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«Textes mathématiques babyloniens»

éd. E. J. Brill, Leyde

éd. E. J. Brill, Leyde

Il s’agit de textes mathé­ma­tiques méso­po­ta­miens. La masse impo­sante de tablettes mathé­ma­tiques cunéi­formes, déchif­frée, tra­duite et com­men­tée dans les décen­nies 1920-1940 en fran­çais par Fran­çois Thu­reau-Dan­gin et en alle­mand par Otto Eduard Neu­ge­bauer, reste assez mécon­nue en dehors du cercle res­treint des spé­cia­listes. Pour­tant, ces tablettes mathé­ma­tiques sont un fait cultu­rel unique et pro­di­gieux eu égard à leur anti­qui­té, qui remonte le plus sou­vent à l’ère paléo­ba­by­lo­nienne (2004-1595 av. J.-C.) et par­fois avant. Elles témoignent, dans le manie­ment des nombres, d’un immense savoir arith­mé­tique et algé­brique, qui ne sera redé­cou­vert qu’au IIIe siècle apr. J.-C. par Dio­phante, le «Baby­lo­nien hel­lé­ni­sé», qui lui impo­se­ra le moule de la logique grecque pour en créer l’algèbre; celle-ci sera à son tour reprise et por­tée à sa per­fec­tion par les Arabes au VIIIe-IXe siècle. Ain­si, la mai­son de la sagesse de Bag­dad suc­cé­de­ra, par-delà les siècles, à des mai­sons de la sagesse méso­po­ta­miennes, dis­pa­rues sous les sables ira­kiens. «Ce n’est pas dans les milieux pytha­go­ri­ciens de la Grèce antique, au VIe siècle av. J.-C., que sont nées la théo­rie des nombres et l’arithmétique théo­rique. C’est à Baby­lone, au cœur de l’Irak actuel…»* Com­ment expli­quer que la tra­di­tion grecque soit muette à ce sujet? Autant elle se plaît à faire hon­neur aux Égyp­tiens et à leur dieu-scribe Thoth, aux­quels elle attri­bue à tort l’invention «des nombres, du cal­cul, de la géo­mé­trie et de l’astronomie, des jeux [de dames] et de l’écriture»**; autant elle ne dit rien des Méso­po­ta­miens, qui en sont les pre­miers maîtres et les véri­tables ins­ti­ga­teurs. Sans doute les Mèdes, puis les Perses, en pre­nant pos­ses­sion de la Méso­po­ta­mie dès le VIIe siècle av. J.-C., en ont-ils inter­dit l’accès aux Grecs his­to­ri­que­ment, géo­gra­phi­que­ment. Sans doute ces der­niers, éprou­vés par leur guerre de défense contre l’Empire perse, ont-ils été por­tés à jeter le dis­cré­dit sur le savoir des enva­his­seurs. Il n’empêche que l’aventure numé­rique débute à Sumer, Akkad et Baby­lone, et nulle part ailleurs.

* Roger Cara­ti­ni, «Les Mathé­ma­ti­ciens de Baby­lone», p. 174. Haut

** Pla­ton, «Phèdre», 274d. Haut

«Étude sur les arguments de Zénon d’Élée contre le mouvement»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Zénon d’Élée*, célèbre auteur de para­doxes (Ve siècle av. J.-C.). Il ne paraît pas avoir été mathé­ma­ti­cien, ni phy­si­cien; mais ses fameux «Argu­ments contraires» («Anti­lo­giai»**) ont fait autant pour les prin­cipes des mathé­ma­tiques et de la phy­sique que pour ceux de la phi­lo­so­phie. C’était un homme bien fait, d’une figure agréable, un dis­ciple dévoué de Par­mé­nide, et quelques écri­vains pré­tendent «qu’il devint le mignon de son maître»***. Il ne quit­tait que très rare­ment son Élée natale, «cité modeste, tout juste bonne à pro­duire des hommes de valeur»****. Plus tard, cette cité étant tom­bée, on ne sait com­ment, sous le joug d’un tyran appe­lé Néarque, Zénon entre­prit de la déli­vrer à l’aide de com­plices. La conspi­ra­tion ayant été décou­verte, il fut empri­son­né et périt dans d’horribles sup­plices, où il mon­tra un carac­tère héroïque. Cette affaire est rap­por­tée avec mille variantes par les écri­vains. Je n’en don­ne­rai qu’une : Tor­tu­ré et inter­ro­gé sur ses com­plices, Zénon nom­ma les amis du tyran pour pri­ver celui-ci de tous ses appuis. Néarque, après les avoir fait mou­rir, l’interrogea sur les armes qu’il avait trans­por­tées dans une île voi­sine. Zénon lui dit qu’il lui répon­drait à l’oreille; le tyran s’étant appro­ché, Zénon lui mor­dit l’oreille et ne relâ­cha pas sa prise avant d’être per­cé de coups et tué. Aujourd’hui, il ne reste des ouvrages de Zénon que les «Argu­ments contraires» concer­nant le mou­ve­ment, trans­mis jusqu’à nous grâce à la réfu­ta­tion d’Aris­tote et aux cita­tions de Sim­pli­cius. Ces «Argu­ments» inté­ressent au plus haut point l’histoire des sciences, en ceci qu’ils fixent pour la pre­mière fois l’attention sur le pro­blème de l’infinitésimal et sur les dif­fi­cul­tés logiques aux­quelles se heurtent les cal­culs qui jonglent avec l’infini. Le poète Paul Valé­ry résu­me­ra les deux «Argu­ments» les plus connus, «Achille et la Tor­tue» et «La Flèche qui vole», par ces vers : «Zénon, cruel Zénon!… M’as-tu per­cé de cette flèche ailée qui vibre, vole et qui ne vole pas!… Achille immo­bile à grands pas!»

* En grec Ζήνων ὁ Ἐλεάτης. Éga­le­ment connu sous le nom de Zénon le Par­mé­ni­dien. En grec Ζήνων ὁ Παρμενίδειος. À ne pas confondre avec Zénon de Cition, le fon­da­teur du stoï­cisme. Haut

** En grec «Ἀντιλογίαι». Haut

*** «λέγεσθαι αὐτὸν παιδικὰ τοῦ Παρμενίδου γεγονέναι» (Pla­ton). «γέγονεν αὐτοῦ παιδικά» (Dio­gène Laërce). Haut

**** Dio­gène Laërce. Haut

Euclide, «Les Éléments. Tome II»

éd. Presses universitaires de France, coll. Bibliothèque d’histoire des sciences, Paris

éd. Presses uni­ver­si­taires de France, coll. Biblio­thèque d’histoire des sciences, Paris

Il s’agit des «Élé­ments» («Ta Stoi­cheia»*) ou «Ensei­gne­ment élé­men­taire» («Hê Stoi­cheiô­sis»**) d’Euclide d’Alexandrie***, célèbre savant grec, dont le nom est pour la géo­mé­trie ce qu’est le nom d’Einstein pour la phy­sique. La science grecque est essen­tiel­le­ment déduc­tive. C’est avec elle que l’esprit humain conçoit, pour la pre­mière fois, la pos­si­bi­li­té de poser un petit nombre de prin­cipes et d’en déduire un ensemble de véri­tés qui en soient la consé­quence néces­saire. Les «Élé­ments» d’Euclide passent pour le modèle du genre. Ils débutent par une liste d’«axiomes» (c’est-à-dire de prin­cipes que l’on demande au lec­teur d’admettre sans démons­tra­tion), énon­cés de telle sorte qu’ils peuvent être accep­tés par cha­cun; tout en étant aus­si peu nom­breux que pos­sible (envi­ron une dizaine), ils suf­fisent à assu­rer la construc­tion de tout l’édifice mathé­ma­tique. Dans une pre­mière lec­ture, l’on serait ten­té de croire qu’Euclide est l’inventeur de ce genre de construc­tion. Il ne cite aucun nom de pré­dé­ces­seur; des pro­po­si­tions que nous dési­gnons sous les noms de «théo­rème de Pytha­gore» ou «de Tha­lès» prennent place dans ses «Élé­ments» sans que soient rap­pe­lés ceux qui les ont énon­cées en pre­mier. Cepen­dant, Euclide a beau ne pas citer ses sources, son œuvre décèle une diver­si­té d’inspirations qui ne trompe pas; elle n’est pas et ne sau­rait être l’œuvre d’une seule intel­li­gence. Des géo­mètres plus anciens — Hip­po­crate de Chios****, Her­mo­time de Colo­phon*****, Eudoxe de Cnide******, Théé­tète d’Athènes*******, Theu­dios de Magné­sie******** — avaient écrit des «Élé­ments». Le mérite d’Euclide est d’avoir réuni leurs démons­tra­tions et sur­tout d’avoir com­po­sé un tout qui, par un enchaî­ne­ment plus exact, fit oublier les ouvrages écrits avant le sien, qui devint le plus impor­tant sur cette matière. Voi­ci ce qu’en dit Pro­clus dans ses «Com­men­taires aux “Élé­ments”» : «En ras­sem­blant des “Élé­ments”, Euclide en a coor­don­né beau­coup d’Eudoxe, per­fec­tion­né beau­coup de Théé­tète et évo­qué dans d’irréfutables démons­tra­tions ceux que ses pré­dé­ces­seurs avaient mon­trés d’une manière relâ­chée»

* En grec «Τὰ Στοιχεῖα». Haut

** En grec «Ἡ Στοιχείωσις». Haut

*** En grec Εὐκλείδης. Autre­fois trans­crit Euclides. On l’a long­temps confon­du avec Euclide de Mégare, phi­lo­sophe, «bien qu’ils n’aient pas été contem­po­rains et qu’ils aient dif­fé­ré l’un de l’autre autant par leur genre d’esprit… que par la nature de leurs tra­vaux» (Louis Figuier). Haut

**** En grec Ἱπποκράτης ὁ Χῖος. Par­fois trans­crit Hip­po­crate de Chio. À ne pas confondre avec Hip­po­crate de Cos, le célèbre méde­cin, qui vécut à la même époque. Haut

***** En grec Ἑρμότιμος ὁ Κολοφώνιος. Haut

****** En grec Εὔδοξος ὁ Κνίδιος. Haut

******* En grec Θεαίτητος ὁ Ἀθηναῖος. Haut

******** En grec Θεύδιος ὁ Μάγνης. Haut

Euclide, «Les Éléments. Tome I»

éd. Presses universitaires de France, coll. Bibliothèque d’histoire des sciences, Paris

éd. Presses uni­ver­si­taires de France, coll. Biblio­thèque d’histoire des sciences, Paris

Il s’agit des «Élé­ments» («Ta Stoi­cheia»*) ou «Ensei­gne­ment élé­men­taire» («Hê Stoi­cheiô­sis»**) d’Euclide d’Alexandrie***, célèbre savant grec, dont le nom est pour la géo­mé­trie ce qu’est le nom d’Einstein pour la phy­sique. La science grecque est essen­tiel­le­ment déduc­tive. C’est avec elle que l’esprit humain conçoit, pour la pre­mière fois, la pos­si­bi­li­té de poser un petit nombre de prin­cipes et d’en déduire un ensemble de véri­tés qui en soient la consé­quence néces­saire. Les «Élé­ments» d’Euclide passent pour le modèle du genre. Ils débutent par une liste d’«axiomes» (c’est-à-dire de prin­cipes que l’on demande au lec­teur d’admettre sans démons­tra­tion), énon­cés de telle sorte qu’ils peuvent être accep­tés par cha­cun; tout en étant aus­si peu nom­breux que pos­sible (envi­ron une dizaine), ils suf­fisent à assu­rer la construc­tion de tout l’édifice mathé­ma­tique. Dans une pre­mière lec­ture, l’on serait ten­té de croire qu’Euclide est l’inventeur de ce genre de construc­tion. Il ne cite aucun nom de pré­dé­ces­seur; des pro­po­si­tions que nous dési­gnons sous les noms de «théo­rème de Pytha­gore» ou «de Tha­lès» prennent place dans ses «Élé­ments» sans que soient rap­pe­lés ceux qui les ont énon­cées en pre­mier. Cepen­dant, Euclide a beau ne pas citer ses sources, son œuvre décèle une diver­si­té d’inspirations qui ne trompe pas; elle n’est pas et ne sau­rait être l’œuvre d’une seule intel­li­gence. Des géo­mètres plus anciens — Hip­po­crate de Chios****, Her­mo­time de Colo­phon*****, Eudoxe de Cnide******, Théé­tète d’Athènes*******, Theu­dios de Magné­sie******** — avaient écrit des «Élé­ments». Le mérite d’Euclide est d’avoir réuni leurs démons­tra­tions et sur­tout d’avoir com­po­sé un tout qui, par un enchaî­ne­ment plus exact, fit oublier les ouvrages écrits avant le sien, qui devint le plus impor­tant sur cette matière. Voi­ci ce qu’en dit Pro­clus dans ses «Com­men­taires aux “Élé­ments”» : «En ras­sem­blant des “Élé­ments”, Euclide en a coor­don­né beau­coup d’Eudoxe, per­fec­tion­né beau­coup de Théé­tète et évo­qué dans d’irréfutables démons­tra­tions ceux que ses pré­dé­ces­seurs avaient mon­trés d’une manière relâ­chée»

* En grec «Τὰ Στοιχεῖα». Haut

** En grec «Ἡ Στοιχείωσις». Haut

*** En grec Εὐκλείδης. Autre­fois trans­crit Euclides. On l’a long­temps confon­du avec Euclide de Mégare, phi­lo­sophe, «bien qu’ils n’aient pas été contem­po­rains et qu’ils aient dif­fé­ré l’un de l’autre autant par leur genre d’esprit… que par la nature de leurs tra­vaux» (Louis Figuier). Haut

**** En grec Ἱπποκράτης ὁ Χῖος. Par­fois trans­crit Hip­po­crate de Chio. À ne pas confondre avec Hip­po­crate de Cos, le célèbre méde­cin, qui vécut à la même époque. Haut

***** En grec Ἑρμότιμος ὁ Κολοφώνιος. Haut

****** En grec Εὔδοξος ὁ Κνίδιος. Haut

******* En grec Θεαίτητος ὁ Ἀθηναῖος. Haut

******** En grec Θεύδιος ὁ Μάγνης. Haut

Lucrèce, «Œuvres complètes. De la Nature des choses»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «De rerum Natu­ra» («De la Nature des choses») de Lucrèce*, poète latin qui avait l’ambition de péné­trer dans les secrets de l’univers et de nous y faire péné­trer avec lui; de fouiller dans cet infi­ni pour mon­trer que tout phé­no­mène phy­sique, tout ce qui s’accomplit autour de nous est la consé­quence de lois simples, par­fai­te­ment immuables; d’établir, enfin, d’une puis­sante façon les atomes comme pre­miers prin­cipes de la nature, en fai­sant table rase des fic­tions reli­gieuses et des super­sti­tions (Ier siècle av. J.-C.). Ni le titre ni le sujet du «De rerum Natu­ra» ne sont de Lucrèce; ils appar­tiennent pro­pre­ment à Épi­cure. Lucrèce, tout char­mé par les décou­vertes que ce savant grec avait faites dans son «Peri phy­seôs»**De la Nature»), a joint aux sys­tèmes de ce pen­seur l’agrément et la force des expres­sions; il a enduit, comme il dit, la véri­té amère des connais­sances avec «la jaune liqueur du doux miel» de la poé­sie : «Et certes, je ne me cache pas», ajoute-t-il***, «qu’il est dif­fi­cile de rendre claires, dans des vers latins, les obs­cures décou­vertes des Grecs — sur­tout main­te­nant qu’il va fal­loir créer tant de termes nou­veaux, à cause de l’indigence de notre langue et de la nou­veau­té du sujet. Mais ton mérite et le plai­sir que me pro­met une ami­tié si tendre, me per­suadent d’entreprendre le plus pénible tra­vail et m’engagent à veiller dans le calme des nuits, cher­chant par quelles paroles, par quels vers enfin je pour­rai faire luire à tes yeux une vive lumière qui t’aide à voir sous toutes leurs faces nos mys­té­rieux pro­blèmes».

* En latin Titus Lucre­tius Carus. Haut

** En grec «Περὶ φύσεως». Haut

*** p. 65. Haut

Homère, «Odyssée»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «L’Odyssée»* d’Homère**. «Le chantre des exploits héroïques, l’interprète des dieux, le second soleil dont s’éclairait la Grèce, la lumière des Muses, la voix tou­jours jeune du monde entier, Homère, il est là, étran­ger, sous le sable de ce rivage», dit une épi­gramme funé­raire***. On sait qu’Alexandre de Macé­doine por­tait tou­jours avec lui une copie des chants d’Homère, et qu’il consa­crait à la garde de ce tré­sor une cas­sette pré­cieuse, enri­chie d’or et de pier­re­ries, trou­vée par­mi les effets du roi Darius. Alexandre mou­rut; l’immense Empire qu’il avait ras­sem­blé pour un ins­tant tom­ba en ruines; mais par­tout où avaient volé les semences de la culture grecque, les chants d’Homère avaient fait le voyage mys­té­rieux. Par­tout, sur les bords de la Médi­ter­ra­née, on par­lait grec, on écri­vait avec les lettres grecques, et nulle part davan­tage que dans cette ville à l’embouchure du Nil, qui por­tait le nom de son fon­da­teur : Alexan­drie. «C’est là que se fai­saient les pré­cieuses copies des chants, là que s’écrivaient ces savants com­men­taires, dont la plu­part ont péri six ou sept siècles plus tard avec la fameuse biblio­thèque d’Alexandrie, que fit brû­ler le calife Omar, ce bien­fai­teur des éco­liers», dit Frie­drich Spiel­ha­gen****. Les Romains recueillirent, autant qu’il était pos­sible à un peuple guer­rier et igno­rant, l’héritage du génie grec. Et c’était Homère qu’on met­tait entre les mains du jeune Romain comme élé­ment de son édu­ca­tion, et dont il conti­nuait plus tard l’étude dans les hautes écoles d’Athènes. Si Eschyle dit que ses tra­gé­dies ne sont que «les reliefs des grands fes­tins d’Homère»*****, on peut le dire avec encore plus de rai­son des Romains, qui s’invitent chez Homère et reviennent avec quelque croûte à gru­ger, un mor­ceau de car­ti­lage des mets qu’on a ser­vis.

* En grec «Ὀδύσσεια». Haut

** En grec Ὅμηρος. Haut

*** En grec «Ἡρώων κάρυκ’ ἀρετᾶς, μακάρων δὲ προφήταν, Ἑλλάνων βιοτᾷ δεύτερον ἀέλιον, Μουσῶν φέγγος Ὅμηρον, ἀγήραντον στόμα κόσμου παντός, ἁλιρροθία, ξεῖνε, κέκευθε κόνις». Anti­pa­ter de Sidon dans «Antho­lo­gie grecque, d’après le manus­crit pala­tin». Haut

**** «Homère», p. 513. Haut

***** En grec «τεμάχη τῶν Ὁμήρου μεγάλων δείπνων». Athé­née, «Ban­quet des savants». Haut

Homère, «Iliade»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «L’Iliade»* d’Homère**. «Le chantre des exploits héroïques, l’interprète des dieux, le second soleil dont s’éclairait la Grèce, la lumière des Muses, la voix tou­jours jeune du monde entier, Homère, il est là, étran­ger, sous le sable de ce rivage», dit une épi­gramme funé­raire***. On sait qu’Alexandre de Macé­doine por­tait tou­jours avec lui une copie des chants d’Homère, et qu’il consa­crait à la garde de ce tré­sor une cas­sette pré­cieuse, enri­chie d’or et de pier­re­ries, trou­vée par­mi les effets du roi Darius. Alexandre mou­rut; l’immense Empire qu’il avait ras­sem­blé pour un ins­tant tom­ba en ruines; mais par­tout où avaient volé les semences de la culture grecque, les chants d’Homère avaient fait le voyage mys­té­rieux. Par­tout, sur les bords de la Médi­ter­ra­née, on par­lait grec, on écri­vait avec les lettres grecques, et nulle part davan­tage que dans cette ville à l’embouchure du Nil, qui por­tait le nom de son fon­da­teur : Alexan­drie. «C’est là que se fai­saient les pré­cieuses copies des chants, là que s’écrivaient ces savants com­men­taires, dont la plu­part ont péri six ou sept siècles plus tard avec la fameuse biblio­thèque d’Alexandrie, que fit brû­ler le calife Omar, ce bien­fai­teur des éco­liers», dit Frie­drich Spiel­ha­gen****. Les Romains recueillirent, autant qu’il était pos­sible à un peuple guer­rier et igno­rant, l’héritage du génie grec. Et c’était Homère qu’on met­tait entre les mains du jeune Romain comme élé­ment de son édu­ca­tion, et dont il conti­nuait plus tard l’étude dans les hautes écoles d’Athènes. Si Eschyle dit que ses tra­gé­dies ne sont que «les reliefs des grands fes­tins d’Homère»*****, on peut le dire avec encore plus de rai­son des Romains, qui s’invitent chez Homère et reviennent avec quelque croûte à gru­ger, un mor­ceau de car­ti­lage des mets qu’on a ser­vis.

* En grec «Ἰλιάς». Haut

** En grec Ὅμηρος. Haut

*** En grec «Ἡρώων κάρυκ’ ἀρετᾶς, μακάρων δὲ προφήταν, Ἑλλάνων βιοτᾷ δεύτερον ἀέλιον, Μουσῶν φέγγος Ὅμηρον, ἀγήραντον στόμα κόσμου παντός, ἁλιρροθία, ξεῖνε, κέκευθε κόνις». Anti­pa­ter de Sidon dans «Antho­lo­gie grecque, d’après le manus­crit pala­tin». Haut

**** «Homère», p. 513. Haut

***** En grec «τεμάχη τῶν Ὁμήρου μεγάλων δείπνων». Athé­née, «Ban­quet des savants». Haut

Diogène Laërce, «Vies et Doctrines des philosophes illustres»

éd. Librairie générale française, coll. La Pochothèque-Classiques modernes, Paris

éd. Librai­rie géné­rale fran­çaise, coll. La Pocho­thèque-Clas­siques modernes, Paris

Il s’agit d’un expo­sé de Dio­gène Laërce* (IIIe siècle apr. J.-C.) sur les «Vies, doc­trines et apoph­tegmes»** de quatre-vingt-quatre phi­lo­sophes grecs. À vrai dire, Dio­gène Laërce n’a qu’une connais­sance indi­recte de la phi­lo­so­phie, qu’il trouve dans des antho­lo­gies tar­dives et qu’il ramasse sans exa­men et avec cette indif­fé­rence pour la véri­té qui est un des carac­tères de la médio­cri­té d’esprit. Il ne se pose comme but qu’une his­toire popu­laire des phi­lo­sophes, où leurs saillies, leurs actions ingé­nieuses, leurs pointes d’esprit, leur mort acci­den­telle en man­geant un poulpe cru (Dio­gène de Sinope) ou en tré­bu­chant de nuit sur une cuvette (Xéno­crate) l’emportent presque sur leurs doc­trines. Non seule­ment les grandes étapes de la pen­sée grecque lui échappent, mais il ignore les influences subies d’une école à l’autre. «On le sent», dit un tra­duc­teur***, «très sou­vent per­du, ne com­pre­nant les idées qu’à demi, émer­veillé par ce qu’il com­prend, l’expliquant alors pas à pas, avec des redites, sans faire grâce au lec­teur du moindre détail». Et cepen­dant, l’utilité d’un ouvrage ne se mesure pas tou­jours à sa régu­la­ri­té et sa gran­deur. Cette com­pi­la­tion informe ren­ferme des maté­riaux d’un prix ines­ti­mable qu’on cher­che­rait vai­ne­ment ailleurs; elle retrace la pré­sence concrète et vivante des phi­lo­sophes «à la Cour des princes, au mar­ché, à une table d’auberge, aux bains, à la palestre, à l’école… là où les idées et la vie se rejoignent dans une forme de sagesse au quo­ti­dien», comme explique Mme Marie-Odile Gou­let-Cazé****. Avec quelle net­te­té Dio­gène Laërce des­sine par exemple la figure d’Aris­tote! Quel por­trait pit­to­resque et fami­lier il en donne par une heu­reuse accu­mu­la­tion de maximes! Je ne sais laquelle est la plus riche de sens et la plus mémo­rable, du «Rien ne vieillit plus vite que la gra­ti­tude»***** ou de cette réponse du phi­lo­sophe à quelqu’un qui lui repro­chait d’avoir fait l’aumône à un fai­néant : «Ce n’est pas à l’homme que j’ai don­né, mais à son huma­ni­té»

* En grec Διογένης Λαέρτιος. Par­fois trans­crit Dio­gène Laërte, Dio­gène Laer­tien, Dio­genes Laër­tius ou Dio­gènes de Laërtes. Haut

** Le titre authen­tique de cet expo­sé est incon­nu : Sopa­tros d’Apamée le cite comme «Vies des phi­lo­sophes» («Φιλοσόφων Βίοι»), tan­dis que, dans le manus­crit de Paris, il porte l’intitulé «Vies et Sen­tences de ceux qui se sont illus­trés en phi­lo­so­phie, et (Recueil) des doc­trines pré­va­lant dans chaque école» («Βίοι καὶ Γνῶμαι τῶν ἐν φιλοσοφία εὐδοκιμησάντων, καὶ τῶν ἑκάστῃ αἱρέσει ἀρεσκόντων (Συναγωγή)»). Haut

*** M. Robert Genaille. Haut

**** p. 10-11 & 25. Haut

***** p. 572. Haut