« L’Ami qui venait de l’an mil : Su Dongpo (1037-1101) »

éd. Gallimard, coll. L’Un et l’Autre, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. L’Un et l’Autre, Pa­ris

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle des poèmes de Su Shi1, plus connu sous le so­bri­quet de Su Dongpo2 (« Su de la Pente de l’Est »), du nom de la par­celle sur la­quelle il construit en 1082 apr. J.-C. la Salle des Neiges qui lui tient lieu de ca­bi­net : « Sur un flanc de la Pente de l’Est, Maître Su ac­quit un po­ta­ger aban­donné. Il l’aménagea, l’entoura de murs et y construi­sit une pièce d’audience qu’il nomma sur un pan­neau ho­ri­zon­tal la Salle des Neiges3. Il avait peint sur les quatre pa­rois… un pay­sage d’hiver in­in­ter­rompu. Qu’il se le­vât, s’assît, mon­tât et des­cen­dît, re­gar­dât tout l’espace ou fur­ti­ve­ment, tout n’était que neiges. Maître Su y ré­si­dait et il avait vrai­ment trouvé là sa place dans le monde »4. Poète, pro­sa­teur, peintre à ses heures, Su Dongpo a porté à la per­fec­tion l’impression d’aisance et de na­tu­rel que dé­gage la poé­sie chi­noise sous le règne des Song5. Cette im­pres­sion est due à la spon­ta­néité des pen­sées ex­pri­mées, à la conci­sion des images — simples sug­ges­tions don­nant uni­que­ment les traits les plus es­sen­tiels pour pro­vo­quer l’effet voulu :

« La vie de l’homme :
L’empreinte d’une oie sau­vage sur la neige.
En­volé, l’oiseau est déjà loin
 »6.

peindre l’âme des choses et des hommes

Cette ma­nière ar­tis­tique, bien qu’elle fasse l’effet d’extrême sim­pli­cité, est en réa­lité plus com­plexe qu’elle ne pa­raît au pre­mier coup d’œil. Elle porte la marque de l’évolution plus que mil­lé­naire ac­com­plie par la poé­sie chi­noise, dé­sor­mais dé­bar­ras­sée de tout ce qui n’est pas in­dis­pen­sable à ses buts. Su Dongpo, en par­ti­cu­lier, veut peindre l’âme des choses et des hommes, au lieu de s’attacher aux dé­tails ex­té­rieurs qui ne fe­raient que dis­per­ser l’attention et af­fai­blir l’impression pro­duite : « Mon­tagnes, ro­chers, bam­bous, arbres, mou­ve­ments de l’eau, fu­mées, nuages n’ont pas de forme constante, mais ont un es­prit in­té­rieur. Le peintre doit pé­né­trer leur loi in­terne et non se bor­ner aux dé­tails, comme peuvent le faire les ar­tistes mé­diocres. Lorsque Wen Yuke7 peint des bam­bous, des ro­chers, des arbres vifs ou morts, il com­prend leur crois­sance et leur dé­clin, leur li­berté et leurs obs­tacles », dit Su Dongpo8 ; ce qu’il ex­prime d’une autre fa­çon dans un poème dé­dié pré­ci­sé­ment à Wen Yuke :

« Quand Wen Yuke peint des bam­bous,
Il voit des bam­bous et non des hommes.
Non seule­ment il ne songe pas aux hommes,
Mais il ou­blie to­ta­le­ment son corps
Qui est de­venu, quand il peint,
Un bam­bou qui pousse et croît
Et qui re­de­vien­dra Wen Yuke
 »9.

Il n’existe pas moins de sept tra­duc­tions fran­çaises des poèmes, mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle de M. Claude Roy.

「水光瀲灧晴方好,
山色空濛雨亦奇.
若把西湖比西子,
淡粧濃抹總相宜.」

— Poème dans la langue ori­gi­nale

« Mi­roir de l’eau. Temps de prin­temps.
Brume lé­gère, douce est la pluie.
Le lac de l’Ouest, une jeune fille,
Belle au ré­veil, belle au cou­cher. »
— Poème dans la tra­duc­tion de M. Roy

« La lu­mière dans l’eau gonfle les vagues qui se suc­cèdent, op­por­tune éclair­cie
La cou­leur de la mon­tagne de­vient floue sous la pluie fine, ma­gique
Si l’on com­pare le lac de l’Ouest à la belle Hsih Shih10,
Simple atour ou pa­rure so­len­nelle, les deux leur siéent à mer­veille »
— Poème dans la tra­duc­tion de Mme Cheng Wing fun et M. Hervé Col­let (« Fu­mée du Lu Shan, ma­rée du Che Kiang : poèmes », éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont)

« Cha­toyantes, les va­gue­lettes sous la lu­mière, beauté de l’éclaircie ;
In­at­ten­dues, les teintes d’une mon­tagne floue, quand sur­vient la pluie.
Comme je vou­drais com­pa­rer le lac de l’Ouest à une grande beauté,
Car l’image lui convient, qu’elle soit far­dée ou lé­gè­re­ment ma­quillée. »
— Poème dans la tra­duc­tion de M. Tang Jia­long (dans Zheng Ping, « Géo­gra­phie de Chine », éd. 五洲传播出版社, coll. Que sais-je sur la Chine ?, Pé­kin)

« Pur éclat li­quide, ra­dieuse beauté sans la moindre ride…
Un ef­fet de pluie s’en vient ani­mer la mon­tagne vide.
Le Xihu me fait pen­ser à Xi Shi : un fard ac­cen­tué
Lui sied aussi bien que la sim­pli­cité. »
— Poème dans la tra­duc­tion de Mme Claire Le­beau­pin (dans Aina, « Pro­pos oi­sifs sous la ton­nelle aux ha­ri­cots », éd. Gal­li­mard, coll. Connais­sance de l’Orient, Pa­ris)

« Par la lu­mière des eaux, la mou­vance des vagues, le ciel s’étend dans toute sa beauté
Quand les monts se teintent de brumes, la pluie tombe tout aussi mer­veilleuse
Le lac de l’Ouest est comme la fille de l’Ouest
À peine ma­quillée ou lour­de­ment far­dée, elle reste une beauté »
— Poème dans la tra­duc­tion de M. Guil­hem Fabre (dans « Ins­tants éter­nels : cent et quelques poèmes connus par cœur en Chine », éd. La Dif­fé­rence, Pa­ris)

« Plé­ni­tude lu­mi­neuse de l’onde — c’est le beau temps…
Sombre es­tompe des monts — la pluie a aussi ses charmes…
Lac de l’Ouest et Dame de l’Ouest se peuvent com­pa­rer :
Lé­ger fard ou épais ap­prêt éga­le­ment leur siéent. »
— Poème dans la tra­duc­tion de Mme Pé­né­lope Bour­geois, re­vue par M. Max Kal­ten­mark (dans « An­tho­lo­gie de la poé­sie chi­noise clas­sique », éd. Gal­li­mard-UNESCO, coll. Connais­sance de l’Orient, Pa­ris)

« Quand il fait beau, le lac on­doyant plaît aux yeux ; les monts voi­lés nous émer­veillent quand il pleut. Le lac res­semble à la Belle d’Ouest qui en­chante par sa beauté na­tu­relle ou éblouis­sante. »
— Poème dans la tra­duc­tion de M. Xu Yuan chong (dans « Choix de poèmes et de ta­bleaux des Song », éd. 五洲传播出版社, coll. de clas­siques chi­nois, Pé­kin)

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Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Su Dongpo, « Sur moi-même ; tra­duit du chi­nois et pré­senté par Jacques Pim­pa­neau » (éd. Ph. Pic­quier, coll. Pic­quier poche, Arles)
  • Georges Mar­gou­liès, « His­toire de la lit­té­ra­ture chi­noise. Poé­sie » (éd. Payot, coll. Bi­blio­thèque his­to­rique, Pa­ris).
  1. En chi­nois 蘇軾. Au­tre­fois trans­crit Su Shih, Su She ou Sou Che. Haut
  2. En chi­nois 蘇東坡. Au­tre­fois trans­crit Su Dongbo, Su Tung po, Sou Toung-po, Sou Tong-p’o ou Sou Tong-p’ouo. Haut
  3. En chi­nois 雪堂. Haut
  4. « Com­mé­mo­ra­tions », p. 276. Haut
  5. De l’an 960 à l’an 1279. Haut
  1. p. 18. Haut
  2. Wen Yuke (文與可) ou Wen Tong (文同), cou­sin et ami de Su Dongpo, en­trait, pour ainsi dire, dans les bam­bous qu’il pei­gnait en s’identifiant à eux. Haut
  3. p. 58. Haut
  4. id. Haut
  5. Xi Shi (西施), c’est-à-dire « Shi de l’Ouest », ou Xizi (西子), c’est-à-dire « la fille de l’Ouest », était une belle qui sé­dui­sit le roi de Wu et causa la perte de son royaume. Haut