Mot-cleflittérature antique

su­jet

Macrobe, « Commentaire au “Songe de Scipion”. Tome II »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Com­men­taire au “Songe de Sci­pion” » (« In “Som­nium Sci­pio­nis” ») de Ma­crobe1, éru­dit et com­pi­la­teur la­tin, le der­nier en date des grands re­pré­sen­tants du pa­ga­nisme. Il vé­cut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire ro­main, comme l’atteste le double titre de « cla­ris­si­mus » et d’« illus­tris » que lui at­tri­buent un cer­tain nombre de ma­nus­crits. En ef­fet, si « cla­ris­si­mus » n’indique que l’appartenance à l’ordre sé­na­to­rial, « illus­tris », lui, était ré­servé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Tous ces em­plois di­vers n’empêchèrent pas Ma­crobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin ex­tra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les beaux-arts et les sciences fussent déjà dans leur dé­ca­dence, ils avaient en­core néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que ja­mais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des ar­mées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls re­fuges, les seuls rem­parts de la ci­vi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme en­va­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Al­bi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus, et autres païens convain­cus, dont Ma­crobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­lité d’interlocuteurs. L’un d’eux dé­clare : « Pour le passé, nous de­vons tou­jours avoir de la vé­né­ra­tion, si nous avons quelque sa­gesse ; car ce sont ces gé­né­ra­tions qui ont fait naître notre Em­pire au prix de leur sang et de leur sueur — Em­pire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâ­tir »2. Voilà une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Ma­crobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sa­gesse du passé, « un miel éla­boré de sucs di­vers »3. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des no­tions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une as­tro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a re­pro­ché à Ma­crobe de n’y avoir mis que fort peu du sien ; de s’être contenté de rap­por­ter les mots mêmes em­ployés par les an­ciens au­teurs. « Seul le vê­te­ment lui ap­par­tient », dit un cri­tique4, « tan­dis que le contenu est la pro­priété d’autrui ». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle « la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se pa­rant des plumes des autres oi­seaux » (« Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones ») ; et que Marc An­toine Mu­ret lui ap­plique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Té­rence, dans un sens tout dif­fé­rent de ce­lui qu’on a l’habitude de lui don­ner : « Je suis homme : en cette qua­lité, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes ».

  1. En la­tin Fla­vius Ma­cro­bius Am­bro­sius Theo­do­sius. Haut
  2. « Sa­tur­nales », liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut
  1. « Sa­tur­nales », liv. I, préf., sect. 5. Haut
  2. Mar­tin Schanz. Haut

Macrobe, « Commentaire au “Songe de Scipion”. Tome I »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Pa­ris

Il s’agit du « Com­men­taire au “Songe de Sci­pion” » (« In “Som­nium Sci­pio­nis” ») de Ma­crobe1, éru­dit et com­pi­la­teur la­tin, le der­nier en date des grands re­pré­sen­tants du pa­ga­nisme. Il vé­cut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire ro­main, comme l’atteste le double titre de « cla­ris­si­mus » et d’« illus­tris » que lui at­tri­buent un cer­tain nombre de ma­nus­crits. En ef­fet, si « cla­ris­si­mus » n’indique que l’appartenance à l’ordre sé­na­to­rial, « illus­tris », lui, était ré­servé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Tous ces em­plois di­vers n’empêchèrent pas Ma­crobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin ex­tra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les beaux-arts et les sciences fussent déjà dans leur dé­ca­dence, ils avaient en­core néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que ja­mais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des ar­mées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls re­fuges, les seuls rem­parts de la ci­vi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme en­va­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Al­bi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus, et autres païens convain­cus, dont Ma­crobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­lité d’interlocuteurs. L’un d’eux dé­clare : « Pour le passé, nous de­vons tou­jours avoir de la vé­né­ra­tion, si nous avons quelque sa­gesse ; car ce sont ces gé­né­ra­tions qui ont fait naître notre Em­pire au prix de leur sang et de leur sueur — Em­pire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâ­tir »2. Voilà une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Ma­crobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sa­gesse du passé, « un miel éla­boré de sucs di­vers »3. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des no­tions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une as­tro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a re­pro­ché à Ma­crobe de n’y avoir mis que fort peu du sien ; de s’être contenté de rap­por­ter les mots mêmes em­ployés par les an­ciens au­teurs. « Seul le vê­te­ment lui ap­par­tient », dit un cri­tique4, « tan­dis que le contenu est la pro­priété d’autrui ». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle « la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se pa­rant des plumes des autres oi­seaux » (« Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones ») ; et que Marc An­toine Mu­ret lui ap­plique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Té­rence, dans un sens tout dif­fé­rent de ce­lui qu’on a l’habitude de lui don­ner : « Je suis homme : en cette qua­lité, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes ».

  1. En la­tin Fla­vius Ma­cro­bius Am­bro­sius Theo­do­sius. Haut
  2. « Sa­tur­nales », liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut
  1. « Sa­tur­nales », liv. I, préf., sect. 5. Haut
  2. Mar­tin Schanz. Haut

Macrobe, « Les Saturnales »

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Pa­ris

Il s’agit des « Sa­tur­nales » (« Sa­tur­na­lia ») de Ma­crobe1, éru­dit et com­pi­la­teur la­tin, le der­nier en date des grands re­pré­sen­tants du pa­ga­nisme. Il vé­cut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire ro­main, comme l’atteste le double titre de « cla­ris­si­mus » et d’« illus­tris » que lui at­tri­buent un cer­tain nombre de ma­nus­crits. En ef­fet, si « cla­ris­si­mus » n’indique que l’appartenance à l’ordre sé­na­to­rial, « illus­tris », lui, était ré­servé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Ces dif­fé­rents em­plois n’empêchèrent pas Ma­crobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin ex­tra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les sciences et les arts fussent déjà dans leur dé­ca­dence, ils avaient en­core néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que ja­mais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des ar­mées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls re­fuges, les seuls rem­parts de la ci­vi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme en­va­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Al­bi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus et autres païens convain­cus, dont Ma­crobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­lité d’interlocuteurs. L’un d’eux dé­clare : « Pour le passé, nous de­vons tou­jours avoir de la vé­né­ra­tion, si nous avons quelque sa­gesse ; car ce sont ces gé­né­ra­tions qui ont fait naître notre Em­pire au prix de leur sang et de leur sueur — Em­pire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâ­tir »2. Voilà une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Ma­crobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sa­gesse du passé, « un miel éla­boré de sucs di­vers »3. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des no­tions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une as­tro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a re­pro­ché à Ma­crobe de n’y avoir mis que fort peu du sien ; de s’être contenté de rap­por­ter les mots mêmes em­ployés par les an­ciens au­teurs. « Seul le vê­te­ment lui ap­par­tient », dit un cri­tique4, « tan­dis que le contenu est la pro­priété d’autrui ». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle « la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se pa­rant des plumes des autres oi­seaux » (« Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones ») ; et que Marc An­toine Mu­ret lui ap­plique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Té­rence, dans un sens tout dif­fé­rent de ce­lui qu’on a l’habitude de lui don­ner : « Je suis homme : en cette qua­lité, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes ».

  1. En la­tin Fla­vius Ma­cro­bius Am­bro­sius Theo­do­sius. Haut
  2. « Sa­tur­nales », liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut
  1. « Sa­tur­nales », liv. I, préf., sect. 5. Haut
  2. Mar­tin Schanz. Haut

« Sentences de Publius Syrus »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des « Sen­tences du mime Pu­bli­lius Sy­rus » (« Pu­bli­lii Syri mimi Sen­ten­tiæ »). J’imagine que beau­coup de lec­teurs, même parmi les ama­teurs des lettres la­tines, n’ont ja­mais en­tendu par­ler de Pu­bli­lius Sy­rus1. Et pour­tant, le nom de cet au­teur de co­mé­dies bouf­fonnes nous est venu es­corté des éloges de la pos­té­rité ; car quatre siècles après sa mort, on le fai­sait lire en­core dans les écoles pu­bliques, pour ini­tier la jeu­nesse aux beau­tés de la langue la­tine. Au dire de saint Jé­rôme, Pu­bli­lius « ré­gna sur la scène de Rome » (« Romæ sce­nam te­net ») de Cé­sar à Au­guste, et sa re­nom­mée fut loin de pé­rir avec lui. Sé­nèque lui fait plu­sieurs em­prunts et re­vient sou­vent sur ses qua­li­tés : c’est, dit-il2, « un poète plus vi­gou­reux que les tra­giques et les co­miques, quand il re­nonce aux plates bouf­fon­ne­ries du mime et aux mots faits pour le pu­blic des [der­niers] gra­dins ». « Com­bien de vers », écrit-il ailleurs3, « d’une frappe ad­mi­rable, en­fouis dans la col­lec­tion de nos mimes ! Que de pen­sées de Pu­bli­lius qui de­vraient avoir pour in­ter­prètes non des pitres dé­chaus­sés, mais des tra­gé­diens en co­thurnes ! » (Les ac­teurs de co­mé­dies bouf­fonnes jouaient pieds nus.) Ma­crobe et Aulu-Gelle, qui ont le plus contri­bué, avec Sé­nèque, à nous conser­ver ces « Sen­tences », ne les vantent pas moins que lui. Pé­trone, qui en ad­mire l’auteur jusqu’à le mettre en pa­ral­lèle avec Ci­cé­ron, n’accorde à ce der­nier que la su­pé­rio­rité de l’éloquence : « Je crois », dit-il, « que Pu­bli­lius était plus hon­nête » (« ho­nes­tio­rem fuisse »). En­fin, La Bruyère a semé dans ses « Ca­rac­tères », qui sont sans contre­dit l’un des plus beaux ou­vrages que nous ayons en langue fran­çaise, la meilleure par­tie de ces « Sen­tences » : il en a tra­duit quelques-unes, il a donné aux autres un peu plus d’étendue, en les pré­sen­tant sous plu­sieurs angles dif­fé­rents. Je n’en rap­por­te­rai ici que deux exemples. 1o Pu­bli­lius : « La crainte de la mort est plus cruelle que la mort elle-même » (« Mor­tem ti­mere cru­de­lius est quam mori »). La Bruyère : « Il est plus dur d’appréhender la mort que de la souf­frir ». 2o Pu­bli­lius : « La vie, par elle-même, est courte, mais les mal­heurs la rendent bien longue » (« Bre­vis ipsa vita est, sed ma­lis fit lon­gior »). La Bruyère : « La vie est courte, si elle ne mé­rite ce nom que lorsqu’elle est agréable ».

  1. On ren­contre aussi les gra­phies Pu­blius Sy­rus, Pu­bli­lius Lo­chius et Pu­blia­nus, dit Pu­blian. Haut
  2. « En­tre­tiens », liv. IX, ch. 11, sect. 8. Haut
  1. « Lettres à Lu­ci­lius », lettre VIII, sect. 8. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome VI »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Dia­logues des cour­ti­sanes » (« He­tai­ri­koi Dia­lo­goi »1) et autres œuvres de Lu­cien de Sa­mo­sate2, au­teur d’expression grecque qui n’épargna dans ses sa­tires en­jouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Sy­rie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes ad­ver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon ac­cent étran­ger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pê­cheur »3. Les pa­rents de Lu­cien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le dé­part au mé­tier de sculp­teur et mirent en ap­pren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dé­gros­sir, et son oncle, homme d’un ca­rac­tère em­porté, l’en pu­nit sé­vè­re­ment. Il n’en fal­lut pas da­van­tage pour dé­goû­ter sans re­tour le jeune ap­prenti, dont le gé­nie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un mé­tier ma­nuel. Il prit dès lors la dé­ci­sion de ne plus re­mettre les pieds dans un ate­lier et se li­vra tout en­tier à l’étude des lettres. Il ra­conte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la ma­nière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­posa long­temps après et in­ti­tulé « Le Songe de Lu­cien »4. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, ac­ca­blé de fa­tigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les di­vi­ni­tés tu­té­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ainsi dire, le contem­po­rain de tous les gé­nies su­blimes qui ont existé… en te fai­sant connaître les im­mor­tels ou­vrages des grands écri­vains et les belles ac­tions des an­ciens hé­ros… Je te pro­mets, [à toi] aussi, un rang dis­tin­gué parmi ce pe­tit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont ob­tenu l’immortalité. Et lors même que tu au­ras cessé de vivre, les sa­vants ai­me­ront en­core s’entretenir avec toi dans tes écrits »5. On de­vine quelle di­vi­nité plaide ainsi et fi­nit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », ce Sy­rien re­mer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « in­tro­duit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était en­core qu’un jeune étourdi [par­lant] un lan­gage bar­bare » et por­tant une vi­laine robe orien­tale6.

  1. En grec « Ἑταιρικοὶ Διάλογοι ». Haut
  2. En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Au­tre­fois trans­crit Lu­cian de Sa­mo­sate. Haut
  3. « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut
  1. À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un su­jet dif­fé­rent. Haut
  2. « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut
  3. « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome V »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’« Apo­lo­gie des por­traits » (« Hy­per tôn ei­ko­nôn »1) et autres œuvres de Lu­cien de Sa­mo­sate2, au­teur d’expression grecque qui n’épargna dans ses sa­tires en­jouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Sy­rie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes ad­ver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon ac­cent étran­ger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pê­cheur »3. Les pa­rents de Lu­cien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le dé­part au mé­tier de sculp­teur et mirent en ap­pren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dé­gros­sir, et son oncle, homme d’un ca­rac­tère em­porté, l’en pu­nit sé­vè­re­ment. Il n’en fal­lut pas da­van­tage pour dé­goû­ter sans re­tour le jeune ap­prenti, dont le gé­nie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un mé­tier ma­nuel. Il prit dès lors la dé­ci­sion de ne plus re­mettre les pieds dans un ate­lier et se li­vra tout en­tier à l’étude des lettres. Il ra­conte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la ma­nière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­posa long­temps après et in­ti­tulé « Le Songe de Lu­cien »4. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, ac­ca­blé de fa­tigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les di­vi­ni­tés tu­té­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ainsi dire, le contem­po­rain de tous les gé­nies su­blimes qui ont existé… en te fai­sant connaître les im­mor­tels ou­vrages des grands écri­vains et les belles ac­tions des an­ciens hé­ros… Je te pro­mets, [à toi] aussi, un rang dis­tin­gué parmi ce pe­tit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont ob­tenu l’immortalité. Et lors même que tu au­ras cessé de vivre, les sa­vants ai­me­ront en­core s’entretenir avec toi dans tes écrits »5. On de­vine quelle di­vi­nité plaide ainsi et fi­nit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », ce Sy­rien re­mer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « in­tro­duit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était en­core qu’un jeune étourdi [par­lant] un lan­gage bar­bare » et por­tant une vi­laine robe orien­tale6.

  1. En grec « Ὑπὲρ τῶν εἰκόνων ». Haut
  2. En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Au­tre­fois trans­crit Lu­cian de Sa­mo­sate. Haut
  3. « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut
  1. À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un su­jet dif­fé­rent. Haut
  2. « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut
  3. « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome IV »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit d’« Alexandre, ou le Faux Pro­phète » (« Alexan­dros, ê Pseu­do­man­tis »1) et autres œuvres de Lu­cien de Sa­mo­sate2, au­teur d’expression grecque qui n’épargna dans ses sa­tires en­jouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Sy­rie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes ad­ver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon ac­cent étran­ger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pê­cheur »3. Les pa­rents de Lu­cien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le dé­part au mé­tier de sculp­teur et mirent en ap­pren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dé­gros­sir, et son oncle, homme d’un ca­rac­tère em­porté, l’en pu­nit sé­vè­re­ment. Il n’en fal­lut pas da­van­tage pour dé­goû­ter sans re­tour le jeune ap­prenti, dont le gé­nie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un mé­tier ma­nuel. Il prit dès lors la dé­ci­sion de ne plus re­mettre les pieds dans un ate­lier et se li­vra tout en­tier à l’étude des lettres. Il ra­conte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la ma­nière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­posa long­temps après et in­ti­tulé « Le Songe de Lu­cien »4. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, ac­ca­blé de fa­tigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les di­vi­ni­tés tu­té­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ainsi dire, le contem­po­rain de tous les gé­nies su­blimes qui ont existé… en te fai­sant connaître les im­mor­tels ou­vrages des grands écri­vains et les belles ac­tions des an­ciens hé­ros… Je te pro­mets, [à toi] aussi, un rang dis­tin­gué parmi ce pe­tit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont ob­tenu l’immortalité. Et lors même que tu au­ras cessé de vivre, les sa­vants ai­me­ront en­core s’entretenir avec toi dans tes écrits »5. On de­vine quelle di­vi­nité plaide ainsi et fi­nit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », ce Sy­rien re­mer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « in­tro­duit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était en­core qu’un jeune étourdi [par­lant] un lan­gage bar­bare » et por­tant une vi­laine robe orien­tale6.

  1. En grec « Ἀλέξανδρος, ἢ Ψευδόμαντις ». Haut
  2. En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Au­tre­fois trans­crit Lu­cian de Sa­mo­sate. Haut
  3. « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut
  1. À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un su­jet dif­fé­rent. Haut
  2. « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut
  3. « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de « Pro­mé­thée, ou le Cau­case » (« Pro­mê­theus, ê Kau­ka­sos »1) et autres œuvres de Lu­cien de Sa­mo­sate2, au­teur d’expression grecque qui n’épargna dans ses sa­tires en­jouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Sy­rie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes ad­ver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon ac­cent étran­ger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pê­cheur »3. Les pa­rents de Lu­cien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le dé­part au mé­tier de sculp­teur et mirent en ap­pren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dé­gros­sir, et son oncle, homme d’un ca­rac­tère em­porté, l’en pu­nit sé­vè­re­ment. Il n’en fal­lut pas da­van­tage pour dé­goû­ter sans re­tour le jeune ap­prenti, dont le gé­nie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un mé­tier ma­nuel. Il prit dès lors la dé­ci­sion de ne plus re­mettre les pieds dans un ate­lier et se li­vra tout en­tier à l’étude des lettres. Il ra­conte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la ma­nière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­posa long­temps après et in­ti­tulé « Le Songe de Lu­cien »4. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, ac­ca­blé de fa­tigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les di­vi­ni­tés tu­té­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ainsi dire, le contem­po­rain de tous les gé­nies su­blimes qui ont existé… en te fai­sant connaître les im­mor­tels ou­vrages des grands écri­vains et les belles ac­tions des an­ciens hé­ros… Je te pro­mets, [à toi] aussi, un rang dis­tin­gué parmi ce pe­tit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont ob­tenu l’immortalité. Et lors même que tu au­ras cessé de vivre, les sa­vants ai­me­ront en­core s’entretenir avec toi dans tes écrits »5. On de­vine quelle di­vi­nité plaide ainsi et fi­nit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », ce Sy­rien re­mer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « in­tro­duit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était en­core qu’un jeune étourdi [par­lant] un lan­gage bar­bare » et por­tant une vi­laine robe orien­tale6.

  1. En grec « Προμηθεύς, ἢ Καύκασος ». Haut
  2. En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Au­tre­fois trans­crit Lu­cian de Sa­mo­sate. Haut
  3. « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut
  1. À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un su­jet dif­fé­rent. Haut
  2. « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut
  3. « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Phi­lo­sophes à l’encan » (« Biôn Pra­sis »1, lit­té­ra­le­ment « La Vente des vies ») et autres œuvres de Lu­cien de Sa­mo­sate2, au­teur d’expression grecque qui n’épargna dans ses sa­tires en­jouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Sy­rie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes ad­ver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon ac­cent étran­ger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pê­cheur »3. Les pa­rents de Lu­cien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le dé­part au mé­tier de sculp­teur et mirent en ap­pren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dé­gros­sir, et son oncle, homme d’un ca­rac­tère em­porté, l’en pu­nit sé­vè­re­ment. Il n’en fal­lut pas da­van­tage pour dé­goû­ter sans re­tour le jeune ap­prenti, dont le gé­nie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un mé­tier ma­nuel. Il prit dès lors la dé­ci­sion de ne plus re­mettre les pieds dans un ate­lier et se li­vra tout en­tier à l’étude des lettres. Il ra­conte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la ma­nière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­posa long­temps après et in­ti­tulé « Le Songe de Lu­cien »4. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, ac­ca­blé de fa­tigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les di­vi­ni­tés tu­té­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ainsi dire, le contem­po­rain de tous les gé­nies su­blimes qui ont existé… en te fai­sant connaître les im­mor­tels ou­vrages des grands écri­vains et les belles ac­tions des an­ciens hé­ros… Je te pro­mets, [à toi] aussi, un rang dis­tin­gué parmi ce pe­tit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont ob­tenu l’immortalité. Et lors même que tu au­ras cessé de vivre, les sa­vants ai­me­ront en­core s’entretenir avec toi dans tes écrits »5. On de­vine quelle di­vi­nité plaide ainsi et fi­nit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », ce Sy­rien re­mer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « in­tro­duit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était en­core qu’un jeune étourdi [par­lant] un lan­gage bar­bare » et por­tant une vi­laine robe orien­tale6.

  1. En grec « Βίων Πρᾶσις ». Haut
  2. En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Au­tre­fois trans­crit Lu­cian de Sa­mo­sate. Haut
  3. « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut
  1. À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un su­jet dif­fé­rent. Haut
  2. « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut
  3. « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit du « Pas­sage de la barque, ou le Ty­ran » (« Ka­ta­plous, ê Ty­ran­nos »1) et autres œuvres de Lu­cien de Sa­mo­sate2, au­teur d’expression grecque qui n’épargna dans ses sa­tires en­jouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Sy­rie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes ad­ver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon ac­cent étran­ger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pê­cheur »3. Les pa­rents de Lu­cien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le dé­part au mé­tier de sculp­teur et mirent en ap­pren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dé­gros­sir, et son oncle, homme d’un ca­rac­tère em­porté, l’en pu­nit sé­vè­re­ment. Il n’en fal­lut pas da­van­tage pour dé­goû­ter sans re­tour le jeune ap­prenti, dont le gé­nie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un mé­tier ma­nuel. Il prit dès lors la dé­ci­sion de ne plus re­mettre les pieds dans un ate­lier et se li­vra tout en­tier à l’étude des lettres. Il ra­conte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la ma­nière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­posa long­temps après et in­ti­tulé « Le Songe de Lu­cien »4. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, ac­ca­blé de fa­tigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les di­vi­ni­tés tu­té­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ainsi dire, le contem­po­rain de tous les gé­nies su­blimes qui ont existé… en te fai­sant connaître les im­mor­tels ou­vrages des grands écri­vains et les belles ac­tions des an­ciens hé­ros… Je te pro­mets, [à toi] aussi, un rang dis­tin­gué parmi ce pe­tit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont ob­tenu l’immortalité. Et lors même que tu au­ras cessé de vivre, les sa­vants ai­me­ront en­core s’entretenir avec toi dans tes écrits »5. On de­vine quelle di­vi­nité plaide ainsi et fi­nit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Ac­cu­sa­tion », ce Sy­rien re­mer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « in­tro­duit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était en­core qu’un jeune étourdi [par­lant] un lan­gage bar­bare » et por­tant une vi­laine robe orien­tale6.

  1. En grec « Κατάπλους, ἢ Τύραννος ». Haut
  2. En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Au­tre­fois trans­crit Lu­cian de Sa­mo­sate. Haut
  3. « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut
  1. À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un su­jet dif­fé­rent. Haut
  2. « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut
  3. « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lysias, « Œuvres complètes »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Œuvres com­plètes » de Ly­sias d’Athènes1, l’un des plus grands ora­teurs de l’Antiquité (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Il exerça presque ex­clu­si­ve­ment la pro­fes­sion de « lo­go­graphe », c’est-à-dire qu’il com­posa des dis­cours pour des clients se pré­sen­tant à l’accusation ou à la dé­fense de­vant le tri­bu­nal. En ef­fet, se­lon la loi athé­nienne, les in­té­res­sés de­vaient pro­non­cer eux-mêmes leurs plai­doyers, mais ils pou­vaient en re­mettre la com­po­si­tion à des gens de ta­lent. Ly­sias ac­quit, dans ce rôle, une ré­pu­ta­tion sans égale. Pen­dant vingt ans au moins, il fut ce qu’on ap­pel­le­rait aujourd’hui l’avocat le plus en vogue d’Athènes. Il fit deux cent trente-trois plai­doyers (il nous en reste seule­ment une tren­taine), et on dit qu’il ne per­dit que deux fois le pro­cès qu’on lui avait confié. Ci­cé­ron, dont l’autorité sur ce su­jet est si res­pec­table, en parle comme d’un homme « qui écri­vait avec une dé­li­ca­tesse et une élé­gance par­faites »2, et « qu’on ose­rait presque ap­pe­ler un ora­teur ac­com­pli en tout point »3. Quin­ti­lien par­tage le même avis. « Le style de Ly­sias », dé­clare quant à lui De­nys d’Halicarnasse, « se dis­tingue par une grande pu­reté : c’est le plus par­fait mo­dèle du dia­lecte at­tique »4 ; « ja­mais ora­teur ne parla mieux le lan­gage de la per­sua­sion »5. Il ex­cel­lait sur­tout à feindre un air simple, peu re­levé, né­gligé. Il pre­nait soin de pro­por­tion­ner son style au ca­rac­tère et à l’état de son client6, qui pou­vait être le pre­mier venu — peut-être pas un homme gros­sier et illet­tré, mais en tout cas un pro­fane, un simple par­ti­cu­lier (un « idiô­tês »7), quelqu’un qui n’était pas du mé­tier ; sou­vent un homme du peuple, un cam­pa­gnard, un mar­chand ou un ar­ti­san. Un dis­cours in­gé­nieux et fleuri au­rait été ri­di­cule et sus­pect dans la bouche d’un tel no­vice. Il fal­lait que Ly­sias lui prê­tât des mots mo­dé­rés, naïfs, un peu ti­mides, dignes d’intérêt, par­lant tou­jours à l’évidence et au bon sens des juges, sans ja­mais exi­ger de leur part un grand ef­fort d’intelligence. Point de mots trop en­flam­més. Le plai­doyer de Ly­sias « Sur le meurtre d’Ératosthène » (« Hy­per tou Era­tos­the­nous pho­nou »8) de­meure un exemple in­égalé du genre. La cause dé­fen­due est celle de l’Athénien Eu­phi­lé­tos qui, ayant sur­pris sa femme et un cer­tain Éra­tos­thène en fla­grant dé­lit d’adultère, avait tué ce der­nier. L’amant avait sup­plié qu’on lui lais­sât la vie, mais Eu­phi­lé­tos l’avait frappé en criant : « Ce n’est pas [moi qui te donne] la mort, mais la loi — cette loi que tu as vio­lée, que tu as sa­cri­fiée à tes dé­bauches, ai­mant mieux cou­vrir d’un éter­nel af­front ma femme et mes en­fants ». C’est avec ce cri que s’achève le plai­doyer du mari cré­dule et trompé. « Pas un mot sur le dé­noue­ment lu­gubre de l’affaire. Dans cette re­te­nue, on re­marque tout la dé­li­ca­tesse avec la­quelle Ly­sias pro­cède : l’homme dont il est l’interprète n’est ni un violent ni un san­gui­naire, mais un mal­heu­reux contraint au meurtre par l’étendue de l’offense qu’il a su­bie »9.

  1. En grec Λυσίας ὁ Ἀθηναῖος. Haut
  2. En la­tin « egre­gie sub­ti­lis scrip­tor atque ele­gans ». Haut
  3. En la­tin « jam prope au­deas ora­to­rem per­fec­tum di­cere ». Haut
  4. En grec « Καθαρός ἐστι τὴν ἑρμηνείαν πάνυ καὶ τῆς Ἀττικῆς γλώττης ἄριστος κανών ». Haut
  5. En grec « πάντων ῥητόρων αὐτὸν εἶναι πιθανώτατον ». Haut
  1. Le ta­lent de Ly­sias pour rendre les ca­rac­tères s’appelle l’art de l’« étho­pée », ou « êtho­poiïa » (ἠθοποιΐα). Haut
  2. En grec ἰδιώτης. Haut
  3. « Ὑπὲρ τοῦ Ἐρατοσθένους φόνου ». Haut
  4. Ro­bert Laf­font et Va­len­tino Bom­piani, « Sur le meurtre d’Ératosthène ». Haut

Pseudo-Callisthène, « Le Roman d’Alexandre : vie d’Alexandre de Macédoine »

éd. Flammarion, coll. GF, Paris

éd. Flam­ma­rion, coll. GF, Pa­ris

Il s’agit de la re­cen­sion α de « La Nais­sance et la Vie d’Alexandre de Ma­cé­doine » (« Hê gen­nê­sis kai hê zôê tou Alexan­drou Ma­ke­do­nias »1), ré­cit égyp­tien d’expression grecque, plus connu sous le titre du « Ro­man d’Alexandre ». Il n’est pas un homme cé­lèbre dans l’Antiquité qui ait sol­li­cité l’imagination des peuples avec plus d’énergie qu’Alexandre le Grand. Il y a plu­sieurs rai­sons à cela. C’était un conqué­rant et « le plus ex­cu­sable des conqué­rants »2 ; sa conquête avait un ca­rac­tère gran­diose ; il avait, soit par po­li­tique, soit par va­nité, en­cou­ragé cer­taines fic­tions sur sa nais­sance et sur les liens qui l’unissaient à la di­vi­nité ; en­fin, l’esprit hu­main par­cou­rait avec com­plai­sance les trois conti­nents qu’il avait réunis, les villes pros­pères qu’il avait fon­dées et l’audace opi­niâtre qu’il avait dé­ployée. Les his­toires fa­bu­leuses sur ce hé­ros grec, qu’elles ap­par­tiennent à l’Orient ou à l’Occident, ont été ex­trê­me­ment nom­breuses et va­riées, mais toutes re­montent, par une sé­rie plus ou moins longue d’intermédiaires, à quelqu’une des cinq re­cen­sions (cinq ré­dac­tions in­dé­pen­dantes) du « Ro­man d’Alexandre » : α, β, γ, ε, λ. Le « Ro­man » ori­gi­nal n’est as­su­ré­ment pas plus de Cal­lis­thène, que de Pto­lé­mée, d’Aris­tote ou d’Ésope, aux­quels il a été éga­le­ment at­tri­bué. On es­time qu’il s’est ré­pandu d’abord comme une tra­di­tion po­pu­laire orale et qu’autour du IIIe siècle apr. J.-C. il a été ré­digé en ou­vrage par un Grec d’Alexandrie. Il a pour but évident de rat­ta­cher Alexandre à l’Égypte et d’en faire un hé­ros pro­pre­ment égyp­tien, en lui don­nant pour père Nec­ta­nébo II, der­nier pha­raon de ce pays. La pré­di­lec­tion toute par­ti­cu­lière avec la­quelle la fon­da­tion d’Alexandrie y est cé­lé­brée ; les dé­tails par­fois in­édits sur cette ville ; le re­cours à des uni­tés de temps et de lieu lo­cales ; et bien d’autres in­dices achèvent de confir­mer cette ori­gine. Je ne peux faire men­tion ici qu’en pas­sant des im­menses suc­cès du « Ro­man », qui en ont fait une œuvre uni­ver­selle. Après une imi­ta­tion ar­mé­nienne (Ve siècle), il a connu une adap­ta­tion sy­riaque (VIe siècle), qui a été à l’origine de beau­coup de tra­di­tions sur Alexandre en Perse, en Éthio­pie, en Ara­bie, et par la suite, en Tur­quie et jusqu’en Asie cen­trale. Quant à l’Europe, elle a donné du « Ro­man » au moins au­tant de ver­sions qu’elle a compté de langues ; celles en fran­çais ont été si cé­lèbres au XIIe, XIIIe, XIVe siècle, que le vers de douze syl­labes qui y ap­pa­raît pour la pre­mière fois a reçu, comme on sait, le nom d’« alexan­drin ».

  1. En grec « Ἡ γέννησις καὶ ἡ ζωὴ τοῦ Ἀλεξάνδρου Μακεδονίας ». Haut
  1. Vol­taire, « Dic­tion­naire phi­lo­so­phique », art. « Juifs ». Haut

Pseudo-Callisthène, « Le Roman d’Alexandre : la vie et les hauts faits d’Alexandre de Macédoine »

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Pa­ris

Il s’agit de la re­cen­sion β de « La Nais­sance et la Vie d’Alexandre de Ma­cé­doine » (« Hê gen­nê­sis kai hê zôê tou Alexan­drou Ma­ke­do­nias »1), ré­cit égyp­tien d’expression grecque, plus connu sous le titre du « Ro­man d’Alexandre ». Il n’est pas un homme cé­lèbre dans l’Antiquité qui ait sol­li­cité l’imagination des peuples avec plus d’énergie qu’Alexandre le Grand. Il y a plu­sieurs rai­sons à cela. C’était un conqué­rant et « le plus ex­cu­sable des conqué­rants »2 ; sa conquête avait un ca­rac­tère gran­diose ; il avait, soit par po­li­tique, soit par va­nité, en­cou­ragé cer­taines fic­tions sur sa nais­sance et sur les liens qui l’unissaient à la di­vi­nité ; en­fin, l’esprit hu­main par­cou­rait avec com­plai­sance les trois conti­nents qu’il avait réunis, les villes pros­pères qu’il avait fon­dées et l’audace opi­niâtre qu’il avait dé­ployée. Les his­toires fa­bu­leuses sur ce hé­ros grec, qu’elles ap­par­tiennent à l’Orient ou à l’Occident, ont été ex­trê­me­ment nom­breuses et va­riées, mais toutes re­montent, par une sé­rie plus ou moins longue d’intermédiaires, à quelqu’une des cinq re­cen­sions (cinq ré­dac­tions in­dé­pen­dantes) du « Ro­man d’Alexandre » : α, β, γ, ε, λ. Le « Ro­man » ori­gi­nal n’est as­su­ré­ment pas plus de Cal­lis­thène, que de Pto­lé­mée, d’Aris­tote ou d’Ésope, aux­quels il a été éga­le­ment at­tri­bué. On es­time qu’il s’est ré­pandu d’abord comme une tra­di­tion po­pu­laire orale et qu’autour du IIIe siècle apr. J.-C. il a été ré­digé en ou­vrage par un Grec d’Alexandrie. Il a pour but évident de rat­ta­cher Alexandre à l’Égypte et d’en faire un hé­ros pro­pre­ment égyp­tien, en lui don­nant pour père Nec­ta­nébo II, der­nier pha­raon de ce pays. La pré­di­lec­tion toute par­ti­cu­lière avec la­quelle la fon­da­tion d’Alexandrie y est cé­lé­brée ; les dé­tails par­fois in­édits sur cette ville ; le re­cours à des uni­tés de temps et de lieu lo­cales ; et bien d’autres in­dices achèvent de confir­mer cette ori­gine. Je ne peux faire men­tion ici qu’en pas­sant des im­menses suc­cès du « Ro­man », qui en ont fait une œuvre uni­ver­selle. Après une imi­ta­tion ar­mé­nienne (Ve siècle), il a connu une adap­ta­tion sy­riaque (VIe siècle), qui a été à l’origine de beau­coup de tra­di­tions sur Alexandre en Perse, en Éthio­pie, en Ara­bie, et par la suite, en Tur­quie et jusqu’en Asie cen­trale. Quant à l’Europe, elle a donné du « Ro­man » au moins au­tant de ver­sions qu’elle a compté de langues ; celles en fran­çais ont été si cé­lèbres au XIIe, XIIIe, XIVe siècle, que le vers de douze syl­labes qui y ap­pa­raît pour la pre­mière fois a reçu, comme on sait, le nom d’« alexan­drin ».

  1. En grec « Ἡ γέννησις καὶ ἡ ζωὴ τοῦ Ἀλεξάνδρου Μακεδονίας ». Haut
  1. Vol­taire, « Dic­tion­naire phi­lo­so­phique », art. « Juifs ». Haut