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«Daryush Ashouri : un intellectuel hétérodoxe iranien»

éd. L’Harmattan, coll. L’Iran en transition, Paris

éd. L’Harmattan, coll. L’Iran en tran­si­tion, Paris

Il s’agit de «La Théo­rie de “l’occidentalite” et la Crise de pen­sée en Iran» («Naza­rieh-ye gharb­za­de­gi va boh­rân-e tafak­kor dar Iran»*) et autres articles de M. Daryoush Ashou­ri**, intel­lec­tuel et tra­duc­teur ira­nien, ins­tal­lé en France depuis 1987. La pen­sée ira­nienne moderne est en grande par­tie tiraillée entre son rejet de l’Occident et sa fas­ci­na­tion pour lui. Au siècle der­nier, elle devi­sait avec opti­misme d’un ave­nir où elle serait plus occi­den­ta­li­sée; à pré­sent, elle s’en prend, en des termes défai­tistes et récri­mi­nants, aux per­ver­si­tés de l’Occident, dont elle vou­drait faire un épou­van­tail. M. Ashou­ri traite de cette dicho­to­mie et il dit ne pou­voir mieux la défi­nir que comme un «res­sen­ti­ment» patho­lo­gique («kin-tou­zi»***) qui a affli­gé à la fois les pen­seurs et les masses popu­laires en Iran tout au long de l’histoire récente. M. Ashou­ri emprunte ce terme de «res­sen­ti­ment» à Frie­drich Nietzsche et il l’applique au cas ira­nien. Dans «La Généa­lo­gie de la morale», Nietzsche oppose l’homme actif ou sur­homme, qui crée triom­pha­le­ment ses propres valeurs, aux hommes impuis­sants, à qui la vraie action est inter­dite, et qui ne trouvent de com­pen­sa­tion que dans leur haine ren­trée et dans leur ran­cune envers le sur­homme. Ces hommes du «res­sen­ti­ment», étant inca­pables d’agir, demeurent dura­ble­ment rem­plis de réac­tions hos­tiles et veni­meuses. Telle est l’attitude de beau­coup d’Iraniens qui, depuis les années 1960, ne par­viennent plus à affir­mer posi­ti­ve­ment leur propre «soi» : au lieu de cela, ils cherchent un adver­saire dans ce qui se situe en dehors, dans ce qui est leur «autre que soi», et tout d’abord, dans une culture occi­den­tale trans­for­mée en une véri­table cari­ca­ture, en un monstre. Et M. Ashou­ri de don­ner comme exemple deux pen­seurs ira­niens de renom, Dja­lal Âl-e Ahmad et Ali Sha­ria­ti, et leur théo­rie de «l’occidentalite» ou «mala­die occi­den­tale». «Comme j’y ai déjà fait allu­sion», dit M. Ashou­ri, «“l’occidentalite” est basée sur cette concep­tion qu’il existe un “Occi­dent” là-bas et un “nous” ici, dont la rela­tion est qua­li­fiée de domi­nant-domi­né… Le pro­blème fon­da­men­tal de cette théo­rie est qu’elle n’a pas de connais­sance [ni] de l’un, ni de l’autre, et dans un cercle vicieux, ne par­vient pas à se don­ner une ouver­ture au monde. Je vou­drais citer deux figures qui repré­sentent cette ten­dance, Âl-e Ahmad et Sha­ria­ti. Les deux se réfé­rent à l’islam pour cri­ti­quer l’Occident, mais leur démarche est-elle simi­laire à celle de Ghazâ­li? La grande dif­fé­rence entre ces deux intel­lec­tuels et Ghazâ­li consiste dans le fait que, pour ce der­nier, la reli­gion est le but; alors que, pour eux, celle-ci est un moyen de com­bat poli­tique… À l’opposé de Ghazâ­li, qui cherche la racine et les concepts les plus fon­da­men­taux, on [ne voit aucun] sou­bas­se­ment phi­lo­so­phique [chez Âl-e Ahmad et chez Sha­ria­ti]. Par exemple, ils ne peuvent plus consul­ter Des­cartes, et… de ce fait, ils deviennent étran­gers au socle de la moder­ni­té, alors qu’eux-mêmes sont incons­ciem­ment sous son influence»****.

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Nico­las Milo­che­vitch, «Nietzsche et Strind­berg : psy­cho­lo­gie de la connais­sance» (éd. L’Âge d’homme, Lau­sanne).

* En per­san «نظریهٔ غرب‌زدگی و بحران تفکر در ایران». Haut

** En per­san داریوش آشوری. Par­fois trans­crit Darioush Ashou­ri, Dariush Ashoo­ri ou Daryush Ashu­ri. Haut

*** En per­san کین توزی. Par­fois trans­crit «kine-tou­zi». Haut

**** p. 153-154. Haut