Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Sepehri, « Volume vert »

éd. L’Arbre, Aizy-Jouy

éd. L’Arbre, Aizy-Jouy

Il s’agit d’une anthologie de M. Sohrab Sepehri *, artiste inégalé de l’Iran moderne. Peintre et poète à la fois, il est tout aussi imprégné de poésie dans sa peinture, qu’il est peintre dans ses élans poétiques. Son trait distinctif est un sens spécial de la nature, qui voit l’âme dans le dehors et le dehors dans l’âme et qui exprime l’un par l’autre les deux mondes ouverts devant lui. Là est la raison de cette écriture mystique, par laquelle M. Sepehri représente une idée sous l’image d’une libellule, d’un peuplier aux feuilles murmurantes, d’une allée boisée, etc., propre à la rendre plus sensible et plus frappante que si elle était présentée directement. En effet, la poésie de M. Sepehri n’est autre chose qu’un symbolisme, un allégorisme continuel, analogue au songe d’un enfant :

« “Où est la demeure de l’Ami ?”
C’est à l’aurore que retentit la voix du cavalier…
Montrant du doigt un peuplier blanc, [un passant répondit] :
“Pas loin de cet arbre se trouve une ruelle boisée
Plus verte que le songe de Dieu
Où l’amour est tout aussi bleu que
Le plumage de la sincérité.
Tu iras jusqu’au fond de cette allée…
Au pied de la fontaine d’où jaillissent les mythes de la terre…
Dans l’intimité ondulante de cet espace sacré
Tu entendras un certain bruissement :
Tu verras un enfant perché au-dessus d’un pin effilé,
Désireux de ravir la couvée du nid de la lumière
Et tu lui demanderas :
— Où est la demeure de l’Ami ?”
 » **

un symbolisme, un allégorisme continuel, analogue au songe d’un enfant

M. Sepehri naquit dans la ville de Qom en 1928. Il était encore petit quand son père l’initia à la peinture. « La peinture constituait ma prière. J’étais passionné, et ma passion n’avait pas de technique », dit M. Sepehri ***. Sa maison se trouvait au bord du désert. Tous ses rêves portaient sur le désert. Son père et ses oncles étaient chasseurs, et il les accompagnait à la chasse. Cette activité ne lui plut jamais, mais ce fut elle qui l’attira vers la plaine avant l’aube et qui insuffla dans son cœur mille sensations diverses. « C’est en chassant que je découvris le corps nu de la nature », dit M. Sepehri ****. « J’ai glissé mes mains sur la peau des arbres. Je me suis lavé les mains et le visage dans l’eau courante ; je me suis laissé aller dans le vent. Je brûlais de la passion de contempler. » En 1946, M. Sepehri trouva un emploi dans l’Éducation nationale. Sa rencontre avec un jeune poète qui travaillait avec lui, M. Moshfegh Kâshânî, donna une nouvelle couleur à sa vie. « Je composais des ghazels, et il corrigeait leurs défauts et leurs faiblesses… Ses suggestions me guidaient. J’écrivais tous les soirs », dit M. Sepehri *****. La nature l’occupait déjà tout entier. « J’aime les pierres. Il me semble que l’on peut tendre, à l’abri de la pierre, une embuscade à l’éternité. [Je me sens] uni aux peupliers. Le corps des peupliers s’accorde bien avec les courbes et les pentes des collines… L’oiseau peint doit pouvoir s’envoler hors du temps. La fleur peinte aussi doit pousser dans l’éternité », dit M. Sepehri ******.

Voici un passage qui donnera une idée de la manière de M. Sepehri :
« Soleil radieux.
Les étourneaux sont arrivés,
Les capucines ont fraîchement paru.
J’égrène une grenade et je me dis :
Il serait bon, ces gens, que les grains de leur cœur soient apparents.
Gicle à mon œil le jus de la grenade : je verse des larmes.
Ma mère s’esclaffe
 » *******.

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Anne-Marie Movassaghi et Hamid-Reżā Chaïri, « Un Poète contemporain : Sohrāb Sépehri » dans « Luqmān », vol. 7, no 2, p. 81-90.

* En persan سهراب سپهری.

** « Oasis d’émeraude ; introduction et traduction de Daryush Shayegan », p. 43.

*** « L’Orient du chagrin ; traduit du persan par Jalal Alavinia en collaboration avec Thérèse Marini », p. 15.

**** id. p. 11.

***** id. p. 16.

****** id. p. 81-82.

******* Poème « Pochade ».