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«Quatre Sagas légendaires d’Islande»

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge européen, Grenoble

éd. ELLUG, coll. Moyen Âge euro­péen, Gre­noble

Il s’agit de la «Saga d’Egil le Man­chot et d’Asmund Tueur-de-guer­riers-fauves» («Egils Saga ein­hen­da ok Ásmun­dar ber­serk­ja­ba­na») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Sturlungar»

éd. Les Belles Lettres, coll. Classiques du Nord-Racines, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Clas­siques du Nord-Racines, Paris

Il s’agit de la «Saga des Stur­lun­gar» («Stur­lun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Vikings de Jómsborg, “Jómsvíkinga Saga”»

éd. Heimdal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

éd. Heim­dal, coll. Vikings et Europe du Nord, Bayeux

Il s’agit des «Vikings de Jóm­sborg» («Jóm­sví­kin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga [des Völsungar :] Sigurðr ou la parole donnée»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Scandinavie, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Scan­di­na­vie, Paris

Il s’agit de la «Saga des Völ­sun­gar» («Völ­sun­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga de Gunnlaugr Langue-de-serpent • La Saga de Hallfredr le Scalde difficile»

éd. Joseph K., Nantes

éd. Joseph K., Nantes

Il s’agit de la «Saga de Gunn­lau­gr Langue-de-ser­pent» («Gunn­laugs Saga orm­stun­gu») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Deux Sagas islandaises légendaires»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit de la «Saga de Gau­tre­kr» («Gau­treks Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga des Orcadiens, “Orkneyinga Saga”»

éd. Aubier, Paris

éd. Aubier, Paris

Il s’agit de la «Saga des Orca­diens» («Ork­neyin­ga Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Saga de Hrólfr kraki, “Hrólfs Saga kraka”»

éd. Anacharsis, Toulouse

éd. Ana­char­sis, Tou­louse

Il s’agit de la «Saga de Hról­fr kra­ki» («Hrólfs Saga kra­ka») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Les Sagas miniatures, “Þættir”»

éd. Les Belles Lettres, coll. Vérité des mythes-Sources, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Véri­té des mythes-Sources, Paris

Il s’agit du «Dit d’Ormr fils de Stóról­fr» («Orms Þát­tr Stórólf­sso­nar») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«La Saga de Thorir aux Poules, “Hœnsa-Þóris Saga”»

éd. du Porte-glaive, coll. Lumière du septentrion-Islande, Paris

éd. du Porte-glaive, coll. Lumière du sep­ten­trion-Islande, Paris

Il s’agit de la «Saga de Tho­rir aux Poules» («Hæn­sa-Þóris Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Saga d’Oddr aux Flèches • Saga de Ketill le Saumon • Saga de Grímr à la Joue velue»

éd. Anacharsis, coll. Famagouste, Toulouse

éd. Ana­char­sis, coll. Fama­gouste, Tou­louse

Il s’agit de la «Saga d’Oddr aux Flèches» («Örvar-Odds Saga») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

«Sagas islandaises»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de la «Saga d’Eiríkr le Rouge» («Eiríks Saga rauða») et autres sagas islan­daises. Durant le siècle et demi de leur rédac­tion, entre les années 1200 et 1350 apr. J.-C., les sagas s’imposent par leur inten­si­té dra­ma­tique, par leur style ramas­sé et presque bour­ru, par leur réa­lisme dur, tem­pé­ré d’héroïsme et d’exemples de ver­tu, comme la lec­ture favo­rite des hommes du Nord et comme le fleu­ron de l’art nar­ra­tif euro­péen. Le mot «saga» vient du verbe «seg­ja» («dire», «racon­ter»), qu’on retrouve dans toutes les langues du Nord : danois, «sige»; sué­dois, «säga»; alle­mand, «sagen»; néer­lan­dais, «zeg­gen»; anglais, «say». On aurait tort cepen­dant d’attribuer à la Scan­di­na­vie entière la pater­ni­té de ce genre qui, à une ou deux excep­tions près, est typi­que­ment et exclu­si­ve­ment islan­dais. Il faut avouer que l’Islande est peu connue, en dehors de quelques spé­cia­listes. Il n’est donc pas éton­nant que le vul­gaire regarde les habi­tants de cette île loin­taine presque avec dédain. Il les consi­dère comme des demi-bar­bares habillés de peaux de bêtes. Et puis, lorsqu’on vient lui dire que ces misé­rables sau­vages nous ont don­né l’ensemble des sagas et tout ce que nous lisons de plus ancien sur les civi­li­sa­tions nor­diques, à telle enseigne que la vieille langue de ces civi­li­sa­tions est sur­nom­mée «le vieil islan­dais», cela lui paraît un para­doxe. Mais réta­blis­sons la véri­té! L’Islande, décou­verte en 874 apr. J.-C., fut peu­plée par les Nor­vé­giens à par­tir de 930. Quel était le nombre des colons? C’est ce que rien n’indique. On sait seule­ment que, par­mi ceux qui y avaient construit leur demeure, on comp­tait une majo­ri­té de familles nobles et puis­santes, qui fuyaient le des­po­tisme de Harald Ier* : «Vers la fin de la vie de Ketill», dit une saga**, «s’éleva la puis­sance du roi Harald à la Belle Che­ve­lure, si bien qu’aucun [sei­gneur], non plus qu’aucun autre homme d’importance, ne pros­pé­rait dans le pays si le roi ne dis­po­sait à lui seul de [toutes les] pré­ro­ga­tives… Lorsque Ketill apprit que le roi Haral­dr lui des­ti­nait le même lot qu’aux autres puis­sants hommes, [il dit à ses proches] : “J’ai des infor­ma­tions véri­diques sur la haine que nous voue le roi Haral­dr…; j’ai l’impression que l’on nous donne à choi­sir entre deux choses : fuir le pays ou être tués cha­cun chez soi”». Tous ceux qui ne vou­laient pas cour­ber la tête sous le sceptre du roi, s’en allaient à tra­vers les flots cher­cher une heu­reuse «terre de glace» où il n’y avait encore ni auto­ri­té ni monarque; où chaque chef de famille pou­vait régner en liber­té dans sa demeure, sans avoir peur du roi : «Il y avait là de bonnes terres, et il n’y avait pas besoin d’argent pour les ache­ter…; on y pre­nait du sau­mon et d’autres pois­sons à lon­gueur d’année», ajoute la même saga. Les émi­gra­tions devinrent en peu de temps si fré­quentes et si nom­breuses, que Harald Ier, crai­gnant de voir la Nor­vège se dépeu­pler, impo­sa un tri­but à tous ceux qui la quit­te­raient et par­fois s’empara de leurs biens.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Haral­dur et Haral­dr. Haut

** «Saga des gens du Val-au-Sau­mon». Haut

García Márquez, «Cent Ans de solitude : roman»

éd. du Seuil, coll. Points, Paris

éd. du Seuil, coll. Points, Paris

Il s’agit de «Cent Ans de soli­tude» («Cien Años de sole­dad») de M. Gabriel García Már­quez (XXe-XXIe siècle). Au point de départ des œuvres de M. García Már­quez, il y a Macon­do, ce vil­lage mythique de l’Amérique latine, qui res­semble bien à l’Aracataca réelle, sans l’être tout à fait — ce vil­lage qui, à l’origine, n’était qu’«une ruelle avec une rivière à l’une de ses extré­mi­tés»* et qui, suite à la fièvre bana­nière, aux puan­teurs, à la vora­ci­té, à la cor­rup­tion ame­nées par la Uni­ted Fruit Com­pa­ny, se trans­for­ma en une de ces villes infâmes de Sodome et Gomorrhe «qui ont ces­sé de rendre ser­vice à la créa­tion»**. Vers 1910, quand les Yan­kees y débar­quèrent pour la pre­mière fois, avec leurs lan­gou­reuses épouses por­tant de grands cha­peaux de gaze, nul ne savait encore ce que ces nou­veaux venus venaient y cher­cher. Dotés de moyens autre­fois réser­vés à Dieu, les Yan­kees modi­fièrent le régime des pluies, pré­ci­pi­tèrent le cycle des récoltes et firent sor­tir la rivière du lit qu’elle occu­pait depuis tou­jours. Et pour qu’ils pussent trou­ver dans cet endroit toute la digni­té due à de beaux et riches sei­gneurs, et qu’ils n’eussent pas à endu­rer la cha­leur, l’insalubrité, les pri­va­tions du vil­lage, ils s’en bâtirent un autre, avec des rues bor­dées de pal­miers, avec des mai­sons aux fenêtres grilla­gées, aux pis­cines bleu-tur­quoise et aux pelouses pleines de cailles et de paons. Autour de ce para­dis de rêve s’étendait, comme autour d’un pou­lailler, une clô­ture élec­tri­fiée, sur­pro­té­gée par les rondes inces­santes de Noirs armés de fusils et de chiens de garde. De l’autre côté, les cam­pe­ments où s’entassaient les mil­liers d’ouvriers de la com­pa­gnie bana­nière n’étaient que de minables abris à toit de palme, mon­tés sur des pieux et sans murs où, la nuit, des nuées de mous­tiques ache­vaient la sai­gnée des exploi­tés. Pour ces ouvriers qui arri­vaient sans maî­tresses, les Yan­kees firent amé­na­ger des bor­dels encore plus vastes que le vil­lage, «et par un glo­rieux mer­cre­di, ils firent venir tout un convoi d’inimaginables putains, femelles baby­lo­niennes rom­pues à des pro­cé­dés immé­mo­riaux et pour­vues de toutes sortes d’onguents et acces­soires pour sti­mu­ler les désar­més, dégour­dir les timides, assou­vir les voraces»***. La putas­se­rie s’étendit à cer­taines familles natives, dont les filles finirent par se vendre au contre­maître enjô­leur pour quelques pesos.

* En espa­gnol «un cal­le­jón con un río en un extre­mo». Haut

** En espa­gnol «que han deja­do de pres­tar ser­vi­cio a la crea­ción». Haut

*** En espa­gnol «y un miér­coles de glo­ria, lle­va­ron un tren car­ga­do de putas inve­rosí­miles, hem­bras babiló­ni­cas adies­tra­das en recur­sos inme­mo­riales, y pro­vis­tas de toda clase de ungüen­tos y dis­po­si­ti­vos para esti­mu­lar a los inermes, des­pa­bi­lar a los tími­dos, saciar a los voraces». Haut