Mot-clefpoésie arabe

sujet

Nezâmî, « Layla et Majnûn »

éd. Fayard, Paris

éd. Fayard, Paris

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ »*, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir »**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ». Haut

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ». Haut

al-Maqdisî, « Les Oiseaux et les Fleurs : allégories morales »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Dévoilement des mystères au sujet de la sagesse des oiseaux et des fleurs » (« Kashf al-asrâr ʻan ḥikam al-ṭuyûr wa’l-azhâr »*), allégories orientales, qui attribuent aux oiseaux et aux fleurs un langage semblable à celui des hommes (XIIIe siècle apr. J.-C.). L’auteur, ‘Izz al-Dîn al-Maqdisî** (‘Izz al-Dîn de Jérusalem), commence par établir qu’il n’y a rien dans la nature qui ne soit doué de la faculté de se faire entendre d’une manière intelligible. À l’homme seul est réservé l’usage de la parole ; mais les autres créatures, ou animées ou inanimées, semblent aussi s’exprimer, par leur manière d’être, dans un langage muet. Bien plus, ce langage est « plus éloquent que la parole et plus essentiellement vrai »***. Ainsi, les roses répandent un parfum précieux qui pénètre jusqu’au fond du cœur et qui dit leurs secrets ; les rossignols, sur les rameaux qui les balancent, modulent leurs amours ; et les hautes cimes des arbres s’agitent comme pour célébrer la vision de Dieu. Partant de cette idée, l’auteur se suppose au milieu d’un jardin grandiose ; là, occupé à étudier les discours de tous les êtres que la nature offre à ses sens, il s’applique à les interpréter et y découvrir des leçons non seulement morales, mais également spirituelles et mystiques. « Crois », dit-il****, « que celui qui ne sait pas tirer un sens allégorique du cri aigre de la porte, du bourdonnement de la mouche, de l’aboiement du chien, du mouvement des insectes qui s’agitent dans la poussière ; que celui qui ne sait pas comprendre ce qu’indiquent la marche de la nue, la lueur du mirage, la teinte du brouillard, n’est pas du nombre des gens intelligents. » Pour éviter de tomber dans l’obscurité de la pensée où bien d’autres soufis sont tombés, al-Maqdisî suit une marche progressive. Aussi, ses premières allégories sont-elles plus terrestres que ses dernières, où il est question d’amour divin : « Le voile du mystère, d’abord épais, s’éclaircit peu à peu et se soulève même quelquefois ; enfin, il tombe entièrement, et le nom de Dieu vient, dans la dernière allégorie, expliquer toutes les énigmes »

* En arabe « كشف الأسرار عن حكم الطيور والأزهار ». Parfois transcrit « Caschf asrár an hokm althoiour u al azhár », « Kashf al-asrār ‘an ḥukm aṭ-ṭuyur wa’l-azhār » ou « Kachf al-asrâr ʻan ḥikm aṭ-ṭouyoûr oua l azhâr ». On rencontre aussi la graphie « كشف الأسرار في حكم الطيور والأزهار » (« Kashf al-asrâr fî ḥikam al-ṭuyûr wa’l-azhâr »). Parfois transcrit « Kichaf ul asrar fi hukmi-it-thouyour oua al azhar ». Haut

** En arabe عز الدين المقدسي. Parfois transcrit ‘Izz ad-Dîn al-Maqdisy, ‘Izzaddīn Maqdisī, ‘Izz Eddin el Moqaddasi, Izzidin al-Muqaddasi, ’Yzz-Ed-dīni el-Moqaddesī, Azz-Eddin al Mocadeçi, Azeddin al Mocadassi, ‘Izz Eddin el Moqadessi, Azz-Eddin-el-Mokadessi ou Azz-Eddin Elmocaddessi. Haut

*** p. 4. Haut

**** p. 97. Haut

Abû al-Faraj, « La Femme arabe dans “Le Livre des chants” : une anthologie »

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

éd. Fayard, coll. Bibliothèque Maktaba, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, chroniqueur et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les généalogies, la succession des dynasties, etc. Au hasard des chapitres, nous accompagnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assistons à une querelle littéraire dans une taverne de Bagdad, pénétrons dans le salon d’une chanteuse de renom. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants » plutôt qu’en œuvre ayant une individualité propre. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des faits qu’Abû al-Faraj a accumulés en préparant son sujet, la postérité aura regretté que, dans bien des cas, il n’ait pas élagué tout ce qui est inutile ou superflu et uni ensemble tout ce qui ne diffère que par des différences assez légères.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûlfaraj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Autrefois transcrit el-Içbahâni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, « Musiques sur le fleuve : les plus belles pages du “Kitâb al-Aghâni” »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, chroniqueur et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les généalogies, la succession des dynasties, etc. Au hasard des chapitres, nous accompagnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assistons à une querelle littéraire dans une taverne de Bagdad, pénétrons dans le salon d’une chanteuse de renom. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants » plutôt qu’en œuvre ayant une individualité propre. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des faits qu’Abû al-Faraj a accumulés en préparant son sujet, la postérité aura regretté que, dans bien des cas, il n’ait pas élagué tout ce qui est inutile ou superflu et uni ensemble tout ce qui ne diffère que par des différences assez légères.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûlfaraj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Autrefois transcrit el-Içbahâni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Abû al-Faraj, « Notices anecdotiques sur les principaux musiciens arabes des trois premiers siècles de l’islamisme »

dans « Journal asiatique », sér. 7, vol. 2, p. 397-592

dans « Journal asiatique », sér. 7, vol. 2, p. 397-592

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, chroniqueur et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les généalogies, la succession des dynasties, etc. Au hasard des chapitres, nous accompagnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assistons à une querelle littéraire dans une taverne de Bagdad, pénétrons dans le salon d’une chanteuse de renom. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants » plutôt qu’en œuvre ayant une individualité propre. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des faits qu’Abû al-Faraj a accumulés en préparant son sujet, la postérité aura regretté que, dans bien des cas, il n’ait pas élagué tout ce qui est inutile ou superflu et uni ensemble tout ce qui ne diffère que par des différences assez légères.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûlfaraj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Autrefois transcrit el-Içbahâni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

« Mémoire sur l’ouvrage intitulé “Kitâb Alagâni”, c’est-à-dire “Recueil de chansons”, [d’Abû al-Faraj] »

dans « Journal asiatique », sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545 ; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

dans « Journal asiatique », sér. 2, vol. 16, p. 385-419 & 497-545 ; sér. 3, vol. 6, p. 465-526

Il s’agit d’une traduction partielle du « Livre des chants » (« Kitâb al-Aghâni »*) d’Abû al-Faraj**, chroniqueur et homme de lettres arabe, également connu sous le surnom d’al-Isfahânî***. Il naquit, ainsi que son surnom l’indique, à Ispahan (en Iran), mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Omeyyades, maîtres de l’Andalousie, et il était de pure race arabe. Transporté de bonne heure à Bagdad (en Irak), il s’attela à l’étude de la poésie, de la grammaire, de l’historiographie ; il se constitua, en outre, un solide bagage médical, astrologique, musical. Il devint, en un mot, un vrai homme d’« adab », c’est-à-dire un érudit touchant de près ou de loin à tous les domaines de la connaissance. À un âge avancé, il perdit peu à peu la raison et mourut en 967 apr. J.-C. Il laissa derrière lui plusieurs beaux ouvrages, entre autres celui intitulé « Le Livre des chants », auquel il consacra cinquante ans de sa vie, et qu’on s’accorde unanimement à regarder comme le meilleur qui ait paru sur ce sujet. Abû al-Faraj prit soin d’y réunir tout ce qu’il put trouver de chants arabes, tant anciens que modernes. Il s’appliqua, pour chacun de ces chants, à désigner l’auteur des vers et celui de la musique ; à indiquer, avec clarté et avec précision, l’occasion qui donna naissance au poème ou à l’air ; le tout avec des détails circonstanciés sur la langue, l’histoire, les généalogies, la succession des dynasties, etc. Au hasard des chapitres, nous accompagnons un poète à la Cour du calife Hâroun al-Rachîd, assistons à une querelle littéraire dans une taverne de Bagdad, pénétrons dans le salon d’une chanteuse de renom. C’est « une matière luxuriante, considérable par le volume, précieuse dans le détail ; une richesse profuse, un pêle-mêle papillotant, un gisement ouvert à quiconque veut s’instruire sur la culture, l’histoire et la vie des Arabes, de l’origine au Xe siècle apr. J.-C. ; un filon exploitable, et d’ailleurs exploité jusqu’à nos jours, par la science orientale et orientaliste », dit un traducteur****. Bref, c’est une mine très riche et très complète sur tout ce qui concerne les Arabes, et c’est en mine que la postérité aura traité « Le Livre des chants » plutôt qu’en œuvre ayant une individualité propre. Car, tout en reconnaissant le mérite incontestable de cette collection de plus d’une vingtaine de volumes, et tout en admirant l’abondance et la variété des faits qu’Abû al-Faraj a accumulés en préparant son sujet, la postérité aura regretté que, dans bien des cas, il n’ait pas élagué tout ce qui est inutile ou superflu et uni ensemble tout ce qui ne diffère que par des différences assez légères.

* En arabe « كتاب الأغاني ». Parfois transcrit « Kittab el Aghani », « Kitâb Alagâni », « Kitâb Alaghâny », « Kitab el Aghâniy » ou « Ketab el Aghani ». Haut

** En arabe أبو الفرج. Autrefois transcrit Aboulfarage, Abou el Faradj, Abou’l-Feredj, Abû’lfaraǵ, Aboul-Faradg ou Aboûlfaraj. Haut

*** En arabe الأصفهاني. Autrefois transcrit al Asfahânî, Alisfahâny, el-Esfahani, el-Içfahâni ou el-Ispahani. On rencontre aussi la graphie الأصبهاني (al-Isbahânî). Autrefois transcrit el-Içbahâni. Haut

**** M. Jacques Berque. Haut

Moténabbi, « Le Livre des sabres : choix de poèmes »

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sindbad, coll. La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

Il s’agit d’Abou’ltayyib*, surnommé Moténabbi**, orgueilleux poète de Cour, rendu célèbre en servant différents princes arabes, en chantant leurs hauts faits et leurs bienfaits, en se brouillant avec eux, en se vengeant par des satires des louanges qu’il leur avait données auparavant. Ses poèmes ont quelquefois de la beauté dans leur éloquence ; mais, plus souvent encore, ils ne brillent que par ce singulier mélange d’insolence et de politesse, de bassesse et d’orgueil qui distingue les courtisans ; cet art de plaire aux grands en se moquant d’eux. Si l’on en croit ses rivaux, ce poète était le fils d’un simple porteur d’eau dans la ville de Koufa (en Irak), quoiqu’il se vantât beaucoup de sa noblesse. Dès sa jeunesse, il fut tourmenté par une ambition incommensurable, réconfortée par les succès de sa poésie, qui était payée très chèrement par les princes auxquels il s’attachait. Bientôt, la tête lui tourna, et il crut pouvoir passer à un aussi juste titre pour prophète en vers, que Mahomet l’avait été en prose ; cela lui valut le surnom de Moténabbi (« celui qui se prétend prophète »). Mais, enfin, quand il se vit dans l’impossibilité de réaliser cet idéal ; quand le temps et les occasions le détrompèrent en le rappelant à une vie si brève, si ordinaire, si fatalement humaine ; quand il songea que des pans entiers de son ambitieuse nature resteraient à jamais ensevelis dans l’ombre, ce fut un débordement d’une amertume sans pareille. « De là, cet amour-propre qui, au lieu de rechercher à bien faire pour gagner l’estime d’autrui et devenir altruisme, se transforme en égoïsme haineux et malveillant à l’égard des autres [ou en] joie quand ils ont échoué », dit M. Joseph Daher***. Témoin les vers suivants où il dit aux hommes tout le mépris et toute la haine qu’ils lui inspirent : « Je critique les petites gens de ce siècle, car le plus docte d’entre eux est un crétin, le plus énergique un lâche, le plus noble un chien, le plus clairvoyant un aveugle, le plus vigilant un loir, et le plus courageux un singe ».

* En arabe أبو الطيب. Parfois transcrit Abou’l Tayib, Abou ṭ-Ṭayyib, Aboul Thaïeb ou Abū al-Ṭaiyib. Haut

** En arabe المتنبي. Parfois transcrit Motanabbî, Motanabby, Moténabby, Motenabi, Motenebbi, Moutanabbi, Moutanabi, Mutanabi ou Mutanabbī. Haut

*** « Essai sur le pessimisme chez le poète arabe al-Mutanabbī », p. 54. Haut

Sayyâb, « Le Golfe et le Fleuve : poèmes »

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

éd. Sindbad-Actes Sud, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-La Petite Bibliothèque de Sindbad, Arles

Il s’agit de M. Badr Chaker es-Sayyâb*, poète irakien, qui a affranchi la poésie arabe de deux mille ans de métrique pour la soumettre aux contraintes de la vie nouvelle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant remarié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un premier choc dont il ne se remettra jamais, et le début d’une démarche nostalgique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abrégée subitement par la maladie. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit village natal de Djaykoûr** qu’il assimile à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut »***. Cette terre parée de rires, de chants et de parfums représente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloigné que par « le choc métallique de l’argent » et « la rumeur des machines »****. Comme Sindbad le Marin ou Ulysse sur son bateau, hanté par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embarquer sur le croissant de lune et « pérégriner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port »*****. Comme Achille qui aimerait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb préfère être « un enfant affamé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plutôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spectacle »******. On voit que c’est en mélangeant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb produit l’alliage de sa poésie : « L’expression directe de ce qui n’est pas poésie », dit-il*******, « ne peut devenir poétique. Où est alors la solution ? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gardé leur intensité et leur fraîcheur ; il s’en servira comme matériaux pour bâtir les mondes qui défieront la logique de l’or et de l’acier ». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le village : Paris, le parangon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs couteaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains » ; tandis que Djaykoûr est une source de l’innocence « avec un horizon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant »

* En arabe بدر شاكر السياب. Autrefois transcrit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Shaker al-Sayyab, Badr Chakir al-Sayyab ou Badr Shakir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Parfois transcrit Ǧaykūr, Jaykour ou Jaykur. Haut

*** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

**** Poème « L’Élégie de Djaykoûr ». Haut

***** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

****** Poème « Iqbâl et la Nuit ». Haut

******* Dans « Les Cahiers de l’Oronte », p. 90. Haut

Sayyâb, « Les Poèmes de Djaykoûr »

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

éd. Fata Morgana, Saint-Clément-de-Rivière

Il s’agit de M. Badr Chaker es-Sayyâb*, poète irakien, qui a affranchi la poésie arabe de deux mille ans de métrique pour la soumettre aux contraintes de la vie nouvelle (XXe siècle). À l’âge de six ans, il perd sa mère ; et son père s’étant remarié, il est recueilli par son grand-père. Ce sera pour le poète un premier choc dont il ne se remettra jamais, et le début d’une démarche nostalgique qui l’accompagnera tout au long de sa vie, abrégée subitement par la maladie. Cette démarche, c’est la recherche de sa mère, et au-delà, celle de son petit village natal de Djaykoûr** qu’il assimile à l’authenticité, à la terre « [de] l’enfance, [de] l’adolescence qui une fois fut »***. Cette terre parée de rires, de chants et de parfums représente pour M. Sayyâb une sorte d’Éden dont il n’a été éloigné que par « le choc métallique de l’argent » et « la rumeur des machines »****. Comme Sindbad le Marin ou Ulysse sur son bateau, hanté par le désir du retour, M. Sayyâb s’imagine la nuit embarquer sur le croissant de lune et « pérégriner avec des nuages pour voiles et l’impossible pour tout port »*****. Comme Achille qui aimerait mille fois mieux être, sur terre, aux gages d’un pauvre homme, que de régner sur les ombres, M. Sayyâb préfère être « un enfant affamé, en larmes dans la nuit d’Irak, [plutôt que] ce mort qui n’eut jamais de la vie qu’un spectacle »******. On voit que c’est en mélangeant mythe antique et temps modernes que M. Sayyâb produit l’alliage de sa poésie : « L’expression directe de ce qui n’est pas poésie », dit-il*******, « ne peut devenir poétique. Où est alors la solution ? En réponse, le poète ira vers le mythe, [les] légendes qui ont gardé leur intensité et leur fraîcheur ; il s’en servira comme matériaux pour bâtir les mondes qui défieront la logique de l’or et de l’acier ». Enfin, notons le contraste que M. Sayyâb se plaît à faire entre la ville et le village : Paris, le parangon des villes, la cité des cités, est un lieu du vice, où « des hommes pris de vin sortent leurs couteaux », où « l’air se crispe sous l’éclat de rire des putains » ; tandis que Djaykoûr est une source de l’innocence « avec un horizon de fleurs dans un vase, astres bleus et rouges d’un rêve d’enfant »

* En arabe بدر شاكر السياب. Autrefois transcrit Badr Šākir al-Sayyāb, Badr Shaker al-Sayyab, Badr Chakir al-Sayyab ou Badr Shakir as-Sayyab. Haut

** En arabe جيكور. Parfois transcrit Ǧaykūr, Jaykour ou Jaykur. Haut

*** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

**** Poème « L’Élégie de Djaykoûr ». Haut

***** Poème « La Maison de mon grand-père ». Haut

****** Poème « Iqbâl et la Nuit ». Haut

******* Dans « Les Cahiers de l’Oronte », p. 90. Haut

Djâmî, « Medjnoun et Leïlâ : poème »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une version persane du « Majnûn et Laylâ »*, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir »**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ». Haut

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ». Haut

« Le Fou de Laylâ : le “dîwân” de Majnûn »

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. Bibliothèque arabe-Les Classiques, Arles

éd. Actes Sud-Sindbad, coll. Bibliothèque arabe-Les Classiques, Arles

Il s’agit de versions arabes du « Majnûn et Laylâ »*, légende de l’amour impossible et parfait, ou parfait parce qu’impossible, et qui ne s’accomplit que dans la mort. Répandue en Orient par les poètes, cette légende y conserve une célébrité égale à celle dont jouissent chez nous les amours de Roméo et Juliette, avec lesquelles elle présente plus d’un trait de ressemblance. « Il n’est pas si indifférent, pourtant, de penser que l’amour, bien avant de trouver le chemin de notre Occident, avait chanté si loin de nous, là-bas, sous le ciel de l’Arabie, en son désert, avec ses mots », explique M. André Miquel. Majnûn et Laylâ vivaient un peu après Mahomet. La vie nomade des Arabes de ce temps-là, si propre à alimenter l’amour, ainsi que la proximité des camps, agglutinés dans les lieux de halte et autour des puits, devaient donner naturellement aux jeunes hommes et aux jeunes filles de tribus différentes l’occasion de se voir et faire naître les passions les plus vives. Mais, en même temps, la nécessité de changer fréquemment de place, pour aller chercher au loin d’abondants pâturages, devait contrarier non moins souvent les amours naissantes : « Déjà deux jeunes cœurs languissaient l’un pour l’autre ; déjà leurs soupirs, aussi brûlants que l’air enflammé du désert, allaient se confondre, lorsqu’un chef donne l’ordre de lever les tentes ; la jeune fille, timide, s’éloigne lentement en dévorant ses larmes, et son amant, resté seul en proie à sa douleur, vient gémir sur les traces de l’habitation de sa bien-aimée ; ou c’est l’orgueil des chefs qui s’oppose à leur alliance, en les livrant au plus sombre désespoir »**. Tel fut le sort qu’éprouvèrent en Arabie Majnûn et Laylâ, mais aussi Jamîl et Buthayna, Kuthayyir et ‘Azza, etc.

* Parfois traduit « Mecnun et Leylâ », « Megnoun et Leïleh », « Magnoun et Leïla », « Medjnoun et Leïlé », « Medjnūn et Leylā », « Madjnoûn et Leylî », « Madjnoune et Leily », « Madschnun et Leila », « Medschnun et Leila », « Medschnoun et Leila », « Majnoon et Leili », « Medgnoun et Leileh », « Mejnoûn et Laïla », « Madjnon et Lalé », « Majnoune et Leyla », « Maǧnūn et Laylā », « Majnoun et Laili », « Mujnoon et Laili » ou « Maynun et Layla ». Haut

** Antoine-Léonard de Chézy, « Préface au “Medjnoun et Leïlâ” de Djâmî ». Haut

Abou-Nowâs, « Le Vin, le Vent, la Vie : choix de poèmes »

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers »**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! »**** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals »

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut

Abou-Nowâs, « Poèmes bachiques et libertins »

éd. Verticales, Paris

éd. Verticales, Paris

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers »**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! »**** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals »

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut