Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Lu You, « Le Vieil Homme qui n’en fait qu’à sa guise : poèmes »

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moundarren, Millemont

Il s’agit de Lu You *, poète chinois (XIIe siècle). La quantité innombrable des compositions poétiques de Lu You (dix mille de conservées, un nombre égal de perdues) ne manque pas d’étonner, et le sinologue est comme effrayé quand il voit s’étendre devant lui le vaste champ de ces poésies, ne sachant trop quelles limites imposer à son étude, et surtout, hésitant à faire un choix. Si, dans ce dessein, il se fie au goût des indigènes, c’est-à-dire s’il n’aborde que les poésies regardées comme sublimes par les Chinois, il fera fausse route. Trop souvent, celles-ci ne sont appréciées que pour les défauts littéraires de leur époque — pour leur application minutieuse à se conformer absolument aux règles, pour leur froideur de composition, pour l’effort mal déguisé de reproduire la manière classique — défauts que Lu You lui-même reconnaissait comme tels :

« Étudiant malhabile en mes premiers vers,
Combien souvent le génie d’autrui me fut une aide !
 », dit-il **.
« Trop conscient de ma faiblesse et d’un souffle débile,
Je n’osais aspirer à une renommée creuse…
Certes les talents ne manquent pas en ce monde :
Quelque chose d’imperceptible les sépare du génie
 ».

il aborda, en effet, tous les sujets ; il prit son bien là où il le trouva ; tous les genres lui plurent

Malgré ces difficultés qu’il eut à lutter contre les tendances décadentes de son époque, Lu You fut un poète fécond et d’une inspiration extrêmement diverse. Les fleurs qu’il recueillit furent des plus variées : il aborda, en effet, tous les sujets ; il prit son bien là où il le trouva ; tous les genres lui plurent. Il sut exprimer dans ses poésies tantôt le patriotisme, tantôt la beauté d’un paysage, tantôt — surtout vers la fin de sa vie — le détachement d’un sage.

Il n’existe pas moins de deux traductions françaises des poèmes, mais s’il fallait n’en choisir qu’une seule, je choisirais celle de Mme Cheng Wing fun et M. Hervé Collet.

「衣上征塵雜酒痕,
遠遊無處不消魂.
此身舍是詩人未?
細雨騎驢入劍門.」

— Poème dans la langue originale

« Sur mes vêtements, la poussière du voyage se mêle aux taches de vin
Dans ce périple lointain, nulle part où ne sombre mon âme
Ma vie serait-elle seulement celle d’un poète ?
Une pluie fine tombe quand, chevauchant un âne, je franchis la Passe de l’Épée »
— Poème dans la traduction de Mme Cheng et M. Collet

« Sur mon vêtement, la poussière des expéditions se mêle aux taches de vin.
Quand on erre au loin, il n’y a pas de lieu qui ne dissolve pas votre esprit.
Ma personne convient-elle pour être poète ?
Sous cette pluie fine, chevauchant mon âne, j’entre dans la Passe de l’Épée. »
— Poème dans l’anthologie de M. Jacques Pimpaneau (éd. Ph. Picquier, Arles)

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Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • « Anthologie de la poésie chinoise classique » (éd. Gallimard-UNESCO, coll. Connaissance de l’Orient, Paris)
  • Max Kaltenmark, « Littérature chinoise » dans « Histoire des littératures. Tome I » (éd. Gallimard, coll. Encyclopédie de la Pléiade, Paris), p. 1167-1300
  • Georges Margouliès, « Histoire de la littérature chinoise. Poésie » (éd. Payot, coll. Bibliothèque historique, Paris).

* En chinois 陸游. Autrefois transcrit Lou Yeou, Lu Yiu ou Lu Yu. À ne pas confondre avec Lu Yu, l’auteur du « Classique du thé », qui vécut quatre siècles plus tôt.

** Dans « Anthologie de la poésie chinoise classique », p. 46.