« Le Monument poétique de Heian : le “Kokinshû”. Tome II. Chefs-d’œuvre »

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Kokin-waka-shû »* (« Recueil de poésies de jadis et naguère »), plus connu sous le titre abrégé de « Kokin-shû »** (« Recueil de jadis et naguère »), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Kokin-shû » et le « Man-yô-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenu de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamenté sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato*** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent**** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ».

« La poésie du Yamato a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles »

Voici un passage qui donnera une idée du style du « Kokin-shû » :
« La neige tombe, et
Personne ne passe
Sur le chemin :
[Ne] suis-je pas ce chemin sans traces,
Moi qui m’enfonce en ma tristesse ?
 »*****

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Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • Kuni Matsuo, « Histoire de la littérature japonaise : des temps archaïques à 1935 » (éd. Société française d’éditions littéraires et techniques, coll. Galerie d’histoire littéraire, Paris).

* En japonais « 古今和歌集 ». Autrefois transcrit « Kokinn Ouaka Chou ». Haut

** En japonais « 古今集 ». Autrefois transcrit « Kokinnchou » ou « Kokinciou ». Haut

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France. Haut

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue. Haut

***** p. 37. Haut