Homère, « Iliade »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « L’Iliade »1 d’Homère2. « Le chantre des ex­ploits hé­roïques, l’interprète des dieux, le se­cond so­leil dont s’éclairait la Grèce, la lu­mière des Muses, la voix tou­jours jeune du monde en­tier, Ho­mère, il est là, étran­ger, sous le sable de ce ri­vage », dit une épi­gramme fu­né­raire3. On sait qu’Alexandre de Ma­cé­doine por­tait tou­jours avec lui une co­pie des chants d’Homère, et qu’il consa­crait à la garde de ce tré­sor une cas­sette pré­cieuse, en­ri­chie d’or et de pier­re­ries, trou­vée parmi les ef­fets du roi Da­rius. Alexandre mou­rut ; l’immense Em­pire qu’il avait ras­sem­blé pour un ins­tant tomba en ruines ; mais par­tout où avaient volé les se­mences de la culture grecque, les chants d’Homère avaient fait le voyage mys­té­rieux. Par­tout, sur les bords de la Mé­di­ter­ra­née, on par­lait grec, on écri­vait avec les lettres grecques, et nulle part da­van­tage que dans cette ville à l’embouchure du Nil, qui por­tait le nom de son fon­da­teur : Alexan­drie. « C’est là que se fai­saient les pré­cieuses co­pies des chants, là que s’écrivaient ces sa­vants com­men­taires, dont la plu­part ont péri six ou sept siècles plus tard avec la fa­meuse bi­blio­thèque d’Alexandrie, que fit brû­ler le ca­life Omar, ce bien­fai­teur des éco­liers », dit Frie­drich Spiel­ha­gen4. Les Ro­mains re­cueillirent, au­tant qu’il était pos­sible à un peuple guer­rier et igno­rant, l’héritage du gé­nie grec. Et c’était Ho­mère qu’on met­tait entre les mains du jeune Ro­main comme élé­ment de son édu­ca­tion, et dont il conti­nuait plus tard l’étude dans les hautes écoles d’Athènes. Si Es­chyle dit que ses tra­gé­dies ne sont que « les re­liefs des grands fes­tins d’Homère »5, on peut le dire avec en­core plus de rai­son des Ro­mains, qui s’invitent chez Ho­mère et re­viennent avec quelque croûte à gru­ger, un mor­ceau de car­ti­lage des mets qu’on a ser­vis.

« Il n’y a point d’écrivain dont les ou­vrages aient tant oc­cupé la pos­té­rité »

Parmi les scènes de « L’Iliade » et de « L’Odyssée », il y en a sans nombre dont la concep­tion nous frappe, dont la pen­sée nous reste, avec ce pin­ce­ment au cœur que pro­voque la confron­ta­tion avec un chef-d’œuvre au-des­sus de l’esprit hu­main. Je me sou­viens de celle, su­blime et pa­thé­tique, où Priam, les che­veux souillés de cendres, seul au mi­lieu de la nuit, pé­nètre dans le camp en­nemi. En­tou­rant de ses bras les ge­noux de l’impitoyable Achille, bai­sant les mains « ter­ribles et meur­trières qui lui avaient tué tant de fils », il de­mande le corps de son fils Hec­tor : « Sou­viens-toi de ton père, ô Achille égal aux dieux ! Il est de mon âge et sur le seuil fa­tal de la vieillesse… » Achille, tout à l’heure guer­rier in­trai­table et fé­roce, de­vient doux comme une fille, au seul nom de son père : « Toutes les sources de son cœur s’ouvrent tout à coup. Il pleure ce père qu’il ne re­verra pas, son ami qu’il a perdu. Et — on ne peut l’écrire sans émo­tion — il a des larmes pour ce mal­heu­reux vieillard pros­terné à ses pieds. “Plein de pi­tié pour cette tête et cette barbe blanches”, il le re­lève et le console… Ici, les contrastes ne sont pas des contra­dic­tions… Une âme comme celle d’Achille, sans par­ler de tant d’autres si vi­vantes, par exemple celles d’Andromaque, d’Hector… d’Ulysse, sup­pose une ima­gi­na­tion poé­tique douée du don su­prême, le don de créer des âmes, le don de la vie. Très peu d’écrivains — même parmi les plus grands — ont eu en plé­ni­tude ce haut pri­vi­lège », ex­plique très bien Georges Le Bi­dois6.

« Il n’y a point d’écrivain dont les ou­vrages aient tant oc­cupé la pos­té­rité ; il n’y en a point dont la per­sonne soit moins connue. Un ado­ra­teur d’Homère pour­rait dire que ce poète res­semble à la di­vi­nité, que l’on ne connaît que par ses œuvres », dit La Harpe7. On ne sait pas bien pré­ci­sé­ment où Ho­mère est né, ni même s’il a existé. L’encyclopédie Souda fait mon­ter à vingt le nombre des villes qui se dis­pu­taient l’honneur d’être sa pa­trie. Des sa­vants ont écrit là-des­sus de gros vo­lumes qui ne nous ont rien ap­pris. Et qu’importe, après tout, quelle terre puisse se van­ter d’avoir pro­duit cet homme qui, par la date au­tant que par le gé­nie, est le tout pre­mier des poètes uni­ver­sels. Comme dit Soh­rab Se­pehri :

« Écoute, le plus loin­tain oi­seau du monde chante.
La nuit est fluide, une, béante…
Écoute, de loin le sen­tier hèle tes pas…
Des­sille tes pau­pières, chausse-toi et viens.
Et viens jusqu’à ce lieu…
Où le temps s’assiéra près de toi sur une motte de terre,
Où la nuit [ab­sor­bera en elle] ta sil­houette comme un frag­ment de chant
 »8.

Il n’existe pas moins de trente-deux tra­duc­tions fran­çaises de « L’Iliade », mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle de Charles-Ma­rie Le­conte de Lisle.

« Ἆ δείλ’, ἦ δὴ πολλὰ κάκ’ ἄνσχεο σὸν κατὰ θυμόν.
Πῶς ἔτλης ἐπὶ νῆας Ἀχαιῶν ἐλθέμεν οἶος
Ἀνδρὸς ἐς ὀφθαλμοὺς ὅς τοι πολέας τε καὶ ἐσθλοὺς
Υἱέας ἐξενάριξα ; σιδήρειόν νύ τοι ἦτορ.
Ἀλλ’ ἄγε δὴ κατ’ ἄρ’ ἕζευ ἐπὶ θρόνου, ἄλγεα δ’ ἔμπης
Ἐν θυμῷ κατακεῖσθαι ἐάσομεν ἀχνύμενοί περ·
Οὐ γάρ τις πρῆξις πέλεται κρυεροῖο γόοιο·
Ὡς γὰρ ἐπεκλώσαντο θεοὶ δειλοῖσι βροτοῖσι
Ζώειν ἀχνυμένοις· αὐτοὶ δέ τ’ ἀκηδέες εἰσί.
 »
— Pas­sage dans la langue ori­gi­nale

« Ah ! mal­heu­reux ! Certes, tu as subi des peines sans nombre dans ton cœur. Com­ment as-tu osé ve­nir seul vers les nefs des Akhaiens et sou­te­nir la vue de l’homme qui t’a tué tant de braves en­fants ? Ton cœur est de fer. Mais prends ce siège, et bien qu’affligés, lais­sons nos dou­leurs s’apaiser, car le deuil ne nous rend rien. Les dieux ont des­tiné les mi­sé­rables mor­tels à vivre pleins de tris­tesse, et seuls, ils n’ont point de sou­cis.9 »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Le­conte de Lisle

« Mal­heu­reux ! Quels tour­ments ton âme a-t-elle sup­por­tés !
Tu as osé al­ler tout seul aux nefs des Achéens
Et t’offrir aux re­gards de ce­lui qui t’a fait pé­rir
Tant de fils va­leu­reux ! Au­rais-tu donc un cœur de fer ?
Al­lons ! Viens t’asseoir sur ce siège, et mal­gré tant de peines,
Lais­sons dor­mir notre souf­france au plus pro­fond de nous.
À quoi bon pous­ser des san­glots qui vous glacent le cœur ?
Tel est le sort que les dieux filent aux pauvres mor­tels :
Vivre dans le cha­grin, alors qu’eux res­tent sans souci. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Fré­dé­ric Mu­gler (éd. Actes Sud, coll. Ba­bel, Arles)

« Ah ! mal­heu­reux ! c’est vrai, tu sup­por­tas bien des maux dans le fond de ton cœur. Com­ment as-tu pu oser al­ler vers les nefs des Achéens, seul, de­vant les yeux d’un homme, mes yeux à moi, qui t’ai tué tant de nobles fils ? Tu as un cœur de fer. Mais, voyons, prends place sur un siège. De toute fa­çon, lais­sons les dou­leurs au re­pos éten­dues dans nos cœurs, quelle que soit notre af­flic­tion. Il n’est nul pro­fit au fris­son glacé des san­glots. Tel est le sort que les dieux ont filé pour les in­for­tu­nés mor­tels : vivre dans les af­flic­tions ; tan­dis qu’eux-mêmes sont dans l’insouciance. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Louis Bar­dol­let (éd. R. Laf­font, coll. Bou­quins, Pa­ris)

« Mal­heu­reux, tu as déjà en­duré bien des peines ! Mais com­ment as-tu osé ve­nir seul jusqu’en ces lieux et te pré­sen­ter à ce­lui qui t’a ravi de si vaillants fils ? Ah ! tu portes un cœur de fer. Re­pose-toi sur ce siège ; et quelle que soit notre af­flic­tion, ren­fer­mons-la dans notre âme : on ne gagne rien à gé­mir sans cesse. Les dieux ont des­tiné les faibles hu­mains à vivre dans la dou­leur : eux seuls sont exempts de sou­cis et de larmes. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Eugène Ba­reste (XIXe siècle)

« Mal­heu­reux ! Que de peines au­ras-tu en­du­rées dans ton cœur ! Com­ment donc as-tu osé ve­nir, seul, aux nefs achéennes, pour m’affronter, moi, l’homme qui t’a tué tant de si vaillants fils ? Vrai­ment ton cœur est de fer. Al­lons ! viens, prends place sur un siège ; lais­sons dor­mir nos dou­leurs dans nos âmes, quel que soit notre cha­grin. On ne gagne rien aux plaintes qui glacent les cœurs, puisque tel est le sort que les dieux ont filé aux pauvres mor­tels : vivre dans le cha­grin, tan­dis qu’ils de­meurent, eux, exempts de tout souci. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Paul Ma­zon (éd. Les Belles Lettres, Pa­ris)

« Ah ! mal­heu­reux, tu as sup­porté bien des maux dans ton cœur ! Com­ment as-tu osé ve­nir seul vers les vais­seaux des Grecs, et pa­raître aux yeux de l’homme qui t’a tué tant et de si va­leu­reux fils ? Tu as certes un cœur de fer. Mais al­lons, as­sieds-toi sur ce siège : quelque af­fli­gés que nous soyons, lais­sons les dou­leurs re­po­ser au fond de notre âme : car rien ne sert de gé­mir amè­re­ment. En ef­fet, les dieux ont des­tiné les mi­sé­rables mor­tels à vivre dans la peine ; eux seuls sont exempts de sou­cis. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Émile Pes­son­neaux (XIXe siècle)

« Ah ! mal­heu­reux, tu as, certes, souf­fert bien des maux en ton cœur ! Com­ment eus-tu le cou­rage de ve­nir aux vais­seaux achéens, tout seul, sous les yeux de l’homme, de moi, qui t’ai tué bien des fils ex­cel­lents ? Il est donc de fer, ton cœur ? Mais al­lons, as­sieds-toi sur ce trône, et nos dou­leurs, de toute fa­çon, lais­sons-les re­po­ser en notre âme, mal­gré notre af­flic­tion. Car ils ne servent de rien, les gé­mis­se­ments qui nous glacent. Tel est le des­tin filé par les dieux aux mor­tels mi­sé­rables : vivre af­fli­gés ; eux seuls n’ont point de souci. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Eugène Las­serre (éd. Gar­nier-Flam­ma­rion, Pa­ris)

« In­for­tuné… tu as en­duré bien des peines dans ton âme. Com­ment, seul, es-tu venu jusqu’aux vais­seaux des Grecs en pré­sence du guer­rier qui t’a ravi tant de fils, et de si vaillants ? Sans doute tu portes un cœur d’airain. Mais viens, re­pose-toi sur ce siège ; quelles que soient nos dou­leurs, ren­fer­mons-les dans notre âme : il n’est au­cun pro­fit à re­ti­rer de l’amère tris­tesse. Les dieux en fi­lant les des­ti­nées des pauvres mor­tels ont voulu qu’ils vé­cussent dans la peine ; eux seuls sont exempts de soins. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jean-Bap­tiste Du­gas-Mont­bel (XIXe siècle)

« In­for­tuné vieillard, tu as en ton es­prit
Souf­fert de grands tra­vaux ! De quelle har­diesse
Oses-tu ve­nir seul aux vais­seaux de la Grèce ?
Et comme as-tu le cœur de com­pa­raître aux yeux
D’un qui t’a mis à mort tant d’enfants ver­tueux ?
Tu as un cœur de fer. Viens te seoir, je te prie,
Et bien que nous soyons bat­tus de fâ­che­rie,
Don­nons quelque ré­pit à nos grièves dou­leurs :
Il n’y a nul pro­fit aux plaintes ni aux pleurs.
Les dieux ont des­tiné les hommes dé­plo­rables
À n’avoir que des maux, à vivre mi­sé­rables :
Mais eux, ils sont exempts de sou­cis et d’ennuis… »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Sa­lo­mon Cer­ton (XVIIe siècle)

« Ah ! mal­heu­reux ! Que de maux n’as-tu pas en­du­rés dans ton âme,
En osant ve­nir aux vais­seaux achéens, so­li­taire,
Sous mes yeux à moi, le guer­rier, qui vins pour oc­cire
Tous tes fils vaillants ! C’est un cœur de fer qui t’anime !
Mais al­lons ! As­sieds-toi sur ce trône. Lais­sons dans notre âme
Re­po­ser les dou­leurs, si grande que soit la souf­france.
On ne gagne rien à la la­men­ta­tion gla­ciale.
Ainsi les dieux fi­lèrent aux faibles hommes-qui-meurent
Une vie de souf­france — un souci qu’eux-mêmes ignorent ! »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Phi­lippe Bru­net (éd. du Seuil, Pa­ris)

« Mal­heu­reux ! À com­bien de dou­leurs votre âme est en proie ! Mais qui peut vous avoir ins­piré un des­sein aussi hardi ? Quelle est donc la trempe de votre cœur, ô vous qui n’avez pas craint de tra­ver­ser seul le camp de vos en­ne­mis, et de vous pré­sen­ter aux yeux du meur­trier de vos en­fants ? As­seyez-vous et don­nons quelque trêve à nos cha­grins. Les dieux ne nous ont point pla­cés sur la terre, pour y goû­ter un bon­heur sans mé­lange ; les seuls im­mor­tels sont exempts de peines et jouissent d’une éter­nelle et par­faite fé­li­cité. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Louis-Guillaume-René Cor­dier de Lau­nay (XVIIIe siècle)

« Ah ! Certes, mal­heu­reux, que de peines déjà ton âme a sup­por­tées ! Et com­ment as-tu bien osé ve­nir tout seul aux nefs des Achéens pour me ren­con­trer, moi, l’homme qui t’a tué tant de va­leu­reux fils ? Ton cœur est donc de fer ! Mais al­lons ! As­sieds-toi sur ce siège et lais­sons, mal­gré tous nos cha­grins, la souf­france dor­mir au fond de notre cœur. À quoi bon les san­glots, qui font fris­son­ner l’âme, puisque tel est le sort que les dieux ont filé pour les pauvres mor­tels : vivre dans la dou­leur, alors qu’eux seuls, ils sont exempts de tout souci. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Ro­bert Fla­ce­lière (éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris)

« Ah, mal­heu­reux prince, par quelles épreuves ter­ribles avez-vous passé ! Com­ment avez-vous osé ve­nir seul dans le camp des Grecs, et sou­te­nir la pré­sence d’un homme qui a ôté la vie à un si grand nombre de vos en­fants dont la va­leur était l’appui de vos peuples ! Il faut que vous ayez un cœur d’airain ; mais as­seyez-vous sur ce siège et don­nons quelque trêve à notre af­flic­tion : à quoi servent les re­grets et les plaintes ? Les dieux ont voulu que les cha­grins et les larmes com­po­sassent le tissu de la vie des mi­sé­rables mor­tels, et seuls ils vivent exempts de toutes sortes de peines… »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Anne Le­febvre Da­cier (XVIIIe siècle)

« Ah, mal­heu­reux ! vous avez sup­porté bien des maux dans votre cœur. Com­ment avez-vous osé ve­nir seul vers les vais­seaux des Grecs, et pa­raître aux yeux d’un homme qui vous a tué tant de fils, et de si cou­ra­geux ? Vous avez certes un cœur de fer. Mais al­lons, as­seyez-vous sur ce siège, et quelles que soient nos dou­leurs, lais­sons-les re­po­ser dans notre âme ; car les gé­mis­se­ments ne servent à rien. Les dieux ont dé­crété que les mal­heu­reux mor­tels vi­vraient dans l’affliction : eux seuls sont exempts de sou­cis. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Henry Tri­anon (XIXe siècle)

« Ah ! pauvre in­for­tuné, tu as souf­fert beau­coup :
Mais comme as-tu osé t’en ve­nir à ce coup10,
Tout seul, de­vers ce­lui qui a privé de vie
Tous tes braves en­fants ou la plus grand-par­tie ?
Ton cœur est bien de fer ! Sus, viens te re­po­ser,
As­sis-toi et lais­sons nos dou­leurs s’apaiser :
Il n’y a nul pro­fit en nos plaintes amères :
Les dieux ont com­mandé aux Parques fi­lan­dières
De fi­ler tel des­tin aux hommes mal­heu­reux
Qu’ils vé­cussent en peine et tra­vaux ri­gou­reux :
Eux vivent sans souci, et rien n’est qui leur nuise… »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Hugues Sa­lel et Ama­dys Ja­myn (XVIe siècle)

« Hé­las !… que de mal­heurs vous pour­suivent ! Quoi ! vous tra­ver­sez seul un camp en­nemi pour pa­raître de­vant le des­truc­teur de votre race ! Mais le­vez-vous ; ces­sons de gé­mir et de nous plaindre : nos jours sont en­tre­mê­lés de dis­grâces ; tel est l’ordre des dieux qui jouissent seuls d’un bon­heur par­fait. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Paul-Jé­ré­mie Bi­taubé, 1re ver­sion (XVIIIe siècle)

« Ah ! mor­tel in­for­tuné… que de peines tu as sou­te­nues ! Quoi ! tra­ver­ser seul tout un camp en­nemi, et pa­raître de­vant le des­truc­teur de ta nom­breuse et vaillante race ! Ton cœur est d’airain. Mais re­pose-toi sur ce siège, et quelle que soit notre dou­leur, ren­fer­mons-la dans notre sein ; nous nous li­vre­rions vai­ne­ment aux plaintes amères. Les dieux ont voulu que les jours des mi­sé­rables mor­tels fussent tis­sus de dis­grâces ; seuls ils jouissent d’un bon­heur par­fait. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Paul-Jé­ré­mie Bi­taubé, 2e ver­sion (XVIIIe siècle)

« In­for­tuné… ta constance a été éprou­vée par de cruelles dou­leurs. As­sez cou­ra­geux pour oser seul, sans es­corte, pé­né­trer dans le camp des Grecs, im­plo­rer la clé­mence de ce­lui qui t’a privé du plus grand nombre de tes fils ; ton cœur est d’acier. Prends place sur ce trône. Sus­pends l’expression de la dou­leur qui nous ac­cable l’un et l’autre : un deuil éter­nel ne re­mé­die­rait point à nos maux. À l’abri des soins qui nous agitent, les heu­reux im­mor­tels ont fait des dou­leurs le par­tage de l’humanité. Pas­ser leurs jours dans la tris­tesse, c’est le des­tin des hommes. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Pierre-Louis-Claude Gin (XVIIIe siècle)

« Ô prince in­for­tuné !
À com­bien de re­vers le sort t’a condamné !
Quoi ! Seul parmi les Grecs, dans la nuit té­né­breuse
Cher­cher le des­truc­teur de ta race nom­breuse !
Ah ! ton cœur est d’airain. Ren­fer­mons nos dou­leurs,
Vieillard ! Sa­chons souf­frir : l’homme est né pour les pleurs !
Le des­tin des dieux seuls d’heureux jours se com­pose. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Charles-Hu­bert Mil­le­voye (XIXe siècle)

« Ah ! mal­heu­reux ! tu as en vé­rité souf­fert de bien des maux dans le fond de ton cœur. Com­ment as-tu osé, vers les nefs achéennes, ve­nir ainsi tout seul, sous les yeux de l’homme qui t’a tué tant de va­leu­reux fils ? Il faut que tu aies un cœur de fer. Mais al­lons ! As­sieds-toi sur ce siège, et lais­sons tout à fait, mal­gré notre af­flic­tion, re­po­ser nos dou­leurs au fond de notre cœur, car les larmes qui glacent n’ont au­cune ef­fi­cace. Tel est le sort que les dieux ont filé pour les pauvres mor­tels : vivre dans l’affliction ; mais eux de­meurent exempts de tout souci. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Ma­rio Meu­nier (éd. A. Mi­chel, Pa­ris)

« Dé­plo­rable mo­narque… Que de mal­heurs ac­cablent ta vieillesse ! Com­ment as-tu osé ve­nir seul, au mi­lieu d’une flotte en­ne­mie, af­fron­ter les re­gards d’un mor­tel qui t’a ravi tant de fils, dignes sou­tiens de ton Em­pire ? Il faut que ton cœur soit armé de fer et d’acier. Viens, viens t’asseoir sur ce trône ; lais­sons au fond de nos cœurs re­po­ser nos en­nuis ; d’inutiles larmes ne chan­ge­ront point le cours de nos des­ti­nées.

Seuls, tran­quilles au sein d’un bon­heur in­al­té­rable, les dieux ont formé de dou­leurs et de peines le cercle de nos jours. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion du prince Charles-Fran­çois Le Brun (XVIIIe siècle)

« In­for­tuné vieillard, quels ne sont pas tes maux !
Com­ment, seul, as-tu pu ve­nir en ma pré­sence,
Moi qui, tuant tes fils, t’ai fait tant de souf­france !
Ton âme est donc de fer, puisqu’ici tu pa­rais !
Prends ce siège et t’assieds. Mal­gré tous nos re­grets,
Sa­chons en notre cœur ren­fer­mer notre peine ;
La dou­leur est amère, et la plainte est bien vaine.
Les dieux nous ont tissu la trame du cha­grin,
Gar­dant pour eux la paix de leur sé­jour di­vin. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire (XIXe siècle)

« In­for­tuné ! Oui, ton âme a souf­fert de cruels maux. Com­ment as-tu osé ve­nir seul près des vais­seaux des Grecs, de­vant un homme qui t’a privé de fils si nom­breux, si vaillants ? Sans doute tu as un cœur de fer. Mais, crois-moi, re­pose-toi sur ce siège. Quelles que soient nos af­flic­tions, ren­fer­mons-les dans nos âmes ; car de quelle uti­lité sont les pleurs ? Vivre dans la dou­leur, tel est le sort que les dieux ont fait aux mi­sé­rables mor­tels ; eux seuls sont exempts de sou­cis. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Pierre Gi­guet (XIXe siècle)

« In­for­tuné ! Quels maux en­dura ton cou­rage !
Com­ment, jusqu’en ces lieux te frayant un pas­sage,
Viens-tu, seul, im­plo­rer ce mor­tel dont le bras
Te ra­vit tant de fils fa­meux dans les com­bats ?
Oui, ton cœur est de fer… Mais as­sieds-toi ; com­prime
L’excès d’une dou­leur, hé­las ! trop lé­gi­time.
Pour­quoi tou­jours gé­mir ? Tel est l’arrêt des dieux :
La souf­france pour nous, et le bon­heur pour eux. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Anne Bi­gnan (XIXe siècle)

« Que n’as-tu point souf­fert, ô vieillard dé­plo­rable !
Tu viens, bra­vant la mort au mi­lieu de nos camps,
Cher­cher le meur­trier de tes nom­breux en­fants !
Parmi tes en­ne­mis te voilà sans dé­fense,
Seul !… Ô noble cou­rage ! Ô cé­leste constance !
Ton cœur est-il armé d’un in­vin­cible ai­rain ?
Re­pose-toi ; cal­mons notre cruel cha­grin ;
C’est ver­ser trop long­temps des larmes in­utiles.
Seuls tou­jours for­tu­nés, seuls constam­ment tran­quilles,
Les dieux, en épan­chant le fleuve de nos jours,
De peines, de dou­leurs, en ont grossi le cours. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion d’Étienne Ai­gnan (XIXe siècle)

« Priam, soyez tran­quille,
Res­pec­tons les des­tins et ces­sons de gé­mir,
Qu’ils soient tou­jours pré­sents à notre sou­ve­nir !
Les dieux dans leurs fa­veurs ainsi que dans leurs haines
Pro­diguent aux hu­mains les plai­sirs et les peines… »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion du ba­ron de Beau­ma­noir (XVIIIe siècle)

« “Il est vrai que vous êtes bien mal­heu­reux, vous qui pos­sé­dez un si grand royaume. Com­bien de maux n’avez-vous pas eus déjà à souf­frir ; mais com­ment avez-vous osé ve­nir seul dans le camp de vos en­ne­mis, en pré­sence d’un homme qui a ôté la vie à un si grand nombre de vos fils ? J’admire votre cou­rage et votre har­diesse”. Il vou­lait le faire as­seoir au­près de lui ; mais comme Priam s’en ex­cu­sait, il conti­nua de lui par­ler. “Quelque su­jet de tris­tesse que nous ayons, nous de­vons tâ­cher à vaincre notre dou­leur ; nos plaintes et nos re­grets nous sont in­utiles. Les dieux n’ont pas voulu que les hommes me­nassent une vie exempte d’affliction.” »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de l’abbé de La Val­te­rie (XVIIe siècle)

« Pauvre in­for­tuné, tu as souf­fert maintes tra­verses : mais com­ment as-tu osé ve­nir seul trou­ver ce­lui qui a donné la mort à tes en­fants ? Tu as un cœur de fer. Sus, viens-toi re­po­ser, lais­sons cal­mer nos orages et apai­ser nos dou­leurs ; aussi bien les larmes et les plaintes ne servent de rien. Les dieux ont or­donné que les hommes vi­vraient ainsi mi­sé­rables et qu’ils se­raient as­su­jet­tis à plu­sieurs évé­ne­ments dif­fé­rents. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Fran­çois Du Sou­hait (XVIIe siècle)

« Ah ! que votre in­for­tune est hor­rible et pres­sante !
Mo­narque dé­plo­rable, à mes vais­seaux san­glants,
Com­ment avez-vous pu por­ter vos pas trem­blants,
Et vous ex­po­ser seul, par une noble au­dace,
Aux yeux du des­truc­teur de votre illustre race ?
Re­po­sez-vous, vieillard, et cal­mez vos es­prits,
Au fond de notre cœur, en­dor­mons les en­nuis.
Que nous servent les cris, quand le sort nous ou­trage ?
Des mal­heu­reux mor­tels la peine est le par­tage.
Tel est l’ordre des dieux ; les biens purs et par­faits,
Les plai­sirs éter­nels pour eux seuls furent faits. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Guillaume de Ro­che­fort, 1re ver­sion (XVIIIe siècle)

« “De vos dou­leurs”, dit-il, “que la voix est pres­sante !
Com­ment avez-vous pu, trop dé­plo­rable roi,
Ve­nir au camp des Grecs, pa­raître de­vant moi,
Et vous ex­po­ser seul, par une noble au­dace,
Aux yeux du des­truc­teur de votre illustre race ?
Re­po­sez-vous, vieillard, et cal­mez vos es­prits,
Au fond de notre cœur, en­dor­mons les en­nuis.
Que nous servent les cris, quand le sort nous ou­trage ?
Des mal­heu­reux mor­tels la peine est le par­tage.
Tel est l’ordre des dieux ; les biens purs et par­faits,
Les plai­sirs éter­nels pour eux seuls furent faits.” »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Guillaume de Ro­che­fort, 2e ver­sion (XVIIIe siècle)

« Ah, mal­heu­reux ! Oui, ton cœur a sup­porté bien des maux ! Com­ment as-tu osé ve­nir vers les vais­seaux des Grecs, seul, te pré­sen­ter aux yeux d’un homme qui t’a tué tant de va­leu­reux fils ? Tu as vrai­ment un cœur de fer ! Mais voyons, re­pose-toi sur ce siège, et lais­sons nos cha­grins som­meiller au fond de notre cœur, quel qu’en soit l’objet : car rien ne sert de ver­ser des pleurs amers. C’est ainsi que les dieux ont condamné les mi­sé­rables mor­tels à vivre dans l’affliction : eux seuls sont exempts de cha­grins. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Charles Le­pré­vost (XIXe siècle)

« In­for­tuné, que de mal­heurs tu as en­du­rés dans ton cœur !
Com­ment as-tu osé ve­nir aux nefs des Achéens, seul,
Sous les yeux d’un homme qui de nom­breux et braves
Fils t’[a] tués ? De fer as-tu donc le cœur ?
Al­lons, as­sieds-toi sur ce siège. Les dou­leurs, tou­te­fois,
Dans le cœur lais­sons re­po­ser mal­gré notre af­flic­tion.
Au­cun avan­tage il n’y a au gla­çant ulu­le­ment.
Ainsi ont filé les dieux pour les mal­heu­reux mor­tels :
Vivre af­fli­gés, tan­dis qu’eux sont exempts de sou­cis. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Mi­chel Mel­ga­rejo (éd. Boo­ke­lis, Aix-en-Pro­vence)

« Ah in­fe­lix, certe jam multa mala to­le­rasti tuo in animo.
Quo­modo to­le­rasti in naves Achi­vo­rum ve­nire so­lus,
Viri in ocu­los, qui tibi mul­tosque et bo­nos
Fi­lios in­ter­fe­cit ? Fer­reus tibi ani­mus.
Sed age, jam [de­side] in so­lio ; do­lores ta­men
In animo ja­cere si­na­mus tristes :
Non enim ali­qua uti­li­tas est fri­gidi luc­tus.
Si­cut enim no­ve­runt Dei mi­se­ris mor­ta­li­bus,
Vi­vere tristes ; ipsi au­tem sine cura sunt. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine d’Andreas Di­vus (XVIe siècle)

« Ah mi­ser, certe jam multa mala pa­te­ris tuo in animo.
Quo pacto au­sus es ad naves ve­nire Græ­co­rum so­lus,
Viri ante ocu­los, [qui] tibi mul­tos et bo­nos
Fi­lios spo­lia­vit ? Fer­reum certe tibi cor.
Sed age, jam de­side in se­dem ; do­lores au­tem consi­mi­li­ter
In animo op­primi si­ne­mus tri­stati quam­vis :
Non enim ali­qua uti­li­tas est ve­he­men­tis luc­tus.
Sic enim vo­lue­runt Dii mi­se­ris mor­ta­li­bus,
Vi­vere tri­sta­tos ; ipsi vero absque do­lore sunt. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine d’Andreas Di­vus, re­vue par Ni­ko­laus Bry­lin­ger (XVIe siècle)

« Ah mi­ser, certe jam multa mala to­le­rasti tuo in animo.
Quo­modo sus­ti­nuisti ad naves Achi­vo­rum ve­nire so­lus,
Viri ante ocu­los, qui tibi mul­tosque et bo­nos
Fi­lios in­ter­feci ? Fer­reus tibi ani­mus.
Sed age, jam conside in sede ; do­lores ta­men
In animo re­si­dere si­na­mus tristes li­cet :
Non enim ali­qua uti­li­tas est fri­gidi luc­tus.
Sic enim vo­lue­runt Dii mi­se­ris mor­ta­li­bus,
Vi­vere tristes ; ipsi vero sine cura sunt. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine d’Andreas Di­vus, re­vue par Jean Cres­pin (XVIe siècle)

« Ah mi­ser, certe jam multa mala to­le­rasti tuo in animo.
Quo pacto au­sus es ad naves Achi­vo­rum ve­nire so­lus,
Viri ante ocu­los, qui tibi mul­tos et fortes
Fi­lios in­ter­feci ? Fer­reum certe tibi cor.
Sed age, jam de­side in so­lio ; do­lores au­tem
In animo re­si­dere si­na­mus tristes li­cet :
Nul­lus enim pro­fec­tus est tris­tis luc­tus.
Sic enim des­ti­na­runt Dii mi­se­ris mor­ta­li­bus,
Ut vi­vant tristes ; ipsi vero sine cu­ris sunt. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine d’Andreas Di­vus, re­vue par Fran­çois Por­tus (XVIe siècle)

« Ah mi­ser, certe jam multa mala to­le­rasti tuo in animo.
Quo­modo sus­ti­nuisti ad naves Achi­vo­rum ve­nire so­lus,
Viri ante ocu­los, qui tibi mul­tosque et stre­nuos
Fi­lios in­ter­feci ? Fer­reus tibi ani­mus.
Sed age, jam conside in sede ; do­lores ta­men
In animo re­si­dere si­na­mus tristes li­cet :
Non enim ali­qua uti­li­tas est fri­gidi luc­tus.
Sic enim des­ti­na­runt Dii mi­se­ris mor­ta­li­bus,
Ut vi­vant tristes ; ipsi vero sine cura sunt. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine d’Andreas Di­vus, re­vue par Hu­bert van Gif­fen, dit Ober­tus Gi­pha­nius (XVIe siècle)

« Ah mi­ser, certe jam multa mala to­le­rasti tuo in animo.
Quo­modo sus­ti­nuisti ad naves Achi­vo­rum ve­nire so­lus,
Viri in conspec­tum, qui tibi mul­tosque et stre­nuos
Fi­lios in­ter­feci ? Fer­reum certe tibi cor.
Sed age, jam conside in sede ; do­lores au­tem pror­sus
In animo re­si­dere si­na­mus, do­lentes li­cet :
Nul­lus enim pro­fec­tus est tris­tis luc­tus.
Sic enim fato tri­buunt Dii mi­se­ris mor­ta­li­bus,
Ut vi­vant tristes ; ipsi vero sine cu­ris sunt. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine d’Andreas Di­vus, re­vue par Jean-Henri Le­der­lin et Ste­phan Ber­gler (XVIIIe siècle)

« Heu mi­ser, heu mul­tos animo per­pesse do­lores !
Au­sus es ad naves te ferre huc so­lus Achæas,
Atque viro co­ram te sis­tere, qui tibi totque
Tamque bo­nos stravi leto in­ter prœ­lia gna­tos ?
Firma tibi ferri duro stant ro­bore corda.
Ve­rum age, jam conside. Alto sub pec­tore cu­ras,
Quæ cru­ciant ani­mum, tristes re­si­dere si­na­mus.
Quid pro­sit luctu et longæ in­dul­gere que­relæ ?
Dii fa­tum hoc mi­se­ris de­de­runt mor­ta­li­bus, ægri
Ut cu­ris vi­vant, cu­ris va­cui om­ni­bus ipsi. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine de Rai­mondo Cu­nich (XVIIIe siècle)

« Heu ni­mium mi­ser, ad­ver­sisque exer­cite fa­tis !
Qui so­lus Da­naumque rates, au­susque fu­ren­tis
Ora su­bire viri, qui tot tibi fu­nere gna­tos
Sus­tu­lit ? E du­rone rigent tibi pec­tora ferro ?
Ve­rum age, jam conside se­dens, luc­tumque pre­ma­mus,
In­gen­tesque animo cu­ras, sæ­vosque do­lores.
Nam quid enim lu­gere ju­vat ? Mor­ta­li­bus ægris
Hoc onus im­po­si­tum nas­cen­ti­bus, ut breve vitæ
Tem­pus agant flentes ; curæ ex­pers vita Deo­rum est. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine de Fran­cisco Ja­vier Alegre (XVIIIe siècle)

« Ah mi­ser, ex­tremo longævæ in tem­pore vitæ,
Tot mala, tot ca­sus tristes, tot passe la­bores :
Quo pacto, quo præ­si­dio, quo nu­mine fre­tus,
Au­sus es Ar­gi­vas pro­cul huc ac­ce­dere naves,
Cas­tra in­imica pe­tens ? Po­tuisti de­nique vul­tus
As­pec­tumque viri, qui te tot red­di­dit or­bum
Pi­gno­ri­bus, per­ferre se­nex ? Tibi fer­rea cre­dam
Pec­tora sunt. Ve­rum mihi nunc as­siste, pa­rum­per
Hoc me­cum in so­lio re­si­dens, cu­ram atque do­lores
Com­prime, nil pro­sunt la­chrimæ sine fine pro­fusæ.
Sic ete­nim sta­tuere Dei mor­ta­li­bus ægris,
Ut vi­tam mœ­rore re­fer­tam et luc­ti­bus ægram
Tra­du­cant : sine tris­ti­tia cœ­les­ti­bus ævum
Omne sit, et nul­los pos­sint sen­tire do­lores. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine d’Helius Eo­ba­nus Hes­sus (XVIe siècle)

« In­fe­lix to­tiens ca­sus ex­per­tus acer­bos,
Fare age nunc, qua mente se­nex, quo pec­tore so­lus
Cas­tra in­imica pe­tis ? Po­tuisti ferre ty­ranni
As­pec­tum, qui tot na­to­rum tra­di­dit orco
Illustres ani­mas ? Equi­dem tua fer­rea cre­dam
Pec­tora, nunc una pau­lum hic as­siste, quies­cant
Hæ la­chrimæ, pa­ter in­fe­lix, quid fun­dis in­anes
Conques­tus ? Sic Diis pla­ci­tum : tris­tis­sima fato
Hæc data sors ho­mini, ut mi­se­ris in luc­ti­bus ævum
Exi­gat, at nul­los Su­peri no­vere do­lores. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine de Nic­colò della Valle (XVIe siècle)

« Ah in­fe­lix, tam multa mala per­pes­sus, quo­nam pacto huc ad Achi­vo­rum naves ve­nire, et ejus conspec­tum qui tot et tan­tos fi­lios tibi in­ter­emit, ferre po­tuisti ? Fer­reus pro­fecto es. Sed age hoc in so­lio se­deas, do­lores tristi animo pre­ma­mus : neque enim ulli usui sunt ni­mii fle­tus. Sic ne­ve­runt Dii mi­se­ris mor­ta­li­bus, ut in mœ­rore vi­ven­dum sit. Ipsi omni carent tris­ti­tia. »
— Pas­sage dans la tra­duc­tion la­tine de Laurent Valla (XVIe siècle)

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  1. En grec « Ἰλιάς ». Haut
  2. En grec Ὅμηρος. Haut
  3. En grec « Ἡρώων κάρυκ’ ἀρετᾶς, μακάρων δὲ προφήταν, Ἑλλάνων βιοτᾷ δεύτερον ἀέλιον, Μουσῶν φέγγος Ὅμηρον, ἀγήραντον στόμα κόσμου παντός, ἁλιρροθία, ξεῖνε, κέκευθε κόνις ». An­ti­pa­ter de Si­don dans « An­tho­lo­gie grecque, d’après le ma­nus­crit pa­la­tin ». Haut
  4. « Ho­mère », p. 513. Haut
  5. En grec « τεμάχη τῶν Ὁμήρου μεγάλων δείπνων ». Athé­née, « Ban­quet des sa­vants ». Haut
  1. « Études d’analyse cri­tique ap­pli­quée aux poètes grecs. Ho­mère », p. 55-56. Haut
  2. « Cours de lit­té­ra­ture an­cienne et mo­derne. Tome I », p. 55. Haut
  3. « Oa­sis d’émeraude ; in­tro­duc­tion et tra­duc­tion de Da­ryush Shaye­gan », p. 14. Haut
  4. « Achille pleure en­core Pa­trocle en traî­nant le ca­davre de son meur­trier, et mêle aux larmes de l’amitié les larmes de la rage. Mais il pleure aussi en ren­dant au vieux Priam le corps de son mal­heu­reux fils ; il s’attendrit sur cet in­for­tuné vieillard, et me­nace en­core en s’attendrissant. Ainsi, de ce mé­lange de sen­si­bi­lité et de fu­reur, de fé­ro­cité et de pi­tié, de cet as­cen­dant qu’on aime à voir à un homme sur les autres hommes, et de ces fai­blesses qu’on aime à re­trou­ver dans ce qui est grand, se forme le ca­rac­tère le plus poé­tique qu’on ait ja­mais ima­giné », dit La Harpe (p. 58). Haut
  5. C’est-à-dire à ce coup de déses­poir, à cette ac­tion déses­pé­rée. Haut