Mot-clef794-1185 (époque de Heian)

sujet

« Choses dont parle Teika lorsqu’il parle d’amour : une lecture de la “Compétition poétique solitaire en cent tours de l’honorable Teika” »

dans « Ebisu », no 25, p. 91-151

Il s’agit de l’aristocrate japonais Fujiwara no Teika* (XIIe-XIIIe siècle), non seulement poète très fécond, encensé ou blâmé par ses contemporains pour son originalité ; mais aussi critique aux jugements duquel on s’en rapportait constamment, théoricien, éditeur d’œuvres anciennes, compilateur d’anthologies, auteur d’un journal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neuvième année — le « Meigetsu-ki » (« Journal de la lune claire »). Fils du poète Fujiwara no Shunzei**, héritier important d’une lignée d’érudits, Teika servit plusieurs Empereurs, et notamment Go-Toba Tennô, lequel le récompensa de son attachement en le mettant au nombre des compilateurs du « Nouveau Recueil de poésies de jadis et naguère » (« Shinkokin wakashû »). À cette époque, il avait déjà la réputation d’un poète très doué, mais pratiquant un style déconcertant : « J’ai été quelquefois reconnu et quelquefois critiqué », reconnaît-il lui-même***, « mais, depuis le début, j’ai manqué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à produire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regretté père se limitait à : “La [règle] de la poésie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remontant à un lointain passé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la comprend” ». En l’an 1209, le shôgun Sanetomo, âgé de dix-sept ans, demanda à Teika de corriger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Teika fit accompagner la correction d’un traité pédagogique, « Poèmes excellents de notre temps » (« Kindai shûka »****), le premier d’une série de traités qui allaient imposer ses vues poétiques pour des décennies au moins. On y apprend que la vraie poésie, c’est celle qui, tout en ne quittant pas les limites de la raison, s’affranchit des chemins battus : « Le style excellent en poésie », dit-il*****, « c’est le style de poème qui, ayant transcendé les différents éléments du sujet, n’insiste sur aucun ; qui, bien que ne semblant appartenir à aucun des dix styles en particulier, nous fasse l’effet de les contenir tous ». Infatigable en dépit d’une santé sans cesse chancelante, Teika se montra, par ailleurs, un très grand philologue. Les meilleures éditions conservées, et quelquefois les plus anciennes, des classiques de la littérature japonaise sont des copies de sa main******. Pourtant, à tort ou à raison, ce qui a le plus contribué à le rendre illustre, c’est une petite anthologie connue sous le nom de « De cent poètes un poème », que tout Japonais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est inspiré.

* En japonais 藤原定家. Parfois transcrit Foujiwara no Sadaïé. Haut

** En japonais 藤原俊成. Parfois transcrit Toshinari. Haut

*** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 70. Haut

**** En japonais « 近代秀歌 ». Haut

***** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 249. Haut

****** C’est le cas en particulier du « Dit du genji », de l’« Ise monogatari », du « Kokin-shû », dont il colligea les divers manuscrits, et qu’il commenta en profondeur. Haut

« Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie »

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

Il s’agit de l’aristocrate japonais Fujiwara no Teika* (XIIe-XIIIe siècle), non seulement poète très fécond, encensé ou blâmé par ses contemporains pour son originalité ; mais aussi critique aux jugements duquel on s’en rapportait constamment, théoricien, éditeur d’œuvres anciennes, compilateur d’anthologies, auteur d’un journal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neuvième année — le « Meigetsu-ki » (« Journal de la lune claire »). Fils du poète Fujiwara no Shunzei**, héritier important d’une lignée d’érudits, Teika servit plusieurs Empereurs, et notamment Go-Toba Tennô, lequel le récompensa de son attachement en le mettant au nombre des compilateurs du « Nouveau Recueil de poésies de jadis et naguère » (« Shinkokin wakashû »). À cette époque, il avait déjà la réputation d’un poète très doué, mais pratiquant un style déconcertant : « J’ai été quelquefois reconnu et quelquefois critiqué », reconnaît-il lui-même***, « mais, depuis le début, j’ai manqué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à produire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regretté père se limitait à : “La [règle] de la poésie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remontant à un lointain passé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la comprend” ». En l’an 1209, le shôgun Sanetomo, âgé de dix-sept ans, demanda à Teika de corriger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Teika fit accompagner la correction d’un traité pédagogique, « Poèmes excellents de notre temps » (« Kindai shûka »****), le premier d’une série de traités qui allaient imposer ses vues poétiques pour des décennies au moins. On y apprend que la vraie poésie, c’est celle qui, tout en ne quittant pas les limites de la raison, s’affranchit des chemins battus : « Le style excellent en poésie », dit-il*****, « c’est le style de poème qui, ayant transcendé les différents éléments du sujet, n’insiste sur aucun ; qui, bien que ne semblant appartenir à aucun des dix styles en particulier, nous fasse l’effet de les contenir tous ». Infatigable en dépit d’une santé sans cesse chancelante, Teika se montra, par ailleurs, un très grand philologue. Les meilleures éditions conservées, et quelquefois les plus anciennes, des classiques de la littérature japonaise sont des copies de sa main******. Pourtant, à tort ou à raison, ce qui a le plus contribué à le rendre illustre, c’est une petite anthologie connue sous le nom de « De cent poètes un poème », que tout Japonais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est inspiré.

* En japonais 藤原定家. Parfois transcrit Foujiwara no Sadaïé. Haut

** En japonais 藤原俊成. Parfois transcrit Toshinari. Haut

*** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 70. Haut

**** En japonais « 近代秀歌 ». Haut

***** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 249. Haut

****** C’est le cas en particulier du « Dit du genji », de l’« Ise monogatari », du « Kokin-shû », dont il colligea les divers manuscrits, et qu’il commenta en profondeur. Haut

« De cent poètes un poème : poèmes »

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

Il s’agit de l’anthologie « Ogura Hyakunin Isshu »*, plus connue sous le titre abrégé de « Hyakunin Isshu »** (« De cent poètes un poème »***). Peu de recueils ont joui et jouissent toujours au Japon d’une vogue égale à celle de l’anthologie « Hyakunin Isshu ». On en attribue la paternité à l’aristocrate Fujiwara no Teika. Dans un journal qu’il a tenu tout au long de sa vie, le « Meigetsu-ki »**** (« Journal de la lune claire »*****), en date du 27 mai 1235, Teika dit avoir calligraphié cent morceaux sur des papiers de couleur pour en décorer les cloisons mobiles d’une maison de campagne à Ogura. Le plus étonnant est que ces cent poèmes ont fini par devenir le recueil familier de chaque maison japonaise. Dès la fin du XVIIe siècle, en effet, nous les voyons employés comme livre pour éduquer les jeunes filles, en même temps que comme jeu pour amuser la famille en général. Ce jeu de « cartes poétiques » (« uta-garuta »******) consiste à deviner la fin d’un poème que récite un meneur : « On prend pour cela un paquet de deux cents cartes [tirées du] “Hyakunin Isshu”. Cent de ces cartes portent, chacune, un poème différent — ce sont des “waka”, odes de trente et une syllabes composées par des poètes et des poétesses célèbres d’autrefois — et, en général, le portrait de l’auteur : elles servent à la lecture à haute voix. Les cent autres cartes ne portent que les deux derniers vers de chaque poème : elles servent au jeu proprement dit. L’un des joueurs lit un “waka”, et les autres se penchent sur les cartes rangées à même le tatami ou natte de paille, en scrutant le tas pour s’emparer rapidement de celle qui correspond au poème qu’on vient de lire », explique M. Shigeo Kimura

* En japonais « 小倉百人一首 ». Haut

** En japonais « 百人一首 ». Autrefois transcrit « Hyakou-nin-is-syou » ou « Hyakouninn-isshou ». Haut

*** Parfois traduit « Cent poésies par cent poètes », « De cent hommes une poésie », « De cent hommes chacun un poème » ou « Collection des cent poètes ». Haut

**** En japonais « 明月記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Méighétsou-ki ». Haut

***** Parfois traduit « Notes (journalières) de la claire lune ». Haut

****** En japonais 歌がるた. Haut

Sei-shônagon, « Les Notes de l’oreiller, “Makura no soshi” »

éd. Stock-Delamain et Boutelleau, coll. Le Cabinet cosmopolite, Paris

éd. Stock-Delamain et Boutelleau, coll. Le Cabinet cosmopolite, Paris

Il s’agit des « Notes de l’oreiller » (« Makura no sôshi »*), la première manifestation dans les lettres japonaises d’un genre de littérature qui connaîtra une grande vogue par la suite : celui des « zuihitsu »** (« essais au fil du pinceau »). On n’y trouve ni plan ni méthode — un désordre fantaisiste régnant ici en maître, mais un mélange d’esquisses saisies sur le vif, d’anecdotes, de choses vues, de remarques personnelles. Leur auteur était une femme « moqueuse, provocante, inexorable »*** ; une dame de la Cour, dont nous ne connaissons que le pseudonyme : Sei-shônagon****. Ce pseudonyme s’explique (comme celui de Murasaki-shikibu) par la combinaison d’un nom de famille avec un titre honorifique — « shônagon » désignant un dignitaire de la Cour, et « sei » étant la prononciation chinoise du caractère qui forme le premier élément du nom Kiyohara, famille à laquelle elle appartenait. En effet, son père n’était autre que le poète Kiyohara no Motosuke*****, l’un des cinq lettrés de l’Empereur. Et même si quelques-uns sont d’avis que Motosuke ne fut que le père adoptif de Sei-shônagon, il n’en reste pas moins certain que le milieu où elle passa sa jeunesse ne put que favoriser les penchants littéraires qui lui permirent, plus tard, de devenir dame d’honneur de l’Impératrice Sadako. Entrée donc à la Cour en 990 apr. J.-C. Sei-shônagon s’y fit remarquer par une présence d’esprit trop vive pour n’être pas à la fois estimée, haïe et redoutée. Car (et c’est là peut-être son défaut) elle écrasait les autres du poids de son érudition qu’elle cherchait à montrer à la moindre occasion. On raconte que les courtisans, qui craignaient ses plaisanteries, pâlissaient à sa seule approche. La clairvoyante Murasaki-shikibu écrit dans son « Journal » : « Sei-shônagon est une personne qui en impose en vérité par ses grands airs. Mais sa prétention de tout savoir et sa façon de semer autour d’elle les écrits en caractères chinois, à tout bien considérer, ne font que masquer de nombreuses lacunes. Ceux qui de la sorte se plaisent à se montrer différents des autres, s’attirent forcément le mépris et finissent toujours très mal »******. De fait, le malheur vint frapper Sei-shônagon quand, peu d’années après, l’ambitieux Fujiwara no Michinaga parvint à faire écarter l’Impératrice Sadako, à l’ombre de laquelle fleurissait notre dame d’honneur.

* En japonais « 枕草子 ». Autrefois transcrit « Makoura no çochi », « Makoura no sôci » ou « Makura no sooshi ». Haut

** En japonais 随筆. Autrefois transcrit « zouï-hitsou ». Haut

*** Michel Revon. Haut

**** En japonais 清少納言. Autrefois transcrit Çei Chonagon, Shei Shonagun ou Seï Sônagon. Haut

***** En japonais 清原元輔. Autrefois transcrit Kiyowara-no-Motosuke, Kiyowara no Motoçouké ou Kiyohara no Motosouké. Haut

****** « Journal ; traduit du japonais par René Sieffert », p. 67. Haut

Chômei, « Histoires de conversion »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

Il s’agit de Kamo no Chômei*, essayiste et moine japonais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa vingtième année, étant devenu orphelin, il perdit en même temps l’espoir d’hériter de l’office paternel — celui de gardien du fameux temple de Kamo, à Kyôto. Il se voua, dès lors, à la poésie et à la musique. Vers sa trente-cinquième année, fort du succès que remporta auprès de l’Empereur son recueil poétique, le « Recueil de Chômei » (« Chômei-shû »**), il reprit l’espoir de se procurer la fonction de son père ; mais il manquait de soutiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent définitivement de la succession et du palais. Cette déception personnelle, ainsi que les désastres et les calamités qui vinrent frapper le Japon au même moment (grand incendie de Kyôto en 1177, épouvantables famines suivies d’épidémies en 1181-1182, tremblement de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chômei de ressentir l’instabilité des choses humaines, lesquelles lui faisaient penser « à la rosée sur le liseron du matin… : la rosée a beau demeurer, elle ne dure jamais jusqu’au soir »***. « Au fond, toutes les entreprises humaines sont stupides et vaines », se dit-il**** ; et au milieu de ces horreurs, s’étant rasé la tête, il se retira dans une petite cabane de dix pieds carrés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shôgun Sanetomo, son frère en poésie et en malheur, il alla passer un peu de temps à Kamakura, il revint bien vite à la solitude de son ermitage. C’est là qu’il composa ses trois grands essais : 1o « Notes sans titre » (« Mumyô-shô »******), livre de critique poétique ; 2o « Histoires de conversion » (« Hosshinshû »*******), ouvrage d’édification bouddhique, plein d’anecdotes sur les personnes entrées en religion et ayant renoncé au siècle ; et surtout 3o « Notes de ma cabane de moine » (« Hôjô-ki »********), journal intime méditant sur la vanité du monde (« mujô »*********) et le caractère éphémère de tout ce qui existe. Cette dernière œuvre, malgré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre « zuihitsu »********** (« essais au fil du pinceau ») : « Après les “Notes de l’oreiller” et en attendant le “Cahier des heures oisives”, il constitue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait laissés la littérature japonaise », explique Michel Revon. « Chômei ne se contente pas de noter, à la fortune du pinceau, des observations ou des pensées disparates, il veut philosopher, écrire d’une manière suivie… Et son charmant écrit, si dénué de toute prétention, n’en devient pas moins un exposé magistral de la sagesse pessimiste. »

* En japonais 鴨長明. Autrefois transcrit Tchômei ou Choumei. Chômei est la lecture à la chinoise des caractères 長明, qui se lisent Nagaakira à la japonaise. On disait, paraît-il, Nagaakira à l’époque de l’auteur ; mais l’usage en a décidé autrement. Haut

** En japonais « 長明集 », inédit en français. Haut

*** « Notes de ma cabane de moine », p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japonais 日野山. Haut

****** En japonais « 無名抄 ». Autrefois transcrit « Moumiôçô ». Haut

******* En japonais « 発心集 ». Haut

******** En japonais « 方丈記 ». Autrefois transcrit « Hôdjôki », « Hôziôki » ou « Houjouki ». Haut

********* En japonais 無常. Haut

********** En japonais 随筆. Autrefois transcrit « zouï-hitsou ». Haut

Chômei, « Notes sans titre, “Mumyôshô” : propos sur les poètes et la poésie »

éd. Le Bruit du temps, Paris

éd. Le Bruit du temps, Paris

Il s’agit de Kamo no Chômei*, essayiste et moine japonais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa vingtième année, étant devenu orphelin, il perdit en même temps l’espoir d’hériter de l’office paternel — celui de gardien du fameux temple de Kamo, à Kyôto. Il se voua, dès lors, à la poésie et à la musique. Vers sa trente-cinquième année, fort du succès que remporta auprès de l’Empereur son recueil poétique, le « Recueil de Chômei » (« Chômei-shû »**), il reprit l’espoir de se procurer la fonction de son père ; mais il manquait de soutiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent définitivement de la succession et du palais. Cette déception personnelle, ainsi que les désastres et les calamités qui vinrent frapper le Japon au même moment (grand incendie de Kyôto en 1177, épouvantables famines suivies d’épidémies en 1181-1182, tremblement de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chômei de ressentir l’instabilité des choses humaines, lesquelles lui faisaient penser « à la rosée sur le liseron du matin… : la rosée a beau demeurer, elle ne dure jamais jusqu’au soir »***. « Au fond, toutes les entreprises humaines sont stupides et vaines », se dit-il**** ; et au milieu de ces horreurs, s’étant rasé la tête, il se retira dans une petite cabane de dix pieds carrés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shôgun Sanetomo, son frère en poésie et en malheur, il alla passer un peu de temps à Kamakura, il revint bien vite à la solitude de son ermitage. C’est là qu’il composa ses trois grands essais : 1o « Notes sans titre » (« Mumyô-shô »******), livre de critique poétique ; 2o « Histoires de conversion » (« Hosshinshû »*******), ouvrage d’édification bouddhique, plein d’anecdotes sur les personnes entrées en religion et ayant renoncé au siècle ; et surtout 3o « Notes de ma cabane de moine » (« Hôjô-ki »********), journal intime méditant sur la vanité du monde (« mujô »*********) et le caractère éphémère de tout ce qui existe. Cette dernière œuvre, malgré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre « zuihitsu »********** (« essais au fil du pinceau ») : « Après les “Notes de l’oreiller” et en attendant le “Cahier des heures oisives”, il constitue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait laissés la littérature japonaise », explique Michel Revon. « Chômei ne se contente pas de noter, à la fortune du pinceau, des observations ou des pensées disparates, il veut philosopher, écrire d’une manière suivie… Et son charmant écrit, si dénué de toute prétention, n’en devient pas moins un exposé magistral de la sagesse pessimiste. »

* En japonais 鴨長明. Autrefois transcrit Tchômei ou Choumei. Chômei est la lecture à la chinoise des caractères 長明, qui se lisent Nagaakira à la japonaise. On disait, paraît-il, Nagaakira à l’époque de l’auteur ; mais l’usage en a décidé autrement. Haut

** En japonais « 長明集 », inédit en français. Haut

*** « Notes de ma cabane de moine », p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japonais 日野山. Haut

****** En japonais « 無名抄 ». Autrefois transcrit « Moumiôçô ». Haut

******* En japonais « 発心集 ». Haut

******** En japonais « 方丈記 ». Autrefois transcrit « Hôdjôki », « Hôziôki » ou « Houjouki ». Haut

********* En japonais 無常. Haut

********** En japonais 随筆. Autrefois transcrit « zouï-hitsou ». Haut

Chômei, « Notes de ma cabane de moine »

éd. Le Bruit du temps, Paris

éd. Le Bruit du temps, Paris

Il s’agit de Kamo no Chômei*, essayiste et moine japonais (XIIe-XIIIe siècle apr. J.-C.). Vers sa vingtième année, étant devenu orphelin, il perdit en même temps l’espoir d’hériter de l’office paternel — celui de gardien du fameux temple de Kamo, à Kyôto. Il se voua, dès lors, à la poésie et à la musique. Vers sa trente-cinquième année, fort du succès que remporta auprès de l’Empereur son recueil poétique, le « Recueil de Chômei » (« Chômei-shû »**), il reprit l’espoir de se procurer la fonction de son père ; mais il manquait de soutiens, et les intrigues de la Cour l’éloignèrent définitivement de la succession et du palais. Cette déception personnelle, ainsi que les désastres et les calamités qui vinrent frapper le Japon au même moment (grand incendie de Kyôto en 1177, épouvantables famines suivies d’épidémies en 1181-1182, tremblement de terre en 1185), furent autant d’occasions pour Chômei de ressentir l’instabilité des choses humaines, lesquelles lui faisaient penser « à la rosée sur le liseron du matin… : la rosée a beau demeurer, elle ne dure jamais jusqu’au soir »***. « Au fond, toutes les entreprises humaines sont stupides et vaines », se dit-il**** ; et au milieu de ces horreurs, s’étant rasé la tête, il se retira dans une petite cabane de dix pieds carrés, sur le mont Hino*****. Et même si, sur l’invitation du shôgun Sanetomo, son frère en poésie et en malheur, il alla passer un peu de temps à Kamakura, il revint bien vite à la solitude de son ermitage. C’est là qu’il composa ses trois grands essais : 1o « Notes sans titre » (« Mumyô-shô »******), livre de critique poétique ; 2o « Histoires de conversion » (« Hosshinshû »*******), ouvrage d’édification bouddhique, plein d’anecdotes sur les personnes entrées en religion et ayant renoncé au siècle ; et surtout 3o « Notes de ma cabane de moine » (« Hôjô-ki »********), journal intime méditant sur la vanité du monde (« mujô »*********) et le caractère éphémère de tout ce qui existe. Cette dernière œuvre, malgré sa taille modeste, demeure un des grands chefs-d’œuvre du genre « zuihitsu »********** (« essais au fil du pinceau ») : « Après les “Notes de l’oreiller” et en attendant le “Cahier des heures oisives”, il constitue [un] des meilleurs livres d’impressions que nous ait laissés la littérature japonaise », explique Michel Revon. « Chômei ne se contente pas de noter, à la fortune du pinceau, des observations ou des pensées disparates, il veut philosopher, écrire d’une manière suivie… Et son charmant écrit, si dénué de toute prétention, n’en devient pas moins un exposé magistral de la sagesse pessimiste. »

* En japonais 鴨長明. Autrefois transcrit Tchômei ou Choumei. Chômei est la lecture à la chinoise des caractères 長明, qui se lisent Nagaakira à la japonaise. On disait, paraît-il, Nagaakira à l’époque de l’auteur ; mais l’usage en a décidé autrement. Haut

** En japonais « 長明集 », inédit en français. Haut

*** « Notes de ma cabane de moine », p. 12. Haut

**** id. p. 14. Haut

***** En japonais 日野山. Haut

****** En japonais « 無名抄 ». Autrefois transcrit « Moumiôçô ». Haut

******* En japonais « 発心集 ». Haut

******** En japonais « 方丈記 ». Autrefois transcrit « Hôdjôki », « Hôziôki » ou « Houjouki ». Haut

********* En japonais 無常. Haut

********** En japonais 随筆. Autrefois transcrit « zouï-hitsou ». Haut

Saigyô, « Poèmes de ma hutte de montagne »

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moundarren, Millemont

Il s’agit de Satô Norikiyo*, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! »*** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! »****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement.

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo. Haut

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô. Haut

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

« La Légende de Saïgyô »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

Il s’agit de Satô Norikiyo*, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! »*** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! »****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement.

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo. Haut

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô. Haut

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

Saigyô, « Vers le Vide : poèmes »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de Satô Norikiyo*, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! »*** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! »****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement.

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo. Haut

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô. Haut

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

« Ise, poétesse et dame de Cour : poèmes »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit de dame Ise*, dame d’honneur aussi aimable que lettrée, favorite de l’Empereur du Japon (IXe-Xe siècle apr. J.-C.). À une époque où l’Empire du Soleil levant cherchait à faire taire le bruit confus des armes pour écouter la voix de la poésie, dame Ise, favorite d’un Empereur qui avait abdiqué le trône au profit de ses héritiers, deviendra pour la postérité l’initiatrice modeste, mais décisive, d’une « littérature de femmes » qui s’épanouira en chefs-d’œuvre moins d’un siècle plus tard. Les « Histoires qui sont maintenant du passé » nous racontent dans quelles circonstances un messager de l’Empereur vint la prier de composer, pour la première fois, des poèmes pour paravents : « L’Empereur avait commandé des paravents lorsqu’il s’aperçut, au dernier moment, qu’un cartouche était resté vide. Ayant d’urgence convoqué le calligraphe, il essuya encore une déconvenue quand ce dernier lui signala qu’on ne lui avait pas fourni de poèmes à placer dans ce cartouche. En l’absence de Mitsune et de Tsurayuki, l’Empereur [dépêcha donc un messager à] dame Ise, la suppliant de bien vouloir en composer sur-le-champ »**. Les poèmes apportés par le messager furent jugés d’une exécution superbe, et l’Empereur, les ayant considérés, daigna les trouver remarquables. Il les montra à tous ceux qui se trouvaient autour de lui, et comme on les déclamait avec des intonations agréables, on ne tarissait pas d’éloges sur eux. On les lut et relut, après quoi seulement ils furent écrits sur le paravent. « Toujours est-il qu’à partir de cette année-là, dame Ise, qui n’avait guère produit [jusque-là] de poèmes pour paravents, se trouva enrôlée dans la troupe de spécialistes chargés de composer sur commande des poèmes de circonstances officielles et des poèmes pour paravents, [ainsi que] de préparer les concours de poésie qui, de simple passe-temps, devenaient, en cette dernière décennie du siècle, des rencontres très sérieuses », dit Mme Renée Garde***. On publia à titre posthume une anthologie de quatre cents de ses poèmes, que l’on intitula « Ise-shû »**** (« Recueil d’Ise ») et que l’on fit précéder par un « Petit Récit » plus ou moins légendaire de sa vie.

* En japonais 伊勢. Autrefois transcrit Issé ou Icé. À ne pas confondre avec Ise no Ôsuke (伊勢大輔), la fille du grand prêtre d’Ise, qui vécut un siècle plus tard. Haut

** Dans p. 125-126. Haut

*** p. 73. Haut

**** En japonais « 伊勢集 ». Haut

Kôbô-daishi, « La Vérité finale des trois enseignements »

éd. Poiesis, Paris

éd. Poiesis, Paris

Il s’agit de « La Vérité finale pour les sourds et les aveugles » (« Rôko-shiiki »*), traité de morale en action, plus connu sous le titre de « La Vérité finale des trois enseignements » (« Sangô-shiiki »**). Son auteur, l’introducteur du bouddhisme ésotérique au Japon et le fondateur de l’école tantrique Shingon (« la vraie parole »), naquit en 774 apr. J.-C. Ses qualités intellectuelles le poussaient, dès son enfance, à se retirer dans les montagnes. Il en éprouvait à chaque fois une grande joie, disant : « Une fois dans les forêts montagneuses, j’en oublie de rentrer chez moi… La rivière pure de la montagne ne cesse de compatir envers les personnes se noyant dans le poison de l’honneur et de l’argent ! Qu’ils ne soient pas brûlés dans le [tourbillon] du monde ! Qu’ils quittent tout de suite ce lieu impur pour entrer dans la terre de la Loi ! »*** Il fut envoyé, à l’âge de quinze ans, à la capitale impériale pour entrer dans la carrière des lettres — voie qu’il abandonna cependant pour s’engager dans celle, plus austère, des canons bouddhiques. Remarqué pour son érudition, on lui conféra d’abord le titre de Kûkai**** (« l’Océan du vide »*****), et bien plus tard, celui de Kôbô-daishi****** (« le Grand Maître qui répand la Loi »*******) sous lequel il est connu. En 804 apr. J.-C., il fut nommé pour aller à une ambassade en Chine, où il demeura plus de deux ans à se perfectionner dans la connaissance des soûtras ésotériques. À son retour, par un pieux et habile mensonge, il soutint que la déesse shintoïste du soleil — la Grande-Auguste-Kami-Illuminant-le-Ciel — était une incarnation du Bouddha. Ainsi harmonisée avec les croyances nationales, la religion bouddhique se propagea avec une rapidité extraordinaire, et il y eut bientôt une mode, chez les nobles, de se raser la tête pour se retirer du monde. Quant à Kôbô-daishi, sa figure emblématique suscita l’apparition de nombreuses légendes et de récits hagiographiques, en particulier le « Rouleau enluminé sur la vie du saint homme Kôbô-daishi » (« Kôbô-daishi gyôjô emaki »********) où l’on le représente chassant les êtres maléfiques, repoussant les ténèbres de l’ignorance qu’ils incarnent et diffusant « la vraie parole » dans l’archipel. Parmi les ouvrages qu’il laissa à sa mort, le plus accessible et le moins aride, en même temps que le moins rebutant, est « La Vérité finale des trois enseignements ». C’est à peine si l’on y reconnaît quelques traces des soûtras ésotériques, et il faut y voir plutôt un recueil d’instruction morale qu’un livre religieux proprement dit. On ne peut pas en dire autant du reste de ses ouvrages, qui reposent sur l’usage de formules invocatoires (« mantra »), de diagrammes mystiques (« mandala »), réservés au cercle restreint des initiés.

* En japonais « 聾瞽指帰 ». Haut

** En japonais « 三教指帰 ». Haut

*** Dans Asuka Ryôko, « La Vie du moine Kukai », p. 106-107. Haut

**** En japonais 空海. Autrefois transcrit Kô-kaï ou Koukaï. Haut

***** Parfois traduit « Océan de vacuité ». Haut

****** En japonais 弘法大師. Autrefois transcrit Kô-bau Daï-si. Haut

******* Autrefois traduit « Grand Maître propagateur de la Loi ». Haut

******** En japonais « 弘法大師行状繪卷 ». Haut

« Supplément aux “Contes d’Uji” »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

éd. Publications orientalistes de France, coll. Contes et Romans du Moyen Âge-Les Œuvres capitales de la littérature japonaise, Paris

Il s’agit du « Supplément aux “Histoires d’Uji” » (« Uji shûi monogatari »*). Ce Grand Conseiller d’Uji, dont le nom était Minamoto no Takakuni** (XIe siècle apr. J.-C.), était un homme qui supportait mal dans sa vieillesse les chaleurs de l’été et qui se retirait chaque année, du cinquième au huitième mois, à Uji, au Sud de Kyôto. Là, dans une tenue négligée, se faisant éventer d’un grand éventail, il faisait appeler à lui les passants, sans se soucier de leur rang, et les priait de raconter des histoires du passé, cependant que lui-même, étendu à l’intérieur, notait leurs paroles dans un gros cahier : « Il y avait des récits de l’Inde, des récits de la Chine, et aussi des récits du Japon. Il en était d’édifiants, il en était de plaisants, il en était de terrifiants, il en était d’émouvants, il en était de répugnants. Quelques-uns étaient sans rime ni raison, d’autres étaient des plus adroits, bref, il en était de toute sorte et de toute espèce », dit le « Supplément aux “Histoires d’Uji” »***. La partie des « Histoires qui sont maintenant du passé » relative au Japon occupe à elle seule, avec ses vingt et un tomes sur trente et un, plus des deux tiers du texte, tandis que les parties consacrées à l’Inde et à la Chine ne comprennent chacune que cinq tomes. Trois tomes sont aujourd’hui manquants**** et deux autres***** ne nous sont parvenus qu’en un état incomplet. Tel quel pourtant, le recueil est encore d’une étonnante richesse, et les mille cinquante-neuf récits qu’il contient font penser à un admirable kaléidoscope qui nous présente à chaque secousse, comme par un coup de magie, des figures inattendues et surprenantes : « Un défilé de personnages appartenant à toutes les catégories de la société anime un monde d’une grande richesse humaine, où les sentiments et les soucis des humbles n’ont pas une dignité moindre que ceux des grands… La variété des récits, badins ou burlesques, instructifs ou édifiants, fantastiques ou touchants, donne la possibilité de s’exprimer à toutes les émotions, des plus nobles aux moins raffinées »******. Tous débutent par la formule « maintenant, c’est du passé » (prononcée « ima wa mukashi » à la japonaise, « konjaku » à la chinoise) qui fut choisie par Takakuni parce qu’elle exprime à merveille l’idée bouddhique selon laquelle le passé existe au même titre et avec la même réalité que le « maintenant ».

* En japonais « 宇治拾遺物語 ». Haut

** En japonais 源隆国. Autrefois transcrit Minamoto no Takakouni. Haut

*** p. 7. Haut

**** VIII, XVIII et XXXI. Haut

***** XXII et XXIII. Haut

****** Jean Guillamaud, « Histoire de la littérature japonaise ». Haut