse cir­cu­ler libre­ment dans un pays musul­man, c’est là pour nous un sujet de sur­prise; car, sûre­ment, aucune lit­té­ra­ture euro­péenne ne peut citer un ouvrage où, non seule­ment la reli­gion posi­tive, mais toute croyance morale soit niée avec une iro­nie si fine et si amère»; témoin ce qua­train que Khayyam impro­vi­sa un soir qu’un coup de vent ren­ver­sa à terre son pot de vin impru­dem­ment posé au bord de la ter­rasse :

«Tu as bri­sé ma cruche de vin, ô Sei­gneur!
Tu as cla­qué sur moi la porte de la joie, ô Sei­gneur!
Sur le sol, tu as répan­du mon vin gre­nat par mal­adresse
(Que ma bouche s’emplisse de terre!*****) n’étais-tu pas ivre, Sei­gneur?
»

* En per­san «رباعیات». Autre­fois trans­crit «Robaïat», «Rubaiat», «Robāïates», «Roubâ’yât», «Robaiyat», «Roba’yat», «Rou­bayyat», «Robái­j­ját», «Rou­baïyat» ou «Rubâi’yât». Haut

** En per­san عمر خیام. Par­fois trans­crit Khayam, Khaïyâm, Káyyám, Hrayyâm, Cha­j­jám, Haj­jam, Haiām, Kheyyâm, Khèyam ou Kéyam. Haut

*** p. 76. Haut

**** «Rap­port sur les tra­vaux du Conseil», p. 56-57. Haut

***** Expres­sion que les Per­sans emploient sou­vent pour expri­mer le regret d’avoir pro­fé­ré ou de devoir pro­fé­rer un blas­phème. Haut