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Mot-clefMinamoto no Sanetomo

auteur

le shôgun Sanetomo, «Le “Kinkai-shû”»

dans « La Poétique, la Mémoire » (éd. du Seuil, coll. Change, Paris), p. 141-163

dans «La Poé­tique, la Mémoire» (éd. du Seuil, coll. Change, Paris), p. 141-163

Il s’agit du recueil «Kin­kai-waka-shû»*, éga­le­ment connu sous le titre abré­gé de «Kin­kai-shû»** du shô­gun Mina­mo­to no Sane­to­mo*** (XII-XIIIe siècle). Ce grand poète du Japon médié­val, fils du shô­gun Mina­mo­to no Yori­to­mo, devint en 1203 apr. J.-C. l’héritier du trône, mais d’une manière nomi­nale seule­ment. Pri­son­nier dans son palais de Kama­ku­ra, il ne put exer­cer aucun pou­voir réel et il cou­la sa courte vie dans la socié­té de savants et de let­trés, essayant d’oublier le pas­sé, les haines de famille et les ven­geances héré­di­taires, buvant du saké, se cou­ron­nant de fleurs et s’adonnant tout entier à son talent pour les poèmes — talent sans lequel il n’aurait peut-être pas lais­sé de trace dans les annales. Hélas! notre shô­gun ache­vait sa vingt-hui­tième année le jour où il périt par le poi­gnard d’un neveu. Ce mal­heur se pro­dui­sit en 1219. Au retour d’une céré­mo­nie, il des­cen­dait le haut esca­lier de pierre du temple de Hachi­man****, quand son neveu Kugyô, dis­si­mu­lé jusque-là par le feuillage touf­fu d’un grand arbre près des marches, le sai­sit à la gorge, l’abattit en un clin d’œil et lui tran­cha la tête; puis s’enfuit, tenant encore dans sa main le san­glant tro­phée qu’il contem­plait avec trans­port. Tout ceci se fit si aisé­ment, si rapi­de­ment qu’au milieu de la foule réunie et de la nuit tom­bée, per­sonne n’aurait pu dire ni com­ment ni par qui le crime avait été com­mis, jusqu’à ce qu’une voix triom­phante, s’élevant dans les ténèbres, s’écriât : «C’est moi! Je suis Kugyô»*****. À quelques pas de là, le meur­trier eut l’audace de s’arrêter quelques ins­tants et se fit ser­vir à sou­per, ayant grand soin, nous dit la légende, de ne point ouvrir, pen­dant tout son repas, sa main qui rete­nait par les che­veux la tête du mal­heu­reux Sane­to­mo. «1192-1219. Entre ces deux dates, la des­ti­née sha­kes­pea­rienne de cet Ham­let de Kama­ku­ra, déri­soire shô­gun qui de sa vie ne com­man­da une armée, qui rêva d’aller en Chine et ne put seule­ment voir la capi­tale de son Empire, qui ne fut rien de plus que la pièce maî­tresse du jeu sub­til et bru­tal que menaient son aïeul, son oncle et sa mère, et que la dague d’un neveu éli­mi­na de l’échiquier poli­tique», explique M. René Sief­fert******.

* En japo­nais «金槐和歌集». Haut

** En japo­nais «金槐集». Haut

*** En japo­nais 源実朝. Haut

**** En japo­nais 鶴岡八幡宮. Par­fois trans­crit Tsu­ru­gao­ka Hachi­man­gu ou temple de Hat­chi­man. Haut

***** «Une Excur­sion au Japon [dans la cité de Kama­ku­ra]», p. 239. Haut

****** p. 141. Haut