Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clef12e siècle : sujet

Ibn Rushd (Averroès), « Abrégé du “Mustaṣfā” »

éd. De Gruyter, coll. Corpus philosophorum medii ævi-Scientia græco-arabica, Berlin

Il s’agit du « Muḫtaṣar al-Mustaṣfâ » * d’Ibn Rushd ** (XIIe siècle apr. J.-C.), abrégé du livre de jurisprudence d’al-Ghazâli intitulé « Mustaṣfâ ». De tous les philosophes que l’islam donna à l’Espagne, celui qui laissa le plus de traces dans la mémoire des peuples, grâce à ses savants commentaires des écrits d’Aristote, ce fut Ibn Rushd, également connu sous les noms corrompus d’Averois, Aven-Roez ou Averroès ***. Son Andalousie natale était un coin privilégié du monde, où le goût des sciences et des belles choses avait établi, à partir du Xe siècle, une tolérance dont l’époque moderne peut à peine offrir un exemple. « Chrétiens, juifs, musulmans parlaient la même langue, chantaient les mêmes poésies, participaient aux mêmes études littéraires et scientifiques. Toutes les barrières qui séparent les hommes étaient tombées ; tous travaillaient d’un même accord à l’œuvre de la civilisation commune », dit Renan. Abû Ya‘ḳûb Yûsuf ****, calife de l’Andalousie et contemporain d’Ibn Rushd, fut le prince le plus lettré de son temps. L’illustre philosophe Ibn Thofaïl obtint à sa Cour une grande influence et en profita pour y attirer les savants de tous les pays. Ce fut d’après le vœu exprimé par Yûsuf et sur les instances d’Ibn Thofaïl qu’Ibn Rushd entreprit de commenter Aristote. Jamais ce dernier n’avait reçu de soins aussi étendus et aussi dévoués que ceux que lui prodiguera Ibn Rushd. L’aristotélisme ne sera plus grec, il sera arabe. « Mais la cause fatale qui a étouffé chez les musulmans les plus beaux germes de développement intellectuel, le fanatisme religieux, préparait déjà la ruine [de la philosophie] », dit Renan. Vers la fin du XIIe siècle, l’antipathie des imams et du peuple contre les études rationnelles se déchaîne sur toute la surface du monde musulman. Bientôt il suffira de dire d’un homme : « Un tel travaille à la philosophie ou donne des leçons d’astronomie », pour que les gens du peuple lui appliquent immédiatement le nom d’« impie », de « mécréant », etc. ; et que, si par malheur il persévère, ils le frappent dans la rue ou lui brûlent sa maison. Lisez la suite›

* En arabe « مختصر المستصفى ». Également connu sous le titre d’« Iḫtiṣâr al-Mustaṣfâ » (« اختصار المستصفى »).

** En arabe ابن رشد. Parfois transcrit Ebn Roschd, Ibn-Roshd, Ibn Rochd ou Ibn Rušd.

*** Par substitution d’Aven (Aben) à Ibn.

**** En arabe أبو يعقوب يوسف. Parfois transcrit Abu Yaqub Yusuf, Abou Ya‘qoûb Yoûçof ou Abou-Ya’coub Yousouf.

« Choses dont parle Teika lorsqu’il parle d’amour : une lecture de la “Compétition poétique solitaire en cent tours de l’honorable Teika” »

dans « Ebisu », no 25, p. 91-151

Il s’agit de l’aristocrate japonais Fujiwara no Teika * (XIIe-XIIIe siècle), non seulement poète très fécond, encensé ou blâmé par ses contemporains pour son originalité ; mais aussi critique aux jugements duquel on s’en rapportait constamment, théoricien, éditeur d’œuvres anciennes, compilateur d’anthologies, auteur d’un journal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neuvième année — le « Meigetsu-ki » (« Journal de la lune claire »). Fils du poète Fujiwara no Shunzei **, héritier important d’une lignée d’érudits, Teika servit plusieurs Empereurs, et notamment Go-Toba Tennô, lequel le récompensa de son attachement en le mettant au nombre des compilateurs du « Nouveau Recueil de poésies de jadis et naguère » (« Shinkokin wakashû »). À cette époque, il avait déjà la réputation d’un poète très doué, mais pratiquant un style déconcertant : « J’ai été quelquefois reconnu et quelquefois critiqué », reconnaît-il lui-même ***, « mais, depuis le début, j’ai manqué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à produire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regretté père se limitait à : “La [règle] de la poésie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remontant à un lointain passé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la comprend” ». En l’an 1209, le shôgun Sanetomo, âgé de dix-sept ans, demanda à Teika de corriger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Teika fit accompagner la correction d’un traité pédagogique, « Poèmes excellents de notre temps » (« Kindai shûka » ****), le premier d’une série de traités qui allaient imposer ses vues poétiques pour des décennies au moins. On y apprend que la vraie poésie, c’est celle qui, tout en ne quittant pas les limites de la raison, s’affranchit des chemins battus : « Le style excellent en poésie », dit-il *****, « c’est le style de poème qui, ayant transcendé les différents éléments du sujet, n’insiste sur aucun ; qui, bien que ne semblant appartenir à aucun des dix styles en particulier, nous fasse l’effet de les contenir tous ». Infatigable en dépit d’une santé sans cesse chancelante, Teika se montra, par ailleurs, un très grand philologue. Les meilleures éditions conservées, et quelquefois les plus anciennes, des classiques de la littérature japonaise sont des copies de sa main ******. Pourtant, à tort ou à raison, ce qui a le plus contribué à le rendre illustre, c’est une petite anthologie connue sous le nom de « De cent poètes un poème », que tout Japonais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est inspiré. Lisez la suite›

* En japonais 藤原定家. Parfois transcrit Foujiwara no Sadaïé.

** En japonais 藤原俊成. Parfois transcrit Toshinari.

*** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 70.

**** En japonais « 近代秀歌 ».

***** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 249.

****** C’est le cas en particulier du « Dit du genji », de l’« Ise monogatari », du « Kokin-shû », dont il colligea les divers manuscrits, et qu’il commenta en profondeur.

« Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie »

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

Il s’agit de l’aristocrate japonais Fujiwara no Teika * (XIIe-XIIIe siècle), non seulement poète très fécond, encensé ou blâmé par ses contemporains pour son originalité ; mais aussi critique aux jugements duquel on s’en rapportait constamment, théoricien, éditeur d’œuvres anciennes, compilateur d’anthologies, auteur d’un journal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neuvième année — le « Meigetsu-ki » (« Journal de la lune claire »). Fils du poète Fujiwara no Shunzei **, héritier important d’une lignée d’érudits, Teika servit plusieurs Empereurs, et notamment Go-Toba Tennô, lequel le récompensa de son attachement en le mettant au nombre des compilateurs du « Nouveau Recueil de poésies de jadis et naguère » (« Shinkokin wakashû »). À cette époque, il avait déjà la réputation d’un poète très doué, mais pratiquant un style déconcertant : « J’ai été quelquefois reconnu et quelquefois critiqué », reconnaît-il lui-même ***, « mais, depuis le début, j’ai manqué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à produire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regretté père se limitait à : “La [règle] de la poésie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remontant à un lointain passé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la comprend” ». En l’an 1209, le shôgun Sanetomo, âgé de dix-sept ans, demanda à Teika de corriger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Teika fit accompagner la correction d’un traité pédagogique, « Poèmes excellents de notre temps » (« Kindai shûka » ****), le premier d’une série de traités qui allaient imposer ses vues poétiques pour des décennies au moins. On y apprend que la vraie poésie, c’est celle qui, tout en ne quittant pas les limites de la raison, s’affranchit des chemins battus : « Le style excellent en poésie », dit-il *****, « c’est le style de poème qui, ayant transcendé les différents éléments du sujet, n’insiste sur aucun ; qui, bien que ne semblant appartenir à aucun des dix styles en particulier, nous fasse l’effet de les contenir tous ». Infatigable en dépit d’une santé sans cesse chancelante, Teika se montra, par ailleurs, un très grand philologue. Les meilleures éditions conservées, et quelquefois les plus anciennes, des classiques de la littérature japonaise sont des copies de sa main ******. Pourtant, à tort ou à raison, ce qui a le plus contribué à le rendre illustre, c’est une petite anthologie connue sous le nom de « De cent poètes un poème », que tout Japonais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est inspiré. Lisez la suite›

* En japonais 藤原定家. Parfois transcrit Foujiwara no Sadaïé.

** En japonais 藤原俊成. Parfois transcrit Toshinari.

*** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 70.

**** En japonais « 近代秀歌 ».

***** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 249.

****** C’est le cas en particulier du « Dit du genji », de l’« Ise monogatari », du « Kokin-shû », dont il colligea les divers manuscrits, et qu’il commenta en profondeur.

« Mas’oud : poète persan et hindoui »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Mas’oud-i Saad-i Selmân *, illustre poète persan, qui subit dans son âge mûr près de vingt ans d’emprisonnement sous les règnes successifs de trois rois (XIe-XIIe siècle). Les souffrances endurées pendant son incarcération prêtent à ses vers des accents d’une force, d’une intensité, d’une sincérité telles, qu’il nous arrive parfois, en les lisant, de sentir nos cheveux se dresser sur notre tête, et les larmes nous venir aux yeux. « Tout critique impartial reconnaît quel haut degré d’éloquence et d’inspiration Mas’oud atteint en ses poèmes de captivité », dit Nezâmî ‘Arûzî **. La famille de Mas’oud était originaire d’Hamadan (Iran) ; mais son père, Khâja Saad ben Selmân, alla résider à Lahore (Pakistan), où il jouit longtemps de la faveur des rois ghaznévides et remplit quelques postes élevés sous leur gouvernement. Mas’oud hérita des honneurs de son père ; mais, par suite d’intrigues de Cour et à cause, dit-on, de son attachement au prince Saïf uddaula Mahmoud, qui fut accusé de trahison, il fut arrêté et enchaîné par le roi en 1079 ou 1080 apr. J.-C. dans la citadelle de Nâï ***. Ce nom de Nâï, qui signifie « roseau » ou « flûte de roseau » en persan, donna naissance à des jeux de mots tout à fait fascinants dans les vers de notre poète : « Mon cœur gémit, comme gémit le roseau de la flûte, prisonnier que je suis dans cette citadelle de Nâï… Quoi d’autre que plaintes peut apporter l’air de Nâï ? Le destin m’eût déjà tué à force de douleurs et de souffrances, si ma vie n’avait pour lien la poésie vivifiante. Non, non, ma grandeur s’est accrue de toute la hauteur de la citadelle de Nâï ! » **** En vain, ce rossignol chanta dans sa cage de fer ; en vain, ses vers furent lus au roi. Ce dernier les écouta, mais n’en fut point ému ; il quitta le monde en laissant en captivité notre poète, qui ne fut libéré que la soixantaine passée. Dégoûté d’une Cour dont il n’avait reçu que des injustices et des mortifications, Mas’oud passa le reste de ses jours dans les paisibles fonctions de bibliothécaire. « Combien de poèmes, brillants comme des joyaux et précieux comme des perles, naquirent de cette nature ardente et ne furent jamais agréés ! », dit Nezâmî ‘Arûzî. « Le déshonneur en restera sur la grande maison [ghaznévide]… Le malheur de Mas’oud vint à son terme, tandis que le déshonneur restera sur cette dynastie jusqu’au jour de la résurrection. » Lisez la suite›

* En persan مسعود سعد سلمان. Parfois transcrit Mas’ûd-i Sa’d Salmân, Maç’ûd-i Sa’ad Salmân, Mas‘ud-e Sa‘d-e Salmān, Masood Said Salman, Masoud Sa’ad Salman ou Maç’oud-i Sa’ad-i Selman. À ne pas confondre avec Saadi, l’auteur du « Gulistan » et du « Boustan », qui vécut un siècle plus tard.

** « Les Quatre Discours ; traduit du persan par Isabelle de Gastines », p. 92.

*** Cette citadelle se trouvait quelque part au Waziristan, d’après Nezâmî ‘Arûzî.

**** En persan

« نالم ز دل چو نای من اندر حصار نای…
جز ناله های زار چه آرد هوای نای
گردون به درد و رنج مرا کشته بود اگر
پیوند عمر من نشدی نظم جانفزای
نه نه ز حصن نای بیفزود جاه من
 ».

Attar, « Les Sept Cités de l’amour »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du Divan (Recueil de poésies) de Férid-eddin Attar * (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je considère Attar comme le meilleur poète mystique de la Perse. Certes, le nombre des Persans qui se sont distingués dans le genre est si considérable, et plusieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opinion peut paraître hasardée. Sous le rapport du choix des pensées et de la grâce de l’expression, Djélâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien inférieur ; mais de toutes les idées de ce célèbre disciple, je défierais d’en trouver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « Attar a parcouru les sept cités de l’Amour, tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle » ** ; et encore : « Attar fut l’âme du mysticisme, et Sanaï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces » ***. Férid-eddin exerça d’abord la profession de parfumeur, ainsi que l’indique son surnom d’Attar (« qui fabrique ou qui vend des parfums »). Il avait une boutique très élégante, qui attirait les regards du public et qui flattait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa boutique avec l’apparence d’un homme important, un fou, ou pour mieux dire, un religieux très avancé dans la vie spirituelle ****, vint à sa porte, jeta un regard sur les marchandises qui étaient étalées, puis poussa un profond soupir. Attar, étonné, le pria de passer son chemin. « Tu as raison », lui répondit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embarrassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est malheureusement pas ainsi de toi, qui possèdes tant de précieuses marchandises. Songe donc à te préparer à ce voyage. » Lisez la suite›

* En persan فریدالدین عطار. Parfois transcrit Farîdoddîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feriduddin Attar, Fariduddine Attar, Faridaddin Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr.

** En persan

« هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
 ».

*** En persan

« عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
 ».

**** Les fous sont regardés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et rangés parmi les soufis.

« Alexandre, le Macédonien iranisé : l’exemple du récit par Nezâmî (XIIe siècle) »

dans « Alexandre le Grand dans les littératures occidentales et proche-orientales » (éd. Université Paris X-Nanterre, coll. Littérales, Nanterre), p. 227-241

dans « Alexandre le Grand dans les littératures occidentales et proche-orientales » (éd. Université Paris X-Nanterre, coll. Littérales, Nanterre), p. 227-241

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre d’Alexandre le Grand » * (« Eskandar-nâmeh » **) de Nezâmî de Gandjeh ***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue persane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâmî fut le premier qui remania dans un sens romanesque le vieux fonds des traditions persanes. Sans se soucier d’en préserver la pureté et la couleur, il les amalgama librement tantôt aux récits plus ou moins légendaires des compilateurs arabes, tantôt aux fictions des romanciers alexandrins. Par sa sophistication poétique, il dépassa les uns et les autres. Ses œuvres les plus importantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil intitulé « Khamseh » **** (« Les Cinq ») en arabe ou « Pandj Gandj » ***** (« Les Cinq Trésors ») en persan. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout honnête homme devait connaître, au point d’en pouvoir réciter des passages entiers. Au sein de leur aire culturelle, à travers cette immensité qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débordait même sur l’Inde musulmane, elles occupaient une place équivalente à celle qu’eut « L’Énéide » en Europe occidentale. « Les mérites et perfections manifestes de Nezâmî — Allah lui soit miséricordieux ! — se passent de commentaires. Personne ne pourrait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Trésors” ; bien plus, cela échappe au pouvoir du genre humain », dira Djâmî ****** en choisissant de se faire peindre agenouillé devant son illustre prédécesseur. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Histoire fabuleuse d’Alexandre le Grand » ou « Alexandréide ».

** En persan « اسکندر‌نامه ». Parfois transcrit « Secander-nameh », « Sekander Námah », « Sikander Nama », « Escander—namèh », « Eskander Nāmeh », « Iskander-namé », « Iskender-nâmè », « Iskandar Nāma » ou « Sekandar-nâmeh ».

*** En persan نظامی گنجوی. Parfois transcrit Nadhami, Nidhami, Nizhâmî, Nizhamy, Nizamy, Nizami, Nishâmi, Nisamy, Nisami, Nezâmy ou Nezhami.

**** En arabe « خمسة ». Parfois transcrit « Khamsè », « Khamsah », « Khamsa », « Hamsa », « Hamsah », « Hamse », « Chamseh » ou « Hamseh ».

***** En persan « پنج گنج ». Parfois transcrit « Pendsch Kendj », « Pendch Kendj », « Pandsch Gandsch », « Pendj Guendj », « Penj Ghenj », « Pentch-Ghandj » ou « Panj Ganj ».

****** « Le Béhâristân », p. 185-186.

Ibn Rushd (Averroès), « Accord de la religion et de la philosophie : traité »

éd. Imprimerie orientale P. Fontana, Alger

Il s’agit de l’« Accord de la religion et de la philosophie » d’Ibn Rushd * (XIIe siècle apr. J.-C.), traité dont le titre littéral est « Examen critique et Solution de la question de l’accord entre la loi religieuse et la philosophie » (« Faṣl al-maḳâl wa-taḳrîr mâ bayn al-sharî‘a wa-l-ḥikma min al-ittiṣâl » **). De tous les philosophes que l’islam donna à l’Espagne, celui qui laissa le plus de traces dans la mémoire des peuples, grâce à ses savants commentaires des écrits d’Aristote, ce fut Ibn Rushd, également connu sous les noms corrompus d’Averois, Aven-Roez ou Averroès ***. Son Andalousie natale était un coin privilégié du monde, où le goût des sciences et des belles choses avait établi, à partir du Xe siècle, une tolérance dont l’époque moderne peut à peine offrir un exemple. « Chrétiens, juifs, musulmans parlaient la même langue, chantaient les mêmes poésies, participaient aux mêmes études littéraires et scientifiques. Toutes les barrières qui séparent les hommes étaient tombées ; tous travaillaient d’un même accord à l’œuvre de la civilisation commune », dit Renan. Abû Ya‘ḳûb Yûsuf ****, calife de l’Andalousie et contemporain d’Ibn Rushd, fut le prince le plus lettré de son temps. L’illustre philosophe Ibn Thofaïl obtint à sa Cour une grande influence et en profita pour y attirer les savants de tous les pays. Ce fut d’après le vœu exprimé par Yûsuf et sur les instances d’Ibn Thofaïl qu’Ibn Rushd entreprit de commenter Aristote. Jamais ce dernier n’avait reçu de soins aussi étendus et aussi dévoués que ceux que lui prodiguera Ibn Rushd. L’aristotélisme ne sera plus grec, il sera arabe. « Mais la cause fatale qui a étouffé chez les musulmans les plus beaux germes de développement intellectuel, le fanatisme religieux, préparait déjà la ruine [de la philosophie] », dit Renan. Vers la fin du XIIe siècle, l’antipathie des imams et du peuple contre les études rationnelles se déchaîne sur toute la surface du monde musulman. Bientôt il suffira de dire d’un homme : « Un tel travaille à la philosophie ou donne des leçons d’astronomie », pour que les gens du peuple lui appliquent immédiatement le nom d’« impie », de « mécréant », etc. ; et que, si par malheur il persévère, ils le frappent dans la rue ou lui brûlent sa maison. Lisez la suite›

* En arabe ابن رشد. Parfois transcrit Ebn Roschd, Ibn-Roshd, Ibn Rochd ou Ibn Rušd.

** En arabe « فصل المقال وتقرير ما بين الشريعة والحكمة من الاتصال ». Parfois transcrit « Façl el maqâl wa-taqrîr ma baïn ech-charî‘a wa-l-hikma min el-ittiçâl ».

*** Par substitution d’Aven (Aben) à Ibn.

**** En arabe أبو يعقوب يوسف. Parfois transcrit Abu Yaqub Yusuf, Abou Ya‘qoûb Yoûçof ou Abou-Ya’coub Yousouf.

Ibn Thofaïl, « Hayy ben Yaqdhân : roman philosophique »

éd. Imprimerie catholique, coll. Institut d’études orientales de la Faculté des lettres d’Alger, Beyrouth

éd. Imprimerie catholique, coll. Institut d’études orientales de la Faculté des lettres d’Alger, Beyrouth

Il s’agit du « Hayy ben Yaqdhân » * (« Le Vivant fils du Vigilant »), connu en latin sous le titre du « Philosophus autodidactus » (« Le Philosophe autodidacte »), traité du philosophe andalou Aboû Bekr Ibn Thofaïl ** (XIIe siècle apr. J.-C.). « De tous les monuments de la philosophie arabe », dit Ernest Renan en parlant du « Hayy ben Yaqdhân » ***, « c’est peut-être le seul qui puisse nous offrir plus qu’un intérêt historique ». Cet ouvrage, curieux à plus d’un égard, offre six cents ans avant Daniel Defoe un prototype scientifique, philosophique et mystique du « Robinson Crusoé ». Il s’ouvre par la supposition d’un enfant qui naît sans père ni mère, dans une île déserte. Cet enfant, c’est Hayy ben Yaqdhân. Il est adopté par une gazelle, qui l’allaite. Il grandit, observe, réfléchit. Doué d’une intelligence supérieure, non seulement il sait ingénieusement pourvoir à tous ses besoins, mais il arrive bientôt à découvrir de lui-même, par les seules forces de son raisonnement, les notions les plus élevées que la science humaine possède sur l’univers. Avec le temps, il reconnaît que les êtres qui l’entourent renferment la multiplicité et l’unité, attendu que, s’ils sont multiples du côté de leurs formes, ils sont une même chose quant à l’essence. Enfin, le système auquel il aboutit, le conduit à chercher dans l’extase mystique l’union intime avec Dieu, qui constitue à la fois la plénitude de la science humaine et la félicité souveraine et absolue. « Seul parmi les auteurs arabes d’allégories philosophiques, Ibn Thofaïl a su garder la juste mesure, tenir la balance égale entre les [différents] genres [littéraires] », dit Léon Gauthier ****. « [Sa] phrase est courte, alerte, d’une correction absolue, d’une élégance parfaite, d’une lumineuse clarté… Si donc il fallait indiquer à des étudiants orientalistes un modèle à imiter de style philosophique arabe, nous désignerions sans hésiter le style d’Ibn Thofaïl, c’est-à-dire du “Hayy ben Yaqdhân”. S’il fallait leur choisir, en outre, le meilleur ouvrage arabe à lire pour prendre, au prix d’un minimum de temps et de peine, une idée d’ensemble de la philosophie musulmane, et de la science arabe dont elle fait la synthèse, nous leur nommerions encore, sans balancer, le “Hayy ben Yaqdhân”… Disons, en un mot, qu’Ibn Thofaïl est à tous égards, dans la pléiade des “falâcifa” *****… le modèle des vulgarisateurs. » Lisez la suite›

* En arabe « حي بن يقظان ». Parfois transcrit « Hay ben Yoqthsân », « Hai ebn Yokdhan », « Hay ibn-Iokdhan », « Hây ben Yaqzân », « Ḥaij ibn Iaqẓân », « Hayy ibn Yagzan », « Hayi ibn Iakzan » ou « Ḥayy b. Yaḳẓān ». À ne pas confondre avec le traité éponyme d’Avicenne, dont Ibn Thofaïl n’a emprunté que les noms de ses personnages.

** En arabe أبو بكر بن طفيل. Parfois transcrit Ebn Tophail, Abentofail, Ibn al-Toufaïl, Ibn-Tofaïl, Ibn Tofeïl, Ibn Ṭufail ou Ibn Ṭufayl.

*** « Averroès et l’Averroïsme », p. 99.

**** « Ibn Thofaïl : sa vie, ses œuvres », p. 93 & 95-96.

***** Le mot « falâcifa », pluriel de « faïlaçoûf » (فيلسوف), est une simple transcription du mot grec « philosophos » (φιλόσοφος).

Anvari, « Poème »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une traduction partielle des « Odes » d’Anvari *, poète de langue persane, également connu sous le nom d’Anvari Abivardi **, car il naquit près d’Abivard, dans l’actuel Turkménistan (XIIe siècle apr. J.-C.). Ce fut le poète le plus brillant de la cour du sultan Ahmad Sanjar. Le style de ses compositions est assez difficile, et certaines de ses « Odes » ont besoin d’un commentaire pour être comprises. L’ode, cependant, est le genre où Anvari est regardé comme supérieur à tous les autres poètes persans, comme en témoigne ce distique : « Parmi les poètes, trois sont prophètes, en dépit de la parole de Mahomet : “Plus de prophète après moi !” ; dans l’épopée Firdousi, dans le ghazel Saadi, dans l’ode Anvari » ***. On sait peu de chose sur sa vie, sauf les circonstances dans lesquelles il devint le poète officiel du sultan. Les voici, d’ailleurs. Moezzi, qui le précéda dans ce poste, jouissait d’une telle mémoire qu’il lui suffisait d’entendre une ode une fois pour la retenir par cœur. Aussi, chaque fois qu’un poète récitait une ode devant le sultan Ahmad Sanjar, lorsque la pièce arrivait à sa fin, plaisait-elle à ce monarque, Moezzi ne manquait pas de s’écrier : « Il y a beau temps que j’ai composé cette poésie ; d’ailleurs, elle est encore dans ma mémoire » ****, et il la récitait du premier au dernier vers. Les poètes prétendants étaient plongés dans la stupéfaction, ne sachant par quel moyen présenter au sultan Ahmad Sanjar des vers dont ce monarque fût persuadé que Moezzi n’était pas l’auteur. Anvari trouva le stratagème suivant : il revêtit des habits tout râpés et orna sa tête d’une aigrette extraordinaire, puis se rendit avec un air de folie chez Moezzi. « Je suis poète », lui dit-il, « et j’ai composé quelques vers en l’honneur du sultan ; j’attends de vous que vous les lui déclamiez et que vous receviez pour mon compte un cadeau sérieux. — Récite-les-moi », répondit Moezzi. Anvari commença en ces termes : « Vive le roi, vive le roi, vive le roi ! Vive l’émir, vive l’émir, vive l’émir ! », et il continua à débiter d’autres balivernes de la même force. Moezzi se figura avoir affaire à un bouffon et lui dit : « Demain matin, trouve-toi à la cour du sultan : je lui exposerai ta situation, et j’obtiendrai qu’il t’attache à son service ». Le lendemain, Anvari s’habilla avec convenance, se coiffa d’un turban élégant et entra dans le palais. Pris de court, Moezzi ne put que dire : « Déclame-nous l’ode que tu as composée en l’honneur du sultan ». Aussitôt, Anvari récita le début d’une ode pleine de comparaisons audacieuses et de louanges superbes Lisez la suite›

* En persan انوری. Autrefois transcrit Enweri, Envery, Enveri, Enverri, Anveri, Anvery, Anweri, Anwery, Anouary, Anwary ou Anwarī.

** En persan انوری ابیوردی.

*** Dans Albert de Biberstein Kazimirski, « Anveri ».

**** « Notice sur le poète persan Enveri », p. 242.

Ibn al Fâridh, « Extraits du “Diwan” »

dans « Anthologie arabe, ou Choix de poésies arabes inédites », XIXe siècle

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) de ‘Omar ibn al Fâridh *, poète et mystique arabe. Le soufisme, auquel on applique par abus le nom de « mysticisme arabe », a eu peu de racines dans la péninsule arabique et en Afrique. Son apparition a été même décrite comme une réaction du génie asiatique contre le génie arabe. Il arrive que ce mysticisme s’exprime en arabe : voilà tout. Il est persan de tendance et d’esprit. Parmi les rares exceptions à cette règle, il faut compter le poète Ibn al Fâridh, né au Caire l’an 1181 et mort dans la même ville l’an 1235 apr. J.-C. Dans une préface placée à la tête de ses poésies, ‘Ali, petit-fils de ce poète, rapporte sur lui des choses étonnantes, auxquelles on est peu disposé à croire. Il dit qu’Ibn al Fâridh tombait quelquefois en de si violentes convulsions, que la sueur sortait abondamment de tout son corps en coulant jusqu’à ses pieds, et qu’ensuite, frappé de stupeur, le regard fixe, il n’entendait ni ne voyait ceux qui lui parlaient : l’usage de ses sens était complètement suspendu. Il gisait renversé sur le dos, enveloppé comme un mort dans son drap. Il restait plusieurs jours dans cette position, et pendant ce temps, il ne prenait aucune nourriture, ne proférait aucune parole et ne faisait aucun mouvement. Lorsque, sorti de cet étrange état, il pouvait de nouveau converser avec ses amis, il leur expliquait que, tandis qu’ils le voyaient hors de lui-même et comme privé de la raison, il s’entretenait avec Dieu et en recevait les plus grandes inspirations poétiques. Lisez la suite›

* En arabe عمر بن الفارض. Parfois transcrit Omar ben al Faredh, ‘Umar ibnu’l-Fáriḍ, Omar iben Phered, Omar-ebn-el-Farid ou Omer ibn-el-Fáridh.

« Notice sur le poète persan Enveri, suivie d’un extrait de ses “Odes” »

dans « Journal asiatique », sér. 9, vol. 5, p. 235-268

Il s’agit d’une traduction partielle des « Odes » d’Anvari *, poète de langue persane, également connu sous le nom d’Anvari Abivardi **, car il naquit près d’Abivard, dans l’actuel Turkménistan (XIIe siècle apr. J.-C.). Ce fut le poète le plus brillant de la Cour du sultan Ahmad Sanjar. Le style de ses compositions est assez difficile, et certaines de ses « Odes » ont besoin d’un commentaire pour être comprises. L’ode, cependant, est le genre où Anvari est regardé comme supérieur à tous les autres poètes persans, comme en témoigne ce distique : « Parmi les poètes, trois sont prophètes, en dépit de la parole de Mahomet : “Plus de prophète après moi !” ; dans l’épopée Firdousi, dans le ghazel Saadi, dans l’ode Anvari » ***. On sait peu de chose sur sa vie, sauf les circonstances dans lesquelles il devint le poète officiel du sultan. Les voici, d’ailleurs. Moezzi, qui le précéda dans ce poste, jouissait d’une telle mémoire qu’il lui suffisait d’entendre une ode une fois pour la retenir par cœur. Aussi, chaque fois qu’un poète récitait une ode devant le sultan Ahmad Sanjar, lorsque la pièce arrivait à sa fin, plaisait-elle à ce monarque, Moezzi ne manquait pas de s’écrier : « Il y a beau temps que j’ai composé cette poésie ; d’ailleurs, elle est encore dans ma mémoire » ****, et il la récitait du premier au dernier vers. Les poètes prétendants étaient plongés dans la stupéfaction, ne sachant par quel moyen présenter au sultan Ahmad Sanjar des vers dont ce monarque fût persuadé que Moezzi n’était pas l’auteur. Anvari trouva le stratagème suivant : il revêtit des habits tout râpés et orna sa tête d’une aigrette extraordinaire, puis se rendit avec un air de folie chez Moezzi. « Je suis poète », lui dit-il, « et j’ai composé quelques vers en l’honneur du sultan ; j’attends de vous que vous les lui déclamiez et que vous receviez pour mon compte un cadeau sérieux. — Récite-les-moi », répondit Moezzi. Anvari commença en ces termes : « Vive le roi, vive le roi, vive le roi ! Vive l’émir, vive l’émir, vive l’émir ! », et il continua à débiter d’autres balivernes de la même force. Moezzi se figura avoir affaire à un bouffon et lui dit : « Demain matin, trouve-toi à la Cour du sultan : je lui exposerai ta situation, et j’obtiendrai qu’il t’attache à son service ». Le lendemain, Anvari s’habilla avec convenance, se coiffa d’un turban élégant et entra dans le palais. Pris de court, Moezzi ne put que dire : « Déclame-nous l’ode que tu as composée en l’honneur du sultan ». Aussitôt, Anvari récita le début d’une ode pleine de comparaisons audacieuses et de louanges superbes Lisez la suite›

* En persan انوری. Autrefois transcrit Enweri, Envery, Enveri, Enverri, Anveri, Anvery, Anweri, Anwery, Anouary, Anwary ou Anwarī.

** En persan انوری ابیوردی.

*** Dans Albert de Biberstein Kazimirski, « Anveri ».

**** « Notice sur le poète persan Enveri », p. 242.

Li Qing zhao, « Œuvres poétiques complètes »

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de Li Qing zhao *, poétesse chinoise (XIIe siècle apr. J.-C.). Née dans une famille mandarinale cultivée, elle épousa à dix-huit ans un jeune bibliophile et collectionneur, Zhao Ming cheng **. L’union fut parfaite. Les deux époux vécurent heureux, partageant leur passion commune pour la calligraphie et la peinture au milieu des objets d’art, dont dix chambres de leur maison étaient remplies. Mais l’invasion des Jin fit brûler ce trésor et obligea les deux époux à se réfugier au sud du fleuve Bleu : « Les habitants », raconte Li Qing zhao ***, « s’enfuient, de l’est à l’ouest, du sud au nord. Les montagnards projettent d’entrer dans les villes. Les citadins pensent à gagner les montagnes et les forêts. Aux heures de midi, on voit stationner de longues files de réfugiés. Il n’y a plus personne qui ne soit sans abri ». Quatre ans plus tard, Li Qing zhao perdit son mari et fut réduite à mener une vie instable sans trouver le repos. Aussi, si ses premières œuvres reflètent la période heureuse de sa vie, celles qui suivent l’exode vers le sud et la mort de l’époux expriment la douleur. Eh bien ! ce n’est que dans ces dernières œuvres, composées sur la route et au milieu des hasards, que Li Qing zhao montre des qualités propres à une grande poétesse, et j’ose dire que ses souffrances, ses plaintes, ses larmes sont la moitié de son génie. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer son poème composé sur l’air de « Sheng sheng man » **** (« Chaque note est lente »). Les trois premiers vers (« Je tâtonne à gauche, je cherche à droite. Solitude fraîche, solitude froide. Mon cœur erre et se perd dans tant d’ombres, pâles, sombres. ») sont cités encore de nos jours pour illustrer une grande détresse. Quant au début du vers suivant (« La chaleur subite cède au froid… »), il est devenu un proverbe pour exprimer une situation changeante. Enfin, les deux derniers vers (« Dans un tel état, comment en finir avec ce seul mot terrible : “tristesse” ? ») sont déclamés par les gens instruits pour évoquer des malheurs qui s’accumulent. Lisez la suite›

* En chinois 李清照. Parfois transcrit Li Ts’ing-tchao, Li-tsing-chao, Li Ch’ing-chao ou Li Quingzhao.

** En chinois 趙明誠.

*** « Postface au “Catalogue des inscriptions sur pierre et sur bronze (金石錄)” de Zhao Ming cheng ».

**** En chinois « 声声慢 ».

Attar, « Le Livre de l’épreuve »

éd. Fayard, coll. L’Espace intérieur, Paris

éd. Fayard, coll. L’Espace intérieur, Paris

Il s’agit du « Livre de l’épreuve » (« Mosibet namèh » *) de Férid-eddin Attar ** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je considère Attar comme le meilleur poète mystique de la Perse. Certes, le nombre des Persans qui se sont distingués dans le genre est si considérable, et plusieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opinion peut paraître hasardée. Sous le rapport du choix des pensées et de la grâce de l’expression, Djélâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien inférieur ; mais de toutes les idées de ce célèbre disciple, je défierais d’en trouver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « Attar a parcouru les sept cités de l’Amour, tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle » *** ; et encore : « Attar fut l’âme du mysticisme, et Sanaï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces » ****. Férid-eddin exerça d’abord la profession de parfumeur, ainsi que l’indique son surnom d’Attar (« qui fabrique ou qui vend des parfums »). Il avait une boutique très élégante, qui attirait les regards du public et qui flattait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa boutique avec l’apparence d’un homme important, un fou, ou pour mieux dire, un religieux très avancé dans la vie spirituelle *****, vint à sa porte, jeta un regard sur les marchandises qui étaient étalées, puis poussa un profond soupir. Attar, étonné, le pria de passer son chemin. « Tu as raison », lui répondit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embarrassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est malheureusement pas ainsi de toi, qui possèdes tant de précieuses marchandises. Songe donc à te préparer à ce voyage. » Lisez la suite›

* En persan « مصیبت‌نامه ». Parfois transcrit « Mossibat-nāmeh », « Moṣibat-nāme » ou « Muṣībat-nāma ».

** En persan فریدالدین عطار. Parfois transcrit Farîdoddîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feriduddin Attar, Fariduddine Attar, Faridaddin Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr.

*** En persan

« هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
 ».

**** En persan

« عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
 ».

***** Les fous sont regardés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et rangés parmi les soufis.

« Mémoire sur Khâcâni : poète persan du XIIe siècle »

XIXe siècle

Il s’agit de Khagani Chirvani * (XIIe siècle apr. J.-C.), excellent poète persan, chantre attitré du sultan de la principauté de Chirvan ** (Azerbaïdjan). Il s’est décrit lui-même en ces mots : « Je suis grand, je suis du nombre des esprits ; je suis du monde occulte et je suis saint par ma naissance. Comment est-il donc possible que mon être puisse se laisser subjuguer par la matière ? La raison me servit de gouvernante ; ma nourriture était la loi du Prophète ; l’esprit était mon berceau » ***. Il naquit à Chamakha ****, chef-lieu du Chirvan, d’un père musulman et d’une mère chrétienne, mais il fut bientôt abandonné aux soins de son oncle, Mirza Kafi, médecin et droguiste. Cet oncle eut une grande influence sur la jeunesse de notre poète. C’est lui qui, chaque soir, après avoir fermé sa boutique, lui enseignait la langue arabe, la médecine, l’astronomie et la métaphysique. Malgré tout son attachement pour son neveu, le pédagogue oriental, fidèle au système d’éducation généralement admis, avait souvent recours au bâton pour stimuler le zèle de son élève. Le poète parle de ces corrections corporelles d’une manière originale ; il dit notamment : « En ai-je mangé du gourdin dans sa boutique ! Il m’amollissait par le bâton comme on amollit une grenade. On compte parmi les miracles de Moïse qu’en jetant sa baguette, il la convertissait en serpent ; mais mon oncle découvrait le vrai dans mon cœur au moyen de sa baguette, et il traçait sur mon corps les figures des serpents de Moïse » *****. Khagani épousa une villageoise, à cause de laquelle il devint la cible des moqueries des courtisans. Et pourtant, il refusa d’épouser une autre femme et resta auprès de la sienne, qui était faible et d’une constitution maladive. Voici ce qu’il dit dans une lettre : « Pendant les temps des maladies, c’était moi qui prenais soin de cette défunte, son serviteur, et qui lui présentais la cuvette et lui donnais de l’eau pour se laver les mains ; et quand elle a quitté ce monde, comme il était entendu entre nous, je suis parti de Chirvan. Je jure sur la personne de Dieu, qu’il n’y a aucune autre cause qui puisse me tenir éloigné de mon pays, bien que l’ami et l’ennemi pensent autrement ; mais ce que j’ai dit c’est la vérité même » ******. La perte de sa femme inspira au poète trois pièces de vers, dont la première se remarque par l’expression vraie du sentiment qui l’a dictée. De toutes les poésies de Khagani, c’est la seule où il apparaît un homme sincère, la douleur lui faisant oublier, l’espace d’un moment, son langage apprêté et son érudition convenue Lisez la suite›

* En persan خاقانی شروانی. Autrefois transcrit Hrâqâni, Xāqānī, Ḵāqāni, Khāqāni, Khaqany, Khaghany, Khaghani, Hakani, Khâkâni ou Khâcâni.

** En azéri Şirvan. Autrefois transcrit Sharvan, Chirwan, Schirwan, Çirwan, Shirvan, Širvān ou Šervān.

*** p. 46-47.

**** En azéri Şamaxı. Parfois transcrit Chemakha, Shamakha, Šamāḵa, Schamachie, Schamakiè, Shamakhi ou Chamakhi.

***** p. 12.

****** Dans Ahmed Ateş, « Recueil de lettres de Xāqānī ».

Attar, « Le Mémorial des saints »

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

éd. du Seuil, coll. Points-Sagesses, Paris

Il s’agit d’une traduction indirecte du « Mémorial des saints » (« Tezkiratalavlia » *) de Férid-eddin Attar ** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je considère Attar comme le meilleur poète mystique de la Perse. Certes, le nombre des Persans qui se sont distingués dans le genre est si considérable, et plusieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opinion peut paraître hasardée. Sous le rapport du choix des pensées et de la grâce de l’expression, Djélâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien inférieur ; mais de toutes les idées de ce célèbre disciple, je défierais d’en trouver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « Attar a parcouru les sept cités de l’Amour, tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle » *** ; et encore : « Attar fut l’âme du mysticisme, et Sanaï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces » ****. Férid-eddin exerça d’abord la profession de parfumeur, ainsi que l’indique son surnom d’Attar (« qui fabrique ou qui vend des parfums »). Il avait une boutique très élégante, qui attirait les regards du public et qui flattait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa boutique avec l’apparence d’un homme important, un fou, ou pour mieux dire, un religieux très avancé dans la vie spirituelle *****, vint à sa porte, jeta un regard sur les marchandises qui étaient étalées, puis poussa un profond soupir. Attar, étonné, le pria de passer son chemin. « Tu as raison », lui répondit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embarrassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est malheureusement pas ainsi de toi, qui possèdes tant de précieuses marchandises. Songe donc à te préparer à ce voyage. » Lisez la suite›

* En persan « تذکرة الاولیا ». Parfois transcrit « Tezkeret ül-Evliyâ », « Tezkiret el-Evliyâ », « Tazkirat-ul-Awlià », « Tazkarat al-Avliya », « Tazkerat ul-Awliyâ », « Taḏkerat al-Auliā », « Tadhkirat ‘l-Awliyâ » ou « Tadhkerat al-Owliyâ ».

** En persan فریدالدین عطار. Parfois transcrit Farîdoddîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feriduddin Attar, Fariduddine Attar, Faridaddin Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr.

*** En persan

« هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
 ».

**** En persan

« عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
 ».

***** Les fous sont regardés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et rangés parmi les soufis.

Khayyam, « Les “Rubâ’iyât” : les quatrains du célèbre poète, mathématicien et astronome persan »

éd. Seghers, Paris

éd. Seghers, Paris

Il s’agit des « Quatrains » (« Rubayat » *) d’Omar Khayyam **, mathématicien et astronome persan (XIe-XIIe siècle). À force de sonder les étoiles, il mesura combien la vie paraissait petite et dérisoire devant l’insondable indifférence de l’Univers. Face à elle, Descartes se fera des systèmes qui l’apaiseront, et Pascal se blottira contre Dieu. Khayyam, dont le génie égalait celui de ces deux savants, consacra une bonne partie de son existence à la poésie. Il chanta le sort des hommes, plongés dans l’empire désert et muet du néant, et il loua le vin, seul fidèle ami dans l’épreuve. Véritables bréviaires du pessimisme, ses « Quatrains » circulèrent partout où la langue persane était comprise et admirée :

« Bois du vin. Déjà ton nom quitte ce monde
Quand le vin coule dans ton cœur, toute tristesse disparaît
Dénoue plutôt, boucle après boucle, la chevelure d’une idole
Et n’attends pas que, de tes os, les nœuds d’eux-mêmes se dénouent
 » ***.

Soufi en apparence, incrédule en réalité, mêlant le blasphème à l’hymne divin, masquant d’un sourire les sanglots d’angoisse qui l’étranglaient, Khayyam fut peut-être le plus sceptique — et surtout le plus moderne — parmi les libres penseurs de la Perse : « Des critiques exercés ont tout de suite senti sous cette enveloppe singulière un frère de Gœthe ou de Heinrich Heine », dit Ernest Renan ****. « Certainement, ni Moténabbi ni même aucun de ces admirables poètes arabes antéislamiques, traduits avec le plus grand talent, ne répondraient si bien à notre esprit et à notre goût. Qu’un pareil livre [que les “Quatrains”] puisse circuler librement dans un pays musulman, c’est là pour nous un sujet de surprise ; car, sûrement, aucune littérature européenne ne peut citer un ouvrage où, non seulement la religion positive, mais toute croyance morale soit niée avec une ironie si fine et si amère » ; témoin ce quatrain que Khayyam improvisa un soir qu’un coup de vent renversa à terre son pot de vin imprudemment posé au bord de la terrasse :

« Tu as brisé ma cruche de vin, ô Seigneur !
Tu as claqué sur moi la porte de la joie, ô Seigneur !
Sur le sol, tu as répandu mon vin grenat par maladresse
(Que ma bouche s’emplisse de terre ! *****) n’étais-tu pas ivre, Seigneur ?
 » Lisez la suite›

* En persan « رباعیات ». Autrefois transcrit « Robaïat », « Rubaiat », « Robāïates », « Roubâ’yât », « Robaiyat », « Roba’yat », « Roubayyat », « Robáijját », « Roubaïyat » ou « Rubâi’yât ».

** En persan عمر خیام. Parfois transcrit Khayam, Khaïyâm, Káyyám, Hrayyâm, Chajjám, Hajjam, Haiām, Kheyyâm, Khèyam ou Kéyam.

*** p. 76.

**** « Rapport sur les travaux du Conseil », p. 56-57.

***** Expression que les Persans emploient souvent pour exprimer le regret d’avoir proféré ou de devoir proférer un blasphème.

Nezâmî, « Le Roman de “Chosroès et Chîrîn” »

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, coll. Bibliothèque des œuvres classiques persanes, Paris

Il s’agit de « Chosroès et Chîrîn » (« Khosrow va Chîrîn » *) de Nezâmî de Gandjeh **, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue persane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâmî fut le premier qui remania dans un sens romanesque le vieux fonds des traditions persanes. Sans se soucier d’en préserver la pureté et la couleur, il les amalgama librement tantôt aux récits plus ou moins légendaires des compilateurs arabes, tantôt aux fictions des romanciers alexandrins. Par sa sophistication poétique, il dépassa les uns et les autres. Ses œuvres les plus importantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil intitulé « Khamseh » *** (« Les Cinq ») en arabe ou « Pandj Gandj » **** (« Les Cinq Trésors ») en persan. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout honnête homme devait connaître, au point d’en pouvoir réciter des passages entiers. Au sein de leur aire culturelle, à travers cette immensité qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débordait même sur l’Inde musulmane, elles occupaient une place équivalente à celle qu’eut « L’Énéide » en Europe occidentale. « Les mérites et perfections manifestes de Nezâmî — Allah lui soit miséricordieux ! — se passent de commentaires. Personne ne pourrait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Trésors” ; bien plus, cela échappe au pouvoir du genre humain », dira Djâmî ***** en choisissant de se faire peindre agenouillé devant son illustre prédécesseur. Lisez la suite›

* En persan « خسرو و شیرین ». Parfois transcrit « Khosreu ve Chirin », « Khusrau va Shīrīn », « Khosrô wa Shîrîn », « Khusro-wa-Shireen », « Khasraw wa Shyryn », « Khosrou ve Schirin », « Khosrow-o Shirin », « Khosraw-o Shirin », « Khusraw u-Shīrīn » ou « Khosrau o Chîrîn ».

** En persan نظامی گنجوی. Parfois transcrit Nadhami, Nidhami, Nizhâmî, Nizhamy, Nizamy, Nizami, Nishâmi, Nisamy, Nisami, Nezâmy ou Nezhami.

*** En arabe « خمسة ». Parfois transcrit « Khamsè », « Khamsah », « Khamsa », « Hamsa », « Hamsah », « Hamse », « Chamseh » ou « Hamseh ».

**** En persan « پنج گنج ». Parfois transcrit « Pendsch Kendj », « Pendch Kendj », « Pandsch Gandsch », « Pendj Guendj », « Penj Ghenj », « Pentch-Ghandj » ou « Panj Ganj ».

***** « Le Béhâristân », p. 185-186.

Nezâmî, « Le Trésor des secrets »

éd. D. de Brouwer, Paris

éd. D. de Brouwer, Paris

Il s’agit du « Trésor des secrets » * (« Makhzan al-Asrâr » **) de Nezâmî de Gandjeh ***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue persane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâmî fut le premier qui remania dans un sens romanesque le vieux fonds des traditions persanes. Sans se soucier d’en préserver la pureté et la couleur, il les amalgama librement tantôt aux récits plus ou moins légendaires des compilateurs arabes, tantôt aux fictions des romanciers alexandrins. Par sa sophistication poétique, il dépassa les uns et les autres. Ses œuvres les plus importantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil intitulé « Khamseh » **** (« Les Cinq ») en arabe ou « Pandj Gandj » ***** (« Les Cinq Trésors ») en persan. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout honnête homme devait connaître, au point d’en pouvoir réciter des passages entiers. Au sein de leur aire culturelle, à travers cette immensité qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débordait même sur l’Inde musulmane, elles occupaient une place équivalente à celle qu’eut « L’Énéide » en Europe occidentale. « Les mérites et perfections manifestes de Nezâmî — Allah lui soit miséricordieux ! — se passent de commentaires. Personne ne pourrait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Trésors” ; bien plus, cela échappe au pouvoir du genre humain », dira Djâmî ****** en choisissant de se faire peindre agenouillé devant son illustre prédécesseur. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Le Magasin des secrets », « Le Magasin des mystères » ou « Le Trésor des mystères ».

** En persan « مخزن الاسرار ». Parfois transcrit « Makhzan-ul-Asrâr », « Makhzan ol-Asrâr », « Maḫzan al-Asrār », « Mahrzannol-Asrâr », « Makhsen-oul Errâr », « Makhzen ul-Esrâr » ou « Makhzen el-Asrâr ».

*** En persan نظامی گنجوی. Parfois transcrit Nadhami, Nidhami, Nizhâmî, Nizhamy, Nizamy, Nizami, Nishâmi, Nisamy, Nisami, Nezâmy ou Nezhami.

**** En arabe « خمسة ». Parfois transcrit « Khamsè », « Khamsah », « Khamsa », « Hamsa », « Hamsah », « Hamse », « Chamseh » ou « Hamseh ».

***** En persan « پنج گنج ». Parfois transcrit « Pendsch Kendj », « Pendch Kendj », « Pandsch Gandsch », « Pendj Guendj », « Penj Ghenj », « Pentch-Ghandj » ou « Panj Ganj ».

****** « Le Béhâristân », p. 185-186.

Nezâmî, « Le Pavillon des sept princesses »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit du « Pavillon des sept princesses » * (« Haft Peykar » **) de Nezâmî de Gandjeh ***, le maître du roman en vers, l’un des plus grands poètes de langue persane (XIIe siècle apr. J.-C.). Nezâmî fut le premier qui remania dans un sens romanesque le vieux fonds des traditions persanes. Sans se soucier d’en préserver la pureté et la couleur, il les amalgama librement tantôt aux récits plus ou moins légendaires des compilateurs arabes, tantôt aux fictions des romanciers alexandrins. Par sa sophistication poétique, il dépassa les uns et les autres. Ses œuvres les plus importantes, au nombre de cinq, furent réunies, après sa mort, dans un recueil intitulé « Khamseh » **** (« Les Cinq ») en arabe ou « Pandj Gandj » ***** (« Les Cinq Trésors ») en persan. Maintes fois copiées, elles étaient de celles que tout honnête homme devait connaître, au point d’en pouvoir réciter des passages entiers. Au sein de leur aire culturelle, à travers cette immensité qui s’étendait de la Perse jusqu’au cœur de l’Asie et qui débordait même sur l’Inde musulmane, elles occupaient une place équivalente à celle qu’eut « L’Énéide » en Europe occidentale. « Les mérites et perfections manifestes de Nezâmî — Allah lui soit miséricordieux ! — se passent de commentaires. Personne ne pourrait réunir autant d’élégances et de finesses qu’il en a réuni dans son recueil “Les Cinq Trésors” ; bien plus, cela échappe au pouvoir du genre humain », dira Djâmî ****** en choisissant de se faire peindre agenouillé devant son illustre prédécesseur. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Les Sept Beautés », « Les Sept Belvédères », « Les Sept Figures » ou « Les Sept Portraits ».

** En persan « هفت پیکر ». Parfois transcrit « Haft Peïgher », « Heft Peïguer », « Haft Paiker », « Haft Paykar », « Haft Païkar » ou « Heft Peïker ».

*** En persan نظامی گنجوی. Parfois transcrit Nadhami, Nidhami, Nizhâmî, Nizhamy, Nizamy, Nizami, Nishâmi, Nisamy, Nisami, Nezâmy ou Nezhami.

**** En arabe « خمسة ». Parfois transcrit « Khamsè », « Khamsah », « Khamsa », « Hamsa », « Hamsah », « Hamse », « Chamseh » ou « Hamseh ».

***** En persan « پنج گنج ». Parfois transcrit « Pendsch Kendj », « Pendch Kendj », « Pandsch Gandsch », « Pendj Guendj », « Penj Ghenj », « Pentch-Ghandj » ou « Panj Ganj ».

****** « Le Béhâristân », p. 185-186.

Saadi, « Le “Boustan”, ou Verger : poème persan »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Boustan » * (« Le Verger ») de Saadi **, le prince des moralistes persans, l’écrivain de l’Orient qui s’accorde le mieux, je crois, avec les goûts de la vieille Europe par son inaltérable bon sens, par la finesse et la facilité élégante qui caractérisent toute son œuvre, par la sagesse indulgente avec laquelle il raille les travers des hommes et blâme doucement leurs folies. Saadi naquit à Chiraz l’an 1184 apr. J.-C. Il perdit ses parents de bonne heure et les pleura dignement, à en juger par ce qu’il dit sur les orphelins, qui lui inspirèrent quelques-uns de ses accents les plus émus : « Étends ton ombre tutélaire sur la tête de l’orphelin… arrache l’épine qui le blesse. Ne connais-tu pas l’étendue de son malheur ? L’arbrisseau arraché de ses racines peut-il encore se couvrir de feuillage ? Quand tu vois un orphelin baisser tristement la tête… ne laisse pas couler ses larmes ; ce sont des larmes qui font trembler le trône de Dieu. Sèche avec bonté ses yeux humides, essuie pieusement la poussière qui ternit son visage. Il a perdu l’ombre qui protégeait sa tête » ***. L’orphelin Saadi partit pour Bagdad, où il suivit les cours de Sohraverdi, cheikh non moins célèbre par ses tendances mystiques que par son érudition : « Ce cheikh vénéré, mon guide spirituel… passait la nuit en oraison et dès l’aube il serrait soigneusement son tapis de prière (sans l’étaler aux regards)… Je me souviens que la pensée terrifiante de l’enfer avait tenu éveillé ce saint homme pendant une nuit entière ; le jour venu, je l’entendis qui murmurait ces mots : “Que ne m’est-il permis d’occuper à moi seul tout l’enfer, afin qu’il n’y ait plus de place pour d’autres damnés que moi !” » **** Ce fut peu de temps après avoir terminé ses études que Saadi commença cette vie de voyages qui était une sorte d’initiation imposée aux disciples spirituels du soufisme. La facilité avec laquelle les adeptes de cette doctrine allaient d’un bout à l’autre du monde musulman, la curiosité naturelle à son jeune âge, le peu de sûreté de son pays natal, toutes ces causes déterminèrent Saadi à s’éloigner de la Perse pendant de longues années. Il parcourut l’Asie Mineure, l’Égypte et l’Inde ; il éprouva les nombreux avantages des voyages qui « réjouissent l’esprit, procurent des profits, font voir des merveilles, entendre des choses singulières, parcourir du pays, converser avec des amis, acquérir des dignités et de bonnes manières… C’est ainsi que les soufis ont dit : “Tant que tu restes comme un otage dans ta boutique ou ta maison, jamais, ô homme vain, tu ne seras un homme. Pars et parcours le monde avant le jour fatal où tu le quitteras” » *****. Lisez la suite›

* En persan « بوستان ». Parfois transcrit « Boostan », « Bustân » ou « Bostan ».

** En persan سعدی. Parfois transcrit Sa’dy, Sahdy, Sadi ou Sa‘di.

*** « Le “Boustan”, ou Verger », p. 100.

**** id. p. 107.

***** « “Gulistan”, le Jardin des roses », p. 81.

Attar, « “Pend-namèh”, ou le Livre des conseils »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre des conseils » (« Pend namèh » *) attribué à Férid-eddin Attar ** (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Je considère Attar comme le meilleur poète mystique de la Perse. Certes, le nombre des Persans qui se sont distingués dans le genre est si considérable, et plusieurs d’entre eux ont acquis tant de gloire, que cette opinion peut paraître hasardée. Sous le rapport du choix des pensées et de la grâce de l’expression, Djélâl-ed-dîn Roûmî ne lui est en rien inférieur ; mais de toutes les idées de ce célèbre disciple, je défierais d’en trouver une qui n’appartienne pas à Attar. Et Roûmî lui-même confesse cette lourde dette quand il dit : « Attar a parcouru les sept cités de l’Amour, tandis que j’en suis toujours au tournant d’une ruelle » *** ; et encore : « Attar fut l’âme du mysticisme, et Sanaï fut ses yeux ; je ne fais que suivre leurs traces » ****. Férid-eddin exerça d’abord la profession de parfumeur, ainsi que l’indique son surnom d’Attar (« qui fabrique ou qui vend des parfums »). Il avait une boutique très élégante, qui attirait les regards du public et qui flattait aussi bien les yeux que l’odorat. Un jour qu’il était assis sur le devant de sa boutique avec l’apparence d’un homme important, un fou, ou pour mieux dire, un religieux très avancé dans la vie spirituelle *****, vint à sa porte, jeta un regard sur les marchandises qui étaient étalées, puis poussa un profond soupir. Attar, étonné, le pria de passer son chemin. « Tu as raison », lui répondit l’inconnu, « le voyage de l’éternité est facile pour moi. Je ne suis pas embarrassé dans ma marche, car je n’ai au monde que mon froc. Il n’en est malheureusement pas ainsi de toi, qui possèdes tant de précieuses marchandises. Songe donc à te préparer à ce voyage. » Lisez la suite›

* En persan « پند‌نامه ». Parfois transcrit « Pand-nāmeh », « Pandnâme », « Pendname », « Pand-nāma » ou « Pand-nāmah ».

** En persan فریدالدین عطار. Parfois transcrit Farîdoddîn ’Attâr, Féryd-eddyn Atthar, Farīd al-Dīn ‘Aṭṭār, Feriduddin Attar, Fariduddine Attar, Faridaddin Attar ou Farîd-ud-Dîn ‘Attâr.

*** En persan

« هفت شهر عشق راعطار گشت
ماهنوز اندر خم یک کوچهایم
 ».

**** En persan

« عطار روح بود و سنایی دو چشم او
ما از پی سنایی و عطار آمدیم
 ».

***** Les fous sont regardés comme des saints dans la Perse et dans l’Inde, et rangés parmi les soufis.