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Junayd, «Enseignement spirituel : traités, lettres, oraisons et sentences»

éd. Actes Sud, coll. Babel, Arles

éd. Actes Sud, coll. Babel, Arles

Il s’agit de Junayd Bagh­dâ­dî*, maître sou­fi de Bag­dad (IXe-Xe siècle apr. J.-C.), qui posa les bases solides sur les­quelles allaient s’élever les grands sys­tèmes de la mys­tique musul­mane. Bien qu’il ensei­gnât dans sa mai­son et ne diri­geât pas une com­mu­nau­té, ses contem­po­rains lui décer­nèrent le titre de «Sei­gneur de la Tri­bu spi­ri­tuelle» («Sayyid al-Tâ’ifa»**). L’un d’eux rap­porte*** : «Mes yeux n’avaient jamais contem­plé quelqu’un comme Junayd Bagh­dâ­dî : les écri­vains venaient à lui pour son style, les phi­lo­sophes le recher­chaient pour la pro­fon­deur de ses pen­sées, les poètes se ren­daient auprès de lui pour ses méta­phores, les théo­lo­giens pour sa dia­lec­tique; et le niveau de son dis­cours était tou­jours plus éle­vé que le leur, en intel­li­gence, élo­quence et ensei­gne­ment». Junayd véné­rait Bâyazîd Bis­tâ­mî, l’extravagant par­ti­san de l’union divine, dont il tra­dui­sit les «Dits exta­tiques», et au sujet duquel il décla­rait : «Bâyazîd avait réa­li­sé un pre­mier état spi­ri­tuel dans lequel “toutes les choses avaient dis­pa­ru pour lui”, et un second état dans lequel “cette dis­pa­ri­tion avait dis­pa­ru”»****. Cette phrase dif­fi­cile veut dire : Dans un pre­mier temps, le sou­fi, ivre sous l’emprise divine, perd son exis­tence indi­vi­duelle et dis­pa­raît; mais cette ivresse elle-même doit dis­pa­raître pour que le sou­fi puisse éva­cuer de son âme les maux funestes de l’hébétude et de la confu­sion et reve­nir à la vie : «Il sera [de nou­veau], après n’avoir pas été, là où il avait été… Il sera “un exis­tant qui est”, après avoir été “un exis­tant pri­vé d’être”. Il en est ain­si, parce qu’il sera pas­sé de l’ivresse de l’emprise divine à la luci­di­té du dégri­se­ment»*****. Dit autre­ment, la recherche «de l’ivresse, de l’enivrement» («sukr»), «de la dis­pa­ri­tion, de l’anéantissement» («fanâ’») est jouis­sive, car elle libère la conscience humaine des tra­cas qu’elle connaît d’habitude; mais cette recherche, d’après Junayd, ne convient qu’aux débu­tants; elle doit céder le pas «à la sobrié­té, au dégri­se­ment» («sahw»), «à la péren­ni­sa­tion, à la per­ma­nence» («baqâ’») pour que celui qui avait dis­pa­ru puisse reprendre sa place par­mi les hommes, désor­mais lucide, dégri­sé, mais inves­ti de la pré­sence per­ma­nente de Dieu.

* En arabe الجنيد البغدادي. Par­fois trans­crit Djo­néid, Djo­naïd, Djou­neïd, Dju­neid, Dju­naid, al-Dju­nayd, Dschu­neid, Dschu­naid, Dschu­neyd, Dscho­naid, Dscho­neid, Cüneyd, Cünayd, Cüneid, el-Joneid, Joneyd, Jonayd, al-Jonaid, Juneyd, Juneid, Junaïd, al-Jou­nayd, Jou­neyd, Jou­neïd, Ǵonayd, Ǧunaid ou al-Ǧunayd. Haut

** En arabe سيد الطائفة. Autre­fois trans­crit Saïyid-i Tâï­fa, Saiyi­du ’ṭ-Ṭāi­fa ou Sayyid-ut-Tai­fa. Haut

*** p. 12-13. Haut

**** p. 197. Haut

***** p. 151. Haut

Abû al-Faraj, «La Femme arabe dans “Le Livre des chants” : une anthologie»

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

éd. Fayard, coll. Biblio­thèque Mak­ta­ba, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Livre des chants» («Kitâb al-Aghâ­ni»*) d’Abû al-Faraj**, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ain­si que son sur­nom l’indique, à Ispa­han (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rat­ta­chait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­por­té de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie; il se consti­tua, en outre, un solide bagage médi­cal, astro­lo­gique, musi­cal. Il devint, en un mot, un vrai homme d’«adab», c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les domaines de la connais­sance. À un âge avan­cé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il lais­sa der­rière lui plu­sieurs beaux ouvrages, entre autres celui inti­tu­lé «Le Livre des chants», auquel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à regar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dési­gner l’auteur des vers et celui de la musique; à indi­quer, avec clar­té et avec pré­ci­sion, l’occasion qui don­na nais­sance au poème ou à l’air; le tout avec des détails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les généa­lo­gies, la suc­ces­sion des dynas­ties, etc. Au hasard des cha­pitres, nous accom­pa­gnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une taverne de Bag­dad, péné­trons dans le salon d’une chan­teuse de renom. C’est «une matière luxu­riante, consi­dé­rable par le volume, pré­cieuse dans le détail; une richesse pro­fuse, un pêle-mêle papillo­tant, un gise­ment ouvert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C.; un filon exploi­table, et d’ailleurs exploi­té jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste», dit un tra­duc­teur****. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­ri­té aura trai­té «Le Livre des chants» plu­tôt qu’en œuvre ayant une indi­vi­dua­li­té propre. Car, tout en recon­nais­sant le mérite incon­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de volumes, et tout en admi­rant l’abondance et la varié­té des faits qu’Abû al-Faraj a accu­mu­lés en pré­pa­rant son sujet, la pos­té­ri­té aura regret­té que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est inutile ou super­flu et uni ensemble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences assez légères.

* En arabe «كتاب الأغاني». Par­fois trans­crit «Kit­tab el Agha­ni», «Kitâb Ala­gâ­ni», «Kitâb Alag­hâ­ny», «Kitab el Aghâ­niy» ou «Ketab el Agha­ni». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûl­fa­raj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autre­fois trans­crit al Asfa­hâ­nî, Alis­fa­hâ­ny, el-Esfa­ha­ni, el-Içfa­hâ­ni ou el-Ispa­ha­ni. On ren­contre aus­si la gra­phie الأصبهاني (al-Isba­hâ­nî). Autre­fois trans­crit el-Içba­hâ­ni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, «Musiques sur le fleuve : les plus belles pages du “Kitâb al-Aghâni”»

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Livre des chants» («Kitâb al-Aghâ­ni»*) d’Abû al-Faraj**, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ain­si que son sur­nom l’indique, à Ispa­han (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rat­ta­chait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­por­té de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie; il se consti­tua, en outre, un solide bagage médi­cal, astro­lo­gique, musi­cal. Il devint, en un mot, un vrai homme d’«adab», c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les domaines de la connais­sance. À un âge avan­cé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il lais­sa der­rière lui plu­sieurs beaux ouvrages, entre autres celui inti­tu­lé «Le Livre des chants», auquel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à regar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dési­gner l’auteur des vers et celui de la musique; à indi­quer, avec clar­té et avec pré­ci­sion, l’occasion qui don­na nais­sance au poème ou à l’air; le tout avec des détails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les généa­lo­gies, la suc­ces­sion des dynas­ties, etc. Au hasard des cha­pitres, nous accom­pa­gnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une taverne de Bag­dad, péné­trons dans le salon d’une chan­teuse de renom. C’est «une matière luxu­riante, consi­dé­rable par le volume, pré­cieuse dans le détail; une richesse pro­fuse, un pêle-mêle papillo­tant, un gise­ment ouvert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C.; un filon exploi­table, et d’ailleurs exploi­té jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste», dit un tra­duc­teur****. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­ri­té aura trai­té «Le Livre des chants» plu­tôt qu’en œuvre ayant une indi­vi­dua­li­té propre. Car, tout en recon­nais­sant le mérite incon­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de volumes, et tout en admi­rant l’abondance et la varié­té des faits qu’Abû al-Faraj a accu­mu­lés en pré­pa­rant son sujet, la pos­té­ri­té aura regret­té que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est inutile ou super­flu et uni ensemble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences assez légères.

* En arabe «كتاب الأغاني». Par­fois trans­crit «Kit­tab el Agha­ni», «Kitâb Ala­gâ­ni», «Kitâb Alag­hâ­ny», «Kitab el Aghâ­niy» ou «Ketab el Agha­ni». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûl­fa­raj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autre­fois trans­crit al Asfa­hâ­nî, Alis­fa­hâ­ny, el-Esfa­ha­ni, el-Içfa­hâ­ni ou el-Ispa­ha­ni. On ren­contre aus­si la gra­phie الأصبهاني (al-Isba­hâ­nî). Autre­fois trans­crit el-Içba­hâ­ni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, «Notices anecdotiques sur les principaux musiciens arabes des trois premiers siècles de l’islamisme»

dans « Journal asiatique », sér. 7, vol. 2, p. 397-592

dans «Jour­nal asia­tique», sér. 7, vol. 2, p. 397-592

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Livre des chants» («Kitâb al-Aghâ­ni»*) d’Abû al-Faraj**, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ain­si que son sur­nom l’indique, à Ispa­han (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rat­ta­chait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­por­té de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie; il se consti­tua, en outre, un solide bagage médi­cal, astro­lo­gique, musi­cal. Il devint, en un mot, un vrai homme d’«adab», c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les domaines de la connais­sance. À un âge avan­cé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il lais­sa der­rière lui plu­sieurs beaux ouvrages, entre autres celui inti­tu­lé «Le Livre des chants», auquel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à regar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dési­gner l’auteur des vers et celui de la musique; à indi­quer, avec clar­té et avec pré­ci­sion, l’occasion qui don­na nais­sance au poème ou à l’air; le tout avec des détails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les généa­lo­gies, la suc­ces­sion des dynas­ties, etc. Au hasard des cha­pitres, nous accom­pa­gnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une taverne de Bag­dad, péné­trons dans le salon d’une chan­teuse de renom. C’est «une matière luxu­riante, consi­dé­rable par le volume, pré­cieuse dans le détail; une richesse pro­fuse, un pêle-mêle papillo­tant, un gise­ment ouvert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C.; un filon exploi­table, et d’ailleurs exploi­té jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste», dit un tra­duc­teur****. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­ri­té aura trai­té «Le Livre des chants» plu­tôt qu’en œuvre ayant une indi­vi­dua­li­té propre. Car, tout en recon­nais­sant le mérite incon­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de volumes, et tout en admi­rant l’abondance et la varié­té des faits qu’Abû al-Faraj a accu­mu­lés en pré­pa­rant son sujet, la pos­té­ri­té aura regret­té que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est inutile ou super­flu et uni ensemble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences assez légères.

* En arabe «كتاب الأغاني». Par­fois trans­crit «Kit­tab el Agha­ni», «Kitâb Ala­gâ­ni», «Kitâb Alag­hâ­ny», «Kitab el Aghâ­niy» ou «Ketab el Agha­ni». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûl­fa­raj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autre­fois trans­crit al Asfa­hâ­nî, Alis­fa­hâ­ny, el-Esfa­ha­ni, el-Içfa­hâ­ni ou el-Ispa­ha­ni. On ren­contre aus­si la gra­phie الأصبهاني (al-Isba­hâ­nî). Autre­fois trans­crit el-Içba­hâ­ni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

«Mémoire sur l’ouvrage intitulé “Kitâb Alagâni”, c’est-à-dire “Recueil de chansons”, [d’Abû al-Faraj]»

dans « Journal asiatique », sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545 ; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

dans «Jour­nal asia­tique», sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Livre des chants» («Kitâb al-Aghâ­ni»*) d’Abû al-Faraj**, chro­ni­queur et homme de lettres arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ain­si que son sur­nom l’indique, à Ispa­han (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rat­ta­chait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Trans­por­té de bonne heure à Bag­dad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poé­sie, de la gram­maire, de l’historiographie; il se consti­tua, en outre, un solide bagage médi­cal, astro­lo­gique, musi­cal. Il devint, en un mot, un vrai homme d’«adab», c’est-à-dire un éru­dit tou­chant de près ou de loin à tous les domaines de la connais­sance. À un âge avan­cé, il per­dit peu à peu la rai­son et mou­rut en 967 apr. J.-C. Il lais­sa der­rière lui plu­sieurs beaux ouvrages, entre autres celui inti­tu­lé «Le Livre des chants», auquel il consa­cra cin­quante ans de sa vie, et qu’on s’accorde una­ni­me­ment à regar­der comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trou­ver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour cha­cun de ces chants, à dési­gner l’auteur des vers et celui de la musique; à indi­quer, avec clar­té et avec pré­ci­sion, l’occasion qui don­na nais­sance au poème ou à l’air; le tout avec des détails cir­cons­tan­ciés sur la langue, l’histoire, les généa­lo­gies, la suc­ces­sion des dynas­ties, etc. Au hasard des cha­pitres, nous accom­pa­gnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assis­tons à une que­relle lit­té­raire dans une taverne de Bag­dad, péné­trons dans le salon d’une chan­teuse de renom. C’est «une matière luxu­riante, consi­dé­rable par le volume, pré­cieuse dans le détail; une richesse pro­fuse, un pêle-mêle papillo­tant, un gise­ment ouvert à qui­conque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C.; un filon exploi­table, et d’ailleurs exploi­té jusqu’à nos jours, par la science orien­tale et orien­ta­liste», dit un tra­duc­teur****. Bref, c’est une mine très riche et très com­plète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la pos­té­ri­té aura trai­té «Le Livre des chants» plu­tôt qu’en œuvre ayant une indi­vi­dua­li­té propre. Car, tout en recon­nais­sant le mérite incon­tes­table de cette col­lec­tion de plus d’une ving­taine de volumes, et tout en admi­rant l’abondance et la varié­té des faits qu’Abû al-Faraj a accu­mu­lés en pré­pa­rant son sujet, la pos­té­ri­té aura regret­té que, dans bien des cas, il n’ait pas éla­gué tout ce qui est inutile ou super­flu et uni ensemble tout ce qui ne dif­fère que par des dif­fé­rences assez légères.

* En arabe «كتاب الأغاني». Par­fois trans­crit «Kit­tab el Agha­ni», «Kitâb Ala­gâ­ni», «Kitâb Alag­hâ­ny», «Kitab el Aghâ­niy» ou «Ketab el Agha­ni». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autre­fois trans­crit Aboul­fa­rage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûl­fa­raj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autre­fois trans­crit al Asfa­hâ­nî, Alis­fa­hâ­ny, el-Esfa­ha­ni, el-Içfa­hâ­ni ou el-Ispa­ha­ni. On ren­contre aus­si la gra­phie الأصبهاني (al-Isba­hâ­nî). Autre­fois trans­crit el-Içba­hâ­ni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Galland, «Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome III»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mille et une Nuits» («Alf lay­la wa-lay­la»*), contes arabes. Rare­ment, la richesse de la nar­ra­tion et les tré­sors de l’imagination ont été dépen­sés dans une œuvre avec plus de pro­di­ga­li­té; et rare­ment, une œuvre a eu une réus­site plus écla­tante que celle des «Mille et une Nuits» depuis qu’elle a été trans­por­tée en France par l’orientaliste Antoine Gal­land au com­men­ce­ment du XVIIIe siècle. De là, elle a immé­dia­te­ment rem­pli le monde de sa renom­mée, et depuis, son suc­cès n’a fait que croître de jour en jour, sans souf­frir ni des caprices de la mode ni du chan­ge­ment des goûts. Quelle extra­or­di­naire fécon­di­té dans ces contes! Quelle varié­té! Avec quel inépui­sable inté­rêt on suit les aven­tures enchan­te­resses de Sind­bad le Marin ou les mer­veilles opé­rées par la lampe d’Aladdin : «C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naï­ve­té», dit Édouard Gaut­tier d’Arc**. «On y cher­che­rait en vain ou ces teintes mélan­co­liques du Nord, ou ces allu­sions sérieuses et pro­fondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plai­sirs… Ces génies qu’elle a pro­duits, vont répan­dant par­tout les perles, l’or, les dia­mants; ils élèvent en un ins­tant des palais superbes; ils livrent à celui qu’ils favo­risent, des hou­ris*** enchan­te­resses; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouis­sances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acqué­rir. Il faut aux Orien­taux un bon­heur facile et com­plet; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire.»

* En arabe «ألف ليلة وليلة». Autre­fois trans­crit «Alef léï­lét oué-léï­lét», «Alef lei­let we lei­let», «Alef lei­la wa lei­la» ou «Alf lai­la wa-lai­la». Haut

** Pré­face à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Moténabbi, «Le Livre des sabres : choix de poèmes»

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sind­bad, coll. La Petite Biblio­thèque de Sind­bad, Arles

Il s’agit d’Abou’ltayyib*, sur­nom­mé Moté­nab­bi**, orgueilleux poète de Cour, ren­du célèbre en ser­vant dif­fé­rents princes arabes, en chan­tant leurs hauts faits et leurs bien­faits, en se brouillant avec eux, en se ven­geant par des satires des louanges qu’il leur avait don­nées aupa­ra­vant. Ses poèmes ont quel­que­fois de la beau­té dans leur élo­quence; mais, plus sou­vent encore, ils ne brillent que par ce sin­gu­lier mélange d’insolence et de poli­tesse, de bas­sesse et d’orgueil qui dis­tingue les cour­ti­sans; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple por­teur d’eau dans la ville de Kou­fa (en Irak), quoiqu’il se van­tât beau­coup de sa noblesse. Dès sa jeu­nesse, il fut tour­men­té par une ambi­tion incom­men­su­rable, récon­for­tée par les suc­cès de sa poé­sie, qui était payée très chè­re­ment par les princes aux­quels il s’attachait. Bien­tôt, la tête lui tour­na, et il crut pou­voir pas­ser à un aus­si juste titre pour pro­phète en vers, que Maho­met l’avait été en prose; cela lui valut le sur­nom de Moté­nab­bi («celui qui se pré­tend pro­phète»). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réa­li­ser cet idéal; quand le temps et les occa­sions le détrom­pèrent en le rap­pe­lant à une vie si brève, si ordi­naire, si fata­le­ment humaine; quand il son­gea que des pans entiers de son ambi­tieuse nature res­te­raient à jamais ense­ve­lis dans l’ombre, ce fut un débor­de­ment d’une amer­tume sans pareille. «De là, cet amour-propre qui, au lieu de recher­cher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et deve­nir altruisme, se trans­forme en égoïsme hai­neux et mal­veillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué», dit M. Joseph Daher***. Témoin les vers sui­vants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui ins­pirent : «Je cri­tique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un cré­tin, le plus éner­gique un lâche, le plus noble un chien, le plus clair­voyant un aveugle, le plus vigi­lant un loir, et le plus cou­ra­geux un singe».

* En arabe أبو الطيب. Par­fois trans­crit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib. Haut

** En arabe المتنبي. Par­fois trans­crit Mota­nab­bî, Mota­nab­by, Moté­nab­by, Mote­na­bi, Mote­neb­bi, Mou­ta­nab­bi, Mou­ta­na­bi, Muta­na­bi ou Muta­nabbī. Haut

*** «Essai sur le pes­si­misme chez le poète arabe al-Muta­nabbī», p. 54. Haut

Sayyâb, «Le Golfe et le Fleuve : poèmes»

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sind­bad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-La Petite Biblio­thèque de Sind­bad, Arles

Il s’agit de M. Badr Cha­ker es-Sayyâb*, poète ira­kien, qui a affran­chi la poé­sie arabe de deux mille ans de métrique pour la sou­mettre aux contraintes de la vie nou­velle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère; et son père s’étant rema­rié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un pre­mier choc dont il ne se remet­tra jamais, et le début d’une démarche nos­tal­gique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abré­gée subi­te­ment par la mala­die. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit vil­lage natal de Djay­koûr** qu’il assi­mile à l’authenticité, à la terre «[de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut»***. Cette terre parée de rires, de chants et de par­fums repré­sente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloi­gné que par «le choc métal­lique de l’argent» et «la rumeur des machines»****. Comme Sind­bad le Marin ou Ulysse sur son bateau, han­té par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embar­quer sur le crois­sant de lune et «péré­gri­ner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port»*****. Comme Achille qui aime­rait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb pré­fère être «un enfant affa­mé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plu­tôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spec­tacle»******. On voit que c’est en mélan­geant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb pro­duit l’alliage de sa poé­sie : «L’expression directe de ce qui n’est pas poé­sie», dit-il*******, «ne peut deve­nir poé­tique. Où est alors la solu­tion? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gar­dé leur inten­si­té et leur fraî­cheur; il s’en ser­vi­ra comme maté­riaux pour bâtir les mondes qui défie­ront la logique de l’or et de l’acier». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le vil­lage : Paris, le paran­gon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où «des hommes pris de vin sortent leurs cou­teaux», où «l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains»; tan­dis que Djay­koûr est une source de l’innocence «avec un hori­zon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant»

* En arabe بدر شاكر السياب. Autre­fois trans­crit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Sha­ker al-Sayyab, Badr Cha­kir al-Sayyab ou Badr Sha­kir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Par­fois trans­crit Ǧaykūr, Jay­kour ou Jay­kur. Haut

*** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

**** Poème «L’Élégie de Djay­koûr». Haut

***** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

****** Poème «Iqbâl et la Nuit». Haut

******* Dans «Les Cahiers de l’Oronte», p. 90. Haut

Sayyâb, «Les Poèmes de Djaykoûr»

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Mor­ga­na, Saint-Clé­ment-de-Rivière

Il s’agit de M. Badr Cha­ker es-Sayyâb*, poète ira­kien, qui a affran­chi la poé­sie arabe de deux mille ans de métrique pour la sou­mettre aux contraintes de la vie nou­velle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère; et son père s’étant rema­rié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un pre­mier choc dont il ne se remet­tra jamais, et le début d’une démarche nos­tal­gique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abré­gée subi­te­ment par la mala­die. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit vil­lage natal de Djay­koûr** qu’il assi­mile à l’authenticité, à la terre «[de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut»***. Cette terre parée de rires, de chants et de par­fums repré­sente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloi­gné que par «le choc métal­lique de l’argent» et «la rumeur des machines»****. Comme Sind­bad le Marin ou Ulysse sur son bateau, han­té par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embar­quer sur le crois­sant de lune et «péré­gri­ner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port»*****. Comme Achille qui aime­rait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb pré­fère être «un enfant affa­mé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plu­tôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spec­tacle»******. On voit que c’est en mélan­geant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb pro­duit l’alliage de sa poé­sie : «L’expression directe de ce qui n’est pas poé­sie», dit-il*******, «ne peut deve­nir poé­tique. Où est alors la solu­tion? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gar­dé leur inten­si­té et leur fraî­cheur; il s’en ser­vi­ra comme maté­riaux pour bâtir les mondes qui défie­ront la logique de l’or et de l’acier». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le vil­lage : Paris, le paran­gon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où «des hommes pris de vin sortent leurs cou­teaux», où «l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains»; tan­dis que Djay­koûr est une source de l’innocence «avec un hori­zon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant»

* En arabe بدر شاكر السياب. Autre­fois trans­crit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Sha­ker al-Sayyab, Badr Cha­kir al-Sayyab ou Badr Sha­kir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Par­fois trans­crit Ǧaykūr, Jay­kour ou Jay­kur. Haut

*** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

**** Poème «L’Élégie de Djay­koûr». Haut

***** Poème «La Mai­son de mon grand-père». Haut

****** Poème «Iqbâl et la Nuit». Haut

******* Dans «Les Cahiers de l’Oronte», p. 90. Haut

Galland, «Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mille et une Nuits» («Alf lay­la wa-lay­la»*), contes arabes. Rare­ment, la richesse de la nar­ra­tion et les tré­sors de l’imagination ont été dépen­sés dans une œuvre avec plus de pro­di­ga­li­té; et rare­ment, une œuvre a eu une réus­site plus écla­tante que celle des «Mille et une Nuits» depuis qu’elle a été trans­por­tée en France par l’orientaliste Antoine Gal­land au com­men­ce­ment du XVIIIe siècle. De là, elle a immé­dia­te­ment rem­pli le monde de sa renom­mée, et depuis, son suc­cès n’a fait que croître de jour en jour, sans souf­frir ni des caprices de la mode ni du chan­ge­ment des goûts. Quelle extra­or­di­naire fécon­di­té dans ces contes! Quelle varié­té! Avec quel inépui­sable inté­rêt on suit les aven­tures enchan­te­resses de Sind­bad le Marin ou les mer­veilles opé­rées par la lampe d’Aladdin : «C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naï­ve­té», dit Édouard Gaut­tier d’Arc**. «On y cher­che­rait en vain ou ces teintes mélan­co­liques du Nord, ou ces allu­sions sérieuses et pro­fondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plai­sirs… Ces génies qu’elle a pro­duits, vont répan­dant par­tout les perles, l’or, les dia­mants; ils élèvent en un ins­tant des palais superbes; ils livrent à celui qu’ils favo­risent, des hou­ris*** enchan­te­resses; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouis­sances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acqué­rir. Il faut aux Orien­taux un bon­heur facile et com­plet; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire.»

* En arabe «ألف ليلة وليلة». Autre­fois trans­crit «Alef léï­lét oué-léï­lét», «Alef lei­let we lei­let», «Alef lei­la wa lei­la» ou «Alf lai­la wa-lai­la». Haut

** Pré­face à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Abou-Nowâs, «Le Vin, le Vent, la Vie : choix de poèmes»

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

éd. Actes Sud-Sind­bad, Arles

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète per­san d’expression arabe, «ivrogne, pédé­raste, liber­tin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aus­si connu par ses bons mots et ses facé­ties, que par ses vers»**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le lais­sa orphe­lin, et d’une mère per­sane qui le ven­dit à un mar­chand d’épices de Bas­so­rah. L’enfant, cepen­dant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le com­merce; il ne pre­nait inté­rêt qu’aux choses de l’esprit et affec­tion­nait par­ti­cu­liè­re­ment les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâli­ba ibn al-Hou­bab. Or, il advint qu’un jour ce poète liber­tin et ama­teur de gar­çons s’arrêta devant la bou­tique d’épices et dis­tin­gua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui pro­po­sa de l’emmener avec lui à Bag­dad : «J’ai remar­qué en toi les signes non équi­voques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir», lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant par­ve­nu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répan­dit sur lui ses bien­faits. Abou-Nowâs, par ses saillies aus­si heu­reuses que har­dies, par son savoir des expres­sions rares et par le charme de ses poé­sies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus éru­dits de ce temps, disait : «Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connais­sance de la langue arabe». Et Abou-Nowâs disait lui-même : «Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étu­dié soixante poé­tesses, dont al-Khan­sâ et Lay­lâ, et que dire du nombre des poètes!»**** Jamais il ne renia, pour autant, ses ori­gines per­sanes : il se moqua sans rete­nue de la gloire des Arabes «qui ne sont pas les seuls élus de Dieu»; il atta­qua cet esprit de race, cet orgueil tri­bal si impor­tant dans la poé­sie arabe, et dont s’armait un Féraz­dak peu de temps aupa­ra­vant; enfin, sa nature raf­fi­née et dis­so­lue refu­sa de se plier aux mœurs aus­tères du Bédouin «man­geur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres» menant une vie pré­caire sur une «terre aride peu­plée d’hyènes et de cha­cals»

* En arabe أبو نواس. Par­fois trans­crit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Nao­vas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, «Essais cri­tiques» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Bou­tros Gha­li, «Le Jar­din des fleurs», p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut

Abou-Nowâs, «Poèmes bachiques et libertins»

éd. Verticales, Paris

éd. Ver­ti­cales, Paris

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète per­san d’expression arabe, «ivrogne, pédé­raste, liber­tin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aus­si connu par ses bons mots et ses facé­ties, que par ses vers»**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le lais­sa orphe­lin, et d’une mère per­sane qui le ven­dit à un mar­chand d’épices de Bas­so­rah. L’enfant, cepen­dant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le com­merce; il ne pre­nait inté­rêt qu’aux choses de l’esprit et affec­tion­nait par­ti­cu­liè­re­ment les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâli­ba ibn al-Hou­bab. Or, il advint qu’un jour ce poète liber­tin et ama­teur de gar­çons s’arrêta devant la bou­tique d’épices et dis­tin­gua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui pro­po­sa de l’emmener avec lui à Bag­dad : «J’ai remar­qué en toi les signes non équi­voques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir», lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant par­ve­nu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répan­dit sur lui ses bien­faits. Abou-Nowâs, par ses saillies aus­si heu­reuses que har­dies, par son savoir des expres­sions rares et par le charme de ses poé­sies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus éru­dits de ce temps, disait : «Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connais­sance de la langue arabe». Et Abou-Nowâs disait lui-même : «Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étu­dié soixante poé­tesses, dont al-Khan­sâ et Lay­lâ, et que dire du nombre des poètes!»**** Jamais il ne renia, pour autant, ses ori­gines per­sanes : il se moqua sans rete­nue de la gloire des Arabes «qui ne sont pas les seuls élus de Dieu»; il atta­qua cet esprit de race, cet orgueil tri­bal si impor­tant dans la poé­sie arabe, et dont s’armait un Féraz­dak peu de temps aupa­ra­vant; enfin, sa nature raf­fi­née et dis­so­lue refu­sa de se plier aux mœurs aus­tères du Bédouin «man­geur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres» menant une vie pré­caire sur une «terre aride peu­plée d’hyènes et de cha­cals»

* En arabe أبو نواس. Par­fois trans­crit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Nao­vas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, «Essais cri­tiques» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Bou­tros Gha­li, «Le Jar­din des fleurs», p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut

Muḥâsibî, «Le “Kitāb al-Tawahhum” : une vision humaine des fins dernières»

éd. Klincksieck, coll. Études arabes et islamiques, Paris

éd. Klinck­sieck, coll. Études arabes et isla­miques, Paris

Il s’agit du trai­té «Kitâb al-Tawah­hum»*Livre de la vision des fins der­nières»**) de Ḥârith ibn Asad***, théo­lo­gien et mys­tique arabe, plus connu sous le sur­nom de Muḥâ­si­bî****l’examinateur de conscience»). Né à Bas­so­rah l’an 781 apr. J.-C., il vint de bonne heure à Bag­dad, où il mou­rut l’an 857. Il fit de l’examen de conscience un moteur de la per­fec­tion spi­ri­tuelle. À la manière des com­mer­çants, les hommes devraient dres­ser chaque jour, affir­mait-il, le bilan de ce qui a été posi­tif ou néga­tif dans leur com­por­te­ment, de leurs «pro­fits» et «pertes». C’est cela l’examen de conscience. De la vie de Muḥâ­si­bî, nous ne savons presque rien, sinon qu’elle fut d’un grand ascé­tisme. «Si la moi­tié du monde était à mes côtés, cela ne me pro­cu­re­rait aucune réjouis­sance; et si la moi­tié du monde était loin de moi, de cet éloi­gne­ment je ne res­sen­ti­rais aucun vide», dit-il*****. Et aus­si : «Dieu pré­fère, entre deux com­man­de­ments posi­tifs, le plus dur»******. Il faut avouer que ses œuvres exé­gé­tiques satis­font peu le goût moderne : la culture cora­nique et tra­di­tion­nelle y est trop accen­tuée. Seul le «Kitâb al-Tawah­hum» fait excep­tion à cet égard. Il n’est pas l’œuvre du théo­lo­gien, mais celle de l’écrivain. Il traite des fins der­nières, c’est-à-dire des châ­ti­ments ter­ribles qui seront infli­gés, en Enfer, aux hommes ayant déso­béi à Dieu; et des joies char­nelles que les hou­ris******* réser­ve­ront, au Para­dis, aux hommes ayant obser­vé Ses lois. Ce qui frappe, c’est l’admirable style dans lequel ces joies char­nelles sont décrites. Par contraste avec la vie aus­tère de Muḥâ­si­bî, il y a dans le «Kitâb al-Tawah­hum» un désir inavoué et qui donne à l’œuvre toute sa valeur.

* En arabe «كتاب التّوهّم». Par­fois trans­crit «Kitab at Tawa­hum», «Kitab al Tawah­houm» ou «Kitâb al Tawah­hom». Haut

** Par­fois tra­duit «Le Livre sur la vision des der­nières choses». Haut

*** En arabe الحارث بن أسد. Haut

**** En arabe المحاسبي. Par­fois trans­crit Muha­si­by, Muhas­si­bi, Mou­has­si­bi, Mohas­si­bi ou Moḥâ­si­bî. Haut

***** Dans Mah­moud, «Al-Moḥâ­si­bî : un mys­tique», p. 29. Haut

****** Dans Mas­si­gnon, «Essai sur les ori­gines du lexique tech­nique de la mys­tique musul­mane», p. 252. Haut

******* Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut