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«Yosano Akiko (1878-1942) : le séjour à Paris d’une Japonaise en 1912»

dans « Clio », vol. 28, p. 194-203

dans «Clio», vol. 28, p. 194-203

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle de «Depuis Paris» («Parii yori»*) de Yosa­no Aki­ko. En 1912, lorsqu’elle allait s’embarquer pour la France, Aki­ko était déjà l’auteur de dix recueils de poé­sies, dont la sen­sua­li­té libé­rée de tout besoin de jus­ti­fi­ca­tion lui avait fait la répu­ta­tion de pion­nière de l’identité fémi­nine au Japon. Elle n’avait qu’une seule idée en tête : rejoindre à Paris son époux, Yosa­no Tek­kan. Celui-ci était par­ti quelques mois aupa­ra­vant pour réa­li­ser un rêve de tou­jours et ten­ter de dis­si­per une dépres­sion ner­veuse qui le mena­çait. Il avait diri­gé pen­dant huit ans une des revues lit­té­raires les plus pres­ti­gieuses de Tôkyô, «Myô­jô»**L’Étoile du ber­ger»***). Puis, il l’avait per­due; et depuis ce jour, il errait dans la mai­son, tan­tôt mélan­co­lique, tan­tôt agres­sif. Aki­ko était per­sua­dée que ce n’était pas d’un méde­cin renom­mé que son mari avait besoin pour gué­rir, mais d’un voyage en France; car il rêvait depuis long­temps déjà de séjour­ner dans ce pays, dont il avait publié les toutes pre­mières tra­duc­tions en langue japo­naise. Le pro­jet était finan­ciè­re­ment infai­sable, mais fut pour­tant déci­dé. Pour réunir la somme néces­saire au voyage, Aki­ko cal­li­gra­phia cer­tains poèmes de son recueil «Che­veux emmê­lés» sur une cen­taine de para­vents en or, qu’elle ven­dit au prix fort. Le reste de l’argent fut four­ni par des jour­naux, aux­quels Tek­kan et plus tard Aki­ko s’engagèrent d’envoyer régu­liè­re­ment des papiers une fois sur place. Deux ouvrages nous ren­seignent sur le séjour en France des deux époux : «Depuis Paris», qui regroupe leurs articles et leurs impres­sions de voyage envoyés pour être publiés dans les jour­naux; et «De l’été à l’automne» («Nat­su yori aki e»****), recueil de poèmes, où Aki­ko raconte son bon­heur de visi­ter la France dans des vers qui méri­te­raient d’être connus des Fran­çais :

«Joli mois de mai
Dans les champs de blé fran­çais
Aux cou­leurs de feu…
Coque­li­cot mon amant,
Coque­li­cot moi aus­si!
»

* En japo­nais «巴里より». Par­fois trans­crit «Pari yori». Haut

** En japo­nais «明星». Haut

*** Par­fois tra­duit «L’Étoile du matin». Haut

**** En japo­nais «夏より秋へ». Haut

«Choses dont parle Teika lorsqu’il parle d’amour : une lecture de la “Compétition poétique solitaire en cent tours de l’honorable Teika”»

dans « Ebisu », nº 25, p. 91-151

dans «Ebi­su», no 25, p. 91-151

Il s’agit de l’aristocrate japo­nais Fuji­wa­ra no Tei­ka* (XIIe-XIIIe siècle), non seule­ment poète très fécond, encen­sé ou blâ­mé par ses contem­po­rains pour son ori­gi­na­li­té; mais aus­si cri­tique aux juge­ments duquel on s’en rap­por­tait constam­ment, théo­ri­cien, édi­teur d’œuvres anciennes, com­pi­la­teur d’anthologies, auteur d’un jour­nal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neu­vième année — le «Mei­get­su-ki» («Jour­nal de la lune claire»). Fils du poète Fuji­wa­ra no Shun­zei**, héri­tier impor­tant d’une lignée d’érudits, Tei­ka ser­vit plu­sieurs Empe­reurs, et notam­ment Go-Toba Ten­nô, lequel le récom­pen­sa de son atta­che­ment en le met­tant au nombre des com­pi­la­teurs du «Nou­veau Recueil de poé­sies de jadis et naguère» («Shin­ko­kin waka­shû»). À cette époque, il avait déjà la répu­ta­tion d’un poète très doué, mais pra­ti­quant un style décon­cer­tant : «J’ai été quel­que­fois recon­nu et quel­que­fois cri­ti­qué», recon­naît-il lui-même***, «mais, depuis le début, j’ai man­qué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à pro­duire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regret­té père se limi­tait à : “La [règle] de la poé­sie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remon­tant à un loin­tain pas­sé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la com­prend”». En l’an 1209, le shô­gun Sane­to­mo, âgé de dix-sept ans, deman­da à Tei­ka de cor­ri­ger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Tei­ka fit accom­pa­gner la cor­rec­tion d’un trai­té péda­go­gique, «Poèmes excel­lents de notre temps» («Kin­dai shû­ka»****), le pre­mier d’une série de trai­tés qui allaient impo­ser ses vues poé­tiques pour des décen­nies au moins. On y apprend que la vraie poé­sie, c’est celle qui, tout en ne quit­tant pas les limites de la rai­son, s’affranchit des che­mins bat­tus : «Le style excellent en poé­sie», dit-il*****, «c’est le style de poème qui, ayant trans­cen­dé les dif­fé­rents élé­ments du sujet, n’insiste sur aucun; qui, bien que ne sem­blant appar­te­nir à aucun des dix styles en par­ti­cu­lier, nous fasse l’effet de les conte­nir tous». Infa­ti­gable en dépit d’une san­té sans cesse chan­ce­lante, Tei­ka se mon­tra, par ailleurs, un très grand phi­lo­logue. Les meilleures édi­tions conser­vées, et quel­que­fois les plus anciennes, des clas­siques de la lit­té­ra­ture japo­naise sont des copies de sa main******. Pour­tant, à tort ou à rai­son, ce qui a le plus contri­bué à le rendre illustre, c’est une petite antho­lo­gie connue sous le nom de «De cent poètes un poème», que tout Japo­nais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est ins­pi­ré.

* En japo­nais 藤原定家. Par­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Sadaïé. Haut

** En japo­nais 藤原俊成. Par­fois trans­crit Toshi­na­ri. Haut

*** «Fuji­wa­ra no Tei­ka (1162-1241) et la Notion d’excellence en poé­sie», p. 70. Haut

**** En japo­nais «近代秀歌». Haut

***** «Fuji­wa­ra no Tei­ka (1162-1241) et la Notion d’excellence en poé­sie», p. 249. Haut

****** C’est le cas en par­ti­cu­lier du «Dit du gen­ji», de l’«Ise mono­ga­ta­ri», du «Kokin-shû», dont il col­li­gea les divers manus­crits, et qu’il com­men­ta en pro­fon­deur. Haut

«Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie»

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Col­lège de France-Ins­ti­tut des hautes études japo­naises, coll. Biblio­thèque de l’Institut des hautes études japo­naises, Paris

Il s’agit de l’aristocrate japo­nais Fuji­wa­ra no Tei­ka* (XIIe-XIIIe siècle), non seule­ment poète très fécond, encen­sé ou blâ­mé par ses contem­po­rains pour son ori­gi­na­li­té; mais aus­si cri­tique aux juge­ments duquel on s’en rap­por­tait constam­ment, théo­ri­cien, édi­teur d’œuvres anciennes, com­pi­la­teur d’anthologies, auteur d’un jour­nal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neu­vième année — le «Mei­get­su-ki» («Jour­nal de la lune claire»). Fils du poète Fuji­wa­ra no Shun­zei**, héri­tier impor­tant d’une lignée d’érudits, Tei­ka ser­vit plu­sieurs Empe­reurs, et notam­ment Go-Toba Ten­nô, lequel le récom­pen­sa de son atta­che­ment en le met­tant au nombre des com­pi­la­teurs du «Nou­veau Recueil de poé­sies de jadis et naguère» («Shin­ko­kin waka­shû»). À cette époque, il avait déjà la répu­ta­tion d’un poète très doué, mais pra­ti­quant un style décon­cer­tant : «J’ai été quel­que­fois recon­nu et quel­que­fois cri­ti­qué», recon­naît-il lui-même***, «mais, depuis le début, j’ai man­qué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à pro­duire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regret­té père se limi­tait à : “La [règle] de la poé­sie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remon­tant à un loin­tain pas­sé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la com­prend”». En l’an 1209, le shô­gun Sane­to­mo, âgé de dix-sept ans, deman­da à Tei­ka de cor­ri­ger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Tei­ka fit accom­pa­gner la cor­rec­tion d’un trai­té péda­go­gique, «Poèmes excel­lents de notre temps» («Kin­dai shû­ka»****), le pre­mier d’une série de trai­tés qui allaient impo­ser ses vues poé­tiques pour des décen­nies au moins. On y apprend que la vraie poé­sie, c’est celle qui, tout en ne quit­tant pas les limites de la rai­son, s’affranchit des che­mins bat­tus : «Le style excellent en poé­sie», dit-il*****, «c’est le style de poème qui, ayant trans­cen­dé les dif­fé­rents élé­ments du sujet, n’insiste sur aucun; qui, bien que ne sem­blant appar­te­nir à aucun des dix styles en par­ti­cu­lier, nous fasse l’effet de les conte­nir tous». Infa­ti­gable en dépit d’une san­té sans cesse chan­ce­lante, Tei­ka se mon­tra, par ailleurs, un très grand phi­lo­logue. Les meilleures édi­tions conser­vées, et quel­que­fois les plus anciennes, des clas­siques de la lit­té­ra­ture japo­naise sont des copies de sa main******. Pour­tant, à tort ou à rai­son, ce qui a le plus contri­bué à le rendre illustre, c’est une petite antho­lo­gie connue sous le nom de «De cent poètes un poème», que tout Japo­nais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est ins­pi­ré.

* En japo­nais 藤原定家. Par­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Sadaïé. Haut

** En japo­nais 藤原俊成. Par­fois trans­crit Toshi­na­ri. Haut

*** «Fuji­wa­ra no Tei­ka (1162-1241) et la Notion d’excellence en poé­sie», p. 70. Haut

**** En japo­nais «近代秀歌». Haut

***** «Fuji­wa­ra no Tei­ka (1162-1241) et la Notion d’excellence en poé­sie», p. 249. Haut

****** C’est le cas en par­ti­cu­lier du «Dit du gen­ji», de l’«Ise mono­ga­ta­ri», du «Kokin-shû», dont il col­li­gea les divers manus­crits, et qu’il com­men­ta en pro­fon­deur. Haut

«De cent poètes un poème : poèmes»

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, Aurillac

Il s’agit de l’anthologie «Ogu­ra Hya­ku­nin Isshu»*, plus connue sous le titre abré­gé de «Hya­ku­nin Isshu»**De cent poètes un poème»***). Peu de recueils ont joui et jouissent tou­jours au Japon d’une vogue égale à celle de l’anthologie «Hya­ku­nin Isshu». On en attri­bue la pater­ni­té à l’aristocrate Fuji­wa­ra no Tei­ka. Dans un jour­nal qu’il a tenu tout au long de sa vie, le «Mei­get­su-ki»****Jour­nal de la lune claire»*****), en date du 27 mai 1235, Tei­ka dit avoir cal­li­gra­phié cent mor­ceaux sur des papiers de cou­leur pour en déco­rer les cloi­sons mobiles d’une mai­son de cam­pagne à Ogu­ra. Le plus éton­nant est que ces cent poèmes ont fini par deve­nir le recueil fami­lier de chaque mai­son japo­naise. Dès la fin du XVIIe siècle, en effet, nous les voyons employés comme livre pour édu­quer les jeunes filles, en même temps que comme jeu pour amu­ser la famille en géné­ral. Ce jeu de «cartes poé­tiques» («uta-garu­ta»******) consiste à devi­ner la fin d’un poème que récite un meneur : «On prend pour cela un paquet de deux cents cartes [tirées du] “Hya­ku­nin Isshu”. Cent de ces cartes portent, cha­cune, un poème dif­fé­rent — ce sont des “waka”, odes de trente et une syl­labes com­po­sées par des poètes et des poé­tesses célèbres d’autrefois — et, en géné­ral, le por­trait de l’auteur : elles servent à la lec­ture à haute voix. Les cent autres cartes ne portent que les deux der­niers vers de chaque poème : elles servent au jeu pro­pre­ment dit. L’un des joueurs lit un “waka”, et les autres se penchent sur les cartes ran­gées à même le tata­mi ou natte de paille, en scru­tant le tas pour s’emparer rapi­de­ment de celle qui cor­res­pond au poème qu’on vient de lire», explique M. Shi­geo Kimu­ra

* En japo­nais «小倉百人一首». Haut

** En japo­nais «百人一首». Autre­fois trans­crit «Hya­kou-nin-is-syou» ou «Hya­kou­ninn-isshou». Haut

*** Par­fois tra­duit «Cent poé­sies par cent poètes», «De cent hommes une poé­sie», «De cent hommes cha­cun un poème» ou «Col­lec­tion des cent poètes». Haut

**** En japo­nais «明月記», inédit en fran­çais. Autre­fois trans­crit «Méig­hét­sou-ki». Haut

***** Par­fois tra­duit «Notes (jour­na­lières) de la claire lune». Haut

****** En japo­nais 歌がるた. Haut

Saigyô, «Poèmes de ma hutte de montagne»

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moun­dar­ren, Mil­le­mont

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

«La Légende de Saïgyô»

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. Tama, Cer­gy

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

Saigyô, «Vers le Vide : poèmes»

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de Satô Nori­kiyo*, poète et moine très cher au peuple japo­nais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le sur­nom de Sai­gyô**allant au Para­dis de l’Ouest»). Issu d’une famille mili­taire, à l’âge de vingt-deux ans, Sai­gyô renon­ça au siècle, aban­don­na sa famille, et quit­ta ses fonc­tions au Palais pour la rai­son que voi­ci : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sor­ti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriya­su, Offi­cier de la Garde des Portes. En che­min, Noriya­su décla­ra ceci : «Ces der­niers temps, je ne sais pour­quoi, j’ai le sen­ti­ment que toute chose n’est que songe et illu­sion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espé­rer l’être demain encore. Las, quel pour­rait être mon recours? Mon plus cher désir serait de quit­ter ma mai­son, de chan­ger mon état et d’aller vivre en quelque mon­tagne écar­tée!»*** En enten­dant ce dis­cours pro­non­cé avec les accents de la véri­té, Sai­gyô se deman­da, le cœur dolent, pour quelle rai­son son ami par­lait de la sorte; et le matin sui­vant, comme il allait prendre de ses nou­velles, il trou­va, près du por­tail, une foule de gens fort agi­tés, et à l’intérieur, de même, l’on enten­dait des voix de gens qui cla­maient leur dou­leur; inquiet, il hâta le pas, se deman­dant ce qui se pas­sait : «Mon­sei­gneur, cette nuit, est mort dans son som­meil!»****, lui dit-on, et il aper­çut l’épouse et la mère de Noriya­su, éten­dues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au che­vet du défunt, abî­mées dans les larmes. À cette vue, tour­nant le dos au monde, Sai­gyô entra en reli­gion pour péré­gri­ner à tra­vers le pays entier de pro­vince en pro­vince, de monas­tère en monas­tère; puis, pen­sant avoir trou­vé dans les mon­tagnes de l’Ouest le lieu pro­pice à un secret ermi­tage où se livrer aux pra­tiques de la Voie du Boud­dha, il y construi­sit une hutte de bran­chage où, après avoir mené une vie soli­taire dans un dépouille­ment extrême de toutes choses, il mou­rut très sain­te­ment.

* En japo­nais 佐藤義清. Autre­fois trans­crit Satô Yoshi­kiyo. Haut

** En japo­nais 西行. Autre­fois trans­crit Saï­ghyô. Haut

*** «La Légende de Saï­gyô», p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

Akiko, «Cheveux emmêlés»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Fic­tion, Paris

Il s’agit de Yosa­no Aki­ko*, poé­tesse japo­naise (XIXe-XXe siècle) dont les poèmes d’amour rap­pellent cette verve sen­suelle et auda­cieuse qui avait carac­té­ri­sé Izu­mi-shi­ki­bu. Dans sa «Bio­gra­phie de la poé­tesse Izu­mi-shi­ki­bu», Aki­ko écri­vit, au sujet de celle qu’elle consi­dé­rait comme son modèle, des pages très remar­quables, non seule­ment parce qu’elles comp­taient par­mi les plus belles qui eussent été jamais écrites sur le sujet, mais aus­si parce qu’en ces pages, sans peut-être y son­ger, Aki­ko se décri­vait elle-même : «Poé­tesse de l’amour venue du ciel», dit-elle dans cette bio­gra­phie**, «toute sa vie fut consa­crée à l’amour et à la poé­sie. Écri­vait-elle par amour ou aimait-elle pour la poé­sie? Dans son esprit, ces deux choses n’en étaient qu’une». «Che­veux emmê­lés» («Mida­re­ga­mi»***), tel sera le titre du pre­mier recueil d’Akiko par allu­sion au célèbre poème d’Izumi-shikibu. Dans ce recueil qu’on peut qua­li­fier de révo­lu­tion­naire, elle se montre en jeune fille fré­mis­sante de pas­sions fugi­tives, d’abandons char­nels, de caprices d’un jour, et se confiant à voix haute. «Être femme; en être fière; à mots vrais, forts, crier au monde son droit à l’amour, à la joie; chan­ter “sa chair et sa vie”… c’est les “che­veux emmê­lés” que, tête haute, Yosa­no Aki­ko s’[avancera] dans la vie et dans la poé­sie»****. Ce sont cette spon­ta­néi­té et cette har­diesse qui lui vau­dront le suc­cès auprès d’un public à la fois sur­pris et admi­ra­tif.

* En japo­nais 与謝野晶子. Autre­fois trans­crit Yoça­no Aki­ko. Haut

** Dans Claire Dodane, «Yosa­no Aki­ko : poète de la pas­sion», p. 71. Haut

*** En japo­nais «みだれ髪». Par­fois tra­duit «Les Che­veux mêlés» ou «Che­veux en désordre». Haut

**** Georges Bon­neau, «His­toire de la lit­té­ra­ture japo­naise contem­po­raine». Haut

Michinaga, «Notes journalières. Tome III»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit du «Midô kan­pa­ku­ki»*Notes jour­na­lières», ou lit­té­ra­le­ment «Notes du grand chan­ce­lier de la cha­pelle») de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga**, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»***. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»****Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»*****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais «御堂関白記». Par­fois trans­crit «Midô kam­pa­ku­ki». Haut

** En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

*** Michi­na­ga, «Poèmes», p. 114. Haut

**** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

***** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

Michinaga, «Notes journalières. Tome II»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit du «Midô kan­pa­ku­ki»*Notes jour­na­lières», ou lit­té­ra­le­ment «Notes du grand chan­ce­lier de la cha­pelle») de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga**, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»***. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»****Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»*****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais «御堂関白記». Par­fois trans­crit «Midô kam­pa­ku­ki». Haut

** En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

*** Michi­na­ga, «Poèmes», p. 114. Haut

**** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

***** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

Michinaga, «Notes journalières. Tome I»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit du «Midô kan­pa­ku­ki»*Notes jour­na­lières», ou lit­té­ra­le­ment «Notes du grand chan­ce­lier de la cha­pelle») de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga**, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»***. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»****Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»*****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais «御堂関白記». Par­fois trans­crit «Midô kam­pa­ku­ki». Haut

** En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

*** Michi­na­ga, «Poèmes», p. 114. Haut

**** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

***** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

Michinaga, «Poèmes»

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orien­tales, Genève

Il s’agit des poèmes de Fuji­wa­ra no Michi­na­ga*, ministre qui pré­si­da à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). «Cet âge-ci, oui, cet âge est vrai­ment mien quand je puis pen­ser que rien ne vient dimi­nuer la plé­ni­tude de la lune»**. L’auteur de ce poème, Michi­na­ga, pré­sen­ta pen­dant toute sa vie le spec­tacle indes­crip­tible d’un homme béni par la for­tune. En éta­lant avec pro­di­ga­li­té son immense for­tune dans des dons fas­tueux aux monas­tères, il conser­va le pou­voir minis­té­riel sous trois Empe­reurs avant de le trans­mettre à ses fils. Sans mani­fes­ter aucun talent par­ti­cu­lier, aucun don remar­quable, aucun des­sein poli­tique neuf ou ori­gi­nal, il rele­va pour­tant les rites et la musique à moi­tié tom­bés; il don­na à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes let­trées, quelques bons géné­raux aus­si, et de nom­breux prêtres. On le véné­ra à l’égal d’un boud­dha incar­né; sa splen­deur ins­pi­ra les tout pre­miers ouvrages d’histoire natio­nale : l’«Eiga mono­ga­ta­ri»***Dit de magni­fi­cence») et l’«Ôka­ga­mi»****Grand Miroir»). «C’est autour de [Michi­na­ga] que se déve­lop­pa cette civi­li­sa­tion ori­gi­nale et extrê­me­ment brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui mal­heu­reu­se­ment a été limi­tée à une classe par­ti­cu­lière, celle des nobles de la Cour, et à une région très res­treinte, celle de la capi­tale et de ses abords immé­diats; l’ensemble du pays, en dehors des monas­tères pro­vin­ciaux, res­tait plon­gé dans un état semi-bar­bare et une grande pau­vre­té; …le mau­vais état des voies de com­mu­ni­ca­tion, fort peu déve­lop­pées jusqu’à l’époque moderne, empê­chait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour», dit Fran­çoise Petit

* En japo­nais 藤原道長. Autre­fois trans­crit Fou­ji­wa­ra no Mit­chi­na­ga. Haut

** p. 114. Haut

*** En japo­nais «栄花物語». Autre­fois trans­crit «Eig­wa mono­ga­ta­ri». Haut

**** En japo­nais «大鏡». Autre­fois trans­crit «Oh-kaga­mi». Haut

«Man-yôshû. Livres VII, VIII et IX»

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Aurillac

éd. UNES­CO-Publi­ca­tions orien­ta­listes de France, coll. UNESCO d’œuvres repré­sen­ta­tives-Poètes du Japon, Paris-Aurillac

Il s’agit du «Man-yô-shû»*Recueil d’une myriade de feuilles»**), une des pre­mières com­pi­la­tions de poèmes japo­nais. Alors que l’antique prose du Japon repré­sente plus ou moins l’influence étran­gère de la Chine, l’antique poé­sie, elle, a quelque chose de pro­fon­dé­ment indi­gène. De fait, le «Man-yô-shû» et le «Kokin-shû» peuvent être qua­li­fiés d’anthologies natio­nales du Japon. Il faut recon­naître que la poé­sie a tou­jours tenu une très grande place dans l’âme japo­naise, dont elle dévoile, pour ain­si dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empe­reurs japo­nais, aux pre­mières fleurs de prin­temps comme aux der­nières lunes d’automne, ont convo­qué la suite de leurs cour­ti­sans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait pré­sen­ter des poèmes. Par­mi ces cour­ti­sans, quelques-uns ont mis leur amour en paral­lèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont sou­ve­nus de la loin­taine jeu­nesse du mont Oto­ko, d’autres, enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamen­tés sur leur propre imper­ma­nence. «La poé­sie du Yama­to*** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des mil­liers de paroles», dit Ki no Tsu­rayu­ki dans sa sublime pré­face au «Kokin-shû», qui s’élève à des som­mets jamais encore éga­lés dans la cri­tique japo­naise. «Le temps a beau aller ses étapes; les choses pas­ser; les joies et les tris­tesses croi­ser leurs routes : quand le rythme est là, com­ment cette poé­sie pour­rait-elle périr? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr; que les empreintes des oiseaux pour long­temps se gravent****; la poé­sie du Yama­to [se main­tien­dra pour jamais]».

* En japo­nais «万葉集». Par­fois trans­crit «Man­jóšú», «Manyôśû», «Man-yô-siû», «Man-yo-siou», «Manyo­schu», «Manyô­shou», «Manyo­shiu», «Man­nyo­shu» ou «Man­nyo­chou». Haut

** Titre obs­cur. «» () veut dire «feuille» ou «géné­ra­tion»; de sorte qu’on peut entendre soit «Recueil de feuilles innom­brables», comme celles d’un grand arbre ou d’un grand livre, soit «Recueil de toutes les géné­ra­tions». Haut

*** Pour le Japon, le nom du Yama­to est comme celui de la Gaule pour la France. Haut

**** Allu­sion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inven­té les carac­tères chi­nois en obser­vant des empreintes d’oiseaux dans la boue. Haut