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Bhartrihari, «Les Stances érotiques, morales et religieuses»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit des «Trois Cen­tu­ries de qua­trains» («Śata­ka­traya»*) de Bhar­tri­ha­ri**, l’un des plus grands poètes d’expression sans­crite (VIIe siècle apr. J.-C. sans doute). L’oubli et l’indifférence où tombent cer­taines œuvres de l’esprit humain est quelque chose de sin­gu­lier. Cet oubli est injuste; mais, à bien des égards, je me l’explique. Cepen­dant, jamais je ne m’expliquerai l’oubli qui frappe Bhar­tri­ha­ri. Lui qui a été, pour­tant, le pre­mier poète hin­dou à être tra­duit en Europe. Lui dont Iqbal a dit : «Regarde ce chan­teur de [mon] pays! Par la grâce de son regard, la rosée se trans­forme en perles. Ce poète à l’œuvre sub­tile qui s’appelle Bhar­tri­ha­ri pos­sède une nature sem­blable aux nuages de feu»***. Ses qua­trains, à la fois ardents et sereins, qui chantent toutes les jouis­sances et qui les trouvent toutes vaines, méditent, plu­sieurs siècles avant Khayyam, sur le néant des choses d’ici-bas, dans un style intem­po­rel d’une incon­tes­table élé­va­tion. Ils sont au nombre de trois cents, par­ta­gés en trois par­ties égales : la pre­mière est éro­tique****, la deuxième — morale*****, la troi­sième et der­nière traite de l’impermanence, en inci­tant à la vie contem­pla­tive et au renon­ce­ment au monde******. Une légende digne des «Mille et une Nuits» cir­cule à ce pro­pos : Bhar­tri­ha­ri aurait été roi, assis sur le trône d’Ujjayinî (l’actuelle Ujjain*******). Ayant reçu d’un saint homme un fruit pré­cieux qui confé­rait l’immortalité, il l’offrit à la reine. La reine le don­na au conseiller, son adul­tère amant; le conseiller — à une autre femme; de sorte que, pas­sant ain­si de main en main, cette ambroi­sie par­vint à une ser­vante qui fut aper­çue par le roi. Dégoû­té du monde par l’infidélité de son épouse, lais­sant là le pou­voir et les gran­deurs, Bhar­tri­ha­ri s’en alla sans regret d’Ujjayinî. Ses qua­trains le montrent vivant désor­mais en ascète, après avoir fixé son séjour à Béna­rès, sur le bord de la rivière des dieux, le Gange (3.87). Il se nour­rit d’aumônes; il habite par­mi les hommes sans avoir de rap­ports avec eux (3.95). Vêtu seule­ment d’un pagne qui couvre sa nudi­té, il fuit avec effroi la diver­si­té des appa­rences maté­rielles et il crie à haute voix : «Shi­va! Shi­va!» (3.85). «N’accorde aucune confiance, ô mon cœur, à l’inconstante déesse de la For­tune! C’est une cour­ti­sane vénale qui aban­donne ses amants sur un fron­ce­ment de sour­cil… Pre­nons la saie d’ascète et allons de porte en porte dans les rues de Béna­rès, en atten­dant que l’aumône nous tombe dans la main que nous ten­dons en guise d’écuelle», écrit-il (3.66).

* En sans­crit «शतकत्रय». Par­fois trans­crit «Sha­ta­ka­traya». Haut

** En sans­crit भर्तृहरि. Par­fois trans­crit Bar­throu­her­ri, Bhar­thru­ha­ri, Bhar­tri­he­ri, Bhartṛ­ha­ri ou Bartṛ­ha­ri. Haut

*** «Le Livre de l’éternité», p. 132. Haut

**** «Śṛṅ­gâ­raśa­ta­kam» («शृङ्गारशतकम्»). Par­fois trans­crit «Shrin­gâ­ra Çata­ka» ou «Śhriṅgā­raś­ha­ta­ka». Haut

***** «Nîtiśa­ta­kam» («नीतिशतकम्»). Par­fois trans­crit «Nîtî Çata­ka» ou «Nītīś­ha­ta­ka». Haut

****** «Vai­râ­gyaśa­ta­kam» («वैराग्यशतकम्»). Par­fois trans­crit «Vai­râ­gya Çata­ka», «Vai­râ­gya­sha­ta­ka» ou «Vai­ra­gya Sha­ta­kam». Haut

******* En hin­di उज्जैन. Par­fois trans­crit Ugein, Ogein, Ojein, Odjain, Oud­jayin, Oud­jeïn, Udjein, Ouj­jeïn ou Ouj­jain. Haut

«Oracles sibyllins. Livres VI, VII et VIII»

dans « Écrits apocryphes chrétiens. Tome II » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

dans «Écrits apo­cryphes chré­tiens. Tome II» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 1045-1083

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on appelle «Oracles sibyl­lins» («Sibyl­lia­koi Chrês­moi»*) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les «Livres sibyl­lins» des païens. La sibylle était une femme ins­pi­rée, qui entrait en extase et qui annon­çait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles volantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consul­ter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier témoi­gnage la concer­nant est celui d’Héra­clite qui dit : «La sibylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche déli­rante se fai­sant entendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu». On loca­li­sait de façon variée cette devi­ne­resse idéale, cette incar­na­tion sur­hu­maine, presque déga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arri­va à en comp­ter plu­sieurs : la sibylle phry­gienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­po­sa à Tar­quin le Superbe de lui vendre neuf «Livres» de pro­phé­ties qu’elle lui assu­ra être authen­tiques; Tar­quin lui en deman­da le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle rado­tait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et pro­po­sa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut encore plus folle; mais lorsqu’elle en brû­la encore trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cé­dé parut si extra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il accep­ta. Quel était le conte­nu de ces «Livres sibyl­lins»? On n’a jamais ces­sé à Rome de gar­der là-des­sus un secret abso­lu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il aurait pu y avoir à inter­pré­ter les oracles de façon arbi­traire, et on a tou­jours réser­vé aux moments d’urgence natio­nale la consul­ta­tion de ces «Livres». Deux magis­trats appe­lés «duum­vi­ri sacris faciun­dis» avaient pour charge d’en déga­ger le sens et les consé­quences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à condi­tion que le Sénat l’ordonnât. Autre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trou­vaient encore à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne parais­sait pas devoir fai­blir de sitôt, lorsque Sti­li­con, cédant à la pro­pa­gande chré­tienne, ordon­na leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ruti­lius Nama­tia­nus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : «Il n’en est que plus cruel, le for­fait du sinistre Sti­li­con», dit Ruti­lius Nama­tia­nus**, «car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles secou­rables de la sibylle [et en] détrui­sant le gage irré­vo­cable de la domi­na­tion éter­nelle [de Rome]».

* En grec «Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί». Haut

** «Sur son retour», liv. II, v. 41-60. Haut

«Oracles sibyllins. Fragments • Livres III, IV et V»

dans « La Bible. Écrits intertestamentaires » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

dans «La Bible. Écrits inter­tes­ta­men­taires» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 1035-1140

Il s’agit des vers apo­cryphes qu’on appelle «Oracles sibyl­lins» («Sibyl­lia­koi Chrês­moi»*) et qui ne sont que le fruit de la pieuse ruse des juifs et des chré­tiens pour pas­ti­cher les «Livres sibyl­lins» des païens. La sibylle était une femme ins­pi­rée, qui entrait en extase et qui annon­çait aux humains les secrets de l’avenir. Elle écri­vait ses pro­phé­ties sur des feuilles volantes qu’elle pla­çait à l’entrée de sa grotte. Ceux qui venaient la consul­ter, devaient être assez prompts pour s’emparer de ces feuilles dans le même ordre où elle les avait lais­sées, avant qu’elles fussent dis­per­sées par les quatre vents. Le pre­mier témoi­gnage la concer­nant est celui d’Héra­clite qui dit : «La sibylle, ni sou­riante, ni far­dée, ni par­fu­mée, de sa bouche déli­rante se fai­sant entendre, fran­chit mille ans par sa voix grâce au dieu». On loca­li­sait de façon variée cette devi­ne­resse idéale, cette incar­na­tion sur­hu­maine, presque déga­gée de l’espace et du temps, de sorte qu’on arri­va à en comp­ter plu­sieurs : la sibylle phry­gienne, la cuméenne, celle d’Érythrées, etc. S’il faut en croire les his­to­riens, l’une d’entre elles vint à Rome et pro­po­sa à Tar­quin le Superbe de lui vendre neuf «Livres» de pro­phé­ties qu’elle lui assu­ra être authen­tiques; Tar­quin lui en deman­da le prix. La bonne femme mit un prix si haut, que le roi de Rome crut qu’elle rado­tait. Alors, elle jeta trois des volumes dans le feu et pro­po­sa à Tar­quin les six autres pour le même prix. Tar­quin la crut encore plus folle; mais lorsqu’elle en brû­la encore trois autres, sans bais­ser le prix, ce pro­cé­dé parut si extra­or­di­naire à Tar­quin, qu’il accep­ta. Quel était le conte­nu de ces «Livres sibyl­lins»? On n’a jamais ces­sé à Rome de gar­der là-des­sus un secret abso­lu, en consi­dé­ra­tion du dan­ger qu’il aurait pu y avoir à inter­pré­ter les oracles de façon arbi­traire, et on a tou­jours réser­vé aux moments d’urgence natio­nale la consul­ta­tion de ces «Livres». Deux magis­trats appe­lés «duum­vi­ri sacris faciun­dis» avaient pour charge d’en déga­ger le sens et les consé­quences pour les affaires de l’État si l’occasion s’en pré­sen­tait et à condi­tion que le Sénat l’ordonnât. Autre­ment, il ne leur était pas per­mis de les ouvrir. Vers 400 apr. J.-C. ces volumes sacrés se trou­vaient encore à Rome, et le cré­dit dont ils jouis­saient ne parais­sait pas devoir fai­blir de sitôt, lorsque Sti­li­con, cédant à la pro­pa­gande chré­tienne, ordon­na leur des­truc­tion. Il faut lais­ser par­ler le poète Ruti­lius Nama­tia­nus pour savoir à quel point les païens s’offusquèrent de ce crime : «Il n’en est que plus cruel, le for­fait du sinistre Sti­li­con», dit Ruti­lius Nama­tia­nus**, «car le traître a livré le cœur de l’Empire, [en] brû­lant les oracles secou­rables de la sibylle [et en] détrui­sant le gage irré­vo­cable de la domi­na­tion éter­nelle [de Rome]».

* En grec «Σιϐυλλιακοὶ Χρησμοί». Haut

** «Sur son retour», liv. II, v. 41-60. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome IV»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome III»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome II»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Sri Gourou Granth Sahib. Tome I»

éd. Intellectual Services International, Providenciales

éd. Intel­lec­tual Ser­vices Inter­na­tio­nal, Pro­vi­den­ciales

Il s’agit de l’«Adi Granth»* (le «Pre­mier Livre») ou «Gou­rou Granth Sahib»** (le «Maître Livre»), le livre saint des sikhs, com­pi­lé par le cin­quième gou­rou Arjan Dev***, puis révi­sé et ache­vé par le dixième gou­rou Gobind Singh****. Les sikhs le dési­gnent sou­vent sous la vague appel­la­tion de «Granth» (le «Livre»), de même que les chré­tiens citent le leur sous celle de «Bible» («Biblia» signi­fiant les «Livres»). Le «Granth» est une œuvre tout à fait unique par rap­port aux canons des autres reli­gions. Ce qui l’en dis­tingue, c’est qu’il se pré­sente comme une fas­ci­nante antho­lo­gie poé­tique, qui ne contient pas seule­ment les psaumes et les hymnes de ses propres fon­da­teurs, comme gou­rou Nanak*****, mais aus­si ceux de poètes mys­tiques anté­rieurs : Kabîr, Jaya­de­va, Bhi­khan, Nâm-dev… En tout, quinze poètes non sikhs (appe­lés «bha­gats»******) sont incor­po­rés au «Granth», dont le plus ancien est Sheikh Farid né en 1175 apr. J.-C. Les gou­rous, eux, vécurent entre 1469 et 1708 apr. J.-C. Voi­là donc plus de cinq siècles de poé­sie indienne, tota­li­sant 3 384 poèmes ou 15 575 strophes, et mêlant le pend­ja­bi à diverses autres langues : le sans­crit, le per­san, le hin­di… Une tra­di­tion uni­ver­sel­le­ment reçue rap­porte que le dixième gou­rou, à son lit de mort, ne nom­ma pas de suc­ces­seur, mais déci­da que la Parole du «Granth» serait désor­mais l’éternel gou­rou : «Ici-bas, tous les sikhs sont char­gés de recon­naître le “Granth” comme leur gou­rou. Recon­nais “Gou­rou Granth Sahib” comme la per­sonne visible des gou­rous. Ceux qui cherchent à ren­con­trer le Sei­gneur dans la Parole telle qu’elle s’est mani­fes­tée dans le livre, Le décou­vri­ront»*******. Depuis ce jour-là, le «Granth» reste l’unique auto­ri­té des sikhs, ain­si que le seul objet de véné­ra­tion que l’on voit dans leurs lieux de culte. Leur temple cen­tral, qui s’élève tou­jours à Amrit­sar********, au milieu de l’étang sacré (Amrit­sar signi­fiant «étang de l’immortalité»), ne ren­ferme aucune idole, mais seule­ment des exem­plaires du «Granth» dépo­sés sur des cous­sins de soie : «Jour et nuit, sans désem­pa­rer, comme pour réa­li­ser une sorte d’adoration per­pé­tuelle, des “gran­this” chantent sous ces voûtes révé­rées des frag­ments du livre saint en s’accompagnant d’instruments à cordes. Ailleurs les sikhs ont sim­ple­ment des salles d’édification, où un “gran­thi” leur lit… le texte sacré», explique Albert Réville

* En pend­ja­bi «ਆਦਿ ਗ੍ਰੰਥ». Par­fois trans­crit «Adi-grant». Haut

** En pend­ja­bi «ਗੁਰੂ ਗ੍ਰੰਥ ਸਾਹਿਬ». Par­fois trans­crit «Guru Granth Saheb». Haut

*** En pend­ja­bi ਅਰਜਨ ਦੇਵ. Par­fois trans­crit Arjun Dev. Haut

**** En pend­ja­bi ਗੋਬਿੰਦ ਸਿੰਘ. Par­fois trans­crit Govind Singh. Haut

***** En pend­ja­bi ਨਾਨਕ. Haut

****** En pend­ja­bi ਭਗਤ. Haut

******* «Le Sikhisme : antho­lo­gie de la poé­sie reli­gieuse», p. 36. Haut

******** En pend­ja­bi ਅੰਮ੍ਰਿਤਸਰ. Haut

«Le Veda : premier livre sacré de l’Inde. Tome II»

éd. Gérard et Cie, coll. Marabout université-Trésors spirituels de l’humanité, Verviers

éd. Gérard et Cie, coll. Mara­bout uni­ver­si­té-Tré­sors spi­ri­tuels de l’humanité, Ver­viers

Il s’agit du «Ṛgve­da»*, de l’«Athar­va­ve­da»** et autres hymnes hin­dous por­tant le nom de Védas («sciences sacrées») — nom déri­vé de la même racine «vid» qui se trouve dans nos mots «idée», «idole». Il est cer­tain que ces hymnes sont le plus ancien monu­ment de la lit­té­ra­ture de l’Inde (IIe mil­lé­naire av. J.-C.). On peut s’en convaincre déjà par leur langue désuète qui arrête à chaque pas inter­prètes et tra­duc­teurs; mais ce qui le prouve encore mieux, c’est qu’on n’y trouve aucune trace du culte aujourd’hui omni­pré­sent de Râma et de Kṛṣṇa. Je ne vou­drais pas, pour autant, qu’on se fasse une opi­nion trop exa­gé­rée de leur mérite. On a affaire à des bribes de magie décou­sues, à des for­mules de rituel décon­cer­tantes, sortes de bal­bu­tie­ments du verbe, dont l’originalité finit par aga­cer. «Les savants, depuis [Abel] Ber­gaigne sur­tout, ont ces­sé d’admirer dans les Védas les pre­miers hymnes de l’humanité ou de la “race aryenne” en pré­sence [de] la nature… À par­ler franc, les trois quarts et demi du “Ṛgve­da” sont du gali­ma­tias. Les india­nistes le savent et en conviennent volon­tiers entre eux», dit Salo­mon Rei­nach***. La rhé­to­rique védique est, en effet, une rhé­to­rique bizarre, qui effa­rouche les meilleurs savants par la dis­pa­ri­té des images et le che­vau­che­ment des sens. Elle se com­pose de méta­phores sacer­do­tales, com­pli­quées et obs­cures à des­sein, parce que les prêtres védiques, qui vivaient de l’autel, enten­daient s’en réser­ver le mono­pole. Sou­vent, ces méta­phores font, comme nous dirions, d’une pierre deux coups. Deux idées, asso­ciées quelque part à une troi­sième, sont ensuite asso­ciées l’une à l’autre, alors qu’elles hurlent de dégoût de se voir ensemble. Voi­ci un exemple dont l’étrangeté a, du moins, une saveur mytho­lo­gique : Le «soma» («liqueur céleste») sort de la nuée. La nuée est une vache. Le «soma» est donc un lait, ou plu­tôt, c’est un beurre qui a des «pieds», qui a des «sabots», et qu’Indra trouve dans la vache. Le «soma» est donc un veau qui sort d’un «pis», et ce qui est plus fort, du pis d’un mâle, par suite de la sub­sti­tu­tion du mot «nuée» avec le mot «nuage». De là, cet hymne :

«Voi­là le nom secret du beurre :
“Langue des dieux”, “nom­bril de l’immortel”.
Pro­cla­mons le nom du beurre,
Sou­te­nons-le de nos hom­mages en ce sacri­fice!…
Le buffle aux quatre cornes l’a excré­té.
Il a quatre cornes, trois pieds…
Elles jaillissent de l’océan spi­ri­tuel,
Ces cou­lées de beurre cent fois encloses,
Invi­sibles à l’ennemi. Je les consi­dère :
La verge d’or est en leur milieu
», etc.

* En sans­crit «ऋग्वेद». Par­fois trans­crit «Rk Veda», «Rak-véda», «Rag­ve­da», «Rěg­ve­da», «Rik-veda», «Rick Veda» ou «Rig-ved». Haut

** En sans­crit «अथर्ववेद». Haut

*** «Orpheus : his­toire géné­rale des reli­gions», p. 77-78. On peut joindre à cette opi­nion celle de Vol­taire : «Les Védas sont le plus ennuyeux fatras que j’aie jamais lu. Figu­rez-vous la “Légende dorée”, les “Confor­mi­tés de saint Fran­çois d’Assise”, les “Exer­cices spi­ri­tuels” de saint Ignace et les “Ser­mons” de Menot joints ensemble, vous n’aurez encore qu’une idée très impar­faite des imper­ti­nences des Védas» («Lettres chi­noises, indiennes et tar­tares», lettre IX). Haut

Macrobe, «Commentaire au “Songe de Scipion”. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Com­men­taire au “Songe de Sci­pion”» («In “Som­nium Sci­pio­nis”») de Macrobe*, éru­dit et com­pi­la­teur latin, le der­nier en date des grands repré­sen­tants du paga­nisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de «cla­ris­si­mus» et d’«illus­tris» que lui attri­buent un cer­tain nombre de manus­crits. En effet, si «cla­ris­si­mus» n’indique que l’appartenance à l’ordre séna­to­rial, «illus­tris», lui, était réser­vé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Tous ces emplois divers n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les beaux-arts et les sciences fussent déjà dans leur déca­dence, ils avaient encore néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que jamais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des armées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls refuges, les seuls rem­parts de la civi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme enva­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Albi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus, et autres païens convain­cus, dont Macrobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­li­té d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : «Pour le pas­sé, nous devons tou­jours avoir de la véné­ra­tion, si nous avons quelque sagesse; car ce sont ces géné­ra­tions qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâtir»**. Voi­là une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sagesse du pas­sé, «un miel éla­bo­ré de sucs divers»***. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des notions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a repro­ché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien; de s’être conten­té de rap­por­ter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. «Seul le vête­ment lui appar­tient», dit un cri­tique****, «tan­dis que le conte­nu est la pro­prié­té d’autrui». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle «la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se parant des plumes des autres oiseaux» («Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones»); et que Marc Antoine Muret lui applique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Térence, dans un sens tout dif­fé­rent de celui qu’on a l’habitude de lui don­ner : «Je suis homme : en cette qua­li­té, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes».

* En latin Fla­vius Macro­bius Ambro­sius Theo­do­sius. Haut

** «Satur­nales», liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** «Satur­nales», liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Mar­tin Schanz. Haut

Macrobe, «Commentaire au “Songe de Scipion”. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Com­men­taire au “Songe de Sci­pion”» («In “Som­nium Sci­pio­nis”») de Macrobe*, éru­dit et com­pi­la­teur latin, le der­nier en date des grands repré­sen­tants du paga­nisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de «cla­ris­si­mus» et d’«illus­tris» que lui attri­buent un cer­tain nombre de manus­crits. En effet, si «cla­ris­si­mus» n’indique que l’appartenance à l’ordre séna­to­rial, «illus­tris», lui, était réser­vé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Tous ces emplois divers n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les beaux-arts et les sciences fussent déjà dans leur déca­dence, ils avaient encore néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que jamais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des armées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls refuges, les seuls rem­parts de la civi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme enva­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Albi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus, et autres païens convain­cus, dont Macrobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­li­té d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : «Pour le pas­sé, nous devons tou­jours avoir de la véné­ra­tion, si nous avons quelque sagesse; car ce sont ces géné­ra­tions qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâtir»**. Voi­là une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sagesse du pas­sé, «un miel éla­bo­ré de sucs divers»***. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des notions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a repro­ché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien; de s’être conten­té de rap­por­ter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. «Seul le vête­ment lui appar­tient», dit un cri­tique****, «tan­dis que le conte­nu est la pro­prié­té d’autrui». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle «la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se parant des plumes des autres oiseaux» («Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones»); et que Marc Antoine Muret lui applique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Térence, dans un sens tout dif­fé­rent de celui qu’on a l’habitude de lui don­ner : «Je suis homme : en cette qua­li­té, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes».

* En latin Fla­vius Macro­bius Ambro­sius Theo­do­sius. Haut

** «Satur­nales», liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** «Satur­nales», liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Mar­tin Schanz. Haut

Macrobe, «Les Saturnales»

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. La Roue à livres, Paris

Il s’agit des «Satur­nales» («Satur­na­lia») de Macrobe*, éru­dit et com­pi­la­teur latin, le der­nier en date des grands repré­sen­tants du paga­nisme. Il vécut à la fin du IVe siècle et au com­men­ce­ment du Ve siècle apr. J.-C. Ce fut un des hommes les plus dis­tin­gués de l’Empire romain, comme l’atteste le double titre de «cla­ris­si­mus» et d’«illus­tris» que lui attri­buent un cer­tain nombre de manus­crits. En effet, si «cla­ris­si­mus» n’indique que l’appartenance à l’ordre séna­to­rial, «illus­tris», lui, était réser­vé à une poi­gnée de hauts fonc­tion­naires, exer­çant de grandes charges. Ces dif­fé­rents emplois n’empêchèrent pas Macrobe de s’appliquer aux belles-lettres avec un soin extra­or­di­naire. D’ailleurs, bien qu’à cette époque les sciences et les arts fussent déjà dans leur déca­dence, ils avaient encore néan­moins l’avantage d’être culti­vés, plus que jamais, par les per­sonnes les plus consi­dé­rables de l’Empire — les consuls, les pré­fets, les pré­teurs, les gou­ver­neurs des pro­vinces et les prin­ci­paux chefs des armées —, qui se fai­saient gloire d’être les seuls refuges, les seuls rem­parts de la civi­li­sa­tion face au chris­tia­nisme enva­his­sant. Tels furent les Fla­via­nus, les Albi­nus, les Sym­maque, les Pré­tex­ta­tus et autres païens convain­cus, dont Macrobe fai­sait par­tie, et qu’il met­tait en scène dans son œuvre en qua­li­té d’interlocuteurs. L’un d’eux déclare : «Pour le pas­sé, nous devons tou­jours avoir de la véné­ra­tion, si nous avons quelque sagesse; car ce sont ces géné­ra­tions qui ont fait naître notre Empire au prix de leur sang et de leur sueur — Empire que seule une pro­fu­sion de ver­tus a pu bâtir»**. Voi­là une pro­fes­sion de foi qui peut ser­vir d’exergue à toute l’œuvre de Macrobe. Celle-ci est un com­pen­dium de la science et de la sagesse du pas­sé, «un miel éla­bo­ré de sucs divers»***. On y trouve ce qu’on veut : des spé­cu­la­tions phi­lo­so­phiques, des notions gram­ma­ti­cales, une mine de bons mots et de traits d’esprit, une astro­no­mie et une géo­gra­phie abré­gées. Il est vrai qu’on a repro­ché à Macrobe de n’y avoir mis que fort peu du sien; de s’être conten­té de rap­por­ter les mots mêmes employés par les anciens auteurs. «Seul le vête­ment lui appar­tient», dit un cri­tique****, «tan­dis que le conte­nu est la pro­prié­té d’autrui». C’est pour cela qu’Érasme l’appelle «la cor­neille d’Ésope, qui pas­tiche en se parant des plumes des autres oiseaux» («Æso­pi­cam cor­ni­cu­lam, ex alio­rum pan­nis suos contexuit cen­tones»); et que Marc Antoine Muret lui applique spi­ri­tuel­le­ment ce vers de Térence, dans un sens tout dif­fé­rent de celui qu’on a l’habitude de lui don­ner : «Je suis homme : en cette qua­li­té, je crois avoir droit sur les biens de tous les autres hommes».

* En latin Fla­vius Macro­bius Ambro­sius Theo­do­sius. Haut

** «Satur­nales», liv. III, ch. XIV, sect. 2. Haut

*** «Satur­nales», liv. I, préf., sect. 5. Haut

**** Mar­tin Schanz. Haut

Lucien, «Œuvres. Tome VI»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Dia­logues des cour­ti­sanes» («Hetai­ri­koi Dia­lo­goi»*) et autres œuvres de Lucien de Samo­sate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. «Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays? J’en sais, par­mi mes adver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon accent étran­ger ne nui­ra point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté», dit-il dans «Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pêcheur»***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le départ au métier de sculp­teur et mirent en appren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il bri­sa le marbre qu’on lui avait don­né à dégros­sir, et son oncle, homme d’un carac­tère empor­té, l’en punit sévè­re­ment. Il n’en fal­lut pas davan­tage pour dégoû­ter sans retour le jeune appren­ti, dont le génie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un métier manuel. Il prit dès lors la déci­sion de ne plus remettre les pieds dans un ate­lier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la manière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­po­sa long­temps après et inti­tu­lé «Le Songe de Lucien»****. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sau­vé des mains de son oncle, il s’endort, acca­blé de fatigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les divi­ni­tés tuté­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : «Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ain­si dire, le contem­po­rain de tous les génies sublimes qui ont exis­té… en te fai­sant connaître les immor­tels ouvrages des grands écri­vains et les belles actions des anciens héros… Je te pro­mets, [à toi] aus­si, un rang dis­tin­gué par­mi ce petit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont obte­nu l’immortalité. Et lors même que tu auras ces­sé de vivre, les savants aime­ront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits»*****. On devine quelle divi­ni­té plaide ain­si et finit par l’emporter. Aus­si, dans «La Double Accu­sa­tion», ce Syrien remer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir «éle­vé» et «intro­duit par­mi les Grecs», alors qu’«il n’était encore qu’un jeune étour­di [par­lant] un lan­gage bar­bare» et por­tant une vilaine robe orien­tale******.

* En grec «Ἑταιρικοὶ Διάλογοι». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autre­fois trans­crit Lucian de Samo­sate. Haut

*** «Œuvres. Tome II», p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec «Le Rêve, ou le Coq», qui porte sur un sujet dif­fé­rent. Haut

***** «Œuvres. Tome I», p. 14-15 & 17. Haut

****** «Tome IV», p. 469 & 465. Haut

Lucien, «Œuvres. Tome V»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’«Apo­lo­gie des por­traits» («Hyper tôn eiko­nôn»*) et autres œuvres de Lucien de Samo­sate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. «Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays? J’en sais, par­mi mes adver­saires, qui ne sont pas moins bar­bares que moi… Mon accent étran­ger ne nui­ra point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté», dit-il dans «Les Phi­lo­sophes res­sus­ci­tés, ou le Pêcheur»***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condi­tion. Ils le des­ti­nèrent dès le départ au métier de sculp­teur et mirent en appren­tis­sage chez son oncle, qui était sta­tuaire. Mais son ini­tia­tion ne fut pas heu­reuse : pour son coup d’essai, il bri­sa le marbre qu’on lui avait don­né à dégros­sir, et son oncle, homme d’un carac­tère empor­té, l’en punit sévè­re­ment. Il n’en fal­lut pas davan­tage pour dégoû­ter sans retour le jeune appren­ti, dont le génie et les sen­ti­ments étaient au-des­sus d’un métier manuel. Il prit dès lors la déci­sion de ne plus remettre les pieds dans un ate­lier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anec­dote de jeu­nesse, de la manière la plus sym­pa­thique, dans un écrit qu’il com­po­sa long­temps après et inti­tu­lé «Le Songe de Lucien»****. Il y sup­pose qu’en ren­trant à la mai­son, après s’être sau­vé des mains de son oncle, il s’endort, acca­blé de fatigue et de tris­tesse. Il voit dans son som­meil les divi­ni­tés tuté­laires de la Sculp­ture et de l’Instruction. Cha­cune d’elles fait l’éloge de son art : «Si tu veux me suivre, je te ren­drai, pour ain­si dire, le contem­po­rain de tous les génies sublimes qui ont exis­té… en te fai­sant connaître les immor­tels ouvrages des grands écri­vains et les belles actions des anciens héros… Je te pro­mets, [à toi] aus­si, un rang dis­tin­gué par­mi ce petit nombre d’hommes for­tu­nés qui ont obte­nu l’immortalité. Et lors même que tu auras ces­sé de vivre, les savants aime­ront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits»*****. On devine quelle divi­ni­té plaide ain­si et finit par l’emporter. Aus­si, dans «La Double Accu­sa­tion», ce Syrien remer­cie-t-il l’Instruction de l’avoir «éle­vé» et «intro­duit par­mi les Grecs», alors qu’«il n’était encore qu’un jeune étour­di [par­lant] un lan­gage bar­bare» et por­tant une vilaine robe orien­tale******.

* En grec «Ὑπὲρ τῶν εἰκόνων». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autre­fois trans­crit Lucian de Samo­sate. Haut

*** «Œuvres. Tome II», p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec «Le Rêve, ou le Coq», qui porte sur un sujet dif­fé­rent. Haut

***** «Œuvres. Tome I», p. 14-15 & 17. Haut

****** «Tome IV», p. 469 & 465. Haut