Mot-cleftanka (littérature)

sujet

« Choses dont parle Teika lorsqu’il parle d’amour : une lecture de la “Compétition poétique solitaire en cent tours de l’honorable Teika” »

dans « Ebisu », no 25, p. 91-151

Il s’agit de l’aristocrate japonais Fujiwara no Teika* (XIIe-XIIIe siècle), non seulement poète très fécond, encensé ou blâmé par ses contemporains pour son originalité ; mais aussi critique aux jugements duquel on s’en rapportait constamment, théoricien, éditeur d’œuvres anciennes, compilateur d’anthologies, auteur d’un journal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neuvième année — le « Meigetsu-ki » (« Journal de la lune claire »). Fils du poète Fujiwara no Shunzei**, héritier important d’une lignée d’érudits, Teika servit plusieurs Empereurs, et notamment Go-Toba Tennô, lequel le récompensa de son attachement en le mettant au nombre des compilateurs du « Nouveau Recueil de poésies de jadis et naguère » (« Shinkokin wakashû »). À cette époque, il avait déjà la réputation d’un poète très doué, mais pratiquant un style déconcertant : « J’ai été quelquefois reconnu et quelquefois critiqué », reconnaît-il lui-même***, « mais, depuis le début, j’ai manqué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à produire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regretté père se limitait à : “La [règle] de la poésie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remontant à un lointain passé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la comprend” ». En l’an 1209, le shôgun Sanetomo, âgé de dix-sept ans, demanda à Teika de corriger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Teika fit accompagner la correction d’un traité pédagogique, « Poèmes excellents de notre temps » (« Kindai shûka »****), le premier d’une série de traités qui allaient imposer ses vues poétiques pour des décennies au moins. On y apprend que la vraie poésie, c’est celle qui, tout en ne quittant pas les limites de la raison, s’affranchit des chemins battus : « Le style excellent en poésie », dit-il*****, « c’est le style de poème qui, ayant transcendé les différents éléments du sujet, n’insiste sur aucun ; qui, bien que ne semblant appartenir à aucun des dix styles en particulier, nous fasse l’effet de les contenir tous ». Infatigable en dépit d’une santé sans cesse chancelante, Teika se montra, par ailleurs, un très grand philologue. Les meilleures éditions conservées, et quelquefois les plus anciennes, des classiques de la littérature japonaise sont des copies de sa main******. Pourtant, à tort ou à raison, ce qui a le plus contribué à le rendre illustre, c’est une petite anthologie connue sous le nom de « De cent poètes un poème », que tout Japonais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est inspiré.

* En japonais 藤原定家. Parfois transcrit Foujiwara no Sadaïé. Haut

** En japonais 藤原俊成. Parfois transcrit Toshinari. Haut

*** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 70. Haut

**** En japonais « 近代秀歌 ». Haut

***** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 249. Haut

****** C’est le cas en particulier du « Dit du genji », de l’« Ise monogatari », du « Kokin-shû », dont il colligea les divers manuscrits, et qu’il commenta en profondeur. Haut

« Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie »

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

éd. Collège de France-Institut des hautes études japonaises, coll. Bibliothèque de l’Institut des hautes études japonaises, Paris

Il s’agit de l’aristocrate japonais Fujiwara no Teika* (XIIe-XIIIe siècle), non seulement poète très fécond, encensé ou blâmé par ses contemporains pour son originalité ; mais aussi critique aux jugements duquel on s’en rapportait constamment, théoricien, éditeur d’œuvres anciennes, compilateur d’anthologies, auteur d’un journal tenu tout au long de sa vie dès sa dix-neuvième année — le « Meigetsu-ki » (« Journal de la lune claire »). Fils du poète Fujiwara no Shunzei**, héritier important d’une lignée d’érudits, Teika servit plusieurs Empereurs, et notamment Go-Toba Tennô, lequel le récompensa de son attachement en le mettant au nombre des compilateurs du « Nouveau Recueil de poésies de jadis et naguère » (« Shinkokin wakashû »). À cette époque, il avait déjà la réputation d’un poète très doué, mais pratiquant un style déconcertant : « J’ai été quelquefois reconnu et quelquefois critiqué », reconnaît-il lui-même***, « mais, depuis le début, j’ai manqué de goût pour [les règles] et n’ai appris qu’à produire des choses que les autres n’acceptaient pas. L’enseignement de mon regretté père se limitait à : “La [règle] de la poésie ne se cherche pas dans un vaste savoir ou encore en remontant à un lointain passé : elle jaillit de notre propre cœur, et c’est par soi-même qu’on la comprend” ». En l’an 1209, le shôgun Sanetomo, âgé de dix-sept ans, demanda à Teika de corriger quelques poèmes qu’il lui avait envoyés. Teika fit accompagner la correction d’un traité pédagogique, « Poèmes excellents de notre temps » (« Kindai shûka »****), le premier d’une série de traités qui allaient imposer ses vues poétiques pour des décennies au moins. On y apprend que la vraie poésie, c’est celle qui, tout en ne quittant pas les limites de la raison, s’affranchit des chemins battus : « Le style excellent en poésie », dit-il*****, « c’est le style de poème qui, ayant transcendé les différents éléments du sujet, n’insiste sur aucun ; qui, bien que ne semblant appartenir à aucun des dix styles en particulier, nous fasse l’effet de les contenir tous ». Infatigable en dépit d’une santé sans cesse chancelante, Teika se montra, par ailleurs, un très grand philologue. Les meilleures éditions conservées, et quelquefois les plus anciennes, des classiques de la littérature japonaise sont des copies de sa main******. Pourtant, à tort ou à raison, ce qui a le plus contribué à le rendre illustre, c’est une petite anthologie connue sous le nom de « De cent poètes un poème », que tout Japonais sait par cœur pour avoir joué, dès sa tendre enfance, avec le jeu de cartes qui en est inspiré.

* En japonais 藤原定家. Parfois transcrit Foujiwara no Sadaïé. Haut

** En japonais 藤原俊成. Parfois transcrit Toshinari. Haut

*** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 70. Haut

**** En japonais « 近代秀歌 ». Haut

***** « Fujiwara no Teika (1162-1241) et la Notion d’excellence en poésie », p. 249. Haut

****** C’est le cas en particulier du « Dit du genji », de l’« Ise monogatari », du « Kokin-shû », dont il colligea les divers manuscrits, et qu’il commenta en profondeur. Haut

« De cent poètes un poème : poèmes »

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

éd. Publications orientalistes de France, Aurillac

Il s’agit de l’anthologie « Ogura Hyakunin Isshu »*, plus connue sous le titre abrégé de « Hyakunin Isshu »** (« De cent poètes un poème »***). Peu de recueils ont joui et jouissent toujours au Japon d’une vogue égale à celle de l’anthologie « Hyakunin Isshu ». On en attribue la paternité à l’aristocrate Fujiwara no Teika. Dans un journal qu’il a tenu tout au long de sa vie, le « Meigetsu-ki »**** (« Journal de la lune claire »*****), en date du 27 mai 1235, Teika dit avoir calligraphié cent morceaux sur des papiers de couleur pour en décorer les cloisons mobiles d’une maison de campagne à Ogura. Le plus étonnant est que ces cent poèmes ont fini par devenir le recueil familier de chaque maison japonaise. Dès la fin du XVIIe siècle, en effet, nous les voyons employés comme livre pour éduquer les jeunes filles, en même temps que comme jeu pour amuser la famille en général. Ce jeu de « cartes poétiques » (« uta-garuta »******) consiste à deviner la fin d’un poème que récite un meneur : « On prend pour cela un paquet de deux cents cartes [tirées du] “Hyakunin Isshu”. Cent de ces cartes portent, chacune, un poème différent — ce sont des “waka”, odes de trente et une syllabes composées par des poètes et des poétesses célèbres d’autrefois — et, en général, le portrait de l’auteur : elles servent à la lecture à haute voix. Les cent autres cartes ne portent que les deux derniers vers de chaque poème : elles servent au jeu proprement dit. L’un des joueurs lit un “waka”, et les autres se penchent sur les cartes rangées à même le tatami ou natte de paille, en scrutant le tas pour s’emparer rapidement de celle qui correspond au poème qu’on vient de lire », explique M. Shigeo Kimura

* En japonais « 小倉百人一首 ». Haut

** En japonais « 百人一首 ». Autrefois transcrit « Hyakou-nin-is-syou » ou « Hyakouninn-isshou ». Haut

*** Parfois traduit « Cent poésies par cent poètes », « De cent hommes une poésie », « De cent hommes chacun un poème » ou « Collection des cent poètes ». Haut

**** En japonais « 明月記 », inédit en français. Autrefois transcrit « Méighétsou-ki ». Haut

***** Parfois traduit « Notes (journalières) de la claire lune ». Haut

****** En japonais 歌がるた. Haut

le shôgun Sanetomo, « Le “Kinkai-shû” »

dans « La Poétique, la Mémoire » (éd. du Seuil, coll. Change, Paris), p. 141-163

Il s’agit du recueil « Kinkai-waka-shû »*, également connu sous le titre abrégé de « Kinkai-shû »** du shôgun Minamoto no Sanetomo*** (XII-XIIIe siècle). Ce grand poète du Japon médiéval, fils du shôgun Minamoto no Yoritomo, devint en 1203 apr. J.-C. l’héritier du trône, mais d’une manière nominale seulement. Prisonnier dans son palais de Kamakura, il ne put exercer aucun pouvoir réel et il coula sa courte vie dans la société de savants et de lettrés, essayant d’oublier le passé, les haines de famille et les vengeances héréditaires, buvant du saké, se couronnant de fleurs et s’adonnant tout entier à son talent pour les poèmes — talent sans lequel il n’aurait peut-être pas laissé de trace dans les annales. Hélas ! notre shôgun achevait sa vingt-huitième année le jour où il périt par le poignard d’un neveu. Ce malheur se produisit en 1219. Au retour d’une cérémonie, il descendait le haut escalier de pierre du temple de Hachiman****, quand son neveu Kugyô, dissimulé jusque-là par le feuillage touffu d’un grand arbre près des marches, le saisit à la gorge, l’abattit en un clin d’œil et lui trancha la tête ; puis s’enfuit, tenant encore dans sa main le sanglant trophée qu’il contemplait avec transport. Tout ceci se fit si aisément, si rapidement qu’au milieu de la foule réunie et de la nuit tombée, personne n’aurait pu dire ni comment ni par qui le crime avait été commis, jusqu’à ce qu’une voix triomphante, s’élevant dans les ténèbres, s’écriât : « C’est moi ! Je suis Kugyô »*****. À quelques pas de là, le meurtrier eut l’audace de s’arrêter quelques instants et se fit servir à souper, ayant grand soin, nous dit la légende, de ne point ouvrir, pendant tout son repas, sa main qui retenait par les cheveux la tête du malheureux Sanetomo. « 1192-1219. Entre ces deux dates, la destinée shakespearienne de cet Hamlet de Kamakura, dérisoire shôgun qui de sa vie ne commanda une armée, qui rêva d’aller en Chine et ne put seulement voir la capitale de son Empire, qui ne fut rien de plus que la pièce maîtresse du jeu subtil et brutal que menaient son aïeul, son oncle et sa mère, et que la dague d’un neveu élimina de l’échiquier politique », explique M. René Sieffert******.

* En japonais « 金槐和歌集 ». Haut

** En japonais « 金槐集 ». Haut

*** En japonais 源実朝. Haut

**** En japonais 鶴岡八幡宮. Parfois transcrit Tsurugaoka Hachimangu ou temple de Hatchiman. Haut

***** « Une Excursion au Japon [dans la cité de Kamakura] », p. 239. Haut

****** p. 141. Haut

Saigyô, « Poèmes de ma hutte de montagne »

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moundarren, Millemont

Il s’agit de Satô Norikiyo*, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! »*** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! »****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement.

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo. Haut

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô. Haut

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

« La Légende de Saïgyô »

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

éd. Publications orientalistes de France, coll. Tama, Cergy

Il s’agit de Satô Norikiyo*, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! »*** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! »****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement.

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo. Haut

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô. Haut

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

Saigyô, « Vers le Vide : poèmes »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de Satô Norikiyo*, poète et moine très cher au peuple japonais (XIIe siècle apr. J.-C.), plus connu sous le surnom de Saigyô** (« allant au Paradis de l’Ouest »). Issu d’une famille militaire, à l’âge de vingt-deux ans, Saigyô renonça au siècle, abandonna sa famille, et quitta ses fonctions au Palais pour la raison que voici : Un jour, à l’heure où le soleil s’inclinait, il était sorti avec un de ses amis intimes, du nom de Noriyasu, Officier de la Garde des Portes. En chemin, Noriyasu déclara ceci : « Ces derniers temps, je ne sais pourquoi, j’ai le sentiment que toute chose n’est que songe et illusion, et si ce jourd’hui je suis en vie, je n’ose espérer l’être demain encore. Las, quel pourrait être mon recours ? Mon plus cher désir serait de quitter ma maison, de changer mon état et d’aller vivre en quelque montagne écartée ! »*** En entendant ce discours prononcé avec les accents de la vérité, Saigyô se demanda, le cœur dolent, pour quelle raison son ami parlait de la sorte ; et le matin suivant, comme il allait prendre de ses nouvelles, il trouva, près du portail, une foule de gens fort agités, et à l’intérieur, de même, l’on entendait des voix de gens qui clamaient leur douleur ; inquiet, il hâta le pas, se demandant ce qui se passait : « Monseigneur, cette nuit, est mort dans son sommeil ! »****, lui dit-on, et il aperçut l’épouse et la mère de Noriyasu, étendues face contre terre, l’une aux pieds, l’autre au chevet du défunt, abîmées dans les larmes. À cette vue, tournant le dos au monde, Saigyô entra en religion pour pérégriner à travers le pays entier de province en province, de monastère en monastère ; puis, pensant avoir trouvé dans les montagnes de l’Ouest le lieu propice à un secret ermitage où se livrer aux pratiques de la Voie du Bouddha, il y construisit une hutte de branchage où, après avoir mené une vie solitaire dans un dépouillement extrême de toutes choses, il mourut très saintement.

* En japonais 佐藤義清. Autrefois transcrit Satô Yoshikiyo. Haut

** En japonais 西行. Autrefois transcrit Saïghyô. Haut

*** « La Légende de Saïgyô », p. 22. Haut

**** id. p. 23. Haut

« Ryôkan, moine errant et poète : portrait et poèmes »

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

éd. A. Michel, coll. Spiritualités vivantes, Paris

Il s’agit des poèmes de Yamamoto Eizô*, ermite japonais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le surnom de Ryôkan**. Enfant taciturne et solitaire, adonné à de vastes lectures, il réfléchissait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il comprit que c’était le Bouddha qui pourrait donner réponse à ses questions existentielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il serra dans ses bras ses six frères et sœurs : « Prenant mes mains dans les siennes, ma mère a longtemps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai demandé congé, elle m’a dit, de sa parole devenue austère : “Ne laisse jamais dire aux gens rencontrés que tu as en vain quitté le monde”. Aujourd’hui, je me rappelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir »***. Dans son ermitage au toit de chaume, Ryôkan restait cloîtré, quelquefois pendant des jours, à méditer, à lire des classiques et à composer des poèmes. Un de ses contemporains****, qui s’y abrita de la pluie, raconte***** : « [À] l’intérieur de cet ermitage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule statue du Bouddha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accoudoir, installé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édition xylographique de “L’Œuvre complète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insérées des calligraphies, tracées en style cursif, d’anciens poèmes chinois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qualité, mais les calligraphies en question l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent ».

* En japonais 山本栄蔵. Haut

** En japonais 良寛. Parfois transcrit Ryokwan. Haut

*** Traduction de M. Dominique Blain, p. 27. Haut

**** Kondô Manjô. Haut

***** Traduction de Mme Mitchiko Ishigami-Iagolnitzer, p. 104-106. Haut

Ryôkan, « Les Quatre-vingt-dix-neuf Haïku »

éd. Verdier, Lagrasse

éd. Verdier, Lagrasse

Il s’agit des poèmes de Yamamoto Eizô*, ermite japonais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le surnom de Ryôkan**. Enfant taciturne et solitaire, adonné à de vastes lectures, il réfléchissait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il comprit que c’était le Bouddha qui pourrait donner réponse à ses questions existentielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il serra dans ses bras ses six frères et sœurs : « Prenant mes mains dans les siennes, ma mère a longtemps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai demandé congé, elle m’a dit, de sa parole devenue austère : “Ne laisse jamais dire aux gens rencontrés que tu as en vain quitté le monde”. Aujourd’hui, je me rappelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir »***. Dans son ermitage au toit de chaume, Ryôkan restait cloîtré, quelquefois pendant des jours, à méditer, à lire des classiques et à composer des poèmes. Un de ses contemporains****, qui s’y abrita de la pluie, raconte***** : « [À] l’intérieur de cet ermitage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule statue du Bouddha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accoudoir, installé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édition xylographique de “L’Œuvre complète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insérées des calligraphies, tracées en style cursif, d’anciens poèmes chinois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qualité, mais les calligraphies en question l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent ».

* En japonais 山本栄蔵. Haut

** En japonais 良寛. Parfois transcrit Ryokwan. Haut

*** Traduction de M. Dominique Blain, p. 27. Haut

**** Kondô Manjô. Haut

***** Traduction de Mme Mitchiko Ishigami-Iagolnitzer, p. 104-106. Haut

Ryôkan, « La Rosée d’un lotus, “Hachisu no tsuyu” »

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

éd. Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, Paris

Il s’agit des poèmes de Yamamoto Eizô*, ermite japonais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le surnom de Ryôkan**. Enfant taciturne et solitaire, adonné à de vastes lectures, il réfléchissait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il comprit que c’était le Bouddha qui pourrait donner réponse à ses questions existentielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il serra dans ses bras ses six frères et sœurs : « Prenant mes mains dans les siennes, ma mère a longtemps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai demandé congé, elle m’a dit, de sa parole devenue austère : “Ne laisse jamais dire aux gens rencontrés que tu as en vain quitté le monde”. Aujourd’hui, je me rappelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir »***. Dans son ermitage au toit de chaume, Ryôkan restait cloîtré, quelquefois pendant des jours, à méditer, à lire des classiques et à composer des poèmes. Un de ses contemporains****, qui s’y abrita de la pluie, raconte***** : « [À] l’intérieur de cet ermitage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule statue du Bouddha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accoudoir, installé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édition xylographique de “L’Œuvre complète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insérées des calligraphies, tracées en style cursif, d’anciens poèmes chinois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qualité, mais les calligraphies en question l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent ».

* En japonais 山本栄蔵. Haut

** En japonais 良寛. Parfois transcrit Ryokwan. Haut

*** Traduction de M. Dominique Blain, p. 27. Haut

**** Kondô Manjô. Haut

***** Traduction de Mme Mitchiko Ishigami-Iagolnitzer, p. 104-106. Haut

« Ryôkan, moine zen »

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Paris

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), Paris

Il s’agit des poèmes de Yamamoto Eizô*, ermite japonais (XVIIIe-XIXe siècle), plus connu sous le surnom de Ryôkan**. Enfant taciturne et solitaire, adonné à de vastes lectures, il réfléchissait, dès son plus jeune âge, sur la vie et sur la mort. Une nuit, il comprit que c’était le Bouddha qui pourrait donner réponse à ses questions existentielles. Au petit matin, s’étant rasé la tête, il prit quelques affaires. Sur le pas de la porte, il serra dans ses bras ses six frères et sœurs : « Prenant mes mains dans les siennes, ma mère a longtemps fixé mon visage. C’[est] comme si l’image de son visage est encore devant mes yeux. Lorsque j’ai demandé congé, elle m’a dit, de sa parole devenue austère : “Ne laisse jamais dire aux gens rencontrés que tu as en vain quitté le monde”. Aujourd’hui, je me rappelle ses mots et me donne cette leçon matin et soir »***. Dans son ermitage au toit de chaume, Ryôkan restait cloîtré, quelquefois pendant des jours, à méditer, à lire des classiques et à composer des poèmes. Un de ses contemporains****, qui s’y abrita de la pluie, raconte***** : « [À] l’intérieur de cet ermitage, je ne vois aucun autre bien qu’une seule statue du Bouddha en bois, posée debout, et deux volumes de livres mis sur un petit accoudoir, installé au pied de la fenêtre. J’ouvre le livre pour savoir de quelle œuvre il s’agit. C’est une édition xylographique de “L’Œuvre complète” de Tchouang-tseu. Dans ce livre sont insérées des calligraphies, tracées en style cursif, d’anciens poèmes chinois, qui semblent être l’œuvre de ce moine. N’ayant pas appris de poèmes dans cette langue, je ne sus s’ils étaient de qualité, mais les calligraphies en question l’étaient à tel point qu’elles m’émerveillèrent ».

* En japonais 山本栄蔵. Haut

** En japonais 良寛. Parfois transcrit Ryokwan. Haut

*** Traduction de M. Dominique Blain, p. 27. Haut

**** Kondô Manjô. Haut

***** Traduction de Mme Mitchiko Ishigami-Iagolnitzer, p. 104-106. Haut

« Ise, poétesse et dame de Cour : poèmes »

éd. Ph. Picquier, Arles

éd. Ph. Picquier, Arles

Il s’agit de dame Ise*, dame d’honneur aussi aimable que lettrée, favorite de l’Empereur du Japon (IXe-Xe siècle apr. J.-C.). À une époque où l’Empire du Soleil levant cherchait à faire taire le bruit confus des armes pour écouter la voix de la poésie, dame Ise, favorite d’un Empereur qui avait abdiqué le trône au profit de ses héritiers, deviendra pour la postérité l’initiatrice modeste, mais décisive, d’une « littérature de femmes » qui s’épanouira en chefs-d’œuvre moins d’un siècle plus tard. Les « Histoires qui sont maintenant du passé » nous racontent dans quelles circonstances un messager de l’Empereur vint la prier de composer, pour la première fois, des poèmes pour paravents : « L’Empereur avait commandé des paravents lorsqu’il s’aperçut, au dernier moment, qu’un cartouche était resté vide. Ayant d’urgence convoqué le calligraphe, il essuya encore une déconvenue quand ce dernier lui signala qu’on ne lui avait pas fourni de poèmes à placer dans ce cartouche. En l’absence de Mitsune et de Tsurayuki, l’Empereur [dépêcha donc un messager à] dame Ise, la suppliant de bien vouloir en composer sur-le-champ »**. Les poèmes apportés par le messager furent jugés d’une exécution superbe, et l’Empereur, les ayant considérés, daigna les trouver remarquables. Il les montra à tous ceux qui se trouvaient autour de lui, et comme on les déclamait avec des intonations agréables, on ne tarissait pas d’éloges sur eux. On les lut et relut, après quoi seulement ils furent écrits sur le paravent. « Toujours est-il qu’à partir de cette année-là, dame Ise, qui n’avait guère produit [jusque-là] de poèmes pour paravents, se trouva enrôlée dans la troupe de spécialistes chargés de composer sur commande des poèmes de circonstances officielles et des poèmes pour paravents, [ainsi que] de préparer les concours de poésie qui, de simple passe-temps, devenaient, en cette dernière décennie du siècle, des rencontres très sérieuses », dit Mme Renée Garde***. On publia à titre posthume une anthologie de quatre cents de ses poèmes, que l’on intitula « Ise-shû »**** (« Recueil d’Ise ») et que l’on fit précéder par un « Petit Récit » plus ou moins légendaire de sa vie.

* En japonais 伊勢. Autrefois transcrit Issé ou Icé. À ne pas confondre avec Ise no Ôsuke (伊勢大輔), la fille du grand prêtre d’Ise, qui vécut un siècle plus tard. Haut

** Dans p. 125-126. Haut

*** p. 73. Haut

**** En japonais « 伊勢集 ». Haut

Michinaga, « Notes journalières. Tome III »

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

éd. Droz, coll. Hautes études orientales, Genève

Il s’agit du « Midô kanpakuki »* (« Notes journalières », ou littéralement « Notes du grand chancelier de la chapelle ») de Fujiwara no Michinaga**, ministre qui présida à un des moments les plus brillants du Japon ancien (Xe-XIe siècle). « Cet âge-ci, oui, cet âge est vraiment mien quand je puis penser que rien ne vient diminuer la plénitude de la lune »***. L’auteur de ce poème, Michinaga, présenta pendant toute sa vie le spectacle indescriptible d’un homme béni par la fortune. En étalant avec prodigalité son immense fortune dans des dons fastueux aux monastères, il conserva le pouvoir ministériel sous trois Empereurs avant de le transmettre à ses fils. Sans manifester aucun talent particulier, aucun don remarquable, aucun dessein politique neuf ou original, il releva pourtant les rites et la musique à moitié tombés ; il donna à l’époque de Heian ses meilleurs peintres, ses grandes femmes lettrées, quelques bons généraux aussi, et de nombreux prêtres. On le vénéra à l’égal d’un bouddha incarné ; sa splendeur inspira les tout premiers ouvrages d’histoire nationale : l’« Eiga monogatari »**** (« Dit de magnificence ») et l’« Ôkagami »***** (« Grand Miroir »). « C’est autour de [Michinaga] que se développa cette civilisation originale et extrêmement brillante qui a fait la gloire du Xe siècle, mais qui malheureusement a été limitée à une classe particulière, celle des nobles de la Cour, et à une région très restreinte, celle de la capitale et de ses abords immédiats ; l’ensemble du pays, en dehors des monastères provinciaux, restait plongé dans un état semi-barbare et une grande pauvreté ; …le mauvais état des voies de communication, fort peu développées jusqu’à l’époque moderne, empêchait la culture de l’époque d’être plus qu’une culture de Cour », dit Françoise Petit

* En japonais « 御堂関白記 ». Parfois transcrit « Midô kampakuki ». Haut

** En japonais 藤原道長. Autrefois transcrit Foujiwara no Mitchinaga. Haut

*** Michinaga, « Poèmes », p. 114. Haut

**** En japonais « 栄花物語 ». Autrefois transcrit « Eigwa monogatari ». Haut

***** En japonais « 大鏡 ». Autrefois transcrit « Oh-kagami ». Haut