Aller au contenu

Mot-clefmythologie

sujet

Gogol, «Œuvres complètes»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit des «Âmes mortes» («Miort­vyïé dou­chi»*) et autres œuvres de Nico­las Gogol**. L’un des infor­ma­teurs du vicomte de Vogüé pour «Le Roman russe», un vieil homme de lettres***, lui avait dit un jour : «Nous sommes tous sor­tis du “Man­teau” de Gogol»****. Cette for­mule, pro­non­cée en fran­çais, a plu. Elle témoigne du fait que Gogol était deve­nu le modèle de la prose, comme Pou­ch­kine — le modèle de la poé­sie. Elle a beau­coup été citée. On la connaît. On connaît bien moins Gogol lui-même qui, à plu­sieurs égards, était un homme étrange et mys­té­rieux. On peut le dire, il y avait en lui quelque chose du démon. Un pou­voir sur­na­tu­rel fai­sait étin­ce­ler ses yeux; et il sem­blait, par moments, que l’irrationnel et l’effrayant le péné­traient de part en part et impri­maient sur ses œuvres une marque inef­fa­çable. Si, ensuite, la lit­té­ra­ture russe s’est signa­lée par une cer­taine exal­ta­tion déré­glée, tour­men­tée, une cer­taine contra­dic­tion inté­rieure, une psy­chose guet­tant constam­ment, cachée au tour­nant; si elle a même favo­ri­sé ces carac­tères, elle a sui­vi en cela l’exemple de Gogol. Cet auteur mi-russe, mi-ukrai­nien avait une nature double et vivait dans un monde dédou­blé — le monde réel et le monde des rêves lou­foques, ter­ri­fiants. Et non seule­ment ces deux mondes paral­lèles se ren­con­traient, mais encore ils se contor­sion­naient et se confon­daient d’une façon extra­va­gante dans son esprit déli­rant, un peu «comme deux piliers qui se reflètent dans l’eau se livrent aux contor­sions les plus folles quand les remous de l’onde s’y prêtent»*****. C’est «Le Nez» («Nos»******), ana­gramme du «Rêve» («Son»*******), où ce génie si par­ti­cu­lier de Gogol s’est déployé libre­ment pour la toute pre­mière fois. Que l’on pense au début de la nou­velle : «À son immense stu­pé­fac­tion, il s’aperçut que la place que son nez devait occu­per ne pré­sen­tait plus qu’une sur­face lisse! Tout alar­mé, Kova­liov se fit appor­ter de l’eau et se frot­ta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien dis­pa­ru!» Toutes les fon­da­tions du réel vacillent. Mais le fonc­tion­naire gogo­lien est à peine conscient de ce qui lui arrive. Confron­té à une ville absurde, fan­tas­ma­go­rique, un «Gogol­grad» inquié­tant, où le diable lui-même allume les lampes et éclaire les choses pour les mon­trer sous un aspect illu­soire, ce petit homme gru­gé, muti­lé, floué avance à tâtons dans la brume, en s’accrochant orgueilleu­se­ment et pué­ri­le­ment à ses fonc­tions et à son grade. «La ville a beau lui jouer les tours les plus pen­dables, le ber­ner ou le châ­trer momen­ta­né­ment, ce per­son­nage… insi­gni­fiant ne renonce jamais à s’incruster, à s’enraciner, fût-ce dans l’inexistant. [Il] res­te­ra cha­touilleux sur son grade et ses pré­ro­ga­tives bureau­cra­tiques jusqu’à [sa] dis­so­lu­tion com­plète dans le non-être… Inchan­gé, il réap­pa­raî­tra chez un Kaf­ka», explique M. Georges Nivat.

* En russe «Мёртвые души». Par­fois trans­crit «Miort­via dou­chi», «Meurt­via dou­chi», «Miort­vyye dushi», «Myort­vyye dushi» ou «Mert­vye duši». Haut

** En russe Николай Гоголь. Par­fois trans­crit Niko­laj Gogol, Niko­laï Gogol ou Nico­laï Gogol. Haut

*** Sans doute Dmi­tri Gri­go­ro­vitch. Une remarque à la page 208 du «Roman russe» le laisse pen­ser : «M. Gri­go­ro­vitch, qui tient une place hono­rée dans les lettres…, m’a confir­mé cette anec­dote». Haut

**** «Le Roman russe», p. 96. Haut

***** Vla­di­mir Nabo­kov, «Niko­laï Gogol». Haut

****** En russe «Нос». Haut

******* En russe «Сон». Haut

Hugo, «Les Chants du crépuscule • Les Voix intérieures • Les Rayons et les Ombres»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Rayons et les Ombres» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Les Orientales • Les Feuilles d’automne»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Feuilles d’automne» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

Hugo, «Odes et Ballades»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Odes et Bal­lades» et autres œuvres de Vic­tor Hugo (XIXe siècle). Il faut recon­naître que Hugo est non seule­ment le pre­mier en rang des écri­vains de langue fran­çaise, depuis que cette langue a été fixée; mais le seul qui ait un droit vrai­ment abso­lu à ce titre d’écrivain dans sa pleine accep­tion. Toutes les caté­go­ries de l’histoire lit­té­raire se trouvent en lui déjouées. La cri­tique qui vou­drait démê­ler cette figure tita­nique, stu­pé­fiante, tenant quelque chose de la divi­ni­té, est en pré­sence du pro­blème le plus inso­luble. Fut-il poète, roman­cier ou pen­seur? Fut-il spi­ri­tua­liste ou réa­liste? Il fut tout cela et plus encore. Cet homme lais­sa l’empreinte de ses pas sur tous les che­mins de l’esprit, ser­vit de com­man­dant dans toutes les luttes de l’art; de sorte qu’aucune des familles qui se par­tagent l’espèce humaine au phy­sique et au moral ne peut se l’attribuer entiè­re­ment. Avec sa mort, c’est tout un monde cyclo­péen d’idées, d’impressions qui s’en va; un conti­nent de gra­nit qui se détache avec fra­cas. «Si j’ouvre un livre de Vic­tor Hugo au hasard, car on ne sau­rait choi­sir», écrit Jules Renard*, «il est… une mon­tagne, une mer, ce qu’on vou­dra, excep­té quelque chose à quoi puissent se com­pa­rer les autres hommes.» «Qui pour­rait dire : “J’aime ceci ou cela dans Hugo”?», demande Édouard Dru­mont**. «Comme l’océan, comme la mon­tagne, comme la forêt, ce génie éveille l’idée de l’infini. Ce qu’on aime dans l’océan, ce n’est point une vague, ce sont des vagues inces­sam­ment renou­ve­lées; ce qu’on aime dans la forêt, ce n’est point un arbre ou une feuille, ce sont ces mil­liers d’arbres et ces mil­liers de feuilles qui confondent leur ver­dure et leur bruit.»

* «Jour­nal», le 13 juillet 1893. Haut

** Dans «Vic­tor Hugo devant l’opinion». Haut

«Quatre Sagas légendaires d’Islande»

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge européen, Grenoble

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge euro­péen, Gre­noble

Il s’agit de la «Saga d’Egil le Man­chot et d’Asmund Tueur-de-guer­riers-fauves» («Egils Saga ein­hen­da ok Ásmun­dar ber­serk­ja­ba­na») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Sturlungar»

éd. Les Belles Lettres, coll. Classiques du Nord-Racines, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Clas­siques du Nord-Racines, Paris

Il s’agit de la «Saga des Stur­lun­gar» («Stur­lun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Vikings de Jómsborg, “Jómsvíkinga Saga”»

éd. Heimdal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

éd. Heim­dal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

Il s’agit des «Vikings de Jóm­sborg» («Jóm­sví­kin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga [des Völsungar :] Sigurðr ou la parole donnée»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Scandinavie, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Scan­di­na­vie, Paris

Il s’agit de la «Saga des Völ­sun­gar» («Völ­sun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga de Gunnlaugr Langue-de-serpent • La Saga de Hallfredr le Scalde difficile»

éd. Joseph K., Nantes

éd. Joseph K., Nantes

Il s’agit de la «Saga de Gunn­lau­gr Langue-de-ser­pent» («Gunn­laugs Saga orm­stun­gu») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Deux Sagas islandaises légendaires»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit de la «Saga de Gau­tre­kr» («Gau­treks Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Orcadiens, “Orkneyinga Saga”»

éd. Aubier, Paris

éd. Aubier, Paris

Il s’agit de la «Saga des Orca­diens» («Ork­neyin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Saga de Hrólfr kraki, “Hrólfs Saga kraka”»

éd. Anacharsis, Toulouse

éd. Ana­char­sis, Tou­louse

Il s’agit de la «Saga de Hról­fr kra­ki» («Hrólfs Saga kra­ka») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Les Sagas miniatures, “Þættir”»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit du «Dit d’Ormr fils de Stóról­fr» («Orms Þát­tr Stórólf­sso­nar») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut