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Gontcharov, «La Falaise : roman»

éd. Julliard, coll. Parages, Paris

éd. Jul­liard, coll. Parages, Paris

Il s’agit de «La Falaise» («Obryv»*), roman de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov** (XIXe siècle). «Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte», dit un cri­tique russe***, «si un écri­vain aus­si superbe que Gont­cha­rov n’est pla­cé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment!» Moins popu­laire, en effet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevs­ki, Gont­cha­rov occupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son génie est d’avoir cir­cons­crit d’une manière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non explo­ré par les autres, et d’en avoir don­né, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion inou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pares­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et médiocre entre le som­meil et l’ennui. Accou­tu­mé depuis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout effort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa volon­té s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est deve­nu pour lui une aven­ture si auda­cieuse qu’il pré­fère y renon­cer. Le plus sou­vent affa­lé lour­de­ment sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de don­ner à son inten­dant les ordres néces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel silence, cepen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle ser­vi­teur aux che­veux blancs entourent et pro­tègent ce petit mon­sieur qui s’est seule­ment don­né la peine de naître. «C’était là une révé­la­tion pour la Rus­sie; c’en aurait été une aus­si pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le misan­thrope, le jaloux, le pédant, le dis­trait, le joueur, etc.; on igno­rait le pares­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type indi­vi­dua­li­sé, ani­mé d’une vie minu­tieuse et inté­grale», dit un cri­tique fran­çais****. Mais si Gont­cha­rov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est recon­nu en lui, il l’a trai­té comme lui-même et il lui a ten­du la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme; que tout homme éprou­vait à cer­taines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin oublié du monde. «En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédi­ger son épi­taphe.»

* En russe «Обрыв». Par­fois trans­crit «Obriv». Haut

** En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut

*** Iou­ri Olé­cha. Haut

**** André Mazon. Haut

Gontcharov, «Ivanovna Nymphodora»

éd. Circé, coll. Poche, Strasbourg

éd. Cir­cé, coll. Poche, Stras­bourg

Il s’agit de «Nym­pho­do­ra Iva­nov­na»*, roman de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov** (XIXe siècle). «Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte», dit un cri­tique russe***, «si un écri­vain aus­si superbe que Gont­cha­rov n’est pla­cé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment!» Moins popu­laire, en effet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevs­ki, Gont­cha­rov occupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son génie est d’avoir cir­cons­crit d’une manière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non explo­ré par les autres, et d’en avoir don­né, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion inou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pares­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et médiocre entre le som­meil et l’ennui. Accou­tu­mé depuis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout effort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa volon­té s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est deve­nu pour lui une aven­ture si auda­cieuse qu’il pré­fère y renon­cer. Le plus sou­vent affa­lé lour­de­ment sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de don­ner à son inten­dant les ordres néces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel silence, cepen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle ser­vi­teur aux che­veux blancs entourent et pro­tègent ce petit mon­sieur qui s’est seule­ment don­né la peine de naître. «C’était là une révé­la­tion pour la Rus­sie; c’en aurait été une aus­si pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le misan­thrope, le jaloux, le pédant, le dis­trait, le joueur, etc.; on igno­rait le pares­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type indi­vi­dua­li­sé, ani­mé d’une vie minu­tieuse et inté­grale», dit un cri­tique fran­çais****. Mais si Gont­cha­rov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est recon­nu en lui, il l’a trai­té comme lui-même et il lui a ten­du la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme; que tout homme éprou­vait à cer­taines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin oublié du monde. «En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédi­ger son épi­taphe.»

* En russe «Нимфодора Ивановна». Haut

** En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut

*** Iou­ri Olé­cha. Haut

**** André Mazon. Haut

Gontcharov, «La Terrible Maladie»

éd. Circé, Strasbourg

éd. Cir­cé, Stras­bourg

Il s’agit de «La Ter­rible Mala­die» («Lihaya bolest»*), roman de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov** (XIXe siècle). «Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte», dit un cri­tique russe***, «si un écri­vain aus­si superbe que Gont­cha­rov n’est pla­cé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment!» Moins popu­laire, en effet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevs­ki, Gont­cha­rov occupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son génie est d’avoir cir­cons­crit d’une manière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non explo­ré par les autres, et d’en avoir don­né, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion inou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pares­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et médiocre entre le som­meil et l’ennui. Accou­tu­mé depuis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout effort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa volon­té s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est deve­nu pour lui une aven­ture si auda­cieuse qu’il pré­fère y renon­cer. Le plus sou­vent affa­lé lour­de­ment sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de don­ner à son inten­dant les ordres néces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel silence, cepen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle ser­vi­teur aux che­veux blancs entourent et pro­tègent ce petit mon­sieur qui s’est seule­ment don­né la peine de naître. «C’était là une révé­la­tion pour la Rus­sie; c’en aurait été une aus­si pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le misan­thrope, le jaloux, le pédant, le dis­trait, le joueur, etc.; on igno­rait le pares­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type indi­vi­dua­li­sé, ani­mé d’une vie minu­tieuse et inté­grale», dit un cri­tique fran­çais****. Mais si Gont­cha­rov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est recon­nu en lui, il l’a trai­té comme lui-même et il lui a ten­du la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme; que tout homme éprou­vait à cer­taines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin oublié du monde. «En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédi­ger son épi­taphe.»

* En russe «Лихая болесть». Haut

** En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut

*** Iou­ri Olé­cha. Haut

**** André Mazon. Haut

Gontcharov, «Oblomov»

éd. L’Âge d’homme-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. L’Âge d’homme-Librairie géné­rale fran­çaise, coll. Le Livre de poche, Paris

Il s’agit d’«Oblo­mov»*, roman de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov** (XIXe siècle). «Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte», dit un cri­tique russe***, «si un écri­vain aus­si superbe que Gont­cha­rov n’est pla­cé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment!» Moins popu­laire, en effet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevs­ki, Gont­cha­rov occupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son génie est d’avoir cir­cons­crit d’une manière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la nation russe, un type d’homme non explo­ré par les autres, et d’en avoir don­né, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion inou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pares­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse errer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et médiocre entre le som­meil et l’ennui. Accou­tu­mé depuis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout effort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa volon­té s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est deve­nu pour lui une aven­ture si auda­cieuse qu’il pré­fère y renon­cer. Le plus sou­vent affa­lé lour­de­ment sur son lit ou sur un divan, n’ayant aucun point de repère, ne sachant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dépense, il n’a même plus la force de don­ner à son inten­dant les ordres néces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel silence, cepen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fidèle ser­vi­teur aux che­veux blancs entourent et pro­tègent ce petit mon­sieur qui s’est seule­ment don­né la peine de naître. «C’était là une révé­la­tion pour la Rus­sie; c’en aurait été une aus­si pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le misan­thrope, le jaloux, le pédant, le dis­trait, le joueur, etc.; on igno­rait le pares­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type indi­vi­dua­li­sé, ani­mé d’une vie minu­tieuse et inté­grale», dit un cri­tique fran­çais****. Mais si Gont­cha­rov a peint un être déchu, il n’a pas oublié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est recon­nu en lui, il l’a trai­té comme lui-même et il lui a ten­du la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare finesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme; que tout homme éprou­vait à cer­taines minutes le désir inavoué d’un bien-être facile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin oublié du monde. «En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour rédi­ger son épi­taphe.»

* En russe «Обломов». Haut

** En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut

*** Iou­ri Olé­cha. Haut

**** André Mazon. Haut

Homère, «Odyssée»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «L’Odyssée»* d’Homère**. «Le chantre des exploits héroïques, l’interprète des dieux, le second soleil dont s’éclairait la Grèce, la lumière des Muses, la voix tou­jours jeune du monde entier, Homère, il est là, étran­ger, sous le sable de ce rivage», dit une épi­gramme funé­raire***. On sait qu’Alexandre de Macé­doine por­tait tou­jours avec lui une copie des chants d’Homère, et qu’il consa­crait à la garde de ce tré­sor une cas­sette pré­cieuse, enri­chie d’or et de pier­re­ries, trou­vée par­mi les effets du roi Darius. Alexandre mou­rut; l’immense Empire qu’il avait ras­sem­blé pour un ins­tant tom­ba en ruines; mais par­tout où avaient volé les semences de la culture grecque, les chants d’Homère avaient fait le voyage mys­té­rieux. Par­tout, sur les bords de la Médi­ter­ra­née, on par­lait grec, on écri­vait avec les lettres grecques, et nulle part davan­tage que dans cette ville à l’embouchure du Nil, qui por­tait le nom de son fon­da­teur : Alexan­drie. «C’est là que se fai­saient les pré­cieuses copies des chants, là que s’écrivaient ces savants com­men­taires, dont la plu­part ont péri six ou sept siècles plus tard avec la fameuse biblio­thèque d’Alexandrie, que fit brû­ler le calife Omar, ce bien­fai­teur des éco­liers», dit Frie­drich Spiel­ha­gen****. Les Romains recueillirent, autant qu’il était pos­sible à un peuple guer­rier et igno­rant, l’héritage du génie grec. Et c’était Homère qu’on met­tait entre les mains du jeune Romain comme élé­ment de son édu­ca­tion, et dont il conti­nuait plus tard l’étude dans les hautes écoles d’Athènes. Si Eschyle dit que ses tra­gé­dies ne sont que «les reliefs des grands fes­tins d’Homère»*****, on peut le dire avec encore plus de rai­son des Romains, qui s’invitent chez Homère et reviennent avec quelque croûte à gru­ger, un mor­ceau de car­ti­lage des mets qu’on a ser­vis.

* En grec «Ὀδύσσεια». Haut

** En grec Ὅμηρος. Haut

*** En grec «Ἡρώων κάρυκ’ ἀρετᾶς, μακάρων δὲ προφήταν, Ἑλλάνων βιοτᾷ δεύτερον ἀέλιον, Μουσῶν φέγγος Ὅμηρον, ἀγήραντον στόμα κόσμου παντός, ἁλιρροθία, ξεῖνε, κέκευθε κόνις». Anti­pa­ter de Sidon dans «Antho­lo­gie grecque, d’après le manus­crit pala­tin». Haut

**** «Homère», p. 513. Haut

***** En grec «τεμάχη τῶν Ὁμήρου μεγάλων δείπνων». Athé­née, «Ban­quet des savants». Haut

Homère, «Iliade»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «L’Iliade»* d’Homère**. «Le chantre des exploits héroïques, l’interprète des dieux, le second soleil dont s’éclairait la Grèce, la lumière des Muses, la voix tou­jours jeune du monde entier, Homère, il est là, étran­ger, sous le sable de ce rivage», dit une épi­gramme funé­raire***. On sait qu’Alexandre de Macé­doine por­tait tou­jours avec lui une copie des chants d’Homère, et qu’il consa­crait à la garde de ce tré­sor une cas­sette pré­cieuse, enri­chie d’or et de pier­re­ries, trou­vée par­mi les effets du roi Darius. Alexandre mou­rut; l’immense Empire qu’il avait ras­sem­blé pour un ins­tant tom­ba en ruines; mais par­tout où avaient volé les semences de la culture grecque, les chants d’Homère avaient fait le voyage mys­té­rieux. Par­tout, sur les bords de la Médi­ter­ra­née, on par­lait grec, on écri­vait avec les lettres grecques, et nulle part davan­tage que dans cette ville à l’embouchure du Nil, qui por­tait le nom de son fon­da­teur : Alexan­drie. «C’est là que se fai­saient les pré­cieuses copies des chants, là que s’écrivaient ces savants com­men­taires, dont la plu­part ont péri six ou sept siècles plus tard avec la fameuse biblio­thèque d’Alexandrie, que fit brû­ler le calife Omar, ce bien­fai­teur des éco­liers», dit Frie­drich Spiel­ha­gen****. Les Romains recueillirent, autant qu’il était pos­sible à un peuple guer­rier et igno­rant, l’héritage du génie grec. Et c’était Homère qu’on met­tait entre les mains du jeune Romain comme élé­ment de son édu­ca­tion, et dont il conti­nuait plus tard l’étude dans les hautes écoles d’Athènes. Si Eschyle dit que ses tra­gé­dies ne sont que «les reliefs des grands fes­tins d’Homère»*****, on peut le dire avec encore plus de rai­son des Romains, qui s’invitent chez Homère et reviennent avec quelque croûte à gru­ger, un mor­ceau de car­ti­lage des mets qu’on a ser­vis.

* En grec «Ἰλιάς». Haut

** En grec Ὅμηρος. Haut

*** En grec «Ἡρώων κάρυκ’ ἀρετᾶς, μακάρων δὲ προφήταν, Ἑλλάνων βιοτᾷ δεύτερον ἀέλιον, Μουσῶν φέγγος Ὅμηρον, ἀγήραντον στόμα κόσμου παντός, ἁλιρροθία, ξεῖνε, κέκευθε κόνις». Anti­pa­ter de Sidon dans «Antho­lo­gie grecque, d’après le manus­crit pala­tin». Haut

**** «Homère», p. 513. Haut

***** En grec «τεμάχη τῶν Ὁμήρου μεγάλων δείπνων». Athé­née, «Ban­quet des savants». Haut

mère de Fujiwara no Michitsuna, «Mémoires d’une éphémère (954-974)»

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Col­lège de France-Ins­ti­tut des hautes études japo­naises, coll. Biblio­thèque de l’Institut des hautes études japo­naises, Paris

Il s’agit du «Jour­nal d’une éphé­mère». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fémi­nine du Japon, je veux dire le «nik­ki» («jour­nal»), fut inau­gu­ré (chose étrange!) par un homme, Ki no Tsu­rayu­ki*, poète et cri­tique, qui venait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son «Tosa nik­ki»**Jour­nal de Tosa»), rédi­gé en 935 apr. J.-C., il racon­tait dans une prose exquise, entre­mê­lée de poé­sies, son voyage de retour à la capi­tale. Mais le prin­ci­pal inté­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture japo­naise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «onnade»***main de femme»), par oppo­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «oto­kode»****main d’homme»). C’est non seule­ment en «onnade» qu’il écri­vit son jour­nal, mais aus­si dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, démon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à expri­mer par­fai­te­ment, sinon les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments déli­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : «[D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère», dit le «Jour­nal de Tosa»*****, «mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en serait-il de même du cœur humain?» Les dames de la Cour japo­naise ne tar­dèrent pas à entendre cette leçon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à noter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, écla­ta bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques années d’intervalle : le «Kage­rô (no) nik­ki»******Jour­nal d’une éphé­mère»); le «Mura­sa­ki-shi­ki­bu nik­ki»*******Jour­nal de Mura­sa­ki-shi­ki­bu»); l’«Izu­mi-shi­ki­bu nik­ki»********Jour­nal d’Izumi-shikibu»); le «Sara­shi­na nik­ki»*********Jour­nal de Sara­shi­na»); le «Jôjin-aja­ri (no) haha no shû»**********Jour­nal de la mère du révé­rend Jôjin»); enfin le «Sanu­ki no suke (no) nik­ki»***********Jour­nal de la dame d’honneur Sanu­ki»).

* En japo­nais 紀貫之. Autre­fois trans­crit Tsou­rayou­ki. Haut

** En japo­nais «土佐日記». Autre­fois trans­crit «Toça nik­ki» ou «Tos­sa nik­ki». Haut

*** En japo­nais 女手. Par­fois trans­crit «won­nade». Haut

**** En japo­nais 男手. Par­fois trans­crit «woto­kode» ou «woto­ko no te». Haut

***** p. 36-37. Haut

****** En japo­nais «蜻蛉日記». Autre­fois trans­crit «Kaghe­rô nik­ki». Haut

******* En japo­nais «紫式部日記». Autre­fois trans­crit «Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou niki» ou «Mou­ra­sa­ki Shi­ki­bou nik­ki». Haut

******** En japo­nais «和泉式部日記». Autre­fois trans­crit «Izou­mi-shi­ki­bou nik­ki». Haut

********* En japo­nais «更級日記». Haut

********** En japo­nais «成尋阿闍梨母集». Haut

*********** En japo­nais «讃岐典侍日記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Sanou­ki no sou­ké no nik­ki». Haut

mère du révérend Jôjin, «Un Malheur absolu»

éd. Le Promeneur-Gallimard, coll. Le Cabinet des lettrés, Paris

éd. Le Pro­me­neur-Gal­li­mard, coll. Le Cabi­net des let­trés, Paris

Il s’agit du «Jour­nal de la mère du révé­rend Jôjin». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fémi­nine du Japon, je veux dire le «nik­ki» («jour­nal»), fut inau­gu­ré (chose étrange!) par un homme, Ki no Tsu­rayu­ki*, poète et cri­tique, qui venait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son «Tosa nik­ki»**Jour­nal de Tosa»), rédi­gé en 935 apr. J.-C., il racon­tait dans une prose exquise, entre­mê­lée de poé­sies, son voyage de retour à la capi­tale. Mais le prin­ci­pal inté­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture japo­naise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «onnade»***main de femme»), par oppo­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «oto­kode»****main d’homme»). C’est non seule­ment en «onnade» qu’il écri­vit son jour­nal, mais aus­si dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, démon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à expri­mer par­fai­te­ment, sinon les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments déli­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : «[D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère», dit le «Jour­nal de Tosa»*****, «mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en serait-il de même du cœur humain?» Les dames de la Cour japo­naise ne tar­dèrent pas à entendre cette leçon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à noter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, écla­ta bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques années d’intervalle : le «Kage­rô (no) nik­ki»******Jour­nal d’une éphé­mère»); le «Mura­sa­ki-shi­ki­bu nik­ki»*******Jour­nal de Mura­sa­ki-shi­ki­bu»); l’«Izu­mi-shi­ki­bu nik­ki»********Jour­nal d’Izumi-shikibu»); le «Sara­shi­na nik­ki»*********Jour­nal de Sara­shi­na»); le «Jôjin-aja­ri (no) haha no shû»**********Jour­nal de la mère du révé­rend Jôjin»); enfin le «Sanu­ki no suke (no) nik­ki»***********Jour­nal de la dame d’honneur Sanu­ki»).

* En japo­nais 紀貫之. Autre­fois trans­crit Tsou­rayou­ki. Haut

** En japo­nais «土佐日記». Autre­fois trans­crit «Toça nik­ki» ou «Tos­sa nik­ki». Haut

*** En japo­nais 女手. Par­fois trans­crit «won­nade». Haut

**** En japo­nais 男手. Par­fois trans­crit «woto­kode» ou «woto­ko no te». Haut

***** p. 36-37. Haut

****** En japo­nais «蜻蛉日記». Autre­fois trans­crit «Kaghe­rô nik­ki». Haut

******* En japo­nais «紫式部日記». Autre­fois trans­crit «Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou niki» ou «Mou­ra­sa­ki Shi­ki­bou nik­ki». Haut

******** En japo­nais «和泉式部日記». Autre­fois trans­crit «Izou­mi-shi­ki­bou nik­ki». Haut

********* En japo­nais «更級日記». Haut

********** En japo­nais «成尋阿闍梨母集». Haut

*********** En japo­nais «讃岐典侍日記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Sanou­ki no sou­ké no nik­ki». Haut

Murasaki-shikibu, «Journal»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Jour­naux poé­tiques de l’époque de Héian, Paris

Il s’agit du «Jour­nal de Mura­sa­ki-shi­ki­bu». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fémi­nine du Japon, je veux dire le «nik­ki» («jour­nal»), fut inau­gu­ré (chose étrange!) par un homme, Ki no Tsu­rayu­ki*, poète et cri­tique, qui venait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son «Tosa nik­ki»**Jour­nal de Tosa»), rédi­gé en 935 apr. J.-C., il racon­tait dans une prose exquise, entre­mê­lée de poé­sies, son voyage de retour à la capi­tale. Mais le prin­ci­pal inté­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture japo­naise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «onnade»***main de femme»), par oppo­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «oto­kode»****main d’homme»). C’est non seule­ment en «onnade» qu’il écri­vit son jour­nal, mais aus­si dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, démon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à expri­mer par­fai­te­ment, sinon les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments déli­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : «[D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère», dit le «Jour­nal de Tosa»*****, «mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en serait-il de même du cœur humain?» Les dames de la Cour japo­naise ne tar­dèrent pas à entendre cette leçon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à noter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, écla­ta bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques années d’intervalle : le «Kage­rô (no) nik­ki»******Jour­nal d’une éphé­mère»); le «Mura­sa­ki-shi­ki­bu nik­ki»*******Jour­nal de Mura­sa­ki-shi­ki­bu»); l’«Izu­mi-shi­ki­bu nik­ki»********Jour­nal d’Izumi-shikibu»); le «Sara­shi­na nik­ki»*********Jour­nal de Sara­shi­na»); le «Jôjin-aja­ri (no) haha no shû»**********Jour­nal de la mère du révé­rend Jôjin»); enfin le «Sanu­ki no suke (no) nik­ki»***********Jour­nal de la dame d’honneur Sanu­ki»).

* En japo­nais 紀貫之. Autre­fois trans­crit Tsou­rayou­ki. Haut

** En japo­nais «土佐日記». Autre­fois trans­crit «Toça nik­ki» ou «Tos­sa nik­ki». Haut

*** En japo­nais 女手. Par­fois trans­crit «won­nade». Haut

**** En japo­nais 男手. Par­fois trans­crit «woto­kode» ou «woto­ko no te». Haut

***** p. 36-37. Haut

****** En japo­nais «蜻蛉日記». Autre­fois trans­crit «Kaghe­rô nik­ki». Haut

******* En japo­nais «紫式部日記». Autre­fois trans­crit «Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou niki» ou «Mou­ra­sa­ki Shi­ki­bou nik­ki». Haut

******** En japo­nais «和泉式部日記». Autre­fois trans­crit «Izou­mi-shi­ki­bou nik­ki». Haut

********* En japo­nais «更級日記». Haut

********** En japo­nais «成尋阿闍梨母集». Haut

*********** En japo­nais «讃岐典侍日記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Sanou­ki no sou­ké no nik­ki». Haut

fille de Sugawara no Takasue, «Le Journal de Sarashina»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Jour­naux poé­tiques de l’époque de Héian-Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Jour­nal de Sara­shi­na». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fémi­nine du Japon, je veux dire le «nik­ki» («jour­nal»), fut inau­gu­ré (chose étrange!) par un homme, Ki no Tsu­rayu­ki*, poète et cri­tique, qui venait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son «Tosa nik­ki»**Jour­nal de Tosa»), rédi­gé en 935 apr. J.-C., il racon­tait dans une prose exquise, entre­mê­lée de poé­sies, son voyage de retour à la capi­tale. Mais le prin­ci­pal inté­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture japo­naise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «onnade»***main de femme»), par oppo­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «oto­kode»****main d’homme»). C’est non seule­ment en «onnade» qu’il écri­vit son jour­nal, mais aus­si dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, démon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à expri­mer par­fai­te­ment, sinon les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments déli­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : «[D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère», dit le «Jour­nal de Tosa»*****, «mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en serait-il de même du cœur humain?» Les dames de la Cour japo­naise ne tar­dèrent pas à entendre cette leçon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à noter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, écla­ta bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques années d’intervalle : le «Kage­rô (no) nik­ki»******Jour­nal d’une éphé­mère»); le «Mura­sa­ki-shi­ki­bu nik­ki»*******Jour­nal de Mura­sa­ki-shi­ki­bu»); l’«Izu­mi-shi­ki­bu nik­ki»********Jour­nal d’Izumi-shikibu»); le «Sara­shi­na nik­ki»*********Jour­nal de Sara­shi­na»); le «Jôjin-aja­ri (no) haha no shû»**********Jour­nal de la mère du révé­rend Jôjin»); enfin le «Sanu­ki no suke (no) nik­ki»***********Jour­nal de la dame d’honneur Sanu­ki»).

* En japo­nais 紀貫之. Autre­fois trans­crit Tsou­rayou­ki. Haut

** En japo­nais «土佐日記». Autre­fois trans­crit «Toça nik­ki» ou «Tos­sa nik­ki». Haut

*** En japo­nais 女手. Par­fois trans­crit «won­nade». Haut

**** En japo­nais 男手. Par­fois trans­crit «woto­kode» ou «woto­ko no te». Haut

***** p. 36-37. Haut

****** En japo­nais «蜻蛉日記». Autre­fois trans­crit «Kaghe­rô nik­ki». Haut

******* En japo­nais «紫式部日記». Autre­fois trans­crit «Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou niki» ou «Mou­ra­sa­ki Shi­ki­bou nik­ki». Haut

******** En japo­nais «和泉式部日記». Autre­fois trans­crit «Izou­mi-shi­ki­bou nik­ki». Haut

********* En japo­nais «更級日記». Haut

********** En japo­nais «成尋阿闍梨母集». Haut

*********** En japo­nais «讃岐典侍日記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Sanou­ki no sou­ké no nik­ki». Haut

Izumi-shikibu, «Journal»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capi­tales de la lit­té­ra­ture japo­naise, Paris

Il s’agit du «Jour­nal d’Izumi-shikibu». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fémi­nine du Japon, je veux dire le «nik­ki» («jour­nal»), fut inau­gu­ré (chose étrange!) par un homme, Ki no Tsu­rayu­ki*, poète et cri­tique, qui venait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son «Tosa nik­ki»**Jour­nal de Tosa»), rédi­gé en 935 apr. J.-C., il racon­tait dans une prose exquise, entre­mê­lée de poé­sies, son voyage de retour à la capi­tale. Mais le prin­ci­pal inté­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture japo­naise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «onnade»***main de femme»), par oppo­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «oto­kode»****main d’homme»). C’est non seule­ment en «onnade» qu’il écri­vit son jour­nal, mais aus­si dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, démon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à expri­mer par­fai­te­ment, sinon les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments déli­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : «[D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère», dit le «Jour­nal de Tosa»*****, «mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en serait-il de même du cœur humain?» Les dames de la Cour japo­naise ne tar­dèrent pas à entendre cette leçon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à noter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, écla­ta bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques années d’intervalle : le «Kage­rô (no) nik­ki»******Jour­nal d’une éphé­mère»); le «Mura­sa­ki-shi­ki­bu nik­ki»*******Jour­nal de Mura­sa­ki-shi­ki­bu»); l’«Izu­mi-shi­ki­bu nik­ki»********Jour­nal d’Izumi-shikibu»); le «Sara­shi­na nik­ki»*********Jour­nal de Sara­shi­na»); le «Jôjin-aja­ri (no) haha no shû»**********Jour­nal de la mère du révé­rend Jôjin»); enfin le «Sanu­ki no suke (no) nik­ki»***********Jour­nal de la dame d’honneur Sanu­ki»).

* En japo­nais 紀貫之. Autre­fois trans­crit Tsou­rayou­ki. Haut

** En japo­nais «土佐日記». Autre­fois trans­crit «Toça nik­ki» ou «Tos­sa nik­ki». Haut

*** En japo­nais 女手. Par­fois trans­crit «won­nade». Haut

**** En japo­nais 男手. Par­fois trans­crit «woto­kode» ou «woto­ko no te». Haut

***** p. 36-37. Haut

****** En japo­nais «蜻蛉日記». Autre­fois trans­crit «Kaghe­rô nik­ki». Haut

******* En japo­nais «紫式部日記». Autre­fois trans­crit «Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou niki» ou «Mou­ra­sa­ki Shi­ki­bou nik­ki». Haut

******** En japo­nais «和泉式部日記». Autre­fois trans­crit «Izou­mi-shi­ki­bou nik­ki». Haut

********* En japo­nais «更級日記». Haut

********** En japo­nais «成尋阿闍梨母集». Haut

*********** En japo­nais «讃岐典侍日記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Sanou­ki no sou­ké no nik­ki». Haut

Tsurayuki, «Le Journal de Tosa»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cer­gy

Il s’agit du «Jour­nal de Tosa». Ce genre d’écrits intimes qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fémi­nine du Japon, je veux dire le «nik­ki» («jour­nal»), fut inau­gu­ré (chose étrange!) par un homme, Ki no Tsu­rayu­ki*, poète et cri­tique, qui venait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son «Tosa nik­ki»**Jour­nal de Tosa»), rédi­gé en 935 apr. J.-C., il racon­tait dans une prose exquise, entre­mê­lée de poé­sies, son voyage de retour à la capi­tale. Mais le prin­ci­pal inté­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le secret en était, en effet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture japo­naise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «onnade»***main de femme»), par oppo­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on appe­lait com­mu­né­ment «oto­kode»****main d’homme»). C’est non seule­ment en «onnade» qu’il écri­vit son jour­nal, mais aus­si dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, démon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à expri­mer par­fai­te­ment, sinon les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments déli­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : «[D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère», dit le «Jour­nal de Tosa»*****, «mais puisque pareil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en serait-il de même du cœur humain?» Les dames de la Cour japo­naise ne tar­dèrent pas à entendre cette leçon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient assez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à noter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, écla­ta bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit jamais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques années d’intervalle : le «Kage­rô (no) nik­ki»******Jour­nal d’une éphé­mère»); le «Mura­sa­ki-shi­ki­bu nik­ki»*******Jour­nal de Mura­sa­ki-shi­ki­bu»); l’«Izu­mi-shi­ki­bu nik­ki»********Jour­nal d’Izumi-shikibu»); le «Sara­shi­na nik­ki»*********Jour­nal de Sara­shi­na»); le «Jôjin-aja­ri (no) haha no shû»**********Jour­nal de la mère du révé­rend Jôjin»); enfin le «Sanu­ki no suke (no) nik­ki»***********Jour­nal de la dame d’honneur Sanu­ki»).

* En japo­nais 紀貫之. Autre­fois trans­crit Tsou­rayou­ki. Haut

** En japo­nais «土佐日記». Autre­fois trans­crit «Toça nik­ki» ou «Tos­sa nik­ki». Haut

*** En japo­nais 女手. Par­fois trans­crit «won­nade». Haut

**** En japo­nais 男手. Par­fois trans­crit «woto­kode» ou «woto­ko no te». Haut

***** p. 36-37. Haut

****** En japo­nais «蜻蛉日記». Autre­fois trans­crit «Kaghe­rô nik­ki». Haut

******* En japo­nais «紫式部日記». Autre­fois trans­crit «Mou­ra­ça­ki Shi­ki­bou niki» ou «Mou­ra­sa­ki Shi­ki­bou nik­ki». Haut

******** En japo­nais «和泉式部日記». Autre­fois trans­crit «Izou­mi-shi­ki­bou nik­ki». Haut

********* En japo­nais «更級日記». Haut

********** En japo­nais «成尋阿闍梨母集». Haut

*********** En japo­nais «讃岐典侍日記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Sanou­ki no sou­ké no nik­ki». Haut

Izumi-shikibu, «Poèmes de Cour»

éd. La Différence, coll. Orphée, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Orphée, Paris

Il s’agit d’Izumi-shikibu*, femme sen­suelle, aus­si volage que belle, et qui avait mépri­sé les conve­nances de la Cour japo­naise, au point de cho­quer un entou­rage qui pour­tant, en fait de liber­ti­nage, n’avait pas beau­coup à apprendre (Xe-XIe siècle). Nom­breux étaient les contem­po­rains qui la tenaient pour le meilleur poète du temps; la mémoire de la pos­té­ri­té, elle, n’a rete­nu que la liste de ses esclandres amou­reux. Le poème qui suit, le plus célèbre de tout le «Recueil d’Izumi-shikibu» («Izu­mi-shi­ki­bu shû»**), n’a pas peu contri­bué à éta­blir la fâcheuse répu­ta­tion de son auteur par la vio­lence de la pas­sion qu’il tra­hit :

«Lorsque je pleu­rais
Indif­fé­rente au désordre
De mes noirs che­veux
Celui qui les démê­lait
Ah! com­bien je l’ai aimé
»***.

Cepen­dant, il n’y a dans le «Recueil d’Izumi-shikibu» ni ordure ni obs­cé­ni­té, non plus que, d’une façon géné­rale, dans la lit­té­ra­ture de l’époque de Heian. La langue est presque inva­ria­ble­ment décente, voire raf­fi­née, et on y ren­con­tre­rait dif­fi­ci­le­ment un vers propre à faire mon­ter le rouge au front d’une jeune fille. «L’égale de Mura­sa­ki et de Sei-shô­na­gon par la science et le talent, Izu­mi est de plus une ardente, une pas­sion­née; elle n’écrit pas seule­ment pour médire ou pour conter, mais pour cal­mer son angoisse, dis­traire sa pas­sion et conser­ver le sou­ve­nir d’un trop court bon­heur», dit le mar­quis Antoine de La Maze­lière

* En japo­nais 和泉式部. Autre­fois trans­crit Izou­mi Shi­ki­bou, Idzou­mi Siki­bou ou Izu­mi Šiki­bu. Haut

** En japo­nais «和泉式部集». Autre­fois trans­crit «Izu­mi Šiku­bu šú». Haut

*** «Poèmes; tra­duit du japo­nais par René Sief­fert», p. 111. Haut