Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clef907-1279 (Cinq Dynasties et dynastie des Song) : sujet

Liu Qingzhi, « La “Siao Hio”, ou Morale de la jeunesse »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de « La Petite Étude » (« Xiao Xue » *), recueil de trois cent quatre-vingt-six sentences, préceptes et exemples. Jadis, c’était l’un des livres incontournables de la littérature chinoise, parce qu’il servait à former l’éducation de la nation entière. Dès qu’un enfant, de quelque condition qu’il fût — depuis le fils de l’Empereur jusqu’au fils du moindre de ses sujets — avait atteint l’âge de huit ans, c’était ce livre, en effet, qu’on lui mettait entre les mains pour lui enseigner la façon dont il fallait interroger, et celle dont il fallait répondre aux interrogations des autres ; pour l’instruire des devoirs de la civilité, des coutumes et des rites ; pour lui faire des leçons sur la procédure et la forme qu’il devait observer devant les autres, suivant ce qu’ils étaient — ou ses supérieurs, ou ses inférieurs, ou simplement ses égaux. Tout cela formait ce qu’on appelait « la petite étude », c’est-à-dire l’enseignement inférieur, la petite école ; c’était à quoi on occupait l’enfant jusqu’à l’âge de quinze ans. Parvenu à cet âge, on l’appliquait à « la grande étude », ce qui est d’ailleurs le titre d’un des quatre classiques rédigés par les disciples de Confucius. Les sentences, préceptes et exemples de « La Petite Étude » sont empruntés pour la plupart au « Mémorial des rites » et rangés dans un ordre assez défectueux, tel chapitre contenant souvent ce qui devrait se trouver dans tel autre. On ne peut nier que les principes en soient, en général, édifiants, et qu’il y ait des modèles d’une vertu réelle ; mais on y trouve, en même temps, l’observation de certaines pratiques établies par les préjugés et par la routine, qui paraissent assez puériles. Un des disciples de Zhu Xi **, Liu Qingzhi *** (XIIe siècle), a composé ce livre. Zhu Xi l’a ensuite mis dans l’ordre où nous le voyons et a ajouté une introduction où il dit **** : « Puisque l’homme, pendant l’enfance, ne peut encore ni savoir ni réfléchir ni régler ses actes, il faut que, prenant les discours profonds des sages, leurs traités fondamentaux, on les lui mette tous les jours sous les yeux, on les lui infiltre dans les oreilles, on en remplisse son intérieur. Si l’on tarde, il s’habitue à se former selon son caprice et il reste obstinément ce qu’il s’est habitué à être ». Lisez la suite›

* En chinois « 小學 ». Parfois transcrit « Siao Hio ».

** En chinois 朱熹. Autrefois transcrit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Également connu sous le titre honorifique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la littérature ». Autrefois transcrit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong.

*** En chinois 劉清之.

**** p. 9-10.

Li Qing zhao, « Œuvres poétiques complètes »

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit de Li Qing zhao *, poétesse chinoise (XIIe siècle apr. J.-C.). Née dans une famille mandarinale cultivée, elle épousa à dix-huit ans un jeune bibliophile et collectionneur, Zhao Ming cheng **. L’union fut parfaite. Les deux époux vécurent heureux, partageant leur passion commune pour la calligraphie et la peinture au milieu des objets d’art, dont dix chambres de leur maison étaient remplies. Mais l’invasion des Jin fit brûler ce trésor et obligea les deux époux à se réfugier au sud du fleuve Bleu : « Les habitants », raconte Li Qing zhao ***, « s’enfuient, de l’est à l’ouest, du sud au nord. Les montagnards projettent d’entrer dans les villes. Les citadins pensent à gagner les montagnes et les forêts. Aux heures de midi, on voit stationner de longues files de réfugiés. Il n’y a plus personne qui ne soit sans abri ». Quatre ans plus tard, Li Qing zhao perdit son mari et fut réduite à mener une vie instable sans trouver le repos. Aussi, si ses premières œuvres reflètent la période heureuse de sa vie, celles qui suivent l’exode vers le sud et la mort de l’époux expriment la douleur. Eh bien ! ce n’est que dans ces dernières œuvres, composées sur la route et au milieu des hasards, que Li Qing zhao montre des qualités propres à une grande poétesse, et j’ose dire que ses souffrances, ses plaintes, ses larmes sont la moitié de son génie. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer son poème composé sur l’air de « Sheng sheng man » **** (« Chaque note est lente »). Les trois premiers vers (« Je tâtonne à gauche, je cherche à droite. Solitude fraîche, solitude froide. Mon cœur erre et se perd dans tant d’ombres, pâles, sombres. ») sont cités encore de nos jours pour illustrer une grande détresse. Quant au début du vers suivant (« La chaleur subite cède au froid… »), il est devenu un proverbe pour exprimer une situation changeante. Enfin, les deux derniers vers (« Dans un tel état, comment en finir avec ce seul mot terrible : “tristesse” ? ») sont déclamés par les gens instruits pour évoquer des malheurs qui s’accumulent. Lisez la suite›

* En chinois 李清照. Parfois transcrit Li Ts’ing-tchao, Li-tsing-chao, Li Ch’ing-chao ou Li Quingzhao.

** En chinois 趙明誠.

*** « Postface au “Catalogue des inscriptions sur pierre et sur bronze (金石錄)” de Zhao Ming cheng ».

**** En chinois « 声声慢 ».

« L’Ami qui venait de l’an mil : Su Dongpo (1037-1101) »

éd. Gallimard, coll. L’Un et l’Autre, Paris

éd. Gallimard, coll. L’Un et l’Autre, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle des poèmes de Su Shi *, plus connu sous le sobriquet de Su Dongpo ** (« Su de la Pente de l’Est »), du nom de la parcelle sur laquelle il construit en 1082 apr. J.-C. la Salle des Neiges qui lui tient lieu de cabinet : « Sur un flanc de la Pente de l’Est, Maître Su acquit un potager abandonné. Il l’aménagea, l’entoura de murs et y construisit une pièce d’audience qu’il nomma sur un panneau horizontal la Salle des Neiges ***. Il avait peint sur les quatre parois… un paysage d’hiver ininterrompu. Qu’il se levât, s’assît, montât et descendît, regardât tout l’espace ou furtivement, tout n’était que neiges. Maître Su y résidait et il avait vraiment trouvé là sa place dans le monde » ****. Poète, prosateur, peintre à ses heures, Su Dongpo a porté à la perfection l’impression d’aisance et de naturel que dégage la poésie chinoise sous le règne des Song *****. Cette impression est due à la spontanéité des pensées exprimées, à la concision des images — simples suggestions donnant uniquement les traits les plus essentiels pour provoquer l’effet voulu :

« La vie de l’homme :
L’empreinte d’une oie sauvage sur la neige.
Envolé, l’oiseau est déjà loin
 » Lisez la suite›

* En chinois 蘇軾. Autrefois transcrit Su Shih, Su She ou Sou Che.

** En chinois 蘇東坡. Autrefois transcrit Su Dongbo, Su Tung po, Sou Toung-po, Sou Tong-p’o ou Sou Tong-p’ouo.

*** En chinois 雪堂.

**** « Commémorations », p. 276.

***** De l’an 960 à l’an 1279.