Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clefpoésie arabe : sujet

Nezâmî, « Layla et Majnûn »

éd. Fayard, Paris

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ » *, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir » **. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ».

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ».

Abû al-Faraj, « La Femme arabe dans “Le Livre des chants” : une anthologie »

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni » *) d’Abû al-Faraj **, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî ***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur ****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc. Lisez la suite›

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ».

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj.

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî).

**** M. Jacques Berque.

Abû al-Faraj, « Musiques sur le fleuve : les plus belles pages du “Kitâb al-Aghâni” »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni » *) d’Abû al-Faraj **, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî ***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur ****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc. Lisez la suite›

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ».

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj.

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî).

**** M. Jacques Berque.

Abû al-Faraj, « Notices anecdotiques sur les principaux musiciens arabes des trois premiers siècles de l’islamisme »

dans « Journal asiatique », sér. 7, vol. 2, p. 397-592

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni » *) d’Abû al-Faraj **, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî ***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur ****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc. Lisez la suite›

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ».

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj.

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî).

**** M. Jacques Berque.

« Mémoire sur l’ouvrage intitulé “Kitâb Alagâni”, c’est-à-dire “Recueil de chansons”, [d’Abû al-Faraj] »

dans « Journal asiatique », sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545 ; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni » *) d’Abû al-Faraj **, historien et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî ***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les querelles littéraires, la vie à la Cour, les anecdotes concernant les califes, etc. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur ****. Bref, c’est une mine très riche et très complète, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants », plutôt qu’en œuvre ayant une vie et une individualité propres. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des renseignements qui y sont accumulés, la postérité aura regretté que, dans une foule de cas, l’auteur n’ait pas élagué les vers inutiles ou dépourvus d’intérêt ; supprimé les répétitions ; fusionné les récits qui ne diffèrent que par quelques différences assez légères ; etc. Lisez la suite›

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ».

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Aboul-Faradg ou Abou’l-Feredj.

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî).

**** M. Jacques Berque.

Moténabbi, « Le Livre des sabres : choix de poèmes »

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

Il s’agit d’Abou’ltayyib *, surnommé Moténabbi **, orgueilleux poète de Cour, rendu célèbre en servant différents princes arabes, en chantant leurs hauts faits et leurs bienfaits, en se brouillant avec eux, en se vengeant par des satires des louanges qu’il leur avait données auparavant. Ses poèmes ont quelquefois de la beauté dans leur éloquence ; mais, plus souvent encore, ils ne brillent que par ce singulier mélange d’insolence et de politesse, de bassesse et d’orgueil qui distingue les courtisans ; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple porteur d’eau dans la ville de Koufa (en Irak), quoiqu’il se vantât beaucoup de sa noblesse. Dès sa jeunesse, il fut tourmenté par une ambition incommensurable, réconfortée par les succès de sa poésie, qui était payée très chèrement par les princes auxquels il s’attachait. Bientôt, la tête lui tourna, et il crut pouvoir passer à un aussi juste titre pour prophète en vers, que Mahomet l’avait été en prose ; cela lui valut le surnom de Moténabbi (« celui qui se prétend prophète »). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réaliser cet idéal ; quand le temps et les occasions le détrompèrent en le rappelant à une vie si brève, si ordinaire, si fatalement humaine ; quand il songea que des pans entiers de son ambitieuse nature resteraient à jamais ensevelis dans l’ombre, ce fut un débordement d’une amertume sans pareille. « De là, cet amour-propre qui, au lieu de rechercher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et devenir altruisme, se transforme en égoïsme haineux et malveillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué », dit M. Joseph Daher ***. Témoin les vers suivants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui inspirent : « Je critique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un crétin, le plus énergique un lâche, le plus noble un chien, le plus clairvoyant un aveugle, le plus vigilant un loir, et le plus courageux un singe ». Lisez la suite›

* En arabe أبو الطيب. Parfois transcrit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib.

** En arabe المتنبي. Parfois transcrit Motanabbî, Motanabby, Moténabby, Motenabi, Motenebbi, Moutanabbi, Moutanabi, Mutanabi ou Mutanabbī.

*** « Essai sur le pessimisme chez le poète arabe al-Mutanabbī », p. 54.

Sayyâb, « Le Golfe et le Fleuve : poèmes »

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

Il s’agit de M. Badr Chaker es-Sayyâb *, poète irakien (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant remarié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un premier choc, dont il ne se remettra jamais, et le début d’une démarche nostalgique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abrégée subitement par la maladie. Cette démarche nostalgique, c’est la recherche de la mère, et au-delà de la mère, celle de son petit village natal, Djaykoûr **, qu’il assimile aux sources, à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut » ***. Cette terre, parée de rires, de chants et de parfums, constitue pour M. Sayyâb une sorte d’Éden, dont il a été éloigné par « le choc métallique de l’argent » et « la rumeur des machines » ****. Comme Sindbad le Marin ou Ulysse sur leurs bateaux, hantés par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embarquer sur le croissant de lune et « pérégriner, avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port » *****. Comme Achille qui préfère mille fois être le dernier des esclaves que de régner sur les ombres, M. Sayyâb préfère être « un enfant affamé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plutôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spectacle » ******. On voit que c’est dans les mythes, dans les légendes que M. Sayyâb trouve les secrets de sa langue poétique : « L’expression directe de ce qui n’est pas poésie », dit-il *******, « ne peut devenir poétique. Où est alors la solution ? En réponse, le poète ira vers le mythe, la légende qui ont gardé leur intensité et leur fraîcheur ; il s’en servira comme matériaux pour bâtir les mondes qui défieront la logique de l’or et de l’acier ». Enfin, notons le contraste que se plaît à faire M. Sayyâb entre la ville et le village : Paris, le parangon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs couteaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains » ; Djaykoûr, au contraire, est un lieu de l’innocence, « avec un horizon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant » Lisez la suite›

* En arabe بدر شاكر السياب. Parfois transcrit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Shaker al-Sayyab, Badr Chakir al-Sayyab ou Badr Shakir as-Sayyab.

** En arabe جيكور. Parfois transcrit Ǧaykūr, Jaykour ou Jaykur.

*** Poème « La Maison de mon grand-père ».

**** Poème « L’Élégie de Djaykoûr ».

***** Poème « La Maison de mon grand-père ».

****** Poème « Iqbâl et la Nuit ».

******* Dans « Les Cahiers de l’Oronte », p. 90.

Sayyâb, « Les Poèmes de Djaykoûr »

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

Il s’agit de M. Badr Chaker es-Sayyâb *, poète irakien (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant remarié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un premier choc, dont il ne se remettra jamais, et le début d’une démarche nostalgique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abrégée subitement par la maladie. Cette démarche nostalgique, c’est la recherche de la mère, et au-delà de la mère, celle de son petit village natal, Djaykoûr **, qu’il assimile aux sources, à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut » ***. Cette terre, parée de rires, de chants et de parfums, constitue pour M. Sayyâb une sorte d’Éden, dont il a été éloigné par « le choc métallique de l’argent » et « la rumeur des machines » ****. Comme Sindbad le Marin ou Ulysse sur leurs bateaux, hantés par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embarquer sur le croissant de lune et « pérégriner, avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port » *****. Comme Achille qui préfère mille fois être le dernier des esclaves que de régner sur les ombres, M. Sayyâb préfère être « un enfant affamé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plutôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spectacle » ******. On voit que c’est dans les mythes, dans les légendes que M. Sayyâb trouve les secrets de sa langue poétique : « L’expression directe de ce qui n’est pas poésie », dit-il *******, « ne peut devenir poétique. Où est alors la solution ? En réponse, le poète ira vers le mythe, la légende qui ont gardé leur intensité et leur fraîcheur ; il s’en servira comme matériaux pour bâtir les mondes qui défieront la logique de l’or et de l’acier ». Enfin, notons le contraste que se plaît à faire M. Sayyâb entre la ville et le village : Paris, le parangon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs couteaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains » ; Djaykoûr, au contraire, est un lieu de l’innocence, « avec un horizon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant » Lisez la suite›

* En arabe بدر شاكر السياب. Parfois transcrit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Shaker al-Sayyab, Badr Chakir al-Sayyab ou Badr Shakir as-Sayyab.

** En arabe جيكور. Parfois transcrit Ǧaykūr, Jaykour ou Jaykur.

*** Poème « La Maison de mon grand-père ».

**** Poème « L’Élégie de Djaykoûr ».

***** Poème « La Maison de mon grand-père ».

****** Poème « Iqbâl et la Nuit ».

******* Dans « Les Cahiers de l’Oronte », p. 90.

Djâmî, « Medjnoun et Leïlâ : poème »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ » *, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir » **. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ».

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ».

« Le Fou de Laylâ : le “dîwân” de Majnûn »

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. Bibliothèque arabe-Les Classiques, Arles

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. Bibliothèque arabe-Les Classiques, Arles

Il s’agit de versions arabes du « Majnûn et Laylâ » *, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir » **. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc. Lisez la suite›

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ».

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ».

Abou-Nowâs, « Le Vin, le Vent, la Vie : choix de poèmes »

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

Il s’agit d’Abou-Nowâs * (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers » **. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il ***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! » **** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals » Lisez la suite›

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās.

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105.

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212.

**** Dans id. p. 213.

Abou-Nowâs, « Poèmes bachiques et libertins »

éd. Verticales, Paris

éd. Verticales, Paris

Il s’agit d’Abou-Nowâs * (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers » **. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il ***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! » **** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals » Lisez la suite›

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās.

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105.

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212.

**** Dans id. p. 213.

Khansâ, « Le “Dîwân” »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) d’al-Khansâ *, poétesse bédouine, qui chanta avec une émotion poignante la mort prématurée de ses deux frères (VIe-VIIe siècle apr. J.-C.). La poésie c’était l’enthousiasme des femmes bédouines. Dans les grandes circonstances de leur vie, la douleur, la reconnaissance, l’indignation faisaient jaillir des profondeurs de leur âme des chants toujours naturels, parfois sublimes. « Le lecteur ne doit pas oublier qu’au désert toute émotion vive se traduisait par une improvisation poétique ; ce qui serait un pédantisme ridicule dans notre civilisation raffinée, était le cri de la nature chez les peuples primitifs », dit le père Victor de Coppier **. Les femmes bédouines savaient peindre en termes justes et pittoresques un beau cheval aux pieds « ferrés de vent du Sud et de vent du Nord » ; elles s’entendaient à décrire une lance à la hampe souple et solide, une cotte de mailles aux anneaux inflexibles, un casque à la bombe étincelante ; elles aimaient à vanter une incursion heureuse, les noms des vainqueurs, les noms des aïeux et les longues lignées des familles reliées par une généalogie précise aux premières hordes descendues en Arabie ; à la mémoire du guerrier qui n’était plus, elles excellaient à composer des hymnes de deuil (« marthiya » ***). Or, les hymnes de deuil se muaient le plus souvent en hymnes de guerre ; car après avoir pleuré le héros mort, après avoir rappelé sa bravoure, sa libéralité, sa fidélité au serment, son hospitalité généreuse, son mépris de la vie, son sacrifice de tout intérêt et de tout sentiment à l’austère devoir, il fallait, selon les lois du désert, demander la rançon de son sang. Maintes fois, les accents douloureux d’une mère, d’une épouse, d’une sœur mirent les armes aux mains d’une tribu entière. Lisez la suite›

* En arabe الخنساء. Parfois transcrit al-Ḫansâ’ ou el Kanssa.

** p. XVII.

*** En arabe مرثيّه. Parfois transcrit « mersiye », « marsiyeh », « marsiya », « marsia » ou « marṯiya ».

« La Courtoisie dans la poésie irakienne : un poète de transition, Baššār b. Burd »

dans Jean-Claude Vadet, « L’Esprit courtois en Orient » (éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, Paris), p. 159-193

dans Jean-Claude Vadet, « L’Esprit courtois en Orient » (éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, Paris), p. 159-193

Il s’agit de Bachar ibn Bourd *, poète persan d’expression arabe (VIIIe siècle apr. J.-C.). Il naquit en Irak, où son père avait été amené comme esclave. Lui-même était esclave, mais ayant obtenu son affranchissement de la femme arabe dont il était la propriété, il vécut tantôt à Bassorah, sa ville natale, tantôt à Bagdad. Toutefois, quand on lui demandait d’où provenait le mérite des poésies qu’il composait, il en faisait remonter l’origine à la lignée des anciens rois de Perse, à laquelle il se rattachait. C’était un zoroastrien qui ne cachait pas sa haine envers les musulmans, et qui remerciait le Ciel de l’avoir privé de la vue « pour ne pas voir ceux que je hais », disait-il **. Car, en effet, Bachar était aveugle de naissance. À cette infirmité, qui avait placé deux morceaux de chair rouge à la place de ses yeux, s’ajoutaient également les laideurs d’une variole, qu’il avait eue dans sa jeunesse. Et cependant, « la nature l’[avait doté] d’une prodigieuse invention verbale, d’une mémoire sans faille et d’une intelligence qui lui faisait pénétrer tout ce qu’elle touchait ou devinait », dit M. Régis Blachère ***. Avant de réciter une poésie, Bachar frappait dans ses mains comme un fou, toussait et crachait à droite et à gauche ; mais dès qu’il avait ouvert la bouche, il provoquait l’admiration. Ses séances de poésie étaient particulièrement fréquentées par les femmes, et il lui arrivait de s’éprendre d’amour au seul son d’une voix ou à la description qu’on lui faisait d’une beauté. On lui demanda : « Comment peux-tu aimer sans même avoir vu ? » Il répondit : « Souvent l’oreille aime avant l’œil » ****. Et aussi :

« Laissez mon cœur à son choix et contentement !
C’est par le cœur, non par les yeux, que regarde l’amant.
Dans l’instance d’amour, les yeux ne voient, les oreilles n’entendent que par le cœur
 » Lisez la suite›

* En arabe بشار بن برد. Parfois transcrit Bachchâr ibn Bourd, Bachchar b. Bord, Bachar-ben-Berd, Basschâr ibn Bord, Baschschar ibn Burd, Bashar ibnu Bourd ou Baššār b. Burd.

** Dans Clément Huart, « Littérature arabe », p. 68.

*** « Le Cas Baššâr dans le développement de la poésie arabe ».

**** Dans « La Poésie arabe ; anthologie établie, traduite et présentée par René Rizqallah Khawam » (éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris), p. 128.

Jamîl, « Élégie »

dans « Journal des savants », 1829, p. 419-420

Il s’agit de Jamîl ibn Ma‘mar * (VIIe siècle apr. J.-C.), poète arabe qui devint célèbre par la tendresse de ses sentiments et la constance de son amour envers Buthayna ** au point qu’on le surnomma Jamîl Buthayna *** (« le Jamîl de Buthayna »). On raconte que la première fois que Jamîl s’attacha à Buthayna fut lorsqu’il alla un jour abreuver son bétail. Il s’endormit, laissant ses chameaux remonter la vallée au bord de laquelle était installé le clan de Buthayna. Celle-ci, en allant puiser de l’eau avec une voisine, passa près des chameaux et les chassa. Elle n’était encore qu’une fillette. Jamîl l’insulta ; elle lui répondit par des railleries qu’il trouva agréables. Alors, il composa le poème suivant : « Ô Buthayna, ce sont des insultes qui ont déclenché notre amour dans la vallée de Baghîd. Nous lui avons adressé des propos auxquels elle répondit par des paroles semblables. C’est vrai, ô Buthayna, que chaque parole appelle une réponse » ****. Il prit, par la suite, l’habitude de lui rendre visite en l’absence des hommes du clan et de bavarder avec elle, jusqu’au moment où l’on eut vent de l’affaire. Il demanda sa main, mais on la lui refusa. Lorsqu’on la maria, il continua à la rencontrer chez elle à l’insu de son mari. On s’en plaignit au gouverneur, et celui-ci ordonna qu’au cas où Jamîl rendrait visite à Butayna, il serait permis de verser son sang. Jamîl s’enfuit au Yémen ; mais chaque nuit, il gravissait les dunes du désert pour respirer le vent qui venait du pays de Buthayna : « Ne vois-tu pas combien je suis éperdu et que mon corps est défait ? Un souffle seulement de parfum de Buthayna… il faut si peu à mon âme et même moins que si peu » *****. On dit que Jamîl mourut en Égypte peu de temps après. Lorsque la nouvelle de sa mort fut parvenue à la Mecque, et que Buthayna, après avoir interrogé le porteur de cette fatale nouvelle, ne put plus douter de la perte de son amant, elle exprima sa douleur par les vers suivants, les seuls qui se soient conservés de sa poésie : « Certes, l’heure où j’oublierai le souvenir de Jamîl, est une heure que le cours du temps n’a point encore amenée ; et puisse-t-elle ne jamais arriver ! Ô Jamîl, ô fils de Ma‘mar, quand la mort t’aura frappé, que m’importe d’éprouver les tourments de la vie ou de goûter ses douceurs ! » Lisez la suite›

* En arabe جميل بن معمر. Parfois transcrit Gemil, Djémil, Ǧamīl ou Djamīl.

** En arabe بثينة. Parfois transcrit Boçaïna, Bothéina, Botheïnah, Botaïna, Botaïnah, Buṯayna, Butaynah, Bothayna ou Bouthayna. On rencontre aussi la graphie Bathna (بثنة) dont Buthayna est le diminutif.

*** En arabe جميل بثينة.

**** Dans Abû al-Faraj, « La Femme arabe dans “Le Livre des chants” », p. 76.

***** Dans Jean-Claude Vadet, « L’Esprit courtois en Orient », p. 365.

Ibn al Fâridh, « Extraits du “Diwan” »

dans « Anthologie arabe, ou Choix de poésies arabes inédites », XIXe siècle

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) de ‘Omar ibn al Fâridh *, poète et mystique arabe. Le soufisme, auquel on applique par abus le nom de « mysticisme arabe », a eu peu de racines dans la péninsule arabique et en Afrique. Son apparition a été même décrite comme une réaction du génie asiatique contre le génie arabe. Il arrive que ce mysticisme s’exprime en arabe : voilà tout. Il est persan de tendance et d’esprit. Parmi les rares exceptions à cette règle, il faut compter le poète Ibn al Fâridh, né au Caire l’an 1181 et mort dans la même ville l’an 1235 apr. J.-C. Dans une préface placée à la tête de ses poésies, ‘Ali, petit-fils de ce poète, rapporte sur lui des choses étonnantes, auxquelles on est peu disposé à croire. Il dit qu’Ibn al Fâridh tombait quelquefois en de si violentes convulsions, que la sueur sortait abondamment de tout son corps en coulant jusqu’à ses pieds, et qu’ensuite, frappé de stupeur, le regard fixe, il n’entendait ni ne voyait ceux qui lui parlaient : l’usage de ses sens était complètement suspendu. Il gisait renversé sur le dos, enveloppé comme un mort dans son drap. Il restait plusieurs jours dans cette position, et pendant ce temps, il ne prenait aucune nourriture, ne proférait aucune parole et ne faisait aucun mouvement. Lorsque, sorti de cet étrange état, il pouvait de nouveau converser avec ses amis, il leur expliquait que, tandis qu’ils le voyaient hors de lui-même et comme privé de la raison, il s’entretenait avec Dieu et en recevait les plus grandes inspirations poétiques. Lisez la suite›

* En arabe عمر بن الفارض. Parfois transcrit Omar ben al Faredh, ‘Umar ibnu’l-Fáriḍ, Omar iben Phered, Omar-ebn-el-Farid ou Omer ibn-el-Fáridh.

Hallâj, « Recueil du “Dîwân” • Hymnes et Prières • Sentences prophétiques et philosophiques »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

Il s’agit du Divan (Recueil de poésies) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique et poète persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj * (« cardeur de coton »). « Ce sobriquet de “cardeur”, donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père que par allusion au sien propre », explique Louis Massignon **. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq » ***), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi » ****, Hallâj fut supplicié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, il ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors, il se tut un long moment ; puis, il s’écria : « vérité, vérité » *****. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis, il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi » ******. Shiblî étendit son tapis. Alors, Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? » ******* Et après avoir achevé cette prière, il dit un poème de son cru :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite›

* En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Hallay, Hallage, Hallac ou Ḥallāǧ.

** « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142.

*** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ».

**** « Recueil du “Dîwân” », p. 129.

***** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620.

****** Dans id. p. 649.

******* III, 185.

Hallâj, « Le Livre “Tâwasîn” • Le Jardin de la connaissance »

éd. Albouraq, Beyrouth

éd. Albouraq, Beyrouth

Il s’agit du « Livre du Tâ et du Sîn » (« Kitâb al-Tâ-wa-Sîn » *) et autres œuvres de Husayn ibn Mansûr, mystique et poète persan d’expression arabe, plus connu sous le surnom de Hallâj ** (« cardeur de coton »). « Ce sobriquet de “cardeur”, donné à Hallâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y discriminant, comme le peigne à carder, la vérité d’avec la fausseté, peut fort bien lui avoir été donné tant en souvenir du réel métier de son père que par allusion au sien propre », explique Louis Massignon ***. Pour avoir révélé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : « Je suis la souveraine Vérité » (« Anâ al-Haqq » ****), c’est-à-dire « Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi » *****, Hallâj fut supplicié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son supplice, dans sa cellule, il ne cessa de répéter : « illusion, illusion », jusqu’à ce que la plus grande partie de la nuit fût passée. Alors, il se tut un long moment ; puis, il s’écria : « vérité, vérité » ******. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le crucifier, et qu’il aperçut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleurèrent. Puis, il se tourna vers le foule et y reconnut son ami Shiblî : « As-tu avec toi ton tapis de prière ? — Oui. — Étends-le-moi » *******. Shiblî étendit son tapis. Alors, Hallâj récita, entre autres, ce verset du Coran : « Toute âme goûtera la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouissance précaire de vanités ? » ******** Et après avoir achevé cette prière, il dit un poème de son cru :

« Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
 » Lisez la suite›

* En arabe « كتاب الطاوسين ». Par suite d’une faute, « كتاب الطواسين », transcrit « Kitâb al Tawâsîn » ou « Kitaab at-Tawaaseen ».

** En arabe حلاج. Parfois transcrit Halladsch, Ḥallâdj, Hallay, Hallage, Hallac ou Ḥallāǧ.

*** « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 142.

**** En arabe « اناالحق ». Parfois transcrit « Ana alhakk », « Ana’l Hagg » ou « En el-Hak ».

***** « Recueil du “Dîwân” », p. 129.

****** Dans Louis Massignon, « La Passion de Husayn ibn Mansûr Hallâj. Tome I », p. 620.

******* Dans id. p. 649.

******** III, 185.

« Abou ṭ-Ṭayyib al-Motanabbî, un poète arabe du Xe siècle : essai d’histoire littéraire »

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

éd. Librairie d’Amérique et d’Orient A. Maisonneuve, Paris

Il s’agit d’Abou’ltayyib *, surnommé Moténabbi **, orgueilleux poète de Cour, rendu célèbre en servant différents princes arabes, en chantant leurs hauts faits et leurs bienfaits, en se brouillant avec eux, en se vengeant par des satires des louanges qu’il leur avait données auparavant. Ses poèmes ont quelquefois de la beauté dans leur éloquence ; mais, plus souvent encore, ils ne brillent que par ce singulier mélange d’insolence et de politesse, de bassesse et d’orgueil qui distingue les courtisans ; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple porteur d’eau dans la ville de Koufa (en Irak), quoiqu’il se vantât beaucoup de sa noblesse. Dès sa jeunesse, il fut tourmenté par une ambition incommensurable, réconfortée par les succès de sa poésie, qui était payée très chèrement par les princes auxquels il s’attachait. Bientôt, la tête lui tourna, et il crut pouvoir passer à un aussi juste titre pour prophète en vers, que Mahomet l’avait été en prose ; cela lui valut le surnom de Moténabbi (« celui qui se prétend prophète »). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réaliser cet idéal ; quand le temps et les occasions le détrompèrent en le rappelant à une vie si brève, si ordinaire, si fatalement humaine ; quand il songea que des pans entiers de son ambitieuse nature resteraient à jamais ensevelis dans l’ombre, ce fut un débordement d’une amertume sans pareille. « De là, cet amour-propre qui, au lieu de rechercher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et devenir altruisme, se transforme en égoïsme haineux et malveillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué », dit M. Joseph Daher ***. Témoin les vers suivants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui inspirent : « Je critique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un crétin, le plus énergique un lâche, le plus noble un chien, le plus clairvoyant un aveugle, le plus vigilant un loir, et le plus courageux un singe ». Lisez la suite›

* En arabe أبو الطيب. Parfois transcrit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib.

** En arabe المتنبي. Parfois transcrit Motanabbî, Motanabby, Moténabby, Motenabi, Motenebbi, Moutanabbi, Moutanabi, Mutanabi ou Mutanabbī.

*** « Essai sur le pessimisme chez le poète arabe al-Mutanabbī », p. 54.

« Les “Mou’allaqât”, ou un peu de l’âme des Arabes avant l’islam »

éd. Seghers, coll. PS, Paris

éd. Seghers, coll. PS, Paris

Il s’agit des « Mu‘allaqât » *, poésies admirables où se peint avec beaucoup de charme la vie arabe avant Mahomet (VIe siècle apr. J.-C.). On raconte qu’à la foire de ‘Ukaz’, rendez-vous commercial et littéraire près de la Mecque, les poètes des diverses tribus récitaient publiquement leurs vers, et qu’au plus digne d’entre eux était réservée la récompense de voir sa composition inscrite en lettres d’or et suspendue avec des clous d’or aux portes vénérées de la Ka‘ba. De là vient que les sept poésies les plus en vogue avant l’islam sont appelées « Muḏahhabât » ** (« Les Dorées ») ou plus souvent « Mu‘allaqât » (« Les Suspendues »). Les Arabes du désert excellaient surtout dans la poésie. La langue s’était toujours conservée plus pure et plus correcte sous leurs tentes ; souvent une mère infligeait une correction douloureuse à son enfant coupable de quelque faute de grammaire. Les poètes, en particulier, gardaient le dépôt du langage choisi et des manières distinguées. Ce langage et ces manières présentaient chez eux le même caractère d’inaltérable noblesse, tandis que partout dans les villes ils s’étaient viciés : « Une poésie d’une extrême recherche, une langue qui surpasse en délicatesse les idiomes les plus cultivés… voilà ce qu’on trouve au désert, cent ans avant Mahomet, et cela chez des poètes voleurs de profession, à demi nus et affamés », dit Ernest Renan ***. « Des caractères tels que ceux de T’arafa et d’Imru’ al-Qays, fanfarons de débauche et de bel esprit, unissant les mœurs d’un brigand à la galanterie de l’homme du monde, à un scepticisme complet, sont certes un phénomène unique dans l’histoire. » Lisez la suite›

* En arabe « معلقات ». Parfois transcrit « Mualakát », « Muallakát », « Mou’allakât », « Mouallakats », « Moualaqat », « Mou’allaqât », « Moallakât » ou « Moàllacât ».

** En arabe « مذهبات ». Parfois transcrit « Moudhahhabat », « Moudahhabat », « Mudhahhabāt », « Modhahhabat » ou « Modahhabat ».

*** « Le Désert et le Soudan », p. 314.