Mot-cleflittérature chinoise

su­jet

Yang Xiong, « Rhapsodie du grand mystère, “Taixuan fu” »

dans « Anthologie de la poésie chinoise » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris)

dans « An­tho­lo­gie de la poé­sie chi­noise » (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris)

Il s’agit de la « Rhap­so­die de la chasse des gardes im­pé­riaux »1 (« Yu­lie fu »2), de la « Rhap­so­die du grand mys­tère »3 (« Taixuan fu »4) et autres poé­sies de Yang Xiong5, un des re­pré­sen­tants mi­neurs de la lit­té­ra­ture et de la pen­sée chi­noise, imi­ta­teur des clas­siques. Il vit le jour en l’an 53 av. J.-C. et mou­rut en l’an 18 apr. J.-C. Issu d’une fa­mille noble, mais dont « les pos­ses­sions n’atteignaient pas même dix “jin” d’or », et qui « man­quait de ré­serves en grains », il réus­sit à avoir pour maîtres les meilleurs pro­fes­seurs de Shu6 (l’actuelle pro­vince de Si­chuan) : Zhuang Zun, Li Hong et Lin Lü. Tous les trois étaient ex­perts en di­vi­na­tion, en si­no­grammes « étranges » (ceux an­té­rieurs à la gra­phie qui s’imposa sous les Qin) et en tra­di­tions confu­céennes et taoïstes. La qua­ran­taine pas­sée, il par­tit de Shu et s’en alla à la ca­pi­tale Chang’an7 où on le mo­qua pour sa pa­role em­bar­ras­sée et sa fa­çon d’écrire en style de sa pro­vince — « un style », di­sait-on, « dé­tes­table »8. En l’an 11 apr. J.-C., tou­jours obs­cur et pauvre mal­gré ses fonc­tions de « gen­til­homme de la porte jaune »9 (« huang­men lang »10), il fut faus­se­ment ac­cusé d’avoir trempé dans le com­plot contre le nou­vel Em­pe­reur Wang Mang. En déses­poir de cause, il sauta du haut d’une tour de la Bi­blio­thèque im­pé­riale, mais sur­vé­cut à ses bles­sures et fut mis hors de cause par l’Empereur en per­sonne. Peu après, cette épi­gramme cir­cula dans la ca­pi­tale, lui re­pro­chant ses ha­bi­tudes d’ermite, son goût presque sus­pect pour la so­li­tude et le si­lence :

« “So­li­taire et si­len­cieux”
Il se jette du haut de la tour !
“Pur et tran­quille”
Il com­pose des pré­sages !
 »

  1. Au­tre­fois tra­duit « “Fou” sur la chasse avec les gardes im­pé­riaux » ou « Des­crip­tion de la chasse (où les sol­dats por­taient) des plu­mages ». Haut
  2. En chi­nois « 羽獵賦 ». Par­fois trans­crit « Yü-lieh fu » ou « Yu-lie fou ». Haut
  3. C’est le pen­dant poé­tique du « Clas­sique du grand mys­tère ». Haut
  4. En chi­nois « 太玄賦 ». Par­fois trans­crit « T’ai-hsüan fu » ou « T’ai-hiuan fou ». Haut
  5. En chi­nois 揚雄. Au­tre­fois trans­crit Jang-hiong, Yang Hsiung, Yang Hyong ou Yang-hioung. Éga­le­ment connu sous les noms de Yang Ziyun (揚子雲) et de Yang Zi (揚子). Par­fois trans­crit Yang Tzu-yün, Yang Tse Yün ou Yang-tseu. Haut
  1. En chi­nois . Par­fois trans­crit Chu ou Chou. Haut
  2. Aujourd’hui Xi’an (西安). Au­tre­fois trans­crit Tch’ang-ngan. Haut
  3. Dans le père Léon Wie­ger, « His­toire des croyances re­li­gieuses et des opi­nions phi­lo­so­phiques en Chine : de­puis l’origine jusqu’à nos jours », p. 315. Haut
  4. Au­tre­fois tra­duit « gen­til­homme des portes im­pé­riales » ou « se­cré­taire des portes im­pé­riales ». Haut
  5. En chi­nois 黃門郎. Au­tre­fois trans­crit « houang-men lang ». Haut

Yang Xiong, « Maîtres Mots »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit des « Maîtres Mots », ou lit­té­ra­le­ment « Pro­pos mo­dèles »1 (« Fayan »2), de Yang Xiong3, un des re­pré­sen­tants mi­neurs de la lit­té­ra­ture et de la pen­sée chi­noise, imi­ta­teur des clas­siques. Il vit le jour en l’an 53 av. J.-C. et mou­rut en l’an 18 apr. J.-C. Issu d’une fa­mille noble, mais dont « les pos­ses­sions n’atteignaient pas même dix “jin” d’or », et qui « man­quait de ré­serves en grains », il réus­sit à avoir pour maîtres les meilleurs pro­fes­seurs de Shu4 (l’actuelle pro­vince de Si­chuan) : Zhuang Zun, Li Hong et Lin Lü. Tous les trois étaient ex­perts en di­vi­na­tion, en si­no­grammes « étranges » (ceux an­té­rieurs à la gra­phie qui s’imposa sous les Qin) et en tra­di­tions confu­céennes et taoïstes. La qua­ran­taine pas­sée, il par­tit de Shu et s’en alla à la ca­pi­tale Chang’an5 où on le mo­qua pour sa pa­role em­bar­ras­sée et sa fa­çon d’écrire en style de sa pro­vince — « un style », di­sait-on, « dé­tes­table »6. En l’an 11 apr. J.-C., tou­jours obs­cur et pauvre mal­gré ses fonc­tions de « gen­til­homme de la porte jaune »7 (« huang­men lang »8), il fut faus­se­ment ac­cusé d’avoir trempé dans le com­plot contre le nou­vel Em­pe­reur Wang Mang. En déses­poir de cause, il sauta du haut d’une tour de la Bi­blio­thèque im­pé­riale, mais sur­vé­cut à ses bles­sures et fut mis hors de cause par l’Empereur en per­sonne. Peu après, cette épi­gramme cir­cula dans la ca­pi­tale, lui re­pro­chant ses ha­bi­tudes d’ermite, son goût presque sus­pect pour la so­li­tude et le si­lence :

« “So­li­taire et si­len­cieux”
Il se jette du haut de la tour !
“Pur et tran­quille”
Il com­pose des pré­sages !
 »

  1. Au­tre­fois tra­duit « Pa­roles sur la loi » ou « Les Pa­roles exem­plaires ». Haut
  2. En chi­nois « 法言 ». Par­fois trans­crit « Fa-yen », « Fa jen » ou « Fă-jan ». Haut
  3. En chi­nois 揚雄. Au­tre­fois trans­crit Jang-hiong, Yang Hsiung, Yang Hyong ou Yang-hioung. Éga­le­ment connu sous les noms de Yang Ziyun (揚子雲) et de Yang Zi (揚子). Par­fois trans­crit Yang Tzu-yün, Yang Tse Yün ou Yang-tseu. Haut
  4. En chi­nois . Par­fois trans­crit Chu ou Chou. Haut
  1. Aujourd’hui Xi’an (西安). Au­tre­fois trans­crit Tch’ang-ngan. Haut
  2. Dans le père Léon Wie­ger, « His­toire des croyances re­li­gieuses et des opi­nions phi­lo­so­phiques en Chine : de­puis l’origine jusqu’à nos jours », p. 315. Haut
  3. Au­tre­fois tra­duit « gen­til­homme des portes im­pé­riales » ou « se­cré­taire des portes im­pé­riales ». Haut
  4. En chi­nois 黃門郎. Au­tre­fois trans­crit « houang-men lang ». Haut

« Visite chez Lu You, poète chinois du XIIe siècle »

dans « Une Robe de papier pour Xue Tao : choix de textes inédits de littérature chinoise » (éd. Espaces & Signes, Paris), p. 9-13

dans « Une Robe de pa­pier pour Xue Tao : choix de textes in­édits de lit­té­ra­ture chi­noise » (éd. Es­paces & Signes, Pa­ris), p. 9-13

Il s’agit de Lu You1, un des poètes chi­nois les plus fé­conds (XIIe siècle apr. J.-C.). La quan­tité in­nom­brable des com­po­si­tions poé­tiques de Lu You (dix mille de conser­vées, un nombre égal de per­dues) ne manque pas d’étonner, et le si­no­logue est comme sur­pris et ef­frayé quand il voit se dé­ployer de­vant lui le vaste champ de ces poé­sies, ne sa­chant trop quelles li­mites im­po­ser à son étude ; et sur­tout, hé­si­tant à faire un choix. Si, dans ce des­sein, il se fie au goût des au­toch­tones, c’est-à-dire s’il aborde seule­ment les poé­sies re­gar­dées comme su­blimes par les Chi­nois, il fera fausse route. Trop sou­vent, celles-ci ne sont ap­pré­ciées que pour leurs thèmes pa­trio­tiques et leur es­prit de ré­sis­tance, qui ser­vi­ront de mo­dèles aux « Poé­sies com­plètes » d’un Mao Tsé-toung. En vé­rité, Lu You fut un poète d’une ins­pi­ra­tion ex­trê­me­ment va­riée. Les fleurs qu’il cueillit furent des plus di­verses. Il prit son bien là où il le trouva ; et les pro­cla­ma­tions pa­trio­tiques de ses dé­buts ont ten­dance à s’éclipser, sur­tout vers la fin de sa vie, de­vant un éloge des pay­sages cam­pa­gnards ou le dé­ta­che­ment d’un sage ni­ché au fond des mon­tagnes et fo­rêts : « Son œuvre pro­li­fique tisse la chro­nique de son quo­ti­dien, avec… un pen­chant inné pour la na­ture et les joies de la vie cam­pa­gnarde qui le rap­proche de Tao Yuan ming. Sa phi­lo­so­phie de la vie, ins­pi­rée par le dé­ta­che­ment taoïste, trans­pa­raît dans “Adresse à mes vi­si­teurs” : “À l’ombre des mû­riers les sen­teurs de cent herbes / À midi le vent frais le bruit des dé­vi­doirs à soie / Vi­si­teurs, tai­sez-vous sur les af­faires du monde / Et par­ta­gez plu­tôt avec monts et fo­rêts la longue jour­née d’été” », ex­plique M. Guil­hem Fabre2. Lu You ap­pe­lait son ate­lier « le nid aux livres » (« shu chao »3). Il n’y re­ce­vait pas d’invités et n’y ac­cueillait pas son épouse ni ses en­fants. Per­chés sur les éta­gères, ali­gnés par de­vant, cou­chés pêle-mêle sur son lit, où qu’on por­tât le re­gard, on y voyait des livres. Qu’il man­geât, bût, se le­vât ou s’assît ; qu’il souf­frît ou gé­mît ; qu’il fût triste ou se mît en co­lère, ce n’était ja­mais sans un livre. Si d’aventure il son­geait à sor­tir, le désordre in­ex­tri­cable des livres l’enserrait comme des branches en­tre­mê­lées, et il ne pou­vait avan­cer. Alors, il di­sait en riant : « N’est-ce pas là ce que j’appelle mon “nid” ? »4

  1. En chi­nois 陸游. Au­tre­fois trans­crit Lou Yeou, Lu Yiu ou Lu Yu. À ne pas confondre avec Lu Yu, l’auteur du « Clas­sique du thé », qui vé­cut quatre siècles plus tôt. Haut
  2. « Ins­tants éter­nels : cent et quelques poèmes connus par cœur en Chine » (éd. La Dif­fé­rence, Pa­ris), p. 261. Haut
  1. En chi­nois 書巢. Haut
  2. « Vi­site chez Lu You, poète chi­nois du XIIe siècle », p. 11. Haut

Tu Fu, « Œuvre poétique. Tome III. Au bout du monde (759) »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit de l’« Œuvre poé­tique » de Tu Fu1 qui se dé­fi­nit par la so­briété des sen­ti­ments et l’exact réa­lisme des ta­bleaux. Sans se per­mettre des com­men­taires trop per­son­nels, s’effaçant, dis­pa­rais­sant en tant qu’auteur de­vant ses poé­sies qui parlent d’elles-mêmes, Tu Fu peint les scènes fa­mi­lières de la vie cou­rante, les mi­sères du pe­tit peuple en proie à la guerre, à la fa­mine et aux in­jus­tices. Son « Œuvre poé­tique » adopte un ton égal et ap­pa­rem­ment im­pas­sible, mais qu’un dé­tail vient tout à coup rendre vi­vant, voire poi­gnant, grâce au choix de deux ou trois mots (« der­rière les portes de laque rouge, viandes et vins em­pestent ; sur les che­mins, les af­fa­més laissent leurs os ge­lés ») aux­quels l’auteur sait don­ner leur va­leur en­tière, et qu’on di­rait écrits pour l’éternité. Tu Fu est, à ce titre, le plus clas­sique des poètes chi­nois, même s’il y en a d’autres dont le gé­nie est su­pé­rieur au sien2. « Le trait prin­ci­pal de son ta­lent, ce­lui qui do­mine l’œuvre et vient le pre­mier à l’esprit cher­chant une im­pres­sion gé­né­rale, c’est le ca­rac­tère conscient et comme ré­flé­chi de ses œuvres. Tu Fu est un ar­tiste tou­jours sûr et conscient de ses moyens, sa­chant tou­jours par­fai­te­ment le but au­quel il tend. Il n’a guère d’élans im­pré­vus, de di­gres­sions dues à des émo­tions spon­ta­né­ment écloses ; il règle ses œuvres et leur ef­fet avec la per­fec­tion d’un mé­ca­nisme in­faillible, ne lais­sant rien au ha­sard, n’omettant rien d’essentiel, n’ajoutant rien de su­per­flu… Mais ce sont là, pré­ci­sé­ment, les traits es­sen­tiels des prin­cipes de l’école clas­sique, les qua­li­tés idéales aux­quelles tend… la men­ta­lité ar­tis­tique des Tang3, pé­riode du clas­si­cisme chi­nois », dit M. Georges Mar­gou­liès.

  1. En chi­nois 杜甫. Par­fois trans­crit Du Fu, Dou-fou, Thou-fou, Thu Fu ou Tou Fou. Haut
  2. Li Po et Bai Juyi. Haut
  1. De l’an 618 à l’an 907. Haut

Yang Wan-li, « Le Son de la pluie : poèmes »

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont

Il s’agit de Yang Wan-li1, le plus grand poète des Song du Sud et un des pre­miers en Chine à avoir sou­tenu que « [l’écrivain] ne re­cherche pas le poème, c’est le poème qui re­cherche l’écrivain »2. Il na­quit en 1127. Tout juste un an au­pa­ra­vant, les hordes no­mades des Jürčen3 s’étaient mises en mou­ve­ment. Et après avoir, déjà de­puis un siècle, constam­ment in­quiété les fron­tières chi­noises, elles avaient en­vahi la moi­tié du pays, mis à sac sa ca­pi­tale et ins­tallé un nou­vel Em­pire au Nord, re­fou­lant les Song au Sud. Cette ca­la­mité que les Song n’avaient pas su évi­ter, mal­gré les conseils et les ad­mo­nes­ta­tions ré­pé­tées des let­trés, montre bien la dé­ca­dence de cette dy­nas­tie qui aima mieux ache­ter aux en­va­his­seurs une paix hon­teuse, que d’interrompre le cours de ses vo­lup­tés. C’est au mi­lieu de ces évé­ne­ments graves que Yang Wan-li ac­céda à vingt-huit ans au titre de « doc­teur » ou « let­tré ac­com­pli » (« jin­shi »4), le plus élevé dans le sys­tème d’examen. Le pre­mier poste qu’il oc­cupa à son en­trée dans le man­da­ri­nat fut ce­lui d’administrateur des fi­nances de la pré­fec­ture de Ganz­hou. Et en 1159, il fut nommé pré­fet du Lin­gling, dans le Hu­nan. Là-bas, il es­saya par trois fois d’être ad­mis en au­dience au­près du grand homme d’État Zhang Jun5, qui y avait été in­jus­te­ment exilé pour s’être rangé du côté des fac­tions pa­trio­tiques, dé­si­reuses de re­con­qué­rir par les armes les ter­ri­toires per­dus au Nord. L’audience lui fut, en­fin, ac­cor­dée : « Cultive l’impartialité et la sin­cé­rité », conseilla Zhang Jun au jeune Yang Wan-li, qui en fut si for­te­ment mar­qué, qu’il prit plus tard le pseu­do­nyme de Cheng Zhai6 (« le Stu­dio de la Sin­cé­rité »). Mal­gré toute sa sin­cé­rité, ou jus­te­ment à cause d’elle, Yang Wan-li ne s’éleva ja­mais aussi haut qu’il l’aurait mé­rité au sein du gou­ver­ne­ment. Par contre, la dé­ca­dence ayant pour ef­fet pa­ra­doxal de dé­cu­pler le raf­fi­ne­ment ar­tis­tique, le côté émo­tion­nel chez quelques âmes iso­lées, c’est alors que notre man­da­rin fit l’expérience d’une illu­mi­na­tion su­bite, un Éveil d’une in­ten­sité rare, qui lui fit quit­ter sa car­rière « comme une chaus­sure trouée » pour celle de la poé­sie. Je le laisse tout ra­con­ter : « Le jour du Nou­vel An de l’année 1178… ayant peu d’affaires of­fi­cielles à ré­gler, je me mets à com­po­ser des poèmes. Sou­dain, j’ai comme une illu­mi­na­tion… et me sens tout à coup li­béré. Je de­mande à mon fils de prendre un pin­ceau et lui dicte plu­sieurs poèmes… Dix mille choses se pré­sentent comme ma­tière à un poème. Si j’essaie de les écar­ter, elles re­fusent de par­tir. À peine ai-je le temps de tra­duire la pre­mière, que déjà les autres suivent ».

  1. En chi­nois 楊萬里. Haut
  2. Poème « Froid tar­dif, com­posé de­vant les nar­cisses sur le lac de mon­tagne ». Haut
  3. Les ac­tuels Mand­chous. Haut
  1. En chi­nois 進士. Par­fois trans­crit « chin shih ». Haut
  2. En chi­nois 張浚. Par­fois trans­crit Chang Chun. Haut
  3. En chi­nois 誠齋. Par­fois trans­crit Cheng Chai. Haut

Wang Fu, « Dialogue du thé et du vin »

éd. Berg international, Paris

éd. Berg in­ter­na­tio­nal, Pa­ris

Il s’agit du « Dia­logue du thé et du vin »1 (« Cha jiu lun »2). Sous la dy­nas­tie des Tang3, le thé, ayant reçu l’onction du clergé boud­dhique, de­vient un concur­rent re­dou­table du vin, le­quel était tra­di­tion­nel­le­ment vé­néré par les let­trés. Dans une joute ora­toire fic­tive, tra­cée par la plume d’un cer­tain Wang Fu4 (Xe siècle apr. J.-C.), ces deux breu­vages se trouvent dé­sor­mais per­son­ni­fiés et op­po­sés, à la fa­çon des ani­maux de nos fables, cha­cun rap­pe­lant ses ver­tus, ses char­mantes qua­li­tés, et fai­sant va­loir sa sa­veur in­dé­niable. Leur af­fron­te­ment, loin des sé­rieux trai­tés sur l’art du thé, donne lieu à des ar­gu­ments dé­fen­dus avec hu­mour. Ceux du vin : « Moi, je vis avec l’aristocratie : les man­da­rins ont tou­jours en­vie de moi. Il m’est ar­rivé de faire jouer de la ci­thare au sou­ve­rain de Zhao, et j’ai poussé le roi de Qin à jouer du tam­bour. Qui se met à chan­ter rien qu’avec du thé ? »5 Et ceux du thé : « Moi, “cha”, je suis la plante su­pé­rieure, tan­tôt blanc comme jade, tan­tôt cou­leur d’or. Dans leur quête spi­ri­tuelle, les plus vé­né­rables moines, les boud­dhistes les plus sa­vants vivent dé­ta­chés du monde : boire le thé leur ap­porte la lu­ci­dité dans la conver­sa­tion et éloigne d’eux le som­meil. C’est moi qu’on offre au Boud­dha… »6 Au plus fort de la dis­pute sur­git un troi­sième lar­ron, dont ni le thé ni le vin ne peuvent se pas­ser, et qui met les deux d’accord. Je vous laisse dé­cou­vrir de qui il s’agit. Ha­sard ou des­ti­née, ce vieux « Dia­logue du thé et du vin » fait par­tie des ma­nus­crits dé­cou­verts en 1908 par le si­no­logue fran­çais Paul Pel­liot dans les grottes de Dun­huang. De­puis, il a re­pris une ac­tua­lité nou­velle. Il a été cité par M. le pré­sident Xi Jin­ping, lors de ses dé­pla­ce­ments dans les pays fran­co­phones, pour évo­quer l’histoire qua­si­ment pa­ral­lèle, al­lant des ter­roirs aux ri­tuels de dé­gus­ta­tion, entre vins fran­çais et thés chi­nois : « La ré­serve sobre du thé et la cha­leur sans en­trave du vin », a dit M. le pré­sident7, « re­pré­sentent deux ma­nières dif­fé­rentes de sa­vou­rer la vie et de dé­chif­frer le monde ». Il existe des routes des thés en Chine, comme il existe des routes des vins en France et au Qué­bec.

  1. Par­fois tra­duit « Dis­cus­sion entre le thé et le vin » ou « La Dis­pute du thé et du vin ». Haut
  2. En chi­nois « 茶酒論 ». Haut
  3. De l’an 618 à l’an 907. Haut
  4. En chi­nois 王敷. Haut
  1. p. 29-30. Haut
  2. p. 28-29. Haut
  3. Dans « Le Thé et le Vin vus par les ar­tistes », p. 4. Haut

Sima Qian, « Les Mémoires historiques. Tome IX. Chapitres 111-130 »

éd. You Feng, Paris

éd. You Feng, Pa­ris

Il s’agit des « Mé­moires his­to­riques » (« Shi Ji »1) de Sima Qian2, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en di­sant qu’autant le so­leil l’emporte en éclat sur les autres astres, au­tant Sima Qian l’emporte en mé­rite sur les autres his­to­riens ; et que les mis­sion­naires eu­ro­péens sur­nomment l’« Hé­ro­dote de la Chine ». Fils d’un sa­vant et sa­vant lui-même, Sima Qian fut élevé par l’Empereur à la di­gnité de « grand scribe » (« tai shi »3) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet em­ploi, sem­blait l’avoir prévu ; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait laissé un im­mense hé­ri­tage en cartes et en ma­nus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Bi­blio­thèque im­pé­riale lui fut ou­verte ; il alla s’y en­se­ve­lir. « De même qu’un homme qui porte une cu­vette sur la tête ne peut pas le­ver les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute re­la­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à em­ployer jusqu’au bout mes in­dignes ca­pa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge », dit-il4. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la dé­fense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la ma­gie5, le fit tom­ber en dis­grâce et le condamna à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se ré­di­mer du sup­plice in­fa­mant. Ce mal­heur, qui as­som­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde in­fluence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se ra­che­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa dé­fense. Aussi loue-t-il fort dans ses « Mé­moires his­to­riques » tous « ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour al­ler au se­cours de l’homme de bien qui est en pé­ril »6. Il ap­prouve sou­vent aussi des hommes qui avaient été ca­lom­niés et mis au ban de la so­ciété. En­fin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, ai­gri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : « Quand Zhufu Yan7 [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts di­gni­taires l’exaltaient ; quand son re­nom fut abattu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa fa­mille, les of­fi­ciers par­lèrent à l’envi de ses dé­fauts ; c’est dé­plo­rable ! »

  1. En chi­nois « 史記 ». Au­tre­fois trans­crit « Che Ki », « Se-ki », « Sée-ki », « Ssé-ki », « Schi Ki », « Shi Ki » ou « Shih Chi ». Haut
  2. En chi­nois 司馬遷. Au­tre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sé­mat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut
  3. En chi­nois 太史. Au­tre­fois trans­crit « t’ai che ». Haut
  4. « Lettre à Ren An » (« 報任安書 »). Haut
  1. Sima Qian avait cri­ti­qué tous les im­pos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils dé­bi­taient : tels étaient un ma­gi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les em­preintes lais­sées par les pieds gi­gan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels ; un de­vin qui par­lait au nom de la prin­cesse des es­prits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui ; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité ; etc. Haut
  2. ch. CXXIV. Haut
  3. En chi­nois 主父偃. Au­tre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nommé, au­près de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­lité des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent pé­rilleuse : le conseiller Zhufu Yan fut mis à mort avec toute sa fa­mille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut

Tu Fu, « Œuvre poétique. Tome II. La Guerre civile (755-759) »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit de l’« Œuvre poé­tique » de Tu Fu1 qui se dé­fi­nit par la so­briété des sen­ti­ments et l’exact réa­lisme des ta­bleaux. Sans se per­mettre des com­men­taires trop per­son­nels, s’effaçant, dis­pa­rais­sant en tant qu’auteur de­vant ses poé­sies qui parlent d’elles-mêmes, Tu Fu peint les scènes fa­mi­lières de la vie cou­rante, les mi­sères du pe­tit peuple en proie à la guerre, à la fa­mine et aux in­jus­tices. Son « Œuvre poé­tique » adopte un ton égal et ap­pa­rem­ment im­pas­sible, mais qu’un dé­tail vient tout à coup rendre vi­vant, voire poi­gnant, grâce au choix de deux ou trois mots (« der­rière les portes de laque rouge, viandes et vins em­pestent ; sur les che­mins, les af­fa­més laissent leurs os ge­lés ») aux­quels l’auteur sait don­ner leur va­leur en­tière, et qu’on di­rait écrits pour l’éternité. Tu Fu est, à ce titre, le plus clas­sique des poètes chi­nois, même s’il y en a d’autres dont le gé­nie est su­pé­rieur au sien2. « Le trait prin­ci­pal de son ta­lent, ce­lui qui do­mine l’œuvre et vient le pre­mier à l’esprit cher­chant une im­pres­sion gé­né­rale, c’est le ca­rac­tère conscient et comme ré­flé­chi de ses œuvres. Tu Fu est un ar­tiste tou­jours sûr et conscient de ses moyens, sa­chant tou­jours par­fai­te­ment le but au­quel il tend. Il n’a guère d’élans im­pré­vus, de di­gres­sions dues à des émo­tions spon­ta­né­ment écloses ; il règle ses œuvres et leur ef­fet avec la per­fec­tion d’un mé­ca­nisme in­faillible, ne lais­sant rien au ha­sard, n’omettant rien d’essentiel, n’ajoutant rien de su­per­flu… Mais ce sont là, pré­ci­sé­ment, les traits es­sen­tiels des prin­cipes de l’école clas­sique, les qua­li­tés idéales aux­quelles tend… la men­ta­lité ar­tis­tique des Tang3, pé­riode du clas­si­cisme chi­nois », dit M. Georges Mar­gou­liès.

  1. En chi­nois 杜甫. Par­fois trans­crit Du Fu, Dou-fou, Thou-fou, Thu Fu ou Tou Fou. Haut
  2. Li Po et Bai Juyi. Haut
  1. De l’an 618 à l’an 907. Haut

« Écrits de Maître Wen, [ou] Livre de la pénétration du mystère »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit de la ver­sion mo­derne du « Clas­sique de la pé­né­tra­tion du mys­tère »1 (« Tongxuan zhen­jing »2), plus connu sous le titre de « Wen-zi »3, ou­vrage at­tri­bué au phi­lo­sophe taoïste du même nom qui l’aurait com­posé pour éclair­cir les en­sei­gne­ments de son maître Lao-tseu. En ef­fet, beau­coup de pas­sages dé­butent par « Lao-tseu dit » et se veulent être un com­men­taire de ses théo­ries, mais un com­men­taire qui en four­ni­rait l’application pra­tique. Pour­tant, si l’on ex­cepte les der­nières dé­cen­nies, le « Wen-zi » n’a ja­mais vrai­ment re­tenu l’attention des let­trés chi­nois, qui éle­vaient des doutes sur son au­then­ti­cité. Les An­ciens n’ont lé­gué à son su­jet qu’une courte no­tice bi­blio­gra­phique (Ier siècle av. J.-C.) dé­cri­vant l’ouvrage comme des dia­logues entre Wen-zi (Maître Wen), dis­ciple im­mé­diat de Lao-tseu, et le roi Ping. Or, le seul mo­narque suf­fi­sam­ment connu à avoir porté ce nom étant Ping des Zhou4, qui vé­cut deux siècles avant (!) Lao-tseu, on a dès le dé­part sus­pecté le « Wen-zi » de pré­tendre être plus an­cien qu’il ne l’était. De plus, la ver­sion pre­mière, pré­sen­tée dans la no­tice, s’était per­due sous la dy­nas­tie des Han. Une ver­sion mo­derne pa­rut par la suite, mais elle ne re­pré­sen­tait pas dans son in­té­grité l’œuvre ori­gi­nale. Seul son cin­quième cha­pitre, in­ti­tulé « La Voie et la Vertu », était ré­digé sous forme de dia­logues. Tout le reste mon­trait un ca­rac­tère com­po­site et co­piait ou imi­tait des pas­sages en­tiers du « Huai­nan zi » ou d’autres livres qui, réunis dans le sien, grin­çaient les uns contre les autres comme des dents ébré­chées. « Un faux a donné nais­sance à un autre faux », concluait un let­tré chi­nois5. Or, voici qu’en 1973 on dé­cou­vrit à Dingz­hou6 dans une tombe royale scel­lée en 55 av. J.-C. deux cent soixante-dix-sept tiges de bam­bou por­tant des bribes de la ver­sion an­cienne du « Wen-zi ». Un in­cen­die, pro­vo­qué par des pilleurs de tombe, les avait cal­ci­nées à demi, et leur état lais­sait si fort à dé­si­rer, qu’il fal­lut plus de vingt ans de tra­vail à l’équipe char­gée de leur dé­chif­fre­ment pour que pa­rût la trans­crip­tion. Le « Wen-zi » sur tiges de bam­bou, loin de faire avan­cer la ques­tion de l’authenticité de l’œuvre, n’a fait que l’obscurcir da­van­tage. Nous sommes en pré­sence de deux ver­sions dis­tinctes, ré­di­gées par des au­teurs dif­fé­rents, à des époques éloi­gnées l’une de l’autre.

  1. Au­tre­fois tra­duit « “King” ap­pro­fon­dis­sant l’origine des choses ». Haut
  2. En chi­nois « 通玄真經 ». Au­tre­fois trans­crit « Toung-youèn tchin king », « T’ong-yuen-tchin-king » ou « T’ung hsüan chen ching ». Haut
  3. En chi­nois « 文子 ». Au­tre­fois trans­crit « Wen-tze », « Wen-tzu » ou « Wen-tseu ». Haut
  1. En chi­nois 周平王. Haut
  2. Liang Qi­chao (梁啟超). Haut
  3. En chi­nois 定州. An­cien­ne­ment Dingxian (定縣). Haut

« Le Livre de la récompense des bienfaits secrets »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre de la ré­com­pense des bien­faits se­crets » (« Yin zhi wen »1), pe­tit traité édi­fiant, que les taoïstes at­tri­buent à une de leurs di­vi­ni­tés nom­mée Wen­chang­di­jun2. On n’y trouve au­cune ré­fé­rence réelle à la doc­trine du taoïsme, mais un cer­tain nombre d’injonctions mo­rales et de maximes ayant pour but d’enseigner au lec­teur ce qu’il doit faire pour at­teindre à la per­fec­tion et ce qu’il doit évi­ter pour ne pas de­ve­nir cri­mi­nel. Le nom de l’auteur est in­connu. Le style offre les plus grandes ana­lo­gies avec ce­lui du « Livre des ré­com­penses et des peines ». « Aide le mal­heu­reux [comme on] se­court le pois­son aban­donné sur un che­min sec. Dé­livre ce­lui qui est en pé­ril [comme on] dé­livre l’oiseau pris dans un la­cet à mailles ser­rées. Aie pi­tié de l’orphelin ; sois com­pa­tis­sant pour la veuve ; ho­nore les vieillards ; aie pi­tié des pauvres ; ap­porte des ha­bits et de la nour­ri­ture pour ceux qui, sur les routes, ont faim et froid »3. Voilà quelques-unes des sen­tences de cet opus­cule, où l’influence du boud­dhisme se fait sou­vent sen­tir. Non seule­ment le nom du Boud­dha y est pro­noncé une fois (« pros­terne-toi de­vant Boud­dha et prie dans les livres sa­crés »4), mais on y re­con­naît plu­sieurs em­prunts évi­dents à la doc­trine du ré­for­ma­teur in­dien. C’est ainsi que l’auteur du « Livre » in­siste sur la com­pas­sion, l’assistance au pro­chain, l’interdiction de faire su­bir au­cun mau­vais trai­te­ment à tout ce qui a vie dans la na­ture. Ce sont ces mêmes rai­sons qui l’ont porté à re­com­man­der non seule­ment d’aimer nos sem­blables, mais d’aimer les créa­tures ani­mées, les pois­sons, les in­sectes, les vers de terre — en un mot, tout ce qui res­pire, qui se meut ou qui croît : « En mar­chant, re­garde tou­jours s’il n’y a point, sous tes pas, des in­sectes et des four­mis, que par mé­garde tu pour­rais écra­ser »5. Toutes ces créa­tures, mal­gré leur dif­fé­rence de gran­deur ou de forme, ont quelque chose en com­mun, qui est l’amour de la vie, et que l’homme ne peut contra­rier sans de­ve­nir mé­chant.

  1. En chi­nois « 陰騭文 ». Au­tre­fois trans­crit « In tchy̆ wen », « Yin-tchi-wen », « Yin Chih Wen » ou « Yin-chih-wăn ». Haut
  2. En chi­nois 文昌帝君. Au­tre­fois trans­crit Wen Tch­hang Ti Kiun, Wen-tchang Ti-kiun, Wen-chang Ti-kyüin, Wen Chang Ti Kun, Wen-chang-ti-chün, Wan-chang Te-cheun ou Wăn-chang Te-keun. Haut
  3. p. 4. Haut
  1. id. Haut
  2. p. 5. Haut

Wu Cheng’en, « La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome II »

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris

Il s’agit de « (Mé­moire de) La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » (« Xiyou ji »1), très cé­lèbre ro­man-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pè­le­rin. « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » est, comme on le sait, une sorte de dé­dou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la pé­ré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le dé­but du IXe siècle, l’imagination po­pu­laire chi­noise s’était em­pa­rée des ex­ploits de ce moine en marche, parti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, courbé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il ra­me­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sa­cré dans la conca­vité d’un ro­seau. « Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et en­tendu ce que nul autre n’a ja­mais vu et en­tendu. Seul, il tra­versa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes dé­mo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grimpa sur de fa­bu­leuses mon­tagnes… tou­jours re­froi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est re­venu sain et sauf [dans] son pays na­tal et avec si grande quan­tité de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ou­vrages sa­crés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… ca­pables de faire en­vo­ler les puis­sances in­vi­sibles du mal »2. Ses « Mé­moires » et sa « Bio­gra­phie » de­vinrent la source d’inspiration de nom­breuses lé­gendes qui, mê­lées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la « Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang » (« Da Tang San­zang qu jing shi­hua »3), da­tée du Xe ou XIe siècle, on voit en­trer en scène un Roi des Singes, ac­com­pa­gnant le pè­le­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fa­bu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le « Râ­mâyaṇa ». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aussi pour su­jet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un ro­man in­ti­tulé « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest », mais qui est perdu, si l’on ex­cepte un frag­ment dans la « Grande En­cy­clo­pé­die Yongle »

  1. En chi­nois « 西遊記 ». Au­tre­fois trans­crit « Xiyuji », « Hsi-yu chi », « Si you tsi », « Sy-yeou-ky » ou « Si yeou ki ». Haut
  2. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde », p. 362. Haut
  1. En chi­nois « 大唐三藏取經詩話 ». Haut

Wu Cheng’en, « La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome I »

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris

Il s’agit de « (Mé­moire de) La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » (« Xiyou ji »1), très cé­lèbre ro­man-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pè­le­rin. « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » est, comme on le sait, une sorte de dé­dou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la pé­ré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le dé­but du IXe siècle, l’imagination po­pu­laire chi­noise s’était em­pa­rée des ex­ploits de ce moine en marche, parti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, courbé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il ra­me­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sa­cré dans la conca­vité d’un ro­seau. « Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et en­tendu ce que nul autre n’a ja­mais vu et en­tendu. Seul, il tra­versa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes dé­mo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grimpa sur de fa­bu­leuses mon­tagnes… tou­jours re­froi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est re­venu sain et sauf [dans] son pays na­tal et avec si grande quan­tité de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ou­vrages sa­crés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… ca­pables de faire en­vo­ler les puis­sances in­vi­sibles du mal »2. Ses « Mé­moires » et sa « Bio­gra­phie » de­vinrent la source d’inspiration de nom­breuses lé­gendes qui, mê­lées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la « Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang » (« Da Tang San­zang qu jing shi­hua »3), da­tée du Xe ou XIe siècle, on voit en­trer en scène un Roi des Singes, ac­com­pa­gnant le pè­le­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fa­bu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le « Râ­mâyaṇa ». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aussi pour su­jet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un ro­man in­ti­tulé « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest », mais qui est perdu, si l’on ex­cepte un frag­ment dans la « Grande En­cy­clo­pé­die Yongle »

  1. En chi­nois « 西遊記 ». Au­tre­fois trans­crit « Xiyuji », « Hsi-yu chi », « Si you tsi », « Sy-yeou-ky » ou « Si yeou ki ». Haut
  2. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde », p. 362. Haut
  1. En chi­nois « 大唐三藏取經詩話 ». Haut

Faxian, « Mémoire sur les pays bouddhiques »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit du « Mé­moire sur les pays boud­dhiques »1 (« Fo guo ji »2) de Faxian3. La vaste lit­té­ra­ture de la Chine contient une sé­rie de bio­gra­phies et de mé­moires où se trouvent re­la­tés les voyages d’éminents moines boud­dhistes qui — à des dates dif­fé­rentes, mais com­prises pour la plu­part entre le Ve et le VIIe siècle — sor­tirent de leur propre pa­trie (la Chine) pour se rendre dans celle de leur Dieu (l’Inde), en bra­vant des dif­fi­cul­tés in­sur­mon­tables : « Ils sont al­lés jusqu’aux li­mites du monde et ils ont vu là où toutes choses fi­nissent »4. L’immense en­tre­prise sino-in­dienne de ces pè­le­rins, qui s’en al­laient cher­cher une idée plus claire de leur foi, doit être sa­luée — au-delà de son sens re­li­gieux — comme l’une des ma­ni­fes­ta­tions les plus évi­dentes de l’humanisme. Non contents de re­mon­ter, sur les pas du Boud­dha, jusqu’aux lieux saints de l’Inde, ces hommes d’action et d’étude ap­pre­naient le sans­crit et se pro­cu­raient des masses de ma­nus­crits, qu’ils em­me­naient avec eux au re­tour et qu’ils consa­craient tout le reste de leur vie à tra­duire, en­tou­rés de dis­ciples. Leur im­por­tance dans l’histoire spi­ri­tuelle de l’Asie fut in­ouïe. N’eût été leur rôle de mé­dia­teurs, le sen­ti­ment boud­dhique ne se fût sans doute ja­mais per­pé­tué en Chine. Pour­tant, les pé­rils et les dan­gers que ren­con­traient ces voya­geurs, en s’aventurant par-delà l’Himalaya, au­raient pu dé­cou­ra­ger même les plus vaillants. Ceux qui pas­saient par terre de­vaient tra­ver­ser des dé­serts épou­van­tables où la route à suivre était mar­quée par les os­se­ments des bêtes et des gens qui y avaient trouvé la mort ; ceux qui, à l’inverse, choi­sis­saient la voie de mer ha­sar­daient leur vie sur de lourdes jonques qui som­braient corps et bien au pre­mier gros temps. L’un d’eux5 dé­clare en pré­am­bule de sa « Re­la­tion sur les moines émi­nents qui al­lèrent cher­cher la Loi dans les contrées de l’Ouest » : « Consi­dé­rons de­puis les temps an­ciens ceux qui [par­tis de Chine] ont été à l’étranger en fai­sant peu de cas de la vie et en se sa­cri­fiant pour la Loi… Tous comp­taient re­ve­nir, [et] ce­pen­dant, la voie triom­phante était se­mée de dif­fi­cul­tés ; les lieux saints étaient éloi­gnés et vastes. Pour des di­zaines qui ver­dirent et fleu­rirent, et pour plu­sieurs qui en­tre­prirent, il y en eut à peine un qui noua ses fruits et donna des ré­sul­tats vé­ri­tables, et il y en eut peu qui ache­vèrent leur œuvre. La vraie cause en fut les im­men­si­tés des dé­serts pier­reux du pays de l’éléphant [c’est-à-dire l’Inde] et l’éclat du so­leil qui crache son ar­deur ; ou les masses d’eau des vagues sou­le­vées par le pois­son gi­gan­tesque ».

  1. Au­tre­fois tra­duit « Re­la­tion des royaumes boud­dhiques ». Haut
  2. En chi­nois « 佛國記 ». Au­tre­fois trans­crit « Foĕ kouĕ ki », « Foe kue ki », « Fo kouo ki » ou « Fo kuo chi ». Éga­le­ment connu sous le titre de « 法顯傳 » (« Fa xian zhuan »), c’est-à-dire « Bio­gra­phie de Faxian ». Au­tre­fois trans­crit « Fa-hien-tch’ouen », « Fa-hien tchouan » ou « Fa-hsien chuan ». Haut
  3. En chi­nois 法顯. Par­fois trans­crit Fă Hian, Fah-hiyan, Fa-hein, Fa-hien ou Fa-hsien. Haut
  1. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde ». Haut
  2. Yi­jing. Haut