Mot-clefaristocratie

su­jet

Gontcharov, « La Falaise : roman »

éd. Julliard, coll. Parages, Paris

éd. Jul­liard, coll. Pa­rages, Pa­ris

Il s’agit de « La Fa­laise » (« Obryv »1), ro­man de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov2 (XIXe siècle). « Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte », dit un cri­tique russe3, « si un écri­vain aussi su­perbe que Gont­cha­rov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment ! » Moins po­pu­laire, en ef­fet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevski, Gont­cha­rov oc­cupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son gé­nie est d’avoir cir­cons­crit d’une ma­nière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la na­tion russe, un type d’homme non ex­ploré par les autres, et d’en avoir donné, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion in­ou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pa­res­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse er­rer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et mé­diocre entre le som­meil et l’ennui. Ac­cou­tumé de­puis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout ef­fort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa vo­lonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est de­venu pour lui une aven­ture si au­da­cieuse qu’il pré­fère y re­non­cer. Le plus sou­vent af­falé lour­de­ment sur son lit ou sur un di­van, n’ayant au­cun point de re­père, ne sa­chant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dé­pense, il n’a même plus la force de don­ner à son in­ten­dant les ordres né­ces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel si­lence, ce­pen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fi­dèle ser­vi­teur aux che­veux blancs en­tourent et pro­tègent ce pe­tit mon­sieur qui s’est seule­ment donné la peine de naître. « C’était là une ré­vé­la­tion pour la Rus­sie ; c’en au­rait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le mi­san­thrope, le ja­loux, le pé­dant, le dis­trait, le joueur, etc. ; on igno­rait le pa­res­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type in­di­vi­dua­lisé, animé d’une vie mi­nu­tieuse et in­té­grale », dit un cri­tique fran­çais4. Mais si Gont­cha­rov a peint un être dé­chu, il n’a pas ou­blié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est re­connu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare fi­nesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprou­vait à cer­taines mi­nutes le dé­sir in­avoué d’un bien-être fa­cile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin ou­blié du monde. « En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour ré­di­ger son épi­taphe. »

  1. En russe « Обрыв ». Par­fois trans­crit « Obriv ». Haut
  2. En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut
  1. Iouri Olé­cha. Haut
  2. An­dré Ma­zon. Haut

Gontcharov, « Ivanovna Nymphodora »

éd. Circé, coll. Poche, Strasbourg

éd. Circé, coll. Poche, Stras­bourg

Il s’agit de « Nym­pho­dora Iva­novna »1, ro­man de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov2 (XIXe siècle). « Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte », dit un cri­tique russe3, « si un écri­vain aussi su­perbe que Gont­cha­rov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment ! » Moins po­pu­laire, en ef­fet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevski, Gont­cha­rov oc­cupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son gé­nie est d’avoir cir­cons­crit d’une ma­nière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la na­tion russe, un type d’homme non ex­ploré par les autres, et d’en avoir donné, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion in­ou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pa­res­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse er­rer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et mé­diocre entre le som­meil et l’ennui. Ac­cou­tumé de­puis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout ef­fort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa vo­lonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est de­venu pour lui une aven­ture si au­da­cieuse qu’il pré­fère y re­non­cer. Le plus sou­vent af­falé lour­de­ment sur son lit ou sur un di­van, n’ayant au­cun point de re­père, ne sa­chant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dé­pense, il n’a même plus la force de don­ner à son in­ten­dant les ordres né­ces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel si­lence, ce­pen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fi­dèle ser­vi­teur aux che­veux blancs en­tourent et pro­tègent ce pe­tit mon­sieur qui s’est seule­ment donné la peine de naître. « C’était là une ré­vé­la­tion pour la Rus­sie ; c’en au­rait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le mi­san­thrope, le ja­loux, le pé­dant, le dis­trait, le joueur, etc. ; on igno­rait le pa­res­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type in­di­vi­dua­lisé, animé d’une vie mi­nu­tieuse et in­té­grale », dit un cri­tique fran­çais4. Mais si Gont­cha­rov a peint un être dé­chu, il n’a pas ou­blié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est re­connu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare fi­nesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprou­vait à cer­taines mi­nutes le dé­sir in­avoué d’un bien-être fa­cile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin ou­blié du monde. « En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour ré­di­ger son épi­taphe. »

  1. En russe « Нимфодора Ивановна ». Haut
  2. En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut
  1. Iouri Olé­cha. Haut
  2. An­dré Ma­zon. Haut

Gontcharov, « La Terrible Maladie »

éd. Circé, Strasbourg

éd. Circé, Stras­bourg

Il s’agit de « La Ter­rible Ma­la­die » (« Li­haya bo­lest »1), ro­man de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov2 (XIXe siècle). « Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte », dit un cri­tique russe3, « si un écri­vain aussi su­perbe que Gont­cha­rov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment ! » Moins po­pu­laire, en ef­fet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevski, Gont­cha­rov oc­cupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son gé­nie est d’avoir cir­cons­crit d’une ma­nière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la na­tion russe, un type d’homme non ex­ploré par les autres, et d’en avoir donné, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion in­ou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pa­res­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse er­rer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et mé­diocre entre le som­meil et l’ennui. Ac­cou­tumé de­puis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout ef­fort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa vo­lonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est de­venu pour lui une aven­ture si au­da­cieuse qu’il pré­fère y re­non­cer. Le plus sou­vent af­falé lour­de­ment sur son lit ou sur un di­van, n’ayant au­cun point de re­père, ne sa­chant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dé­pense, il n’a même plus la force de don­ner à son in­ten­dant les ordres né­ces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel si­lence, ce­pen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fi­dèle ser­vi­teur aux che­veux blancs en­tourent et pro­tègent ce pe­tit mon­sieur qui s’est seule­ment donné la peine de naître. « C’était là une ré­vé­la­tion pour la Rus­sie ; c’en au­rait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le mi­san­thrope, le ja­loux, le pé­dant, le dis­trait, le joueur, etc. ; on igno­rait le pa­res­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type in­di­vi­dua­lisé, animé d’une vie mi­nu­tieuse et in­té­grale », dit un cri­tique fran­çais4. Mais si Gont­cha­rov a peint un être dé­chu, il n’a pas ou­blié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est re­connu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare fi­nesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprou­vait à cer­taines mi­nutes le dé­sir in­avoué d’un bien-être fa­cile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin ou­blié du monde. « En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour ré­di­ger son épi­taphe. »

  1. En russe « Лихая болесть ». Haut
  2. En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut
  1. Iouri Olé­cha. Haut
  2. An­dré Ma­zon. Haut

Gontcharov, « Oblomov »

éd. L’Âge d’homme-Librairie générale française, coll. Le Livre de poche, Paris

éd. L’Âge d’homme-Librairie gé­né­rale fran­çaise, coll. Le Livre de poche, Pa­ris

Il s’agit d’« Oblo­mov »1, ro­man de mœurs d’Ivan Alexan­dro­vitch Gont­cha­rov2 (XIXe siècle). « Comme notre lit­té­ra­ture doit être forte », dit un cri­tique russe3, « si un écri­vain aussi su­perbe que Gont­cha­rov n’est placé dans l’opinion et le goût du monde lit­té­raire que tout juste en queue des dix pre­miers de son clas­se­ment ! » Moins po­pu­laire, en ef­fet, que les Tol­stoï et que les Dos­toïevski, Gont­cha­rov oc­cupe, tout juste der­rière eux, une place de pre­mier ordre dans la lit­té­ra­ture russe. Son gé­nie est d’avoir cir­cons­crit d’une ma­nière ori­gi­nale et pré­cise, et au cœur même de la na­tion russe, un type d’homme non ex­ploré par les autres, et d’en avoir donné, à tra­vers un per­son­nage tou­chant, une des­crip­tion in­ou­bliable à force de jus­tesse : le type d’Oblomov. Cet Oblo­mov est un pa­res­seux en robe de chambre qui ne lit guère, qui n’écrit point, qui laisse er­rer ses pen­sées et qui par­tage sa vie terne et mé­diocre entre le som­meil et l’ennui. Ac­cou­tumé de­puis l’enfance à s’épargner (ou plu­tôt à s’interdire) tout ef­fort, toute ini­tia­tive, tout chan­ge­ment, sa vo­lonté s’est éteinte par manque d’impulsion. Même l’amour est de­venu pour lui une aven­ture si au­da­cieuse qu’il pré­fère y re­non­cer. Le plus sou­vent af­falé lour­de­ment sur son lit ou sur un di­van, n’ayant au­cun point de re­père, ne sa­chant s’il vit bien ou mal, ce qu’il pos­sède ou ce qu’il dé­pense, il n’a même plus la force de don­ner à son in­ten­dant les ordres né­ces­saires. Il stagne, il moi­sit, il crou­pit dans un éter­nel si­lence, ce­pen­dant qu’autour de lui, les soins d’un fi­dèle ser­vi­teur aux che­veux blancs en­tourent et pro­tègent ce pe­tit mon­sieur qui s’est seule­ment donné la peine de naître. « C’était là une ré­vé­la­tion pour la Rus­sie ; c’en au­rait été une aussi pour le reste du monde si l’œuvre eût été connue hors fron­tière. On connais­sait l’avare, le men­teur, le mi­san­thrope, le ja­loux, le pé­dant, le dis­trait, le joueur, etc. ; on igno­rait le pa­res­seux. Gont­cha­rov pré­sen­tait ce type nou­veau dans toute sa plé­ni­tude et sa gran­deur, et non pas un type abs­trait… mais un type in­di­vi­dua­lisé, animé d’une vie mi­nu­tieuse et in­té­grale », dit un cri­tique fran­çais4. Mais si Gont­cha­rov a peint un être dé­chu, il n’a pas ou­blié l’homme dans tout cela. Il a aimé cet être, il s’est re­connu en lui, il l’a traité comme lui-même et il lui a tendu la main en pleu­rant sur lui à chaudes larmes. Avec une rare fi­nesse, il a mon­tré que les germes de l’oblomovisme étaient au fond de toute âme ; que tout homme éprou­vait à cer­taines mi­nutes le dé­sir in­avoué d’un bien-être fa­cile, d’un bon­heur inerte, d’une vie blot­tie dans quelque coin ou­blié du monde. « En cha­cun de nous se tient une part d’Oblomov, et il est trop tôt pour ré­di­ger son épi­taphe. »

  1. En russe « Обломов ». Haut
  2. En russe Иван Александрович Гончаров. Par­fois trans­crit Gont­cha­roff, Gont­scha­row, Gont­scha­roff, Gonts­ja­rov, Gonts­ja­row, Gonc­za­row, Gonča­rov, Gon­cha­roff ou Gon­cha­rov. Haut
  1. Iouri Olé­cha. Haut
  2. An­dré Ma­zon. Haut

Homère, « Odyssée »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « L’Odyssée »1 d’Homère2. « Le chantre des ex­ploits hé­roïques, l’interprète des dieux, le se­cond so­leil dont s’éclairait la Grèce, la lu­mière des Muses, la voix tou­jours jeune du monde en­tier, Ho­mère, il est là, étran­ger, sous le sable de ce ri­vage », dit une épi­gramme fu­né­raire3. On sait qu’Alexandre de Ma­cé­doine por­tait tou­jours avec lui une co­pie des chants d’Homère, et qu’il consa­crait à la garde de ce tré­sor une cas­sette pré­cieuse, en­ri­chie d’or et de pier­re­ries, trou­vée parmi les ef­fets du roi Da­rius. Alexandre mou­rut ; l’immense Em­pire qu’il avait ras­sem­blé pour un ins­tant tomba en ruines ; mais par­tout où avaient volé les se­mences de la culture grecque, les chants d’Homère avaient fait le voyage mys­té­rieux. Par­tout, sur les bords de la Mé­di­ter­ra­née, on par­lait grec, on écri­vait avec les lettres grecques, et nulle part da­van­tage que dans cette ville à l’embouchure du Nil, qui por­tait le nom de son fon­da­teur : Alexan­drie. « C’est là que se fai­saient les pré­cieuses co­pies des chants, là que s’écrivaient ces sa­vants com­men­taires, dont la plu­part ont péri six ou sept siècles plus tard avec la fa­meuse bi­blio­thèque d’Alexandrie, que fit brû­ler le ca­life Omar, ce bien­fai­teur des éco­liers », dit Frie­drich Spiel­ha­gen4. Les Ro­mains re­cueillirent, au­tant qu’il était pos­sible à un peuple guer­rier et igno­rant, l’héritage du gé­nie grec. Et c’était Ho­mère qu’on met­tait entre les mains du jeune Ro­main comme élé­ment de son édu­ca­tion, et dont il conti­nuait plus tard l’étude dans les hautes écoles d’Athènes. Si Es­chyle dit que ses tra­gé­dies ne sont que « les re­liefs des grands fes­tins d’Homère »5, on peut le dire avec en­core plus de rai­son des Ro­mains, qui s’invitent chez Ho­mère et re­viennent avec quelque croûte à gru­ger, un mor­ceau de car­ti­lage des mets qu’on a ser­vis.

  1. En grec « Ὀδύσσεια ». Haut
  2. En grec Ὅμηρος. Haut
  3. En grec « Ἡρώων κάρυκ’ ἀρετᾶς, μακάρων δὲ προφήταν, Ἑλλάνων βιοτᾷ δεύτερον ἀέλιον, Μουσῶν φέγγος Ὅμηρον, ἀγήραντον στόμα κόσμου παντός, ἁλιρροθία, ξεῖνε, κέκευθε κόνις ». An­ti­pa­ter de Si­don dans « An­tho­lo­gie grecque, d’après le ma­nus­crit pa­la­tin ». Haut
  1. « Ho­mère », p. 513. Haut
  2. En grec « τεμάχη τῶν Ὁμήρου μεγάλων δείπνων ». Athé­née, « Ban­quet des sa­vants ». Haut

Homère, « Iliade »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « L’Iliade »1 d’Homère2. « Le chantre des ex­ploits hé­roïques, l’interprète des dieux, le se­cond so­leil dont s’éclairait la Grèce, la lu­mière des Muses, la voix tou­jours jeune du monde en­tier, Ho­mère, il est là, étran­ger, sous le sable de ce ri­vage », dit une épi­gramme fu­né­raire3. On sait qu’Alexandre de Ma­cé­doine por­tait tou­jours avec lui une co­pie des chants d’Homère, et qu’il consa­crait à la garde de ce tré­sor une cas­sette pré­cieuse, en­ri­chie d’or et de pier­re­ries, trou­vée parmi les ef­fets du roi Da­rius. Alexandre mou­rut ; l’immense Em­pire qu’il avait ras­sem­blé pour un ins­tant tomba en ruines ; mais par­tout où avaient volé les se­mences de la culture grecque, les chants d’Homère avaient fait le voyage mys­té­rieux. Par­tout, sur les bords de la Mé­di­ter­ra­née, on par­lait grec, on écri­vait avec les lettres grecques, et nulle part da­van­tage que dans cette ville à l’embouchure du Nil, qui por­tait le nom de son fon­da­teur : Alexan­drie. « C’est là que se fai­saient les pré­cieuses co­pies des chants, là que s’écrivaient ces sa­vants com­men­taires, dont la plu­part ont péri six ou sept siècles plus tard avec la fa­meuse bi­blio­thèque d’Alexandrie, que fit brû­ler le ca­life Omar, ce bien­fai­teur des éco­liers », dit Frie­drich Spiel­ha­gen4. Les Ro­mains re­cueillirent, au­tant qu’il était pos­sible à un peuple guer­rier et igno­rant, l’héritage du gé­nie grec. Et c’était Ho­mère qu’on met­tait entre les mains du jeune Ro­main comme élé­ment de son édu­ca­tion, et dont il conti­nuait plus tard l’étude dans les hautes écoles d’Athènes. Si Es­chyle dit que ses tra­gé­dies ne sont que « les re­liefs des grands fes­tins d’Homère »5, on peut le dire avec en­core plus de rai­son des Ro­mains, qui s’invitent chez Ho­mère et re­viennent avec quelque croûte à gru­ger, un mor­ceau de car­ti­lage des mets qu’on a ser­vis.

  1. En grec « Ἰλιάς ». Haut
  2. En grec Ὅμηρος. Haut
  3. En grec « Ἡρώων κάρυκ’ ἀρετᾶς, μακάρων δὲ προφήταν, Ἑλλάνων βιοτᾷ δεύτερον ἀέλιον, Μουσῶν φέγγος Ὅμηρον, ἀγήραντον στόμα κόσμου παντός, ἁλιρροθία, ξεῖνε, κέκευθε κόνις ». An­ti­pa­ter de Si­don dans « An­tho­lo­gie grecque, d’après le ma­nus­crit pa­la­tin ». Haut
  1. « Ho­mère », p. 513. Haut
  2. En grec « τεμάχη τῶν Ὁμήρου μεγάλων δείπνων ». Athé­née, « Ban­quet des sa­vants ». Haut

mère de Fujiwara no Michitsuna, « Mémoires d’une éphémère (954-974) »

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Col­lège de France-Ins­ti­tut des hautes études ja­po­naises, coll. Bi­blio­thèque de l’Institut des hautes études ja­po­naises, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal d’une éphé­mère ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

mère du révérend Jôjin, « Un Malheur absolu »

éd. Le Promeneur-Gallimard, coll. Le Cabinet des lettrés, Paris

éd. Le Pro­me­neur-Gal­li­mard, coll. Le Ca­bi­net des let­trés, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Murasaki-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian, Paris

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Jour­naux poé­tiques de l’époque de Héian, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

fille de Sugawara no Takasue, « Le Journal de Sarashina »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Les Journaux poétiques de l’époque de Héian-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Les Jour­naux poé­tiques de l’époque de Héian-Les Œuvres ca­pi­tales de la lit­té­ra­ture ja­po­naise, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal de Sa­ra­shina ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Izumi-shikibu, « Journal »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Poètes du Japon-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Poètes du Ja­pon-Les Œuvres ca­pi­tales de la lit­té­ra­ture ja­po­naise, Pa­ris

Il s’agit du « Jour­nal d’Izumi-shikibu ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Tsurayuki, « Le Journal de Tosa »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Pu­bli­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cergy

Il s’agit du « Jour­nal de Tosa ». Ce genre d’écrits in­times qui tient tant de place dans la lit­té­ra­ture fé­mi­nine du Ja­pon, je veux dire le « nikki » (« jour­nal »), fut inau­guré (chose étrange !) par un homme, Ki no Tsu­rayuki1, poète et cri­tique, qui ve­nait d’exercer, pen­dant cinq ans, les fonc­tions de pré­fet de la pro­vince de Tosa. Dans son « Tosa nikki »2 (« Jour­nal de Tosa »), ré­digé en 935 apr. J.-C., il ra­con­tait dans une prose ex­quise, en­tre­mê­lée de poé­sies, son voyage de re­tour à la ca­pi­tale. Mais le prin­ci­pal in­té­rêt de son jour­nal était ailleurs : tout le se­cret en était, en ef­fet, dans la pre­mière phrase, où l’auteur fai­sait le choix de l’écriture ja­po­naise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « on­nade »3 (« main de femme »), par op­po­si­tion à l’écriture chi­noise, qu’on ap­pe­lait com­mu­né­ment « oto­kode »4 (« main d’homme »). C’est non seule­ment en « on­nade » qu’il écri­vit son jour­nal, mais aussi dans la langue même que pra­ti­quaient les femmes, dé­mon­trant de la sorte que cette langue par­ve­nait à ex­pri­mer par­fai­te­ment, si­non les concepts abs­traits de l’écriture chi­noise, du moins les mou­ve­ments dé­li­cats du cœur, com­muns à toute l’humanité : « [D’un pays à l’autre], le lan­gage certes dif­fère », dit le « Jour­nal de Tosa »5, « mais puisque pa­reil à coup sûr est le clair de lune, pour­quoi n’en se­rait-il de même du cœur hu­main ? » Les dames de la Cour ja­po­naise ne tar­dèrent pas à en­tendre cette le­çon, et cloî­trées comme elles étaient dans leurs chambres, où elles avaient as­sez de loi­sir pour lire et pour son­ger à leurs mal­heurs, elles se mirent à no­ter leurs tristes pen­sées sous forme de jour­nal. La vio­lence des émo­tions dont elles étaient suf­fo­quées, et qu’elles ne pou­vaient pas dire à haute voix, éclata bien­tôt en un feu d’artifice comme on n’en vit ja­mais de sem­blable dans la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. Se sui­virent à quelques an­nées d’intervalle : le « Ka­gerô (no) nikki »6 (« Jour­nal d’une éphé­mère ») ; le « Mu­ra­saki-shi­kibu nikki »7 (« Jour­nal de Mu­ra­saki-shi­kibu ») ; l’« Izumi-shi­kibu nikki »8 (« Jour­nal d’Izumi-shikibu ») ; le « Sa­ra­shina nikki »9 (« Jour­nal de Sa­ra­shina ») ; le « Jô­jin-ajari (no) haha no shû »10 (« Jour­nal de la mère du ré­vé­rend Jô­jin ») ; en­fin le « Sa­nuki no suke (no) nikki »11 (« Jour­nal de la dame d’honneur Sa­nuki »).

  1. En ja­po­nais 紀貫之. Au­tre­fois trans­crit Tsou­rayouki. Haut
  2. En ja­po­nais « 土佐日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Toça nikki » ou « Tossa nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais 女手. Par­fois trans­crit « won­nade ». Haut
  4. En ja­po­nais 男手. Par­fois trans­crit « wo­to­kode » ou « wo­toko no te ». Haut
  5. p. 36-37. Haut
  6. En ja­po­nais « 蜻蛉日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Ka­gherô nikki ». Haut
  1. En ja­po­nais « 紫式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Mou­ra­çaki Shi­ki­bou niki » ou « Mou­ra­saki Shi­ki­bou nikki ». Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部日記 ». Au­tre­fois trans­crit « Izoumi-shi­ki­bou nikki ». Haut
  3. En ja­po­nais « 更級日記 ». Haut
  4. En ja­po­nais « 成尋阿闍梨母集 ». Haut
  5. En ja­po­nais « 讃岐典侍日記 », in­édit en fran­çais. Au­tre­fois trans­crit « Sa­nouki no souké no nikki ». Haut

Izumi-shikibu, « Poèmes de Cour »

éd. La Différence, coll. Orphée, Paris

éd. La Dif­fé­rence, coll. Or­phée, Pa­ris

Il s’agit d’Izumi-shikibu1, femme sen­suelle, aussi vo­lage que belle, et qui avait mé­prisé les conve­nances de la Cour ja­po­naise, au point de cho­quer un en­tou­rage qui pour­tant, en fait de li­ber­ti­nage, n’avait pas beau­coup à ap­prendre (Xe-XIe siècle). Nom­breux étaient les contem­po­rains qui la te­naient pour le meilleur poète du temps ; la mé­moire de la pos­té­rité, elle, n’a re­tenu que la liste de ses es­clandres amou­reux. Le poème qui suit, le plus cé­lèbre de tout le « Re­cueil d’Izumi-shikibu » (« Izumi-shi­kibu shû »2), n’a pas peu contri­bué à éta­blir la fâ­cheuse ré­pu­ta­tion de son au­teur par la vio­lence de la pas­sion qu’il tra­hit :

« Lorsque je pleu­rais
In­dif­fé­rente au désordre
De mes noirs che­veux
Ce­lui qui les dé­mê­lait
Ah ! com­bien je l’ai aimé
 »3.

Ce­pen­dant, il n’y a dans le « Re­cueil d’Izumi-shikibu » ni or­dure ni obs­cé­nité, non plus que, d’une fa­çon gé­né­rale, dans la lit­té­ra­ture de l’époque de Heian. La langue est presque in­va­ria­ble­ment dé­cente, voire raf­fi­née, et on y ren­con­tre­rait dif­fi­ci­le­ment un vers propre à faire mon­ter le rouge au front d’une jeune fille. « L’égale de Mu­ra­saki et de Sei-shô­na­gon par la science et le ta­lent, Izumi est de plus une ar­dente, une pas­sion­née ; elle n’écrit pas seule­ment pour mé­dire ou pour conter, mais pour cal­mer son an­goisse, dis­traire sa pas­sion et conser­ver le sou­ve­nir d’un trop court bon­heur », dit le mar­quis An­toine de La Ma­ze­lière

  1. En ja­po­nais 和泉式部. Au­tre­fois trans­crit Izoumi Shi­ki­bou, Id­zoumi Si­ki­bou ou Izumi Ši­kibu. Haut
  2. En ja­po­nais « 和泉式部集 ». Au­tre­fois trans­crit « Izumi Ši­kubu šú ». Haut
  1. « Poèmes ; tra­duit du ja­po­nais par René Sief­fert », p. 111. Haut