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Marc Aurèle, «Pensées»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit des «Pen­sées» de Marc Aurèle* (IIe siècle apr. J.-C.). Nul Empe­reur romain n’eut plus à cœur le bien public que Marc Aurèle; nul prince ita­lien n’apporta plus d’ardeur et plus d’application à l’accomplissement de ses devoirs. Sa vie bien­fai­sante se pas­sa tout entière dans de cruelles épreuves. Il eut à apai­ser, à l’intérieur, des révoltes sans cesse renais­santes; il vit la peste dévas­ter les pro­vinces les plus flo­ris­santes de l’Italie; il épui­sa ses forces à lut­ter contre les Ger­mains dans des cam­pagnes sans vic­toire déci­sive; il mou­rut avec le funeste pres­sen­ti­ment de l’inévitable catas­trophe dont les peuples bar­bares mena­çaient l’Empire. À mesure qu’il s’avança en âge, et que son corps s’affaissa sous les res­pon­sa­bi­li­tés, il res­sen­tit de plus en plus le besoin de s’interroger dans sa conscience et en lui-même; de médi­ter au jour le jour sous l’impression directe des évé­ne­ments ou des sou­ve­nirs; de se for­ti­fier en repre­nant contact avec les quatre ou cinq prin­cipes où se concen­traient ses convic­tions. «Comme les méde­cins ont tou­jours sous la main leurs appa­reils et leurs trousses pour les soins à don­ner d’urgence, de même [je] tiens tou­jours prêts les prin­cipes grâce aux­quels [je] pour­rai connaître les choses divines et humaines», dit-il dans un pas­sage admi­rable**. Ce fut au cours de ses toutes der­nières expé­di­tions que, cam­pé sur les bords sau­vages du Danube, pro­fi­tant de quelques heures de loi­sir, il rédi­gea en grec, en soli­loque avec lui-même, les pages immor­telles des «Pen­sées» qui ont révé­lé sa belle âme, sa ver­tu aus­tère, sa pro­fonde mélan­co­lie. «À soi-même» («Ta eis heau­ton»***) : tel est le véri­table titre de son ouvrage. «Jamais on n’écrivit plus sim­ple­ment pour soi, à seule fin de déchar­ger son cœur, sans autre témoin que Dieu. Pas une ombre de sys­tème. Marc Aurèle, à pro­pre­ment par­ler, n’a pas de phi­lo­so­phie; quoiqu’il doive presque tout au stoï­cisme trans­for­mé par l’esprit romain, il n’est d’aucune école», dit Ernest Renan****. En effet, la phi­lo­so­phie de Marc Aurèle ne repose sur autre chose que sur la rai­son. Elle résulte du simple fait d’une conscience morale aus­si vaste, aus­si éten­due que l’Empire auquel elle com­mande. Son thème fon­da­men­tal, c’est le rat­ta­che­ment de l’homme, si chan­ce­lant et si pas­sa­ger, à l’univers per­pé­tuel et divin, à la «chère cité de Zeus» («polis phi­lê Dios»*****) — rat­ta­che­ment qui lui révèle le devoir de la ver­tu et qui l’associe à l’œuvre magni­fi­que­ment belle, sou­ve­rai­ne­ment juste de la créa­tion : «Je m’accommode de tout ce qui peut t’accommoder, ô monde!… Tout est fruit pour moi de ce que pro­duisent tes sai­sons, ô nature! Tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi»******. Et plus loin : «Ma cité et ma patrie, en tant qu’Antonin, c’est Rome; en tant qu’homme, c’est le monde»*******. Comme Ham­let devant le crâne, Marc Aurèle se demande ce que la nature a fait des os d’Alexandre et de son mule­tier. Il a des images et des tri­via­li­tés sha­kes­pea­riennes pour peindre l’inanité des choses : «Dans un ins­tant, tu ne seras plus que cendre ou sque­lette, et un nom — ou plus même un nom… un vain bruit, un écho! Ce dont on fait tant de cas dans la vie, c’est du vide, pour­ri­ture, mes­qui­ne­ries, chiens qui s’entre-mordent»********.

* En latin Mar­cus Aure­lius Anto­ni­nus. Autre­fois trans­crit Marc Anto­nin. Haut

** liv. III, ch. 11. Haut

*** En grec «Τὰ εἰς ἑαυτόν». Haut

**** «Marc-Aurèle et la Fin du monde antique», p. 262. Haut

***** En grec «πόλις φίλη Διός». Haut

****** liv. IV, ch. 23. Haut

******* liv. VI, ch. 44. Haut

******** liv. V, ch. 33. Haut

Rákóczi, «L’Autobiographie d’un prince rebelle. Confession • Mémoires»

éd. Corvina, Budapest

éd. Cor­vi­na, Buda­pest

Il s’agit de la «Confes­sion d’un pécheur» («Confes­sio pec­ca­to­ris») et des «Mémoires» de Fran­çois II Rákóc­zi*, prince de Hon­grie, fervent admi­ra­teur et ami de la France à tel point qu’en mou­rant il vou­lut que son cœur repo­sât en terre fran­çaise (XVIIe-XVIIIe siècle). Rákóc­zi mérite le titre d’écrivain de langue fran­çaise; car c’est dans cette langue qu’il expri­ma les aspi­ra­tions sécu­laires du peuple hon­grois : le grand amour de la liber­té et le désir de voir la patrie déli­vrée du joug étran­ger. Lorsqu’en l’an 1707, la Hon­grie, mena­cée d’une ger­ma­ni­sa­tion com­plète par l’Autriche, se révol­ta contre les Habs­bourg, Rákóc­zi fut pous­sé à la lutte à la fois par le fait d’une volon­té supé­rieure et par la sienne propre. Le peuple et, en même temps, le des­tin dont il avait héri­té l’appelaient impé­rieu­se­ment à conduire ce com­bat qu’il savait pour­tant inégal. Il tour­na ses regards vers Louis XIV qui lui envoya, outre des secours en argent, d’éminents stra­tèges et ingé­nieurs qui don­nèrent à la Cour magyare une allure ver­saillaise. La «Confes­sion» et les «Mémoires» furent écrits en France, où ce prince mal­heu­reux vint se réfu­gier après l’échec de l’indépendance hon­groise. Il y séjour­na de l’an 1712 à 1717, d’abord comme hôte de Louis XIV, à Ver­sailles, puis comme résident du couvent des camal­dules, à Gros­bois. Il assis­ta aux repré­sen­ta­tions des pièces de Racine et Molière, il visi­ta les gale­ries, il fit la connais­sance de Saint-Simon qui dit du couvent des camal­dules «que Rákóc­zi n’y voyait presque per­sonne, vivait très fru­ga­le­ment dans une grande péni­tence, au pain et à l’eau une ou deux fois la semaine, et assi­du à tous les offices du jour et de la nuit». Peu d’hommes pleu­rèrent la mort du Roi-Soleil avec plus de sin­cé­ri­té que Rákóc­zi. Cette mort mar­qua, d’ailleurs, la perte de son der­nier espoir, et même si, sur l’invitation du Sul­tan turc, il se ren­dit à Constan­ti­nople pour orga­ni­ser une armée appe­lée à recom­men­cer la guerre contre l’Autriche, les cir­cons­tances ne lui per­mirent pas de réa­li­ser son grand rêve, et il mou­rut dans l’émigration et dans l’obscurité.

* En hon­grois II Rákóc­zi Ferenc. Autre­fois trans­crit Ragok­zy, Rakoc­zy, Ragot­zi, Ragot­sy, Ragots­ki ou Ragots­ky. Haut

Photius, «Maximes pour la conduite du prince Michel, roi de Bulgarie»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de la «Lettre à Michel, roi de Bul­ga­rie» («Epis­to­lê pros Michaêl ton archon­ta Boul­ga­rias»*) de Pho­tius**, patriarche de Constan­ti­nople (IXe siècle apr. J.-C.). Du temps de Pho­tius, les Bul­gares, voi­sins redou­tables par leurs guerres sou­vent heu­reuses, don­naient beau­coup de mal à l’Empereur de Constan­ti­nople. Tan­tôt alliés et tan­tôt oppo­sés aux diverses tri­bus des Bal­kans, ils avaient conquis sur les Grecs d’importantes pro­vinces et s’étaient avan­cés même jusqu’au Pélo­pon­nèse, en répan­dant la langue slave, qui était deve­nue la leur, dans les ter­ri­toires qu’ils occu­paient, et où on la parle encore de nos jours. Ils avaient trou­vé sur ces ter­ri­toires des prêtres grecs, des­quels ils avaient reçu les pre­mières lumières de la reli­gion, quoiqu’il y ait lieu de dou­ter, avec Vol­taire***, que «ces Bul­gares, qui buvaient dans le crâne de leurs enne­mis, fussent d’excellents théo­lo­giens». Pho­tius, habile poli­ti­cien, voyait que, s’il y avait quelque espoir d’amadouer ces hommes féroces, c’était par la confor­mi­té d’un même culte et d’une même foi, plu­tôt que par la force des armes. Il n’attendait qu’une occa­sion et il crut qu’elle s’offrait à lui : car Boris****, roi de Bul­ga­rie, venait de se conver­tir sous le nom chré­tien de Michel. Pho­tius, per­sua­dé que la reli­gion rap­pro­che­rait les deux peuples, essaya de la faire ser­vir aux inté­rêts de l’État, en sou­met­tant cette Église nais­sante à celle de Constan­ti­nople. Pour cela, il fal­lait s’insinuer dans l’esprit du roi bul­gare; et ce fut dans ce but qu’il envoya une «Lettre à Michel, roi de Bul­ga­rie» pour lui don­ner des ins­truc­tions, tant sur les devoirs d’un chré­tien, que sur ceux d’un bon prince. Clas­ser cette lettre par­mi les «plus beaux monu­ments de l’Antiquité»*****, c’est lui faire un hon­neur qu’elle ne mérite pas; mais il faut avouer qu’elle est ce que Pho­tius a écrit de plus agréable et de plus pro­fi­table dans sa cor­res­pon­dance : car les maximes et les règles de conduite s’y placent tout natu­rel­le­ment, sans pédan­tisme, et l’on se sent en pré­sence d’un patriarche qui n’est pas moins impré­gné de sagesse païenne, que de mora­li­té chré­tienne.

* En grec «Ἐπιστολὴ πρὸς Μιχαὴλ τὸν ἄρχοντα Βουλγαρίας». Haut

** En grec Φώτιος. Par­fois trans­crit Phô­tios. Haut

*** «Bul­gares» dans «Dic­tion­naire phi­lo­so­phique». Haut

**** En bul­gare Борис. Éga­le­ment connu sous le nom de Bogo­ris (Богорис). Haut

***** p. 9. Haut