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Lucien, « Œuvres. Tome VI »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Dialogues des courtisanes » (« Hetairikoi Dialogoi »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Ἑταιρικοὶ Διάλογοι ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome V »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’« Apologie des portraits » (« Hyper tôn eikonôn »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Ὑπὲρ τῶν εἰκόνων ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome IV »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit d’« Alexandre, ou le Faux Prophète » (« Alexandros, ê Pseudomantis »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Ἀλέξανδρος, ἢ Ψευδόμαντις ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de « Prométhée, ou le Caucase » (« Promêtheus, ê Kaukasos »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Προμηθεύς, ἢ Καύκασος ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Philosophes à l’encan » (« Biôn Prasis »*, littéralement « La Vente des vies ») et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Βίων Πρᾶσις ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit du « Passage de la barque, ou le Tyran » (« Kataplous, ê Tyrannos »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Κατάπλους, ἢ Τύραννος ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

« Un Haïku satirique : le “senryû” »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Bibliothèque japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Bibliothèque japonaise, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Tonneau de saule » (« Yanagidaru »*), de la « Fleur du bout » (« Suetsumuhana »**) et d’autres recueils de « senryû »*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le « senryû » est un poème satirique ou érotique, de forme similaire au haïku. Mais si le haïku est la composition d’un gentilhomme sérieux, soucieux du qu’en-dira-t-on, le « senryû » est celle d’un bourgeois rieur et éhonté, livré à ses seuls plaisirs, passant des heures, à visage découvert, sous les lampions et les lanternes des quartiers de distraction. Ces quartiers, disparus seulement au XXe siècle, étaient de vraies curiosités à visiter, aussi intéressantes que les sanctuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soigneusement circonscrits « à la fois féeriques et lamentables… charmants, lumineux… et naïfs en leur immoralité »****, où s’offraient aux yeux des passants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouissantes, des femmes somptueusement parées. Chaque ville possédait un quartier affecté à ces étalages. Celui d’Edo (Tôkyô), nommé le Yoshiwara*****, était le plus beau de l’Empire japonais : noblesse oblige. On ne s’y rendait pas sur l’impulsion du moment. Seul un provincial égaré dans la ville, ou un soldat de garnison, pouvait s’imaginer trouver satisfaction de la sorte. Le bourgeois éclairé et rompu aux plaisirs délicats savait qu’il fallait commencer par l’achat et la lecture approfondie du « Catalogue », où figuraient, avec un système de description élaboré, les noms et les rangs des courtisanes disponibles. « Rien des “Entretiens de Confucius” [il] ne comprend, mais [il] sait tout lire dans le “Catalogue” », dit un « senryû ». Le Yoshiwara étant loin du centre-ville, on s’y rendait le plus souvent en chaise à porteurs : le voyage ne coûtait pas cher, et on évitait la fatigue du chemin à pied. Mais on prenait la précaution de monter et de descendre à quelque distance de chez soi, pour ne pas se faire surprendre par son épouse soupçonneuse : « En plein [chemin], nez à nez avec l’épouse ; ah, calamité ! », dit un « senryû ». On pouvait alors tenter de se justifier : « Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent », mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce « senryû » : « Au milieu [du chemin] “lettre de séparation tu m’écris de suite !” » Quant au fils prodigue, pris en flagrant délit par ses parents : « Bouclé dans sa chambre, en rêve encore il parcourt le quartier des filles », dit un « senryû », en parodiant ce célèbre haïku composé par Bashô avant sa mort : « En rêve encore je parcours les landes désolées ».

* En japonais « 柳多留 ». Haut

** En japonais « 末摘花 ». Haut

*** En japonais 川柳. Haut

**** Matignon, « La Prostitution au Japon : le quartier du “Yoshiwara” de Tokio ». Haut

***** En japonais 吉原. Haut

« Haïku érotiques : extraits de la “Fleur du bout” et du “Tonneau de saule” »

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

éd. Ph. Picquier, coll. Picquier poche, Arles

Il s’agit d’une traduction partielle du « Tonneau de saule » (« Yanagidaru »*), de la « Fleur du bout » (« Suetsumuhana »**) et d’autres recueils de « senryû »*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le « senryû » est un poème satirique ou érotique, de forme similaire au haïku. Mais si le haïku est la composition d’un gentilhomme sérieux, soucieux du qu’en-dira-t-on, le « senryû » est celle d’un bourgeois rieur et éhonté, livré à ses seuls plaisirs, passant des heures, à visage découvert, sous les lampions et les lanternes des quartiers de distraction. Ces quartiers, disparus seulement au XXe siècle, étaient de vraies curiosités à visiter, aussi intéressantes que les sanctuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soigneusement circonscrits « à la fois féeriques et lamentables… charmants, lumineux… et naïfs en leur immoralité »****, où s’offraient aux yeux des passants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouissantes, des femmes somptueusement parées. Chaque ville possédait un quartier affecté à ces étalages. Celui d’Edo (Tôkyô), nommé le Yoshiwara*****, était le plus beau de l’Empire japonais : noblesse oblige. On ne s’y rendait pas sur l’impulsion du moment. Seul un provincial égaré dans la ville, ou un soldat de garnison, pouvait s’imaginer trouver satisfaction de la sorte. Le bourgeois éclairé et rompu aux plaisirs délicats savait qu’il fallait commencer par l’achat et la lecture approfondie du « Catalogue », où figuraient, avec un système de description élaboré, les noms et les rangs des courtisanes disponibles. « Rien des “Entretiens de Confucius” [il] ne comprend, mais [il] sait tout lire dans le “Catalogue” », dit un « senryû ». Le Yoshiwara étant loin du centre-ville, on s’y rendait le plus souvent en chaise à porteurs : le voyage ne coûtait pas cher, et on évitait la fatigue du chemin à pied. Mais on prenait la précaution de monter et de descendre à quelque distance de chez soi, pour ne pas se faire surprendre par son épouse soupçonneuse : « En plein [chemin], nez à nez avec l’épouse ; ah, calamité ! », dit un « senryû ». On pouvait alors tenter de se justifier : « Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent », mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce « senryû » : « Au milieu [du chemin] “lettre de séparation tu m’écris de suite !” » Quant au fils prodigue, pris en flagrant délit par ses parents : « Bouclé dans sa chambre, en rêve encore il parcourt le quartier des filles », dit un « senryû », en parodiant ce célèbre haïku composé par Bashô avant sa mort : « En rêve encore je parcours les landes désolées ».

* En japonais « 柳多留 ». Haut

** En japonais « 末摘花 ». Haut

*** En japonais 川柳. Haut

**** Matignon, « La Prostitution au Japon : le quartier du “Yoshiwara” de Tokio ». Haut

***** En japonais 吉原. Haut

« Courtisanes du Japon »

éd. Ph. Picquier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

éd. Ph. Picquier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

Il s’agit d’une traduction partielle du « Tonneau de saule » (« Yanagidaru »*), de la « Fleur du bout » (« Suetsumuhana »**) et d’autres recueils de « senryû »*** (XVIIIe-XIXe siècle). Le « senryû » est un poème satirique ou érotique, de forme similaire au haïku. Mais si le haïku est la composition d’un gentilhomme sérieux, soucieux du qu’en-dira-t-on, le « senryû » est celle d’un bourgeois rieur et éhonté, livré à ses seuls plaisirs, passant des heures, à visage découvert, sous les lampions et les lanternes des quartiers de distraction. Ces quartiers, disparus seulement au XXe siècle, étaient de vraies curiosités à visiter, aussi intéressantes que les sanctuaires les plus fameux de l’Empire du Soleil levant. C’étaient des sortes d’îlots dans les villes mêmes, des coins soigneusement circonscrits « à la fois féeriques et lamentables… charmants, lumineux… et naïfs en leur immoralité »****, où s’offraient aux yeux des passants, assises dans des cages dorées et sur des nattes éblouissantes, des femmes somptueusement parées. Chaque ville possédait un quartier affecté à ces étalages. Celui d’Edo (Tôkyô), nommé le Yoshiwara*****, était le plus beau de l’Empire japonais : noblesse oblige. On ne s’y rendait pas sur l’impulsion du moment. Seul un provincial égaré dans la ville, ou un soldat de garnison, pouvait s’imaginer trouver satisfaction de la sorte. Le bourgeois éclairé et rompu aux plaisirs délicats savait qu’il fallait commencer par l’achat et la lecture approfondie du « Catalogue », où figuraient, avec un système de description élaboré, les noms et les rangs des courtisanes disponibles. « Rien des “Entretiens de Confucius” [il] ne comprend, mais [il] sait tout lire dans le “Catalogue” », dit un « senryû ». Le Yoshiwara étant loin du centre-ville, on s’y rendait le plus souvent en chaise à porteurs : le voyage ne coûtait pas cher, et on évitait la fatigue du chemin à pied. Mais on prenait la précaution de monter et de descendre à quelque distance de chez soi, pour ne pas se faire surprendre par son épouse soupçonneuse : « En plein [chemin], nez à nez avec l’épouse ; ah, calamité ! », dit un « senryû ». On pouvait alors tenter de se justifier : « Ce jour, je vais en prière sur la tombe d’un parent », mais l’épouse n’était pas dupe. D’où ce « senryû » : « Au milieu [du chemin] “lettre de séparation tu m’écris de suite !” » Quant au fils prodigue, pris en flagrant délit par ses parents : « Bouclé dans sa chambre, en rêve encore il parcourt le quartier des filles », dit un « senryû », en parodiant ce célèbre haïku composé par Bashô avant sa mort : « En rêve encore je parcours les landes désolées ».

* En japonais « 柳多留 ». Haut

** En japonais « 末摘花 ». Haut

*** En japonais 川柳. Haut

**** Matignon, « La Prostitution au Japon : le quartier du “Yoshiwara” de Tokio ». Haut

***** En japonais 吉原. Haut

Térence, « Les Comédies »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Comédies »* de Térence**, dramaturge latin, qui naquit dans la condition la plus vile et la plus détestable — celle d’esclave. Sans famille et sans nom, il était désigné sous le surnom d’Afer (« l’Africain »), ce qui permet de supposer qu’il était Carthaginois de naissance. Cependant, la pureté de son langage — pureté admirée par ses contemporains — prouve que, s’il n’est pas né à Rome, il y fut amené dès sa plus tendre enfance. Acheté ou reçu en présent par un riche sénateur, Terentius Lucanus, il fut élevé par ce dernier avec un grand soin et affranchi de bonne heure. Cet acte généreux porta bonheur à Terentius Lucanus. Le nom du jeune affranchi, Térence, rendit immortel celui du vieux maître. C’était le IIe siècle av. J.-C. — le siècle où, selon le mot d’Horace, « la Grèce, vaincue par les armes, triomphait de ses vainqueurs par ses charmes et portait les arts dans la sauvage Italie »***. La culture grecque était plus que jamais à l’honneur. Térence y fut initié, comme tous les brillants aristocrates qui fréquentaient la maison sénatoriale. Ce sont eux sans doute qui l’encouragèrent vers la carrière littéraire, où ses goûts et ses talents l’entraînaient. Il se tourna donc vers le genre de la comédie athénienne, et surtout de la comédie nouvelle, appelée la « palliata ». Ses six pièces sont toutes imitées de Ménandre et d’Apollodore de Caryste ; elles sont grecques par l’intrigue, par la pensée, par le caractère des personnages, par le titre même. Après les avoir données sur le théâtre de Rome, Térence partit pour la Grèce afin d’étudier d’encore plus près les mœurs de cette contrée dont il reproduisait l’esprit sur la scène. Combien de temps dura ce voyage ? Térence parvint-il à Athènes ? On l’ignore. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il ne revint jamais. Et comme on veut toujours donner quelque cause extraordinaire à la disparition d’un grand personnage, on n’a pas manqué d’attribuer celle de Térence au chagrin que lui aurait causé la perte de cent huit manuscrits lors d’un naufrage : recueilli par de pauvres gens, le rescapé serait tombé malade, et le chagrin aurait hâté sa dernière heure.

* En latin « Comœdiæ ». Haut

** En latin Publius Terentius Afer. Autrefois transcrit Thérence. Haut

*** « Épîtres », liv. II, poème 1, v. 156-157. Haut

Hamadhânî, « Le Livre des vagabonds : séances d’un beau parleur impénitent »

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

Il s’agit des « Maqâmât »* (« Séances ») de Hamadhânî** (Xe siècle apr. J.-C.), littérateur persan d’expression arabe, également connu sous le surnom de Badî‘ al-Zamân*** (« le Miracle de son siècle »). Les « Maqâmât » sont des assemblées ou des conversations, des allocutions d’apparat ou des discours d’éloquence, des acrobaties poétiques ou des prestidigitations lexicographiques, que pratiquaient ensemble les gens de lettres. Cette manière de briller, dans les cercles et dans les compagnies, par des pièces en vers et en prose était aussi fréquente parmi les Orientaux, qu’elle l’avait été autrefois chez les Romains, et qu’elle le sera plus tard dans les salons de Paris. Les Orientaux ont plusieurs de ces « Maqâmât », qui passent parmi eux pour des chefs-d’œuvre du bel esprit et du beau style. Hamadhânî a été le premier à en publier. Harîrî l’a imité et, de l’avis général, surpassé ; en sorte que M. René Rizqallah Khawam, traducteur arabe, dit que « le livre de Harîrî est sans doute, aux côtés des “Mille et une Nuits”, la meilleure introduction que nous sachions aux mystères de l’âme arabe, et aux secrets de l’arme qu’elle a toujours privilégiée : la parole »****. Il est impossible, en effet, de pénétrer et d’approfondir les finesses de la langue arabe sans l’étude préalable de ces « Maqâmât », sortes d’écrins merveilleux de la rhétorique musulmane. Le canevas sur lequel Hamadhânî et Harîrî ont brodé ces compositions est un des plus originaux de la littérature universelle. C’est la série des métamorphoses et des travestissements d’un mendiant lettré, sorte de coquin éhonté, aussi exercé en subtilités grammaticales qu’en escroqueries, ne faisant servir sa science littéraire qu’à extorquer quelque aumône, et payant ses dîners en bons mots et en tirades dénuées de points diacritiques. Tour à tour imam ou pèlerin, marchand ambulant ou faux médecin, aveugle ou pied-bot, rigide censeur ou voleur avide, il sait retourner sa veste et contrefaire sa voix, grimer sa figure et farder son esprit, changer ses métiers et varier ses principes selon la circonstance. « Aujourd’hui vertueux et dévot, il édifie par son humilité ceux que la veille il scandalisait par son cynisme effronté », dit Auguste Cherbonneau*****. « Tantôt revêtu de haillons, il vante la vie frugale et prêche la charité ; tantôt paré des habits de l’opulence, il chante la bonne chère et les joyeux plaisirs. Vivant d’artifices… il raille les sots, dupe les âmes crédules, et parvient toujours à mettre les rieurs de son côté. »

* En arabe « مقامات ». Parfois transcrit « Meqâmât », « Mékamat », « Mécamat », « Mocamat », « Macamat » ou « Maḳāmāt ». Haut

** En persan همدانی. Parfois transcrit Hamadâny ou Hamadānī. Haut

*** En persan بدیع‌الزمان. Parfois transcrit Bédi-alzéman, Badi uz-Zaman, Bady-l-zemân, Badī‘ az-Zamān ou Badî al-Zamâne. Haut

**** « Préface au “Livre des malins : séances d’un vagabond de génie” de Harîrî », p. 10. Haut

***** « Préface à “Extrait des Mékamat de Hariri. XXXe séance : la noce des mendiants” », p. IV. Haut

Harîrî, « Le Livre des malins : séances d’un vagabond de génie »

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

Il s’agit des « Maqâmât »* (« Séances ») d’al-Qâsim al-Harîrî**, littérateur irakien (XIe siècle apr. J.-C.). Les « Maqâmât » sont des assemblées ou des conversations, des allocutions d’apparat ou des discours d’éloquence, des acrobaties poétiques ou des prestidigitations lexicographiques, que pratiquaient ensemble les gens de lettres. Cette manière de briller, dans les cercles et dans les compagnies, par des pièces en vers et en prose était aussi fréquente parmi les Orientaux, qu’elle l’avait été autrefois chez les Romains, et qu’elle le sera plus tard dans les salons de Paris. Les Orientaux ont plusieurs de ces « Maqâmât », qui passent parmi eux pour des chefs-d’œuvre du bel esprit et du beau style. Hamadhânî a été le premier à en publier. Harîrî l’a imité et, de l’avis général, surpassé ; en sorte que M. René Rizqallah Khawam, traducteur arabe, dit que « le livre de Harîrî est sans doute, aux côtés des “Mille et une Nuits”, la meilleure introduction que nous sachions aux mystères de l’âme arabe, et aux secrets de l’arme qu’elle a toujours privilégiée : la parole »***. Il est impossible, en effet, de pénétrer et d’approfondir les finesses de la langue arabe sans l’étude préalable de ces « Maqâmât », sortes d’écrins merveilleux de la rhétorique musulmane. Le canevas sur lequel Hamadhânî et Harîrî ont brodé ces compositions est un des plus originaux de la littérature universelle. C’est la série des métamorphoses et des travestissements d’un mendiant lettré, sorte de coquin éhonté, aussi exercé en subtilités grammaticales qu’en escroqueries, ne faisant servir sa science littéraire qu’à extorquer quelque aumône, et payant ses dîners en bons mots et en tirades dénuées de points diacritiques. Tour à tour imam ou pèlerin, marchand ambulant ou faux médecin, aveugle ou pied-bot, rigide censeur ou voleur avide, il sait retourner sa veste et contrefaire sa voix, grimer sa figure et farder son esprit, changer ses métiers et varier ses principes selon la circonstance. « Aujourd’hui vertueux et dévot, il édifie par son humilité ceux que la veille il scandalisait par son cynisme effronté », dit Auguste Cherbonneau****. « Tantôt revêtu de haillons, il vante la vie frugale et prêche la charité ; tantôt paré des habits de l’opulence, il chante la bonne chère et les joyeux plaisirs. Vivant d’artifices… il raille les sots, dupe les âmes crédules, et parvient toujours à mettre les rieurs de son côté. »

* En arabe « مقامات ». Parfois transcrit « Meqâmât », « Mékamat », « Mécamat », « Mocamat », « Macamat » ou « Maḳāmāt ». Haut

** En arabe القاسم الحريري. Parfois transcrit al-Cassem al-Hariri, êl Qâcem êl Hharyry, el Kassam el Hareery ou al-Ḳāsim al-Ḥarīrī. Haut

*** p. 10. Haut

**** « Préface à “Extrait des Mékamat de Hariri. XXXe séance : la noce des mendiants” », p. IV. Haut

Voltaire, « Contes et Romans. Tome III »

éd. Presses universitaires de France-Sansoni, Paris-Florence

éd. Presses universitaires de France-Sansoni, Paris-Florence

Il s’agit de « La Princesse de Babylone » et autres contes de Voltaire (XVIIIe siècle). Tout grand écrivain a un ouvrage par lequel on le résume, à tort ou à raison. « C’est dans ses contes qu’il faut chercher Voltaire », « “Candide” est tout Voltaire », dit-on de nos jours. Il est vrai que c’est là que Voltaire s’est le plus enjoué des misères de la condition humaine, dans un monde aussi absurde que celui des guerres, du sang, des famines et des pestes effroyables ; c’est là aussi qu’il a réussi à porter un dernier coup, sec et brutal, à cet optimisme consolateur des chrétiens qu’il jugeait béat. Lui, qui jusque-là avait retenu le rire amer et bilieux de son impiété, semble faire résonner à travers ses contes un éclat de rire de satan. « [Ces contes sont] d’une gaieté infernale », dit la baronne de Staël*, « car ils semblent écrits par un être d’une autre nature que nous, indifférent à notre sort, content de nos souffrances, et riant comme un démon, ou comme un singe, des misères de cette espèce humaine avec laquelle il n’a rien de commun. » Alors, demandons-nous : Voltaire le conteur, « dont le rire est un rictus, la grâce — une polissonnerie, l’esprit — un dard trempé dans le poison ou l’ordure »** vaut-il mieux que Voltaire l’homme de goût, de savoir, de raison, dont le « Dictionnaire philosophique » avait écarté l’obscurantisme et la barbarie des siècles précédents ; vaut-il mieux que Voltaire l’homme du monde, dont la « Correspondance », qui embrasse un espace de soixante-sept ans, est une œuvre de premier plan, un modèle de naïveté, d’esprit et de grâce ? Non, je ne le crois pas. Il ne faut chercher dans ses contes ni poésie, ni sagesse sérieuse, ni de ces sentiments nobles qu’on rencontre dans quelques-uns de ses chefs-d’œuvre ; mais seulement une satire amère et cynique et peut-être une souffrance cachée qui, ne trouvant pas de sens à la vie ici-bas, préfère accabler de moqueries les émotions les plus généreuses, les croyances les plus capables de consoler les hommes, les espérances les plus propres à leur donner le courage nécessaire pour supporter leur condition. « Voltaire [le conteur] », dit Chateaubriand***, « n’aperçoit que le côté ridicule des choses et des temps et [il] montre, sous un jour hideusement gai, l’homme à l’homme. Il charme et fatigue par sa mobilité ; il vous enchante et vous dégoûte. » Son humour, qui veut être édifiant, et qui souvent n’est que cruel et mordant, est celui qui se rapproche le plus des satiristes anglais.

* « Œuvres complètes. Tome II », p. 176. Haut

** l’abbé Michel-Ulysse Maynard. Haut

*** « Le Génie du christianisme », part. 2, liv. I, ch. 5. Haut