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Mot-clefhistoriographie

genre lit­té­raire

Schiller, «Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination espagnole»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas contre la domi­na­tion espa­gnole»*Ges­chichte des Abfalls der verei­nig­ten Nie­der­lande von der spa­ni­schen Regie­rung») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»**). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»***Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Par­fois tra­duit «His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas sous Phi­lippe II, roi d’Espagne», «His­toire de la révolte qui déta­cha les Pays-Bas de la domi­na­tion espa­gnole» ou «His­toire de la défec­tion des Pays-Bas réunis de l’Espagne». Haut

** Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

*** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire de la guerre de Trente Ans» («Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»*). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»**Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire de la guerre de Trente Ans» («Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»*). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»**Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Volney, «Considérations sur la guerre actuelle des Turcs»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Consi­dé­ra­tions sur la guerre actuelle des Turcs» de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il*, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il**. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* «Les Ruines», p. 19. Haut

** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

Volney, «Leçons d’histoire, prononcées à l’École normale en l’an III de la République française»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Leçons d’histoire» de Constan­tin-Fran­çois de Chas­sebœuf, voya­geur et lit­té­ra­teur fran­çais, plus connu sous le sur­nom de Vol­ney (XVIIIe-XIXe siècle). Il per­dit sa mère à deux ans et fut lais­sé entre les mains d’une vieille parente, qui l’abandonna dans un petit col­lège d’Ancenis. Le régime de ce col­lège était fort mau­vais, et la san­té des enfants y était à peine soi­gnée; le direc­teur était un homme bru­tal, qui ne par­lait qu’en gron­dant et ne gron­dait qu’en frap­pant. Vol­ney souf­frait d’autant plus que son père ne venait jamais le voir et ne parais­sait jamais avoir pour lui cette sol­li­ci­tude que témoigne un père envers son fils. L’enfant avan­çait pour­tant dans ses études et était à la tête de ses classes. Soit par nature, soit par suite de l’abandon de son père, soit les deux, il se plai­sait dans la médi­ta­tion soli­taire et taci­turne, et son génie n’attendait que d’être libé­ré pour se déve­lop­per et pour prendre un essor rapide. L’occasion ne tar­da pas à se pré­sen­ter : une modique somme d’argent lui échut. Il réso­lut de l’employer à acqué­rir, dans un grand voyage, un fonds de connais­sances nou­velles. La Syrie et l’Égypte lui parurent les pays les plus propres aux obser­va­tions his­to­riques et morales dont il vou­lait s’occuper. «Je me sépa­re­rai», se pro­mit-il*, «des socié­tés cor­rom­pues; je m’éloignerai des palais où l’âme se déprave par la satié­té, et des cabanes où elle s’avilit par la misère; j’irai dans la soli­tude vivre par­mi les ruines; j’interrogerai les monu­ments anciens… par quels mobiles s’élèvent et s’abaissent les Empires; de quelles causes naissent la pros­pé­ri­té et les mal­heurs des nations; sur quels prin­cipes enfin doivent s’établir la paix des socié­tés et le bon­heur des hommes.» Mais pour visi­ter ces pays avec fruit, il fal­lait en connaître la langue : «Sans la langue, l’on ne sau­rait appré­cier le génie et le carac­tère d’une nation : la tra­duc­tion des inter­prètes n’a jamais l’effet d’un entre­tien direct», pen­sait-il**. Cette dif­fi­cul­té ne rebu­ta point Vol­ney. Au lieu d’apprendre l’arabe en Europe, il alla s’enfermer durant huit mois dans un couvent du Liban, jusqu’à ce qu’il fût en état de par­ler cette langue com­mune à tant d’Orientaux.

* «Les Ruines», p. 19. Haut

** «Pré­face à “Voyage en Syrie et en Égypte”». Haut

Sima Qian, «Les Mémoires historiques. Tome IX. Chapitres 111-130»

éd. You Feng, Paris

éd. You Feng, Paris

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» («Shi Ji»*) de Sima Qian**, illustre chro­ni­queur chi­nois (IIe-Ier siècle av. J.-C.) que ses com­pa­triotes placent au-des­sus de tous en disant qu’autant le soleil l’emporte en éclat sur les autres astres, autant Sima Qian l’emporte en mérite sur les autres his­to­riens; et que les mis­sion­naires euro­péens sur­nomment l’«Héro­dote de la Chine». Fils d’un savant et savant lui-même, Sima Qian fut éle­vé par l’Empereur à la digni­té de «grand scribe» («tai shi»***) en 108 av. J.-C. Son père, qui avait été son pré­dé­ces­seur dans cet emploi, sem­blait l’avoir pré­vu; car il avait fait voya­ger son fils dans tout l’Empire et lui avait lais­sé un immense héri­tage en cartes et en manus­crits. De plus, dès que Sima Qian prit pos­ses­sion de sa charge, la Biblio­thèque impé­riale lui fut ouverte; il alla s’y ense­ve­lir. «De même qu’un homme qui porte une cuvette sur la tête ne peut pas lever les yeux vers le ciel, de même je rom­pis toute rela­tion… car jour et nuit je ne pen­sais qu’à employer jusqu’au bout mes indignes capa­ci­tés et j’appliquais tout mon cœur à m’acquitter de ma charge», dit-il****. Mais une dis­grâce qu’il s’attira en pre­nant la défense d’un mal­heu­reux, ou plu­tôt un mot cri­tique sur le goût de l’Empereur pour la magie*****, le fit tom­ber en dis­grâce et le condam­na à la cas­tra­tion. Sima Qian était si pauvre, qu’il ne fut pas en état de don­ner les deux cents onces d’argent pour se rédi­mer du sup­plice infa­mant. Ce mal­heur, qui assom­brit tout le reste de sa vie, ne fut pas sans exer­cer une pro­fonde influence sur sa pen­sée. Non seule­ment Sima Qian n’avait pas pu se rache­ter, mais per­sonne n’avait osé prendre sa défense. Aus­si loue-t-il fort dans ses «Mémoires his­to­riques» tous «ceux qui font peu de cas de leur propre vie pour aller au secours de l’homme de bien qui est en péril»******. Il approuve sou­vent aus­si des hommes qui avaient été calom­niés et mis au ban de la socié­té. Enfin, n’est-ce pas l’amertume de son propre cœur, aigri par la dou­leur, qui s’exprime dans ce cri : «Quand Zhu­fu Yan******* [mar­chait sur] le che­min des hon­neurs, tous les hauts digni­taires l’exaltaient; quand son renom fut abat­tu, et qu’il eut été mis à mort avec toute sa famille, les offi­ciers par­lèrent à l’envi de ses défauts; c’est déplo­rable!»

* En chi­nois «史記». Autre­fois trans­crit «Che Ki», «Se-ki», «Sée-ki», «Ssé-ki», «Schi Ki», «Shi Ki» ou «Shih Chi». Haut

** En chi­nois 司馬遷. Autre­fois trans­crit Sy-ma Ts’ien, Sémat­siene, Ssé­mat­sien, Se-ma Ts’ien, Sze-ma Csien, Sz’ma Ts’ien, Sze-ma Ts’ien, Sseû-ma Ts’ien, Sse-ma-thsien, Ssé ma Tsian ou Ssu-ma Ch’ien. Haut

*** En chi­nois 太史. Autre­fois trans­crit «t’ai che». Haut

**** «Lettre à Ren An» («報任安書»). Haut

***** Sima Qian avait cri­ti­qué tous les impos­teurs qui jouis­saient d’un grand cré­dit à la Cour grâce aux fables qu’ils débi­taient : tels étaient un magi­cien qui pré­ten­dait mon­trer les empreintes lais­sées par les pieds gigan­tesques d’êtres sur­na­tu­rels; un devin qui par­lait au nom de la prin­cesse des esprits, et en qui l’Empereur avait tant de confiance qu’il s’attablait seul avec lui; un char­la­tan qui pro­met­tait l’immortalité; etc. Haut

****** ch. 124. Haut

******* En chi­nois 主父偃. Autre­fois trans­crit Tchou-fou Yen ou Chu-fu Yen. L’Empereur Wu avait nom­mé, auprès de chaque roi, des conseillers qui étaient en réa­li­té des rap­por­teurs. Leur tâche était sou­vent périlleuse : le conseiller Zhu­fu Yan fut mis à mort avec toute sa famille à cause des faits qu’il avait rap­por­tés. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome IV»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome III»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome II»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome I»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

le marquis Costa de Beauregard, «Mémoires historiques sur la maison royale de Savoie. Tome IV»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Mémoires his­to­riques» du mar­quis Joseph-Hen­ri Cos­ta de Beau­re­gard, chef d’état-major et his­to­rien de la mai­son royale de Savoie, et sur­tout ami intime du comte Joseph de Maistre. L’amitié des deux hommes datait de très loin : ils s’étaient connus à Turin, où l’un était offi­cier et l’autre étu­diant. Chaque année, ils se voyaient au châ­teau de Beau­re­gard, sur les bords du Léman, avec ses arbres sécu­laires se mirant dans les eaux du lac et avec ses pro­me­nades infi­nies. C’est là que Maistre venait goû­ter ses «plai­sirs d’automne»*. C’est là qu’il «ver­bait» avec le mar­quis et la mar­quise au sujet de la Répu­blique fran­çaise nou­vel­le­ment décré­tée, à l’heure où l’Europe entière, et le roi de Sar­daigne tout le pre­mier, trem­blait devant ses sol­dats. Tous les deux étaient pas­sion­nés par cette funeste voi­sine, qui divi­sait les meilleurs esprits du temps; et tout en se défen­dant d’aimer la France, ils ne savaient pen­ser à un autre pays, ni s’entretenir sur un autre sujet. Maistre, les yeux fixés sur ce qu’il appe­lait «les deux bras» de la nation fran­çaise, c’est-à-dire «sa langue et l’esprit de pro­sé­ly­tisme qui forme l’essence de son carac­tère»**, main­te­nait et pro­cla­mait la voca­tion de cette nation : être à la tête du monde. Au coin de la che­mi­née déco­rée de maximes, dont celle qui dit : «La vie, même en s’en allant, laisse der­rière elle l’espérance pour fer­mer les portes»*** — au coin de la che­mi­née, dis-je, il pré­pa­rait ses «Consi­dé­ra­tions sur la France» et il jetait sur le papier les impro­vi­sa­tions de son cer­veau vol­ca­nique pour les sou­mettre au mar­quis. Et cet ami, doué d’un esprit peut-être infé­rieur par la force et l’étendue, mais plus sage et plus pon­dé­ré, tan­çait le grand homme sur sa ten­dance à l’emphase et sur ses empor­te­ments exces­sifs. Quant à la mar­quise, elle appor­tait, au sein de ce duo d’inséparables, le charme de son babillage et de ses divi­na­tions poli­tiques. «Quelles per­sonnes, bon Dieu! Quelles soi­rées! Quelles conver­sa­tions!», se sou­vien­dra Maistre**** avec nos­tal­gie.

* «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 92. Haut

** «Œuvres com­plètes. Tome I», p. 24-25. Haut

*** «Un Homme d’autrefois : sou­ve­nirs», p. 311. Haut

**** «Œuvres com­plètes. Tome XIII», p. 315. Haut