Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Mot-clef8e siècle : sujet

Tu Fu, « Œuvre poétique. Tome II. La Guerre civile (755-759) »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit de l’« Œuvre poétique » de Tu Fu * qui se définit par la sobriété des émotions et par l’exact réalisme des tableaux. Sans se permettre des jugements trop personnels, s’effaçant, disparaissant en tant qu’auteur devant ses poésies qui parlent d’elles-mêmes, Tu Fu peint les scènes familières de la vie courante, les misères du petit peuple en proie à la guerre, à la famine et aux injustices. Son « Œuvre poétique » adopte un ton égal et apparemment impassible, mais qu’un détail vient tout à coup rendre vivant, voire même poignant, grâce au choix de deux ou trois mots auxquels l’auteur sait donner leur valeur entière. Tu Fu est, à ce titre, le plus classique des poètes chinois, même s’il y en a d’autres dont le génie est supérieur au sien **. « Le trait principal de son talent, celui qui domine l’œuvre et vient le premier à l’esprit cherchant une impression générale, c’est le caractère conscient et comme réfléchi de ses œuvres. Tu Fu est un artiste toujours sûr et conscient de ses moyens, sachant toujours parfaitement le but auquel il tend. Il n’a guère d’élans imprévus, de digressions dues à des émotions spontanément écloses ; il règle ses œuvres et leur effet avec la perfection d’un mécanisme infaillible, ne laissant rien au hasard, n’omettant rien d’essentiel, n’ajoutant rien de superflu… Mais ce sont là précisément les traits essentiels des principes de l’école classique, les qualités idéales auxquelles tend… la mentalité artistique des Tang ***, période du classicisme chinois », dit M. Georges Margouliès. Lisez la suite›

* En chinois 杜甫. Parfois transcrit Du Fu, Dou-fou, Thou-fou, Thu Fu ou Tou Fou.

** Li Po et Bai Juyi.

*** De l’an 618 à l’an 907.

Haribhadra, « Ballade des coquins »

éd. Flammarion, coll. GF, Paris

éd. Flammarion, coll. GF, Paris

Il s’agit de la « Ballade des coquins » (« Dhûrtâkhyâna » *) d’Haribhadra Sûri **, l’une des rares œuvres d’intention et de forme satiriques dans la littérature hindoue (VIIIe siècle apr. J.-C.). L’auteur, qui s’est détourné du brahmanisme et qui veut nous en détourner à notre tour, propose une série d’histoires absurdes dont il nous révèle, après coup, qu’elles concordent avec la littérature des brahmanes. Il veut ainsi nous prouver que cette dernière est sans valeur et irrationnelle. Le canevas sur lequel il brode sa démonstration est remarquable par sa complexité : À la saison des pluies, alors qu’il est impossible de voyager, des centaines de « coquins » (« dhûrta » ***, d’où le titre de la « Ballade ») se réunissent dans un parc à proximité de la ville d’Ujjain. Ce sont des maîtres en illusions et en mensonges, constamment occupés à faire le mal, ignorant la pitié, ruinant la confiance que vieillards, femmes et enfants placent en eux, amis uniquement de la fraude qu’ils pratiquent à l’aide d’encens, d’onguents et de magies noires telles que l’hypnotisme et l’art de paralyser, experts, enfin, à changer leur voix et leur apparence. Leurs chefs organisent, à l’occasion, une sorte de jeu-concours dont la règle est la suivante : Chacun doit raconter une aventure qu’il a vécue, si invraisemblable et si peu digne de foi soit-elle. Le gagnant sera celui dont l’histoire n’a pas d’équivalente dans les légendes du « Mahâbhârata », du « Râmâyaṇa » et du reste de la littérature brahmanique. L’un des coquins raconte avoir vu, un jour, un village entier échapper à des bandits en trouvant refuge dans un concombre, que dévora une chèvre gigantesque, avalée à son tour par un boa, lui-même happé par une grue, qui s’envola et se posa dans la cour du roi… Rien d’étonnant, rétorquent les autres participants, à ce qu’un concombre contienne un village : selon la « Chândogya Upaniṣad » et le « Viṣṇu Purâṇa », le monde à son origine n’était-il pas contenu dans un œuf ? Quant au coquin qui raconte être revenu à la vie après qu’il eut eu la tête tranchée et jetée dans un jujubier, il n’impressionne guère plus : selon le « Râmâyaṇa », le dieu Hanumân ne fit-il pas ressusciter les singes morts au combat et qui avaient eu les membres coupés et brisés ? Bref, les légendes brahmaniques ne sont ni moins suspectes ni plus réussies que les histoires racontées par ces fieffés coquins : telle est la conclusion à laquelle veut arriver la « Ballade ». Lisez la suite›

* En prâkrit « धूर्ताख्यान ». Autrefois transcrit « Dhurtakhyan ».

** En prâkrit हरिभद्र सूरि. Autrefois transcrit Haribhadra Soori.

*** En prâkrit धूर्त.

« La Double Inspiration du poète Po Kiu-yi (772-846) »

éd. P. Bossuet, coll. Faculté des lettres de l’Université de Paris, Paris

éd. P. Bossuet, coll. Faculté des lettres de l’Université de Paris, Paris

Il s’agit de Bai Juyi *, le poète le plus talentueux de la Chine, avec Li Po (IXe siècle apr. J.-C.). Au contraire de son pays, où sa popularité décrut au fil des siècles, le Viêt-nam et le Japon, sans doute grâce à leur lectorat féminin, le tinrent toujours pour un modèle suprême et allèrent jusqu’à en faire une sorte de dieu tutélaire. Déjà de son vivant, sa « Chanson des regrets éternels » (« Chang hen ge » **) et sa « Ballade du luth » (« Pi pa xing » ***) jouissaient d’un prestige incomparable auprès des femmes : « Veuves et vierges ont souvent, à la bouche, un poème de moi… À ma vue, les chanteuses me désignent du doigt, en se disant entre elles : voici le maître de la “Chanson des regrets éternels” », dit-il dans une lettre ****. « Le trait principal… de Bai Juyi, qui fait son mérite principal en tant que poète », dit un critique *****, « c’est l’extrême simplicité de son élocution, le naturel de toute son œuvre ». Bai Juyi renonçait au langage trop savant, trop froid, trop dense que ses prédécesseurs polissaient et ciselaient depuis des siècles jusqu’à être souvent un peu obscurs. On prétend qu’il lisait ses vers à une vieille dame illettrée et ne cessait de les changer jusqu’à ce que cette dernière lui fît entendre qu’elle avait tout compris. On compare son style simple, abondant, régulier à l’eau d’une fontaine qui coule nuit et jour sur la petite place du village, et où tout le monde s’abreuve :

« Danseuse tartare ! Danseuse tartare !
L’âme répond au son des cordes,
Les mains répondent au tambour.
La musique prélude, elle s’élance, manches hautes.
Palpitante comme la neige, frémissante comme le roseau,
À droite et à gauche, inlassable, elle pivote,
Mille et mille tours se poursuivent sans trêve.
Rien de ce monde ne pourrait l’égaler :
Voiture, moins rapide ; tourbillon, moins primesautier.
La danse finie, à plusieurs reprises elle salue et remercie
Le souverain qui sourit légèrement
 » Lisez la suite›

* En chinois 白居易. Autrefois transcrit Pé-kiu-y, Po Kiu-i, Po Kiu-yi, Po Tchu-yi, Pai Chui, Bo Ju yi, Po Chü-i ou Po Chu yi.

** En chinois « 長恨歌 ». Autrefois transcrit « Tch’ang-hen-ko » ou « Ch’ang-hen ko ».

*** En chinois « 琵琶行 ». Autrefois transcrit « P’i-pa-hing », « Pi pa sing » ou « Pï-pá hsing ».

**** Dans Lo Ta-kang, « La Double Inspiration du poète Po Kiu-yi », p. 135.

***** M. Georges Margouliès.

« Man-yôshû. Livres VII, VIII et IX »

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Aurillac

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Aurillac

Il s’agit du « Man-yô-shû » * (« Recueil d’une myriade de feuilles » **), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Man-yô-shû » et le « Kokin-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenu de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamenté sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato *** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent **** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ». Lisez la suite›

* En japonais « 万葉集 ». Parfois transcrit « Manjóšú », « Manyôśû », « Man-yô-siû », « Man-yo-siou », « Manyoschu », « Manyôshou », « Manyoshiu », « Mannyoshu » ou « Mannyochou ».

** Titre obscur. « Yô » () veut dire « feuille » ou « génération » ; de sorte qu’on peut entendre soit « Recueil de feuilles innombrables », comme celles d’un grand arbre ou d’un grand livre, soit « Recueil de toutes les générations ».

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France.

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue.

Abou-Nowâs, « Le Vin, le Vent, la Vie : choix de poèmes »

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

Il s’agit d’Abou-Nowâs * (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers » **. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il ***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! » **** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals » Lisez la suite›

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās.

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105.

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212.

**** Dans id. p. 213.

Abou-Nowâs, « Poèmes bachiques et libertins »

éd. Verticales, Paris

éd. Verticales, Paris

Il s’agit d’Abou-Nowâs * (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète persan d’expression arabe, « ivrogne, pédéraste, libertin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aussi connu par ses bons mots et ses facéties, que par ses vers » **. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le laissa orphelin, et d’une mère persane qui le vendit à un marchand d’épices de Bassorah. L’enfant, cependant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le commerce ; il ne prenait intérêt qu’aux choses de l’esprit et affectionnait particulièrement les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâliba ibn al-Houbab. Or, il advint qu’un jour ce poète libertin et amateur de garçons s’arrêta devant la boutique d’épices et distingua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui proposa de l’emmener avec lui à Bagdad : « J’ai remarqué en toi les signes non équivoques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir », lui dit-il ***. Plus tard, le bruit de son talent étant parvenu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répandit sur lui ses bienfaits. Abou-Nowâs, par ses saillies aussi heureuses que hardies, par son savoir des expressions rares et par le charme de ses poésies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus érudits de ce temps, disait : « Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connaissance de la langue arabe ». Et Abou-Nowâs disait lui-même : « Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étudié soixante poétesses, dont al-Khansâ et Laylâ, et que dire du nombre des poètes ! » **** Jamais il ne renia, pour autant, ses origines persanes : il se moqua sans retenue de la gloire des Arabes « qui ne sont pas les seuls élus de Dieu » ; il attaqua cet esprit de race, cet orgueil tribal si important dans la poésie arabe, et dont s’armait un Férazdak peu de temps auparavant ; enfin, sa nature raffinée et dissolue refusa de se plier aux mœurs austères du Bédouin « mangeur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres » menant une vie précaire sur une « terre aride peuplée d’hyènes et de chacals » Lisez la suite›

* En arabe أبو نواس. Parfois transcrit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Naovas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās.

** André Gide, « Essais critiques » (éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris), p. 105.

*** Dans Wacyf Boutros Ghali, « Le Jardin des fleurs », p. 212.

**** Dans id. p. 213.

« Man-yôshû. Livres IV, V et VI »

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Cergy

éd. UNESCO-Publications orientalistes de France, coll. UNESCO d’œuvres représentatives-Poètes du Japon, Paris-Cergy

Il s’agit du « Man-yô-shû » * (« Recueil d’une myriade de feuilles » **), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Man-yô-shû » et le « Kokin-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenu de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamenté sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato *** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent **** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ». Lisez la suite›

* En japonais « 万葉集 ». Parfois transcrit « Manjóšú », « Manyôśû », « Man-yô-siû », « Man-yo-siou », « Manyoschu », « Manyôshou », « Manyoshiu », « Mannyoshu » ou « Mannyochou ».

** Titre obscur. « Yô » () veut dire « feuille » ou « génération » ; de sorte qu’on peut entendre soit « Recueil de feuilles innombrables », comme celles d’un grand arbre ou d’un grand livre, soit « Recueil de toutes les générations ».

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France.

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue.

« Le Monument poétique de Heian : le “Kokinshû”. Tome II. Chefs-d’œuvre »

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Kokin-waka-shû » * (« Recueil de poésies de jadis et naguère »), plus connu sous le titre abrégé de « Kokin-shû » ** (« Recueil de jadis et naguère »), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Kokin-shû » et le « Man-yô-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenu de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamenté sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato *** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent **** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ». Lisez la suite›

* En japonais « 古今和歌集 ». Autrefois transcrit « Kokinn Ouaka Chou ».

** En japonais « 古今集 ». Autrefois transcrit « Kokinnchou » ou « Kokinciou ».

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France.

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue.

« Le Monument poétique de Heian : le “Kokinshû”. Tome I. Préface de Ki no Tsurayuki »

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

éd. P. Geuthner, coll. Yoshino, Paris

Il s’agit d’une traduction partielle du « Kokin-waka-shû » * (« Recueil de poésies de jadis et naguère »), plus connu sous le titre abrégé de « Kokin-shû » ** (« Recueil de jadis et naguère »), une des premières compilations de poèmes japonais. Alors que l’antique prose du Japon représente plus ou moins l’influence étrangère de la Chine, l’antique poésie, elle, a quelque chose de profondément indigène. De fait, le « Kokin-shû » et le « Man-yô-shû » peuvent être qualifiés d’anthologies nationales du Japon. Il faut reconnaître que la poésie a toujours tenu une très grande place dans l’âme japonaise, dont elle dévoile, pour ainsi dire, toute l’intimité. De règne en règne, les Empereurs japonais, aux premières fleurs de printemps comme aux dernières lunes d’automne, ont convoqué la suite de leurs courtisans, et sous l’inspiration des choses, se sont fait présenter des poèmes. Parmi ces courtisans, quelques-uns ont mis leur amour en parallèle avec la fumée du mont Fuji, d’autres se sont souvenu de la lointaine jeunesse du mont Otoko, d’autres enfin, à voir la rosée sur l’herbe, l’écume sur l’eau, se sont lamenté sur leur propre impermanence. « La poésie du Yamato *** a pour racine le cœur humain et pour feuilles des milliers de paroles », dit Ki no Tsurayuki dans sa sublime préface au « Kokin-shû », qui s’élève à des sommets jamais encore égalés dans la critique japonaise. « Le temps a beau aller ses étapes ; les choses passer ; les joies et les tristesses croiser leurs routes : quand le rythme est là, comment cette poésie pourrait-elle périr ? S’il est vrai que les aiguilles du pin durent sans choir ni périr ; que les empreintes des oiseaux pour longtemps se gravent **** ; la poésie du Yamato [se maintiendra pour jamais] ». Lisez la suite›

* En japonais « 古今和歌集 ». Autrefois transcrit « Kokinn Ouaka Chou ».

** En japonais « 古今集 ». Autrefois transcrit « Kokinnchou » ou « Kokinciou ».

*** Pour le Japon, le nom du Yamato est comme celui de la Gaule pour la France.

**** Allusion à la légende qui veut que Cang Jie (倉頡) ait inventé les caractères chinois en observant des empreintes d’oiseaux dans la boue.

« La Courtoisie dans la poésie irakienne : un poète de transition, Baššār b. Burd »

dans Jean-Claude Vadet, « L’Esprit courtois en Orient » (éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, Paris), p. 159-193

dans Jean-Claude Vadet, « L’Esprit courtois en Orient » (éd. G.-P. Maisonneuve et Larose, Paris), p. 159-193

Il s’agit de Bachar ibn Bourd *, poète persan d’expression arabe (VIIIe siècle apr. J.-C.). Il naquit en Irak, où son père avait été amené comme esclave. Lui-même était esclave, mais ayant obtenu son affranchissement de la femme arabe dont il était la propriété, il vécut tantôt à Bassorah, sa ville natale, tantôt à Bagdad. Toutefois, quand on lui demandait d’où provenait le mérite des poésies qu’il composait, il en faisait remonter l’origine à la lignée des anciens rois de Perse, à laquelle il se rattachait. C’était un zoroastrien qui ne cachait pas sa haine envers les musulmans, et qui remerciait le Ciel de l’avoir privé de la vue « pour ne pas voir ceux que je hais », disait-il **. Car, en effet, Bachar était aveugle de naissance. À cette infirmité, qui avait placé deux morceaux de chair rouge à la place de ses yeux, s’ajoutaient également les laideurs d’une variole, qu’il avait eue dans sa jeunesse. Et cependant, « la nature l’[avait doté] d’une prodigieuse invention verbale, d’une mémoire sans faille et d’une intelligence qui lui faisait pénétrer tout ce qu’elle touchait ou devinait », dit M. Régis Blachère ***. Avant de réciter une poésie, Bachar frappait dans ses mains comme un fou, toussait et crachait à droite et à gauche ; mais dès qu’il avait ouvert la bouche, il provoquait l’admiration. Ses séances de poésie étaient particulièrement fréquentées par les femmes, et il lui arrivait de s’éprendre d’amour au seul son d’une voix ou à la description qu’on lui faisait d’une beauté. On lui demanda : « Comment peux-tu aimer sans même avoir vu ? » Il répondit : « Souvent l’oreille aime avant l’œil » ****. Et aussi :

« Laissez mon cœur à son choix et contentement !
C’est par le cœur, non par les yeux, que regarde l’amant.
Dans l’instance d’amour, les yeux ne voient, les oreilles n’entendent que par le cœur
 » Lisez la suite›

* En arabe بشار بن برد. Parfois transcrit Bachchâr ibn Bourd, Bachchar b. Bord, Bachar-ben-Berd, Basschâr ibn Bord, Baschschar ibn Burd, Bashar ibnu Bourd ou Baššār b. Burd.

** Dans Clément Huart, « Littérature arabe », p. 68.

*** « Le Cas Baššâr dans le développement de la poésie arabe ».

**** Dans « La Poésie arabe ; anthologie établie, traduite et présentée par René Rizqallah Khawam » (éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris), p. 128.

Bai Juyi, « Un Homme sans affaire : poèmes »

éd. Moundarren, Millemont

éd. Moundarren, Millemont

Il s’agit de Bai Juyi *, le poète le plus talentueux de la Chine, avec Li Po (IXe siècle apr. J.-C.). Au contraire de son pays, où sa popularité décrut au fil des siècles, le Viêt-nam et le Japon, sans doute grâce à leur lectorat féminin, le tinrent toujours pour un modèle suprême et allèrent jusqu’à en faire une sorte de dieu tutélaire. Déjà de son vivant, sa « Chanson des regrets éternels » (« Chang hen ge » **) et sa « Ballade du luth » (« Pi pa xing » ***) jouissaient d’un prestige incomparable auprès des femmes : « Veuves et vierges ont souvent, à la bouche, un poème de moi… À ma vue, les chanteuses me désignent du doigt, en se disant entre elles : voici le maître de la “Chanson des regrets éternels” », dit-il dans une lettre ****. « Le trait principal… de Bai Juyi, qui fait son mérite principal en tant que poète », dit un critique *****, « c’est l’extrême simplicité de son élocution, le naturel de toute son œuvre ». Bai Juyi renonçait au langage trop savant, trop froid, trop dense que ses prédécesseurs polissaient et ciselaient depuis des siècles jusqu’à être souvent un peu obscurs. On prétend qu’il lisait ses vers à une vieille dame illettrée et ne cessait de les changer jusqu’à ce que cette dernière lui fît entendre qu’elle avait tout compris. On compare son style simple, abondant, régulier à l’eau d’une fontaine qui coule nuit et jour sur la petite place du village, et où tout le monde s’abreuve :

« Danseuse tartare ! Danseuse tartare !
L’âme répond au son des cordes,
Les mains répondent au tambour.
La musique prélude, elle s’élance, manches hautes.
Palpitante comme la neige, frémissante comme le roseau,
À droite et à gauche, inlassable, elle pivote,
Mille et mille tours se poursuivent sans trêve.
Rien de ce monde ne pourrait l’égaler :
Voiture, moins rapide ; tourbillon, moins primesautier.
La danse finie, à plusieurs reprises elle salue et remercie
Le souverain qui sourit légèrement
 » Lisez la suite›

* En chinois 白居易. Autrefois transcrit Pé-kiu-y, Po Kiu-i, Po Kiu-yi, Po Tchu-yi, Pai Chui, Bo Ju yi, Po Chü-i ou Po Chu yi.

** En chinois « 長恨歌 ». Autrefois transcrit « Tch’ang-hen-ko » ou « Ch’ang-hen ko ».

*** En chinois « 琵琶行 ». Autrefois transcrit « P’i-pa-hing », « Pi pa sing » ou « Pï-pá hsing ».

**** Dans Lo Ta-kang, « La Double Inspiration du poète Po Kiu-yi », p. 135.

***** M. Georges Margouliès.

Ibn al-Moqaffa, « Le Livre de “Kalila et Dimna” »

éd. Klincksieck, Paris

éd. Klincksieck, Paris

Il s’agit du « Kalila et Dimna » (« Kalîla wa Dimna » *), ensemble de contes qui font aujourd’hui encore l’admiration de l’Orient, et dont les animaux sont les principaux acteurs. Tous les éléments assurent à l’Inde l’honneur d’avoir donné naissance à ces contes : un fort ancien recueil de fables, le « Pañcatantra », ne laisse aucun doute sur l’origine indienne ; et Firdousi confirme cette même origine dans son « Livre des rois », où il dit : « Il y a dans le trésor du radja un livre que les hommes de bien appellent “Pañcatantra”, et quand les hommes sont engourdis par l’ignorance, le “Pañcatantra” est comme l’herbe de leur résurrection… car il est le guide vers la [sagesse] » **. Ce fut au VIe siècle apr. J.-C. qu’un médecin persan nommé Barzoui ou Barzouyèh *** rapporta de l’Inde, outre le « Pañcatantra », divers autres ouvrages du même genre et qu’il en composa un recueil auquel on donna le nom de « Kalila et Dimna », parce que le récit des aventures de ces deux chacals en formait la première et principale partie. Cette version du « Kalila et Dimna » eut le sort de tout ce qui constituait la littérature persane au temps des Sassanides : elle fut détruite lors de la conquête de la Perse par les Arabes et sacrifiée au zèle aveugle des premiers musulmans. Trois siècles plus tard, le peu qui échappa à la destruction fut traduit en arabe par un autre Persan, Ibn al-Moqaffa ****, avec tant de mérite et d’élégance, que ces mêmes musulmans l’accusèrent d’avoir travaillé, mais en vain, à imiter et même à surpasser le style du Coran. « Alors, arabe vraiment, le “Kalila”, ou iranien, indien même, en ses plus lointains refuges ? La réponse est à chercher dans l’histoire du livre. Et que nous dit-elle ? Qu’il est devenu, très vite, l’une des pièces essentielles d’un patrimoine, un livre-clef », dit M. André Miquel Lisez la suite›

* En arabe « كليلة ودمنة ». Parfois transcrit « Kalīlah wa Dimnah ».

** « Le Livre des rois ; traduit et commenté par Jules Mohl. Tome VI », p. 361.

*** En persan برزوی ou برزویه. Parfois transcrit Burzōy, Burzoyé, Burzōē, Borzūya, Burzuyah, Borzoueh, Borzouyeh ou Berzouyèh.

**** En arabe بن المقفع. Parfois transcrit Ibn al-Muqaffa‘, Ibn Muqafaa, Ibn Moqafaa’, Ebn-almoukaffa, Ibn al-Mukaffâ, Ibn al-Moḳaffa‘, Ibn al-Mouqaffa’, Ibn al Mouqafaa, Aben Mochafa, Ebn-almocaffa ou Ebn-almokaffa. Par suite d’une faute, بن المقنع, transcrit Ebn-almocanna, Ebn Mocannaa, Ben Mocannâ ou Ben Mocannaah.

Tu Fu, « Œuvre poétique. Tome I. Poèmes de jeunesse »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit de l’« Œuvre poétique » de Tu Fu * qui se définit par la sobriété des émotions et par l’exact réalisme des tableaux. Sans se permettre des jugements trop personnels, s’effaçant, disparaissant en tant qu’auteur devant ses poésies qui parlent d’elles-mêmes, Tu Fu peint les scènes familières de la vie courante, les misères du petit peuple en proie à la guerre, à la famine et aux injustices. Son « Œuvre poétique » adopte un ton égal et apparemment impassible, mais qu’un détail vient tout à coup rendre vivant, voire même poignant, grâce au choix de deux ou trois mots auxquels l’auteur sait donner leur valeur entière. Tu Fu est, à ce titre, le plus classique des poètes chinois, même s’il y en a d’autres dont le génie est supérieur au sien **. « Le trait principal de son talent, celui qui domine l’œuvre et vient le premier à l’esprit cherchant une impression générale, c’est le caractère conscient et comme réfléchi de ses œuvres. Tu Fu est un artiste toujours sûr et conscient de ses moyens, sachant toujours parfaitement le but auquel il tend. Il n’a guère d’élans imprévus, de digressions dues à des émotions spontanément écloses ; il règle ses œuvres et leur effet avec la perfection d’un mécanisme infaillible, ne laissant rien au hasard, n’omettant rien d’essentiel, n’ajoutant rien de superflu… Mais ce sont là précisément les traits essentiels des principes de l’école classique, les qualités idéales auxquelles tend… la mentalité artistique des Tang ***, période du classicisme chinois », dit M. Georges Margouliès. Lisez la suite›

* En chinois 杜甫. Parfois transcrit Du Fu, Dou-fou, Thou-fou, Thu Fu ou Tou Fou.

** Li Po et Bai Juyi.

*** De l’an 618 à l’an 907.

Li Po, « L’Immortel banni sur terre “buvant seul sous la lune” »

éd. A. Michel, Paris

éd. A. Michel, Paris

Il s’agit de Li Po *, le poète le plus talentueux de la Chine, avec Bai Juyi (VIIIe siècle apr. J.-C.). C’est un génie extravagant, en qui s’opposent la volonté d’approcher des dieux et l’enlisement dans l’ivrognerie, l’amitié fidèle et la solitude fière et indomptable, mais qui traduit avec une merveilleuse aisance, dans une langue parfaite, les sentiments les plus vrais et les plus universels. Aussi, ses poèmes sont-ils, depuis plus de mille deux cents ans, si populaires en Chine, qu’on les trouve partout inscrits : dans le cabinet du lettré comme dans la maison du laboureur, sur les bronzes, sur les porcelaines et jusque sur les poteries d’un usage journalier. En voici le plus célèbre :

« Devant le lit le clair de lune,
Comme du givre sur le sol
Levant la tête je contemple la lune sur la montagne
Baissant la tête je songe au pays natal
 » **.

Li Po naquit en l’an 701 apr. J.-C. Sa mère lui donna le nom de Tai Po (« le grand brillant »), parce que dans le temps qu’elle le conçut, il lui sembla que l’éclatante étoile du berger s’arrêtait sur sa tête. Après avoir fait ses études à un âge très précoce, Li Tai Po, ou plus simplement Li Po, s’adonna à la poésie pour laquelle il se sentait né : « Avec le maître de la Falaise de l’est, je me retire au sud [des monts] Min-shan. J’y vis perché pendant plusieurs années sans jamais mettre le pied dans une ville. J’apprivoise des oiseaux rares, plus d’un millier. Quand je les appelle, ils viennent manger dans ma main, sans méfiance… À Chiang-ling, je rencontre Sima Cheng-chen ***… Il me dit que j’ai l’allure d’un immortel et l’ossature d’un taoïste. Il m’invite à l’accompagner dans les voyages de l’esprit au-delà des huit pôles » ****. En l’an 742 apr. J.-C., Li Po arriva à Ch’ang-an, où était alors la Cour. Il fut introduit chez le savant Ho Che-chang *****, qui fut ravi d’avoir dans sa maison quelqu’un avec qui il pût s’entretenir des choses de l’esprit. Ho Che-chang ne tarda pas à faire de son hôte le meilleur de ses amis ; il lui faisait lire ses poèmes et était si charmé de la beauté de plusieurs d’entre eux, qu’il lui dit un jour, dans un accès d’admiration : « Vous n’êtes pas un homme, vous êtes un esprit qu’on a renvoyé du ciel sur la terre pour faire honneur aux hommes » ******. Ho Che-chang ne s’en tint pas à des sentiments stériles ; il travailla à faire la fortune de son ami. Il en parla à l’empereur comme d’un prodige et lui inspira l’envie de le voir. « J’ai dans ma maison », dit-il à ce seigneur, « une des merveilles de votre règne : c’est un poète, tel peut-être qu’il n’en a point encore paru de semblable ; il réunit toutes les parties qui font le grand homme en ce genre. Je n’ai osé en parler plus tôt à Votre Majesté, à cause d’un défaut dont il paraît difficile qu’il se corrige : il aime le vin et en boit quelquefois avec excès ; mais que ses poésies sont belles ! Jugez-en vous-même, seigneur », continua-t-il en lui mettant entre les mains quelques poèmes. Ainsi, Li Po entra dans les bonnes grâces de l’empereur. Lisez la suite›

* En chinois 李白. Parfois transcrit Ly-pê, Li-pé, Li Peh, Li Bo, Li Bai ou Li Pai.

** p. 209.

*** Sima Cheng-chen (司馬承禎) est un des patriarches de l’école taoïste de la Pureté suprême (上清).

**** p. 19-20 & 24.

***** En chinois 賀知章. Parfois transcrit Ho-tché-tchang ou He Zhizhang.

****** De là, cette épithète de « tse hsien » (謫仙) ou « immortel banni (sur terre) », si souvent appliquée à Li Po.