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Mot-clef13ᵉ siècle

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«Visite chez Lu You, poète chinois du XIIe siècle»

dans « Une Robe de papier pour Xue Tao : choix de textes inédits de littérature chinoise » (éd. Espaces & Signes, Paris), p. 9-13

dans «Une Robe de papier pour Xue Tao : choix de textes inédits de lit­té­ra­ture chi­noise» (éd. Espaces & Signes, Paris), p. 9-13

Il s’agit de Lu You*, un des poètes chi­nois les plus féconds (XIIe siècle apr. J.-C.). La quan­ti­té innom­brable des com­po­si­tions poé­tiques de Lu You (dix mille de conser­vées, un nombre égal de per­dues) ne manque pas d’étonner, et le sino­logue est comme sur­pris et effrayé quand il voit se déployer devant lui le vaste champ de ces poé­sies, ne sachant trop quelles limites impo­ser à son étude; et sur­tout, hési­tant à faire un choix. Si, dans ce des­sein, il se fie au goût des autoch­tones, c’est-à-dire s’il aborde seule­ment les poé­sies regar­dées comme sublimes par les Chi­nois, il fera fausse route. Trop sou­vent, celles-ci ne sont appré­ciées que pour leurs thèmes patrio­tiques et leur esprit de résis­tance, qui ser­vi­ront de modèles aux «Poé­sies com­plètes» d’un Mao Tsé-toung. En véri­té, Lu You fut un poète d’une ins­pi­ra­tion extrê­me­ment variée. Les fleurs qu’il cueillit furent des plus diverses. Il abor­da, en effet, presque tous les sujets; il prit son bien là où il le trou­va; et les pro­cla­ma­tions patrio­tiques de ses pre­mières œuvres ont ten­dance à s’éclipser, sur­tout vers la fin de sa vie, devant un éloge des pay­sages cam­pa­gnards ou le déta­che­ment d’un sage niché au fond des mon­tagnes et forêts : «Son œuvre pro­li­fique tisse la chro­nique de son quo­ti­dien, avec… un pen­chant inné pour la nature et les joies de la vie cam­pa­gnarde qui le rap­proche de Tao Yuan ming. Sa phi­lo­so­phie de la vie, ins­pi­rée par le déta­che­ment taoïste, trans­pa­raît dans “Adresse à mes visi­teurs” : “À l’ombre des mûriers les sen­teurs de cent herbes / À midi le vent frais le bruit des dévi­doirs à soie / Visi­teurs, tai­sez-vous sur les affaires du monde / Et par­ta­gez plu­tôt avec monts et forêts la longue jour­née d’été”», explique M. Guil­hem Fabre**. Lu You appe­lait son ate­lier «le nid aux livres» («shu chao»***). Il n’y rece­vait pas d’invités et n’y accueillait pas son épouse ni ses enfants. Per­chés sur les éta­gères, ali­gnés par devant, cou­chés pêle-mêle sur son lit, où qu’on por­tât le regard, on y voyait des livres. Qu’il man­geât, bût, se levât ou s’assît; qu’il souf­frît ou gémît; qu’il fût triste ou se mît en colère, ce n’était jamais sans un livre. Si d’aventure il son­geait à sor­tir, le désordre inex­tri­cable des livres l’enserrait comme des branches entre­mê­lées, et il ne pou­vait avan­cer. Alors, il disait en riant : «N’est-ce pas là ce que j’appelle mon “nid”?»****

* En chi­nois 陸游. Autre­fois trans­crit Lou Yeou, Lu Yiu ou Lu Yu. À ne pas confondre avec Lu Yu, l’auteur du «Clas­sique du thé», qui vécut quatre siècles plus tôt. Haut

** «Ins­tants éter­nels : cent et quelques poèmes connus par cœur en Chine» (éd. La Dif­fé­rence, Paris), p. 261. Haut

*** En chi­nois 書巢. Haut

**** «Visite chez Lu You, poète chi­nois du XIIe siècle», p. 11. Haut

«Les Folles Histoires du sage Nasredin»

éd. L’Iconoclaste-Allary, Paris

éd. L’Iconoclaste-Allary, Paris

Il s’agit des plai­san­te­ries de Nas­red­din Hod­ja*, pro­duc­tions légères de la lit­té­ra­ture turque qui tiennent une place qui ne leur est dis­pu­tée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles consti­tuent, à elles seules, un genre spé­cial : le genre plai­sant. L’immense popu­la­ri­té accor­dée, dans sa patrie, au Hod­ja et à ses facé­ties extra­va­gantes per­met de voir en lui la per­son­ni­fi­ca­tion même de cette belle humeur joviale, sou­vent effron­tée, dédai­gnant toutes les conve­nances, har­die jusqu’à l’impudence, mais spi­ri­tuelle, mor­dante, mali­cieuse, par­fois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conver­sa­tion turque. Ici, point de ces méta­phores ambi­tieuses dont les let­trés orien­taux peuvent, seuls, appré­cier le mérite; point de ces longues périodes où la sophis­ti­ca­tion et la recherche des expres­sions font perdre à l’auteur le fil de son rai­son­ne­ment. Au lieu de ces orne­ments qui troublent le com­mun des mor­tels, on trouve de la bonne et franche gaie­té; un style simple, concis et natu­rel; une verve naïve dont les éclairs inat­ten­dus com­mandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus igno­rants, trop heu­reux de déri­der leurs fronts sou­cieux, de dis­traire la mono­to­nie de leurs réflexions, de trom­per l’ennui de leurs veilles. «Il est peu pro­bable de trou­ver dans le monde entier», dit un cri­tique**, «un héros du folk­lore poé­tique qui jouisse d’un tel inté­rêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lec­teurs que Nas­red­din Hod­ja… La forme ser­rée qui enve­loppe l’idée des [anec­dotes] aide à les rete­nir faci­le­ment dans la mémoire et à les dif­fu­ser… Il faut ajou­ter éga­le­ment que le per­son­nage de Nas­red­din Hod­ja marche sur les che­mins pous­sié­reux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tad­ji­kis­tan et dans les vil­lages de [la pénin­sule bal­ka­nique] avec un défaut inné, ayant trou­blé plu­sieurs fois les orien­ta­listes et les folk­lo­ristes : il s’agit du carac­tère contra­dic­toire du héros qui est repré­sen­té tan­tôt comme un sot en trois lettres peu pers­pi­cace et impré­voyant, tan­tôt comme un sage pré­voyant et juste; en tant que juge, il rend des sen­tences équi­tables; en tant que défen­seur des accu­sés, il tranche des pro­cès embrouillés que les juges offi­ciels ne sont pas capables de juger.»

* En turc Nas­red­din Hoca. On le désigne éga­le­ment comme Mul­la (Mol­la) Nas­red­din, c’est-à-dire Maître Nas­red­din. Par­fois trans­crit Nas­re­din, Nas­ra­din, Nas­ri­din, Nas­ret­tin, Nas­tra­din, Nas­tra­tin, Nas­ret­din, Nas­rud­din, Nassr Eddin ou Nazr-ed-din. Haut

** M. Vélit­ch­ko Valt­chev. Haut

Maïmonide, «Le Livre des commandements, “Séfèr hamitsvoth”»

éd. L’Âge d’homme, Lausanne

éd. L’Âge d’homme, Lau­sanne

Il s’agit d’une tra­duc­tion indi­recte du «Livre des com­man­de­ments»*Kitab al-faraid») de Rab­bi Moïse ben Maï­mon**, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»***). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam**** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon*****, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Le Livre des pré­ceptes». Haut

** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

*** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

**** En hébreu רמב״ם. Haut

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

****** «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Épître sur la persécution • Épître au Yémen • Épître sur la résurrection • Introduction au chapitre “Helèq”»

éd. Verdier, coll. Les Dix Paroles, Lagrasse

éd. Ver­dier, coll. Les Dix Paroles, Lagrasse

Il s’agit d’une tra­duc­tion indi­recte de l’«Épître au Yémen» («Al-risa­la al-Yama­niyya»*) et autres œuvres de Rab­bi Moïse ben Maï­mon**, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»***). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam**** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon*****, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois trans­crit «Al-risā­la al-Yamanīya» ou «Al-risā­lah al-Yamanīyah». Haut

** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

*** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

**** En hébreu רמב״ם. Haut

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

****** «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Traité d’éthique, [ou] Huit Chapitres»

éd. D. de Brouwer, coll. Midrash-Références, Paris

éd. D. de Brou­wer, coll. Midrash-Réfé­rences, Paris

Il s’agit des «Huit Cha­pitres», extraits du «Livre du lumi­naire»*Kitab al-siraj»**), de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Livre de la lumière». Haut

** Par­fois trans­crit «Kitāb al-sarāj» ou «Kitab es-sirâdj». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Traité des poisons»

éd. Lipschutz, Paris

éd. Lip­schutz, Paris

Il s’agit du «Trai­té des poi­sons» («Al-sumum wal-muta­har­riz min al-adwiyah al-kita­lah»*, lit­té­ra­le­ment «Des poi­sons et des anti­dotes contre les drogues mor­telles»**) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois trans­crit «Al-sumûm wa-al-mutaḥar­riz min al-adwiya al-qitâ­la», «Al-sumūm wal-mutaḥar­riz min al-adwiya al-qitā­lah», «As-somum u al-mota­har­riz mim al-aduiya al-qat­ta­la», «As-sumûm wa’l-mutaḥarriz min al-adwiya al-qat­tâ­la», «As-sumum wa’l-mutaharriz min al-adwiya al-qut­ta­la» ou «As-somoûm w’al-motaharriz min al-adwiya al-qat­tâ­la». Haut

** Par­fois tra­duit «Des poi­sons et des pré­ser­va­tifs contre les remèdes mor­tels». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Traité de logique»

éd. D. de Brouwer, coll. Midrash-Références, Paris

éd. D. de Brou­wer, coll. Midrash-Réfé­rences, Paris

Il s’agit du «Trai­té de logique» («Maka­lah fi-sinaat al-man­tik»*) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon**, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»***). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam**** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon*****, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois trans­crit «Maka­la fî sana‘at ’al-man­tik», «Maqā­la fī ṣinā‘at al-manṭiq», «Mâkâ­lah fi-siné at al man­tik», «Maqā­lah fi ṣinā‘at al-man­tiq» ou «Maqâ­la fî çinâ’at al-man­tiq». Haut

** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

*** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

**** En hébreu רמב״ם. Haut

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

****** «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Lettres de Fostat • La Guérison par l’esprit»

éd. Bibliophane-D. Radford, coll. L’Entre nous, Paris

éd. Biblio­phane-D. Rad­ford, coll. L’Entre nous, Paris

Il s’agit d’une tra­duc­tion indi­recte de «La Gué­ri­son par l’esprit» («Fi tad­bir as-sih­ha»*, lit­té­ra­le­ment «Sur le régime de la san­té») et autres œuvres de Rab­bi Moïse ben Maï­mon**, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»***). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam**** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon*****, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois trans­crit «Fī tadbīr aṣ-ṣiḥḥat», «Fi tad­bir al-sih­hah», «Fî tad­bîr al-siha» ou «Fi tad­bir-s-sih­ha». Haut

** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

*** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

**** En hébreu רמב״ם. Haut

***** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

****** «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Le Guide des égarés : traité de théologie et de philosophie. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Guide des éga­rés»*Dala­lat al-hayi­rin»**) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Guide pour ceux qui sont dans la per­plexi­té», «Guide des per­plexes», «Guide des che­mins tor­tueux», «Doc­teur de ceux qui chan­cellent», «Guide des indé­cis» ou «Guide des dévoyés». Haut

** Par­fois trans­crit «Dela­lat elhaï­rin», «Dalā­lat al-ḥā’irīn», «Dala­lat al-harin», «Delâletü’l-hairîn» ou «Dala­la­tul hai­rin». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Le Guide des égarés : traité de théologie et de philosophie. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Guide des éga­rés»*Dala­lat al-hayi­rin»**) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Guide pour ceux qui sont dans la per­plexi­té», «Guide des per­plexes», «Guide des che­mins tor­tueux», «Doc­teur de ceux qui chan­cellent», «Guide des indé­cis» ou «Guide des dévoyés». Haut

** Par­fois trans­crit «Dela­lat elhaï­rin», «Dalā­lat al-ḥā’irīn», «Dala­lat al-harin», «Delâletü’l-hairîn» ou «Dala­la­tul hai­rin». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

Maïmonide, «Le Guide des égarés : traité de théologie et de philosophie. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Guide des éga­rés»*Dala­lat al-hayi­rin»**) de Rab­bi Moïse ben Maï­mon***, dit Maï­mo­nide. C’est l’un des phi­lo­sophes les plus célèbres qu’aient eus les Juifs, les­quels ont cou­tume de dire pour expri­mer leur admi­ra­tion envers lui : «Depuis Moïse (le pro­phète) jusqu’à Moïse (le phi­lo­sophe), il n’y a point eu d’autre Moïse» («Mi Moshé ad Moshé, lo kam ké Moshé»****). Dans les livres hébraïques, il est sou­vent dési­gné par le nom de Ram­bam***** com­po­sé, selon l’usage juif, des lettres ini­tiales R. M. b. M. de son nom entier. Dans les livres latins, il est sou­vent cité sous les noms de Moïse le Cor­douan (Moses Cor­du­ben­sis), parce qu’il naquit à Cor­doue, et de Moïse l’Égyptien (Moses Ægyp­tius), parce que, chas­sé par les per­sé­cu­tions reli­gieuses des Almo­hades, il dut se réfu­gier en Égypte, où il devint pre­mier méde­cin du Sul­tan. On aurait pu ajou­ter à ces noms celui de Moïse le Pro­ven­çal, parce que la Pro­vence don­na asile à la plus grande par­tie des Juifs expul­sés du midi de l’Espagne; et que c’est à Lunel, et non au Caire, que «Le Guide des éga­rés» fut tra­duit de l’arabe en hébreu par Samuel ben Yéhu­da ibn Tibon******, lequel enta­ma sa tra­duc­tion du vivant même de Maï­mo­nide. Dans l’«Épître à Rab­bi Samuel ibn Tibon sur la tra­duc­tion du “Guide des éga­rés”» et l’«Épître à la com­mu­nau­té de Lunel», Maï­mo­nide fait de cette com­mu­nau­té pro­ven­çale son héri­tière spi­ri­tuelle : «Je suis», dit-il*******, «[un] auteur en langue arabe, cette langue dont le soleil décline… [Mais] vous, maîtres et proches, affer­mis­sez-vous! For­ti­fiez vos cœurs; car je viens pro­cla­mer ceci : en ces temps d’affliction, nul n’est plus là pour bran­dir l’étendard de Moïse, ni pour appro­fon­dir les paroles des maîtres du Tal­mud… à part vous-mêmes et ceux des cités de vos régions. Vous qui êtes conti­nuel­le­ment absor­bés, comme je le sais, dans l’étude et l’interprétation des textes; vous, dépo­si­taires de l’intellect et du savoir! Sachez qu’en maints autres lieux, la Tora a été éga­rée par ses propres fils… Sur la terre d’Israël et à tra­vers toute la Syrie, un seul endroit, je veux dire Alep, compte quelques sages qui méditent la Tora… Pour ce qui est des cités du Magh­reb, dans notre mal­heur, nous avons appris quel décret a été pro­non­cé contre les Juifs qui s’y trouvent. Il n’est donc point de salut nulle part, si ce n’est auprès de vous, frères, figures de notre rédemp­tion.»

* Par­fois tra­duit «Guide pour ceux qui sont dans la per­plexi­té», «Guide des per­plexes», «Guide des che­mins tor­tueux», «Doc­teur de ceux qui chan­cellent», «Guide des indé­cis» ou «Guide des dévoyés». Haut

** Par­fois trans­crit «Dela­lat elhaï­rin», «Dalā­lat al-ḥā’irīn», «Dala­lat al-harin», «Delâletü’l-hairîn» ou «Dala­la­tul hai­rin». Haut

*** En hébreu רבי משה בן מימון. Par­fois trans­crit Moses ben Mei­mun, Môsheh ben May­mûn, Moïse ben Mai­moun, Moyses ben Mai­mon, Moyse ben Mai­mon, Moshe ben May­mon, Mosche ben Mai­mon, Moše ben Maj­mon ou Moché ben Maï­mon. Haut

**** En hébreu «ממשה עד משה לא קם כמשה». Par­fois trans­crit «Mi-Mosheh ‘ad Mosheh, lo qam ke-Mosheh», «Mimo­sché ad Mosché, lo kam ca Mosché», «Memoshe ad Moshe, lo kam k’Moshe», «Mi-Moshe we-’ad Moshe, lo kom ke-Moshe» ou «Mi-Mošé we-‘ad Mošé, lo qam ke-Mošé». Haut

***** En hébreu רמב״ם. Haut

****** En hébreu שמואל בן יהודה אבן תיבון. Par­fois trans­crit Samuel ben Judah ibn Tib­bon, Samuel ben Yehou­da ibn Tib­bon ou Samuel ben Jehu­da ibn Tib­bon. Haut

******* «Lettres de Fostat • La Gué­ri­son par l’esprit», p. 45 & 47-48. Haut

al-Maqdisî, «Les Oiseaux et les Fleurs : allégories morales»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Dévoi­le­ment des mys­tères au sujet de la sagesse des oiseaux et des fleurs» («Kashf al-asrâr ʻan ḥikam al-ṭuyûr wa’l-azhâr»*), allé­go­ries orien­tales, qui attri­buent aux oiseaux et aux fleurs un lan­gage sem­blable à celui des hommes (XIIIe siècle apr. J.-C.). L’auteur, ‘Izz al-Dîn al-Maq­di­sî** (‘Izz al-Dîn de Jéru­sa­lem), com­mence par éta­blir qu’il n’y a rien dans la nature qui ne soit doué de la facul­té de se faire entendre d’une manière intel­li­gible. À l’homme seul est réser­vé l’usage de la parole; mais les autres créa­tures, ou ani­mées ou inani­mées, semblent aus­si s’exprimer, par leur manière d’être, dans un lan­gage muet. Bien plus, ce lan­gage est «plus élo­quent que la parole et plus essen­tiel­le­ment vrai»***. Ain­si, les roses répandent un par­fum pré­cieux qui pénètre jusqu’au fond du cœur et qui dit leurs secrets; les ros­si­gnols, sur les rameaux qui les balancent, modulent leurs amours; et les hautes cimes des arbres s’agitent comme pour célé­brer la vision de Dieu. Par­tant de cette idée, l’auteur se sup­pose au milieu d’un jar­din gran­diose; là, occu­pé à étu­dier les dis­cours de tous les êtres que la nature offre à ses sens, il s’applique à les inter­pré­ter et y décou­vrir des leçons non seule­ment morales, mais éga­le­ment spi­ri­tuelles et mys­tiques. «Crois», dit-il****, «que celui qui ne sait pas tirer un sens allé­go­rique du cri aigre de la porte, du bour­don­ne­ment de la mouche, de l’aboiement du chien, du mou­ve­ment des insectes qui s’agitent dans la pous­sière; que celui qui ne sait pas com­prendre ce qu’indiquent la marche de la nue, la lueur du mirage, la teinte du brouillard, n’est pas du nombre des gens intel­li­gents.» Pour évi­ter de tom­ber dans l’obscurité de la pen­sée où bien d’autres sou­fis sont tom­bés, al-Maq­di­sî suit une marche pro­gres­sive. Aus­si, ses pre­mières allé­go­ries sont-elles plus ter­restres que ses der­nières, où il est ques­tion d’amour divin : «Le voile du mys­tère, d’abord épais, s’éclaircit peu à peu et se sou­lève même quel­que­fois; enfin, il tombe entiè­re­ment, et le nom de Dieu vient, dans la der­nière allé­go­rie, expli­quer toutes les énigmes»

* En arabe «كشف الأسرار عن حكم الطيور والأزهار». Par­fois trans­crit «Caschf asrár an hokm althoiour u al azhár», «Kashf al-asrār ‘an ḥukm aṭ-ṭuyur wa’l-azhār» ou «Kachf al-asrâr ʻan ḥikm aṭ-ṭouyoûr oua l azhâr». On ren­contre aus­si la gra­phie «كشف الأسرار في حكم الطيور والأزهار» («Kashf al-asrâr fî ḥikam al-ṭuyûr wa’l-azhâr»). Par­fois trans­crit «Kichaf ul asrar fi huk­mi-it-thouyour oua al azhar». Haut

** En arabe عز الدين المقدسي. Par­fois trans­crit ‘Izz ad-Dîn al-Maq­di­sy, ‘Izzaddīn Maq­disī, ‘Izz Eddin el Moqad­da­si, Izzi­din al-Muqad­da­si, ’Yzz-Ed-dīni el-Moqad­desī, Azz-Eddin al Moca­de­çi, Azed­din al Moca­das­si, ‘Izz Eddin el Moqa­des­si, Azz-Eddin-el-Moka­des­si ou Azz-Eddin Elmo­cad­des­si. Haut

*** p. 4. Haut

**** p. 97. Haut

«Choses dont parle Teika lorsqu’il parle d’amour : une lecture de la “Compétition poétique solitaire en cent tours de l’honorable Teika”»

dans « Ebisu », nº 25, p. 91-151

dans «Ebi­su», no 25, p. 91-151

Il s’agit de l’aristocrate japo­nais Fuji­wa­ra no Tei­ka* (XIIe-XIIIe siècle), non seule­ment poète très fécond, encen­sé ou blâ­mé par ses contem­po­rains pour son ori­gi­na­li­té; mais aus­si cri­tique aux juge­ments duquel on s’en rap­por­tait constam­ment, théo­ri­cien, édi­teur d’œuvres anciennes, com­pi­la­teur d’anthologies, auteur d’un jour­nal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neu­vième année — le «Mei­get­su-ki» («Jour­nal de la lune claire»). Fils du poète Fuji­wa­ra no Shun­zei**, héri­tier impor­tant d’une lignée d’érudits, Tei­ka ser­vit plu­sieurs Empe­reurs, et notam­ment Go-Toba Ten­nô, lequel le récom­pen­sa de son atta­che­ment en le met­tant au nombre des com­pi­la­teurs du «Nou­veau Recueil de poé­sies de jadis et naguère» («Shin­ko­kin waka­shû»). À cette époque, il avait déjà la répu­ta­tion d’un poète très doué, mais pra­ti­quant un style décon­cer­tant : «J’ai été quel­que­fois recon­nu et quel­que­fois cri­ti­qué», recon­naît-il lui-même***, «mais, depuis le début, j’ai man­qué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à pro­duire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regret­té père se limi­tait à : “La [règle] de la poé­sie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remon­tant à un loin­tain pas­sé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la com­prend”». En l’an 1209, le shô­gun Sane­to­mo, âgé de dix-sept ans, deman­da à Tei­ka de cor­ri­ger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Tei­ka fit accom­pa­gner la cor­rec­tion d’un trai­té péda­go­gique, «Poèmes excel­lents de notre temps» («Kin­dai shû­ka»****), le pre­mier d’une série de trai­tés qui allaient impo­ser ses vues poé­tiques pour des décen­nies au moins. On y apprend que la vraie poé­sie, c’est celle qui, tout en ne quit­tant pas les limites de la rai­son, s’affranchit des che­mins bat­tus : «Le style excellent en poé­sie», dit-il*****, «c’est le style de poème qui, ayant trans­cen­dé les dif­fé­rents élé­ments du sujet, n’insiste sur aucun; qui, bien que ne sem­blant appar­te­nir à aucun des dix styles en par­ti­cu­lier, nous fasse l’effet de les conte­nir tous». Infa­ti­gable en dépit d’une san­té sans cesse chan­ce­lante, Tei­ka se mon­tra, par ailleurs, un très grand phi­lo­logue. Les meilleures édi­tions conser­vées, et quel­que­fois les plus anciennes, des clas­siques de la lit­té­ra­ture japo­naise sont des copies de sa main******. Pour­tant, à tort ou à rai­son, ce qui a le plus contri­bué à le rendre illustre, c’est une petite antho­lo­gie connue sous le nom de «De cent poètes un poème», que tout Japo­nais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est ins­pi­ré.

* En japo­nais 藤原定家. Par­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Sadaïé. Haut

** En japo­nais 藤原俊成. Par­fois trans­crit Toshi­na­ri. Haut

*** «Fuji­wa­ra no Tei­ka (1162-1241) et la Notion d’excellence en poé­sie», p. 70. Haut

**** En japo­nais «近代秀歌». Haut

***** «Fuji­wa­ra no Tei­ka (1162-1241) et la Notion d’excellence en poé­sie», p. 249. Haut

****** C’est le cas en par­ti­cu­lier du «Dit du gen­ji», de l’«Ise mono­ga­ta­ri», du «Kokin-shû», dont il col­li­gea les divers manus­crits, et qu’il com­men­ta en pro­fon­deur. Haut