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Mot-clefitalien

pays, gen­ti­lé ou langue

le père de Angelis, «Relation du royaume d’Iezo»

dans « Histoire de ce qui s’est passé au Japon, tirée des lettres écrites ès années 1619, 1620 et 1621 » (XVIIᵉ siècle), p. 365-380

dans «His­toire de ce qui s’est pas­sé au Japon, tirée des lettres écrites ès années 1619, 1620 et 1621» (XVIIe siècle), p. 365-380

Il s’agit de la «Rela­tion du royaume d’Iezo» («Rela­zione del regno di Iezo») du bien­heu­reux père Giro­la­mo de Ange­lis, dit Jérôme de Ange­lis*, prêtre jésuite, que le shô­gun fit brû­ler vif le 4 décembre 1623. Le père de Ange­lis était natif d’Enna, en Sicile. Il entra dans la Com­pa­gnie de Jésus à l’âge de dix-huit ans. Pen­dant ses études en théo­lo­gie et avant même d’être prêtre, on lui accor­da de par­tir pour la mis­sion du Japon. Il s’embarqua avec le père Charles Spi­no­la pour Lis­bonne, d’où ils firent voile le 10 avril 1596. Une très vio­lente tem­pête les assaillit au cap de Bonne-Espé­rance et endom­ma­gea gra­ve­ment leur vais­seau, qui dut tour­ner en arrière pour être répa­ré au Bré­sil, puis aban­don­né à Por­to Rico à cause d’une nou­velle ava­rie. Le 21 août 1597, ils s’embarquèrent sur un navire mar­chand; mais quelques cor­saires anglais les sur­prirent en che­min et ame­nèrent pri­son­niers à Londres. Remis en liber­té presque aus­si­tôt, nos pères retour­nèrent à Lis­bonne et repar­tirent pour le Japon, où ils arri­vèrent en 1602 au terme de ce voyage si long, si tra­ver­sé, qui leur deman­da, comme vous voyez, six années. Le père de Ange­lis mit encore une année à apprendre le japo­nais, après quoi il par­cou­rut plu­sieurs fois le pays. Bra­vant et sur­mon­tant tous les obs­tacles, il fit d’innombrables conver­sions. Les fidèles ne pou­vant le visi­ter ouver­te­ment, il se dégui­sait et allait les attendre à des lieux déter­mi­nés. Le tout pre­mier, il por­ta la foi chré­tienne jusque dans l’île d’Ezo ou Iezo** (l’actuel Hok­kai­dô) où il fut en 1618, puis en 1621. Cette île inté­res­sait ses supé­rieurs, d’autant qu’elle ne sem­blait pas encore reven­di­quée par les Japo­nais, dont la pré­sence se can­ton­nait dans le fief de Mat­su­mae ou Mat­su­mai***. Tout le reste, depuis Mat­su­mae jusqu’à la pointe sep­ten­trio­nale, sans comp­ter les îles encore plus au Nord, Sakha­line et les Kou­riles, était habi­té par des indi­gènes à demi sau­vages, nom­més Aïnous; la «Rela­tion» les appelle Iezois. D’autre part, les routes d’Ezo n’étaient pas des che­mins bat­tus comme au Japon, mais des sen­tiers rocailleux qui bor­daient des pré­ci­pices effrayants, «tel­le­ment que ce n’est pas [éton­nant] que les Iezois mettent plus de jour­nées pour aller de Mat­su­mai jusqu’[à l’autre bout de leur île] que les Japo­nais n’en mettent pour aller de Nii­ga­ta jusqu’à la pointe de Corée»****. Pour toutes ces rai­sons, les Japo­nais ne connais­saient ces terres que par des ouï-dire contra­dic­toires et par cer­tains articles de com­merce qu’ils rece­vaient des mains des Aïnous : des baleines, des peaux de phoques, des habits faits avec l’écorce des arbres, des peaux de cerfs… Et ils igno­raient même «si le royaume d’Iezo est une île ou non»

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jérosme des Anges et Hié­rosme de Ange­lis. Haut

** En japo­nais 蝦夷. Par­fois trans­crit Iéso, Yezo, Yes­so, Yéso, Jeso ou Jes­so. Haut

*** En japo­nais 松前藩. Par­fois trans­crit Mats­maï, Mats­mayé, Mats­mey, Mat­sou­may ou Mat­sou­maï. Haut

**** p. 376. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome IV»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome III»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome II»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome I»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

«La Colonne trajane au musée de Saint-Germain»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de la colonne tra­jane. De tous les forums romains, celui de l’Empereur Tra­jan était le plus beau, le plus régu­lier, avec sa place entou­rée de tavernes à l’usage des mar­chands, ses sta­tues de toute espèce, sa basi­lique, son temple, ses deux biblio­thèques, l’une pour les col­lec­tions grecques et l’autre pour les latines, et tant d’autres somp­tuo­si­tés. L’imagination de ceux qui voyaient pour la pre­mière fois cet ensemble unique de construc­tions en était vive­ment frap­pée, comme en témoigne Ammien Mar­cel­lin : «construc­tions gigan­tesques» («gigan­teos contex­tus»), dit-il, «qui défient la des­crip­tion» («nec rela­tu effa­biles»), «et que les mor­tels ne cher­che­ront plus à repro­duire» («nec rur­sus mor­ta­li­bus adpe­ten­dos»). Qu’est deve­nue cette si pro­di­gieuse magni­fi­cence? Il n’en reste aujourd’hui que la colonne qui se trou­vait au milieu et qui est bien conser­vée. L’idée de ce monu­ment est gran­diose. D’un pié­des­tal sur lequel on peut lire : «Le Sénat et le peuple romain (ont consa­cré cette colonne) à l’Empereur, fils du divin Ner­va, Tra­jan… père de la patrie, pour mar­quer de quelle hau­teur était la mon­tagne et la place qu’on a déblayées pour y construire de si grands monu­ments» s’élance une de ces colonnes creuses que l’on appe­lait «colum­na cochlea­ta», à cause de l’escalier tour­nant en coli­ma­çon («cochlea») creu­sé dans le marbre et condui­sant au som­met, là où repo­sait la sta­tue de l’Empereur Tra­jan. Mais le mérite prin­ci­pal de ce monu­ment est ailleurs : il est dans les bas-reliefs qui, en forme de spi­rale, le décorent de haut en bas. Tous les exploits que Tra­jan a faits pen­dant son règne, entre autres les vic­toires qu’il a rem­por­tées sur les Daces (en Rou­ma­nie), figurent sur ces bas-reliefs his­to­riques ser­pen­tant autour de la colonne comme les pages immor­telles d’un rou­leau manus­crit («volu­men»). La suite conti­nue qu’ils forment, monte vers l’Empereur vic­to­rieux et vient se pros­ter­ner à ses pieds. L’effet est majes­tueux. L’ensemble est d’une puis­sance, d’une éner­gie incon­tes­tables. «On y voit des ani­maux, des armes, des enseignes, des marches, des camps, des machines, des harangues aux sol­dats, des sacri­fices, des batailles, des vic­toires, des tro­phées… Tout est expri­mé avec intel­li­gence, comme on peut l’observer dans l’intrépidité de ces femmes daces qui se jettent, armées de torches, sur les pri­son­niers romains; et… le déses­poir de leurs maris qui, pour ne pas tom­ber dans l’esclavage, brûlent leur ville et s’empoisonnent», dit très bien Fran­ces­co Mili­zia

Milizia, «Vies des architectes anciens et modernes. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mémoires des archi­tectes anciens et modernes» («Memo­rie degli archi­tet­ti anti­chi e moder­ni») éga­le­ment connus sous le titre de «Vies des plus célèbres archi­tectes» («Vite de’ più cele­bri archi­tet­ti») de Fran­ces­co Mili­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­ci­té antique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beau­té de l’architecture naît dans le néces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des orne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­gé­ré et qui n’est pas com­man­dé par la néces­si­té ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, «à peu près comme la parure ne sert qu’à enlai­dir et faire remar­quer une laide femme»*. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un sujet; prin­cipe clair, d’une impor­tance capi­tale, et fré­quem­ment négli­gé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la poli­tique et la juris­pru­dence. De même que les mau­vais légis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage légis­la­tif «pour que nous n’entendions jamais rien aux lois»**; de même, les mau­vais archi­tectes com­pliquent «une grande cou­pole de cou­poles plus petites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes» («una cupo­la con cupo­li­no, con cupo­lette, con cupo­lucce») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs construc­tions extra­va­gantes. Ordre, sim­pli­ci­té, véri­té, tels sont les cri­tères qui déter­minent la beau­té pour Mili­zia. Aus­si blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dérai­son­nable et de lour­de­ment raf­fi­né, «aus­si éloi­gné de la légè­re­té gothique que de la majes­té et de l’élégance grecque» («ugual­mente lon­ta­na dal­la svel­tez­za goti­ca e dal­la maes­to­sa ele­gan­za gre­ca»); tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa voca­tion, même lorsqu’il est dépour­vu d’ornementations et des­ti­né aux usages les plus vils et les plus repous­sants, peut être beau, comme l’est la «Cloa­ca maxi­ma», le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mili­zia pro­pose pour modèles les monu­ments de la Grèce, exhorte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les archi­tectes de la Renais­sance qui, selon lui, n’ont étu­dié les Anciens que de seconde main et ont ain­si intro­duit des élé­ments de déca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de caprice, de folie : «Voi­là pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de génie», dit Mili­zia; et pour­quoi, en allant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va «du meilleur au plus mau­vais»

* «De l’art de voir dans les beaux-arts», p. 88. Haut

** id. p. 26. Haut

Milizia, «Vies des architectes anciens et modernes. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mémoires des archi­tectes anciens et modernes» («Memo­rie degli archi­tet­ti anti­chi e moder­ni») éga­le­ment connus sous le titre de «Vies des plus célèbres archi­tectes» («Vite de’ più cele­bri archi­tet­ti») de Fran­ces­co Mili­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­ci­té antique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beau­té de l’architecture naît dans le néces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des orne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­gé­ré et qui n’est pas com­man­dé par la néces­si­té ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, «à peu près comme la parure ne sert qu’à enlai­dir et faire remar­quer une laide femme»*. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un sujet; prin­cipe clair, d’une impor­tance capi­tale, et fré­quem­ment négli­gé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la poli­tique et la juris­pru­dence. De même que les mau­vais légis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage légis­la­tif «pour que nous n’entendions jamais rien aux lois»**; de même, les mau­vais archi­tectes com­pliquent «une grande cou­pole de cou­poles plus petites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes» («una cupo­la con cupo­li­no, con cupo­lette, con cupo­lucce») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs construc­tions extra­va­gantes. Ordre, sim­pli­ci­té, véri­té, tels sont les cri­tères qui déter­minent la beau­té pour Mili­zia. Aus­si blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dérai­son­nable et de lour­de­ment raf­fi­né, «aus­si éloi­gné de la légè­re­té gothique que de la majes­té et de l’élégance grecque» («ugual­mente lon­ta­na dal­la svel­tez­za goti­ca e dal­la maes­to­sa ele­gan­za gre­ca»); tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa voca­tion, même lorsqu’il est dépour­vu d’ornementations et des­ti­né aux usages les plus vils et les plus repous­sants, peut être beau, comme l’est la «Cloa­ca maxi­ma», le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mili­zia pro­pose pour modèles les monu­ments de la Grèce, exhorte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les archi­tectes de la Renais­sance qui, selon lui, n’ont étu­dié les Anciens que de seconde main et ont ain­si intro­duit des élé­ments de déca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de caprice, de folie : «Voi­là pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de génie», dit Mili­zia; et pour­quoi, en allant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va «du meilleur au plus mau­vais»

* «De l’art de voir dans les beaux-arts», p. 88. Haut

** id. p. 26. Haut

Milizia, «De l’art de voir dans les beaux-arts»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de «De l’art de voir dans les beaux-arts»*Dell’arte di vedere nelle belle arti») de Fran­ces­co Mili­zia, théo­ri­cien de l’architecture, par­ti­san de la sim­pli­ci­té antique (XVIIIe siècle). Pour ce théo­ri­cien ita­lien, la beau­té de l’architecture naît dans le néces­saire et l’utile. La pro­fu­sion des orne­ments et le manque de cri­tique dans leur choix, tout ce qui est exa­gé­ré et qui n’est pas com­man­dé par la néces­si­té ou l’utilité, ne fait que des­ser­vir une construc­tion déjà mal conçue, «à peu près comme la parure ne sert qu’à enlai­dir et faire remar­quer une laide femme»**. Le grand style, c’est celui qui n’exprime que les grandes et utiles par­ties d’un sujet; prin­cipe clair, d’une impor­tance capi­tale, et fré­quem­ment négli­gé non seule­ment dans l’art de l’architecture, mais encore dans celui de la poli­tique et la juris­pru­dence. De même que les mau­vais légis­la­teurs com­pliquent l’échafaudage légis­la­tif «pour que nous n’entendions jamais rien aux lois»***; de même, les mau­vais archi­tectes com­pliquent «une grande cou­pole de cou­poles plus petites, de cou­po­lettes, de cou­po­li­nettes» («una cupo­la con cupo­li­no, con cupo­lette, con cupo­lucce») pour que nous n’entendions jamais rien aux plans de leurs construc­tions extra­va­gantes. Ordre, sim­pli­ci­té, véri­té, tels sont les cri­tères qui déter­minent la beau­té pour Mili­zia. Aus­si blâme-t-il tout édi­fice qui a quelque chose de dérai­son­nable et de lour­de­ment raf­fi­né, «aus­si éloi­gné de la légè­re­té gothique que de la majes­té et de l’élégance grecque» («ugual­mente lon­ta­na dal­la svel­tez­za goti­ca e dal­la maes­to­sa ele­gan­za gre­ca»); tan­dis qu’un édi­fice qui cor­res­pond exac­te­ment à son but et à sa voca­tion, même lorsqu’il est dépour­vu d’ornementations et des­ti­né aux usages les plus vils et les plus repous­sants, peut être beau, comme l’est la «Cloa­ca maxi­ma», le Grand égout bâti par Tar­quin l’Ancien. Dans ses trai­tés, Mili­zia pro­pose pour modèles les monu­ments de la Grèce, exhorte à étu­dier ce qui reste de ceux de l’Asie et s’élève contre Michel-Ange et les archi­tectes de la Renais­sance qui, selon lui, n’ont étu­dié les Anciens que de seconde main et ont ain­si intro­duit des élé­ments de déca­dence, que leurs écoles ont consa­crés sous forme de mode, de caprice, de folie : «Voi­là pour­quoi [ces] écoles sont si pauvres de génie», dit Mili­zia; et pour­quoi, en allant du Grand égout à la cou­pole de Saint-Pierre, on va «du meilleur au plus mau­vais»

* Par­fois tra­duit «De l’art de voir en sculp­ture, pein­ture, gra­vure et archi­tec­ture» ou «Réflexions sur la sculp­ture, la pein­ture, la gra­vure et l’architecture». Haut

** «De l’art de voir dans les beaux-arts», p. 88. Haut

*** id. p. 26. Haut

Manilius, «Astronomicon. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de Mar­cus Mani­lius, auteur latin (Ier siècle av. J.-C.-Ier siècle apr. J.-C.), autant poète qu’astronome ou astro­logue, et dont l’œuvre décrit le monde comme une immense machine dont Dieu est la Rai­son suprême et le grand hor­lo­ger. La vie de Mani­lius paraît avoir été celle d’un savant enthou­siaste, mais reti­ré, parce qu’aucune source antique ne nous parle de lui. Quin­tillien, qui men­tionne un grand nombre d’écrivains, ne dit rien sur notre savant, qui leur est pour­tant supé­rieur. On a pré­ten­du, d’après quelques tour­nures inso­lites qu’on ne trouve pas aisé­ment chez des auteurs du même siècle, qu’il était un étran­ger. Cepen­dant faut-il s’étonner que, trai­tant un sujet neuf et inha­bi­tuel, il ait employé des formes éga­le­ment inha­bi­tuelles? Mani­lius le sen­tait lui-même et il s’en excuse dès les pre­mières lignes de son poème : «Je serai», dit-il, «le pre­mier des Romains qui ferai entendre sur l’Hélicon ces nou­veaux concerts». Il vivait, en tout cas, sous le règne d’Auguste, parce qu’il s’adresse à cet Empe­reur comme à un per­son­nage contem­po­rain. Et puis, dans un pas­sage du livre I*, il fait allu­sion à la défaite de Varus** comme à un évé­ne­ment tout récent. Or, elle sur­vint en 9 apr. J.-C. Mani­lius a lais­sé à la pos­té­ri­té un unique poème inti­tu­lé «Astro­no­miques» («Astro­no­mi­con»***) et qui est inté­res­sant à plus d’un titre. Il touche, à vrai dire, bien plus à l’astrologie qu’à l’astronomie, parce que, des cinq livres qu’il contient, le pre­mier seule­ment se rap­porte à la sphé­ri­ci­té de la Terre, à la divi­sion du ciel, aux comètes; les quatre autres sont pure­ment astro­lo­giques et sont une sorte de trai­té com­plet de l’horoscope.

* v. 898-901. Haut

** À Teu­to­bourg, en Ger­ma­nie. Haut

*** Cal­qué sur le grec «Astro­no­mi­kôn» («Ἀστρονομικῶν»). Haut

Manilius, «Astronomicon. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de Mar­cus Mani­lius, auteur latin (Ier siècle av. J.-C.-Ier siècle apr. J.-C.), autant poète qu’astronome ou astro­logue, et dont l’œuvre décrit le monde comme une immense machine dont Dieu est la Rai­son suprême et le grand hor­lo­ger. La vie de Mani­lius paraît avoir été celle d’un savant enthou­siaste, mais reti­ré, parce qu’aucune source antique ne nous parle de lui. Quin­tillien, qui men­tionne un grand nombre d’écrivains, ne dit rien sur notre savant, qui leur est pour­tant supé­rieur. On a pré­ten­du, d’après quelques tour­nures inso­lites qu’on ne trouve pas aisé­ment chez des auteurs du même siècle, qu’il était un étran­ger. Cepen­dant faut-il s’étonner que, trai­tant un sujet neuf et inha­bi­tuel, il ait employé des formes éga­le­ment inha­bi­tuelles? Mani­lius le sen­tait lui-même et il s’en excuse dès les pre­mières lignes de son poème : «Je serai», dit-il, «le pre­mier des Romains qui ferai entendre sur l’Hélicon ces nou­veaux concerts». Il vivait, en tout cas, sous le règne d’Auguste, parce qu’il s’adresse à cet Empe­reur comme à un per­son­nage contem­po­rain. Et puis, dans un pas­sage du livre I*, il fait allu­sion à la défaite de Varus** comme à un évé­ne­ment tout récent. Or, elle sur­vint en 9 apr. J.-C. Mani­lius a lais­sé à la pos­té­ri­té un unique poème inti­tu­lé «Astro­no­miques» («Astro­no­mi­con»***) et qui est inté­res­sant à plus d’un titre. Il touche, à vrai dire, bien plus à l’astrologie qu’à l’astronomie, parce que, des cinq livres qu’il contient, le pre­mier seule­ment se rap­porte à la sphé­ri­ci­té de la Terre, à la divi­sion du ciel, aux comètes; les quatre autres sont pure­ment astro­lo­giques et sont une sorte de trai­té com­plet de l’horoscope.

* v. 898-901. Haut

** À Teu­to­bourg, en Ger­ma­nie. Haut

*** Cal­qué sur le grec «Astro­no­mi­kôn» («Ἀστρονομικῶν»). Haut