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Chômin, «La Source des droits, “Kenri no minamoto” (1882)»

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 33-37

dans «Cent Ans de pen­sée au Japon. Tome II» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 33-37

Il s’agit de «La Source des droits» («Ken­ri no mina­mo­to»*) de Nakae Chô­min**, intel­lec­tuel japo­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Mei­ji (XIXe siècle), sur­nom­mé «le Rous­seau de l’Orient»***. Il per­dit son père, samou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. Envoyé à Naga­sa­ki, il y fit la ren­contre des pères Louis Furet et Ber­nard Petit­jean, venus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un ensei­gne­ment éton­nam­ment large, allant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie navale. Atti­ré par les idées de la Révo­lu­tion, cette «grande œuvre inouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la liber­té et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la poli­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie»****, Chô­min devint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les recom­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yoko­ha­ma ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tôkyô, à Paris et à Lyon. À son retour au Japon, en 1874, il fut char­gé de résu­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions juri­diques et poli­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment japo­nais hési­tait sur le modèle à suivre. Paral­lè­le­ment à ce tra­vail offi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand public le «Contrat social» de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une rédi­gée en japo­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le «Renon­cer à sa liber­té, c’est renon­cer à sa qua­li­té d’homme…» de Rous­seau devint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­gu­ré en 1881, qui allait avoir une audience extrê­me­ment impor­tante auprès des anciens samou­raïs : «Le Jour­nal de la liber­té en Orient» («Tôyô jiyû shim­bun»*****). Le futur pre­mier ministre, Saion­ji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le rédac­teur en chef. L’amitié des deux hommes remon­tait à leur séjour à Paris. Le jour­nal s’ouvrait par un article remar­quable, où Chô­min com­pa­rait le citoyen non libre «au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur natu­relle, et ne peut arri­ver à déve­lop­per plei­ne­ment toute la richesse de son feuillage»; tan­dis que le citoyen libre, pareil à une fleur des champs, «embaume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes accu­la le jour­nal à ces­ser sa paru­tion; mais Chô­min ne lâcha jamais le pin­ceau du com­bat.

* En japo­nais «権利の源». Haut

** En japo­nais 中江兆民. De son vrai nom Nakae Toku­suke, pour lequel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut

*** En japo­nais 東洋のルソー. Haut

**** Dans Shi­nya Ida, «La Révo­lu­tion fran­çaise vue par Nakaé Chô­min». Haut

***** En japo­nais «東洋自由新聞». Haut

Chômin, «Idées sur la société, “Shasetsu” (1881)»

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 27-31

dans «Cent Ans de pen­sée au Japon. Tome II» (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 27-31

Il s’agit d’«Idées sur la socié­té» («Sha­set­su»*) de Nakae Chô­min**, intel­lec­tuel japo­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Mei­ji (XIXe siècle), sur­nom­mé «le Rous­seau de l’Orient»***. Il per­dit son père, samou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. Envoyé à Naga­sa­ki, il y fit la ren­contre des pères Louis Furet et Ber­nard Petit­jean, venus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un ensei­gne­ment éton­nam­ment large, allant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie navale. Atti­ré par les idées de la Révo­lu­tion, cette «grande œuvre inouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la liber­té et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la poli­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie»****, Chô­min devint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les recom­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yoko­ha­ma ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tôkyô, à Paris et à Lyon. À son retour au Japon, en 1874, il fut char­gé de résu­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions juri­diques et poli­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment japo­nais hési­tait sur le modèle à suivre. Paral­lè­le­ment à ce tra­vail offi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand public le «Contrat social» de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une rédi­gée en japo­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le «Renon­cer à sa liber­té, c’est renon­cer à sa qua­li­té d’homme…» de Rous­seau devint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­gu­ré en 1881, qui allait avoir une audience extrê­me­ment impor­tante auprès des anciens samou­raïs : «Le Jour­nal de la liber­té en Orient» («Tôyô jiyû shim­bun»*****). Le futur pre­mier ministre, Saion­ji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le rédac­teur en chef. L’amitié des deux hommes remon­tait à leur séjour à Paris. Le jour­nal s’ouvrait par un article remar­quable, où Chô­min com­pa­rait le citoyen non libre «au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur natu­relle, et ne peut arri­ver à déve­lop­per plei­ne­ment toute la richesse de son feuillage»; tan­dis que le citoyen libre, pareil à une fleur des champs, «embaume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes accu­la le jour­nal à ces­ser sa paru­tion; mais Chô­min ne lâcha jamais le pin­ceau du com­bat.

* En japo­nais «社説». Haut

** En japo­nais 中江兆民. De son vrai nom Nakae Toku­suke, pour lequel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut

*** En japo­nais 東洋のルソー. Haut

**** Dans Shi­nya Ida, «La Révo­lu­tion fran­çaise vue par Nakaé Chô­min». Haut

***** En japo­nais «東洋自由新聞». Haut

Chômin, «Écrits sur Rousseau et les droits du peuple»

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Biblio­thèque chi­noise, Paris

Il s’agit de «Sur les droits du peuple» («Min­ken-ron»*) et autres œuvres de Nakae Chô­min**, intel­lec­tuel japo­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Mei­ji (XIXe siècle), sur­nom­mé «le Rous­seau de l’Orient»***. Il per­dit son père, samou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. Envoyé à Naga­sa­ki, il y fit la ren­contre des pères Louis Furet et Ber­nard Petit­jean, venus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un ensei­gne­ment éton­nam­ment large, allant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie navale. Atti­ré par les idées de la Révo­lu­tion, cette «grande œuvre inouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la liber­té et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la poli­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie»****, Chô­min devint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les recom­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yoko­ha­ma ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tôkyô, à Paris et à Lyon. À son retour au Japon, en 1874, il fut char­gé de résu­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions juri­diques et poli­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment japo­nais hési­tait sur le modèle à suivre. Paral­lè­le­ment à ce tra­vail offi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand public le «Contrat social» de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une rédi­gée en japo­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le «Renon­cer à sa liber­té, c’est renon­cer à sa qua­li­té d’homme…» de Rous­seau devint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­gu­ré en 1881, qui allait avoir une audience extrê­me­ment impor­tante auprès des anciens samou­raïs : «Le Jour­nal de la liber­té en Orient» («Tôyô jiyû shim­bun»*****). Le futur pre­mier ministre, Saion­ji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le rédac­teur en chef. L’amitié des deux hommes remon­tait à leur séjour à Paris. Le jour­nal s’ouvrait par un article remar­quable, où Chô­min com­pa­rait le citoyen non libre «au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur natu­relle, et ne peut arri­ver à déve­lop­per plei­ne­ment toute la richesse de son feuillage»; tan­dis que le citoyen libre, pareil à une fleur des champs, «embaume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes accu­la le jour­nal à ces­ser sa paru­tion; mais Chô­min ne lâcha jamais le pin­ceau du com­bat.

* En japo­nais «民権論». Haut

** En japo­nais 中江兆民. De son vrai nom Nakae Toku­suke, pour lequel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut

*** En japo­nais 東洋のルソー. Haut

**** Dans Shi­nya Ida, «La Révo­lu­tion fran­çaise vue par Nakaé Chô­min». Haut

***** En japo­nais «東洋自由新聞». Haut

Chômin, «Un An et demi • Un An et demi, suite»

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Non fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Non fic­tion, Paris

Il s’agit d’«Un An et demi» («Ichi­nen yûhan»*) et «Un An et demi, suite» («Zoku ichi­nen yûhan»**) de Nakae Chô­min***, intel­lec­tuel japo­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Mei­ji (XIXe siècle), sur­nom­mé «le Rous­seau de l’Orient»****. Il per­dit son père, samou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. Envoyé à Naga­sa­ki, il y fit la ren­contre des pères Louis Furet et Ber­nard Petit­jean, venus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un ensei­gne­ment éton­nam­ment large, allant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie navale. Atti­ré par les idées de la Révo­lu­tion, cette «grande œuvre inouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la liber­té et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la poli­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie»*****, Chô­min devint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les recom­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yoko­ha­ma ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tôkyô, à Paris et à Lyon. À son retour au Japon, en 1874, il fut char­gé de résu­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions juri­diques et poli­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment japo­nais hési­tait sur le modèle à suivre. Paral­lè­le­ment à ce tra­vail offi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand public le «Contrat social» de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une rédi­gée en japo­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le «Renon­cer à sa liber­té, c’est renon­cer à sa qua­li­té d’homme…» de Rous­seau devint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­gu­ré en 1881, qui allait avoir une audience extrê­me­ment impor­tante auprès des anciens samou­raïs : «Le Jour­nal de la liber­té en Orient» («Tôyô jiyû shim­bun»******). Le futur pre­mier ministre, Saion­ji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le rédac­teur en chef. L’amitié des deux hommes remon­tait à leur séjour à Paris. Le jour­nal s’ouvrait par un article remar­quable, où Chô­min com­pa­rait le citoyen non libre «au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur natu­relle, et ne peut arri­ver à déve­lop­per plei­ne­ment toute la richesse de son feuillage»; tan­dis que le citoyen libre, pareil à une fleur des champs, «embaume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes accu­la le jour­nal à ces­ser sa paru­tion; mais Chô­min ne lâcha jamais le pin­ceau du com­bat.

* En japo­nais «一年有半». Haut

** En japo­nais «続一年有半». Haut

*** En japo­nais 中江兆民. De son vrai nom Nakae Toku­suke, pour lequel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut

**** En japo­nais 東洋のルソー. Haut

***** Dans Shi­nya Ida, «La Révo­lu­tion fran­çaise vue par Nakaé Chô­min». Haut

****** En japo­nais «東洋自由新聞». Haut

Chômin, «Dialogues politiques entre trois ivrognes»

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), coll. Réseau Asie, Paris

éd. du Centre natio­nal de la recherche scien­ti­fique (CNRS), coll. Réseau Asie, Paris

Il s’agit de «Dia­logues poli­tiques entre trois ivrognes»*San­sui­jin kei­rin mon­dô»**) de Nakae Chô­min***, intel­lec­tuel japo­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Mei­ji (XIXe siècle), sur­nom­mé «le Rous­seau de l’Orient»****. Il per­dit son père, samou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. Envoyé à Naga­sa­ki, il y fit la ren­contre des pères Louis Furet et Ber­nard Petit­jean, venus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un ensei­gne­ment éton­nam­ment large, allant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie navale. Atti­ré par les idées de la Révo­lu­tion, cette «grande œuvre inouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la liber­té et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la poli­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie»*****, Chô­min devint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les recom­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yoko­ha­ma ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tôkyô, à Paris et à Lyon. À son retour au Japon, en 1874, il fut char­gé de résu­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions juri­diques et poli­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment japo­nais hési­tait sur le modèle à suivre. Paral­lè­le­ment à ce tra­vail offi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand public le «Contrat social» de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une rédi­gée en japo­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le «Renon­cer à sa liber­té, c’est renon­cer à sa qua­li­té d’homme…» de Rous­seau devint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­gu­ré en 1881, qui allait avoir une audience extrê­me­ment impor­tante auprès des anciens samou­raïs : «Le Jour­nal de la liber­té en Orient» («Tôyô jiyû shim­bun»******). Le futur pre­mier ministre, Saion­ji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le rédac­teur en chef. L’amitié des deux hommes remon­tait à leur séjour à Paris. Le jour­nal s’ouvrait par un article remar­quable, où Chô­min com­pa­rait le citoyen non libre «au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur natu­relle, et ne peut arri­ver à déve­lop­per plei­ne­ment toute la richesse de son feuillage»; tan­dis que le citoyen libre, pareil à une fleur des champs, «embaume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes accu­la le jour­nal à ces­ser sa paru­tion; mais Chô­min ne lâcha jamais le pin­ceau du com­bat.

* Par­fois tra­duit «Col­loque poli­tique de trois buveurs» ou «L’Entretien des trois buveurs sur le gou­ver­ne­ment de l’État». Haut

** En japo­nais «三酔人経綸問答». Haut

*** En japo­nais 中江兆民. De son vrai nom Nakae Toku­suke, pour lequel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut

**** En japo­nais 東洋のルソー. Haut

***** Dans Shi­nya Ida, «La Révo­lu­tion fran­çaise vue par Nakaé Chô­min». Haut

****** En japo­nais «東洋自由新聞». Haut

«Nguyễn Bỉnh Khiêm, porte-parole de la sagesse populaire : le “Bạch-vân am quốc-ngữ thi-tập”»

dans « Bulletin de la Société des études indochinoises », vol. 49, nº 4

dans «Bul­le­tin de la Socié­té des études indo­chi­noises», vol. 49, no 4

Il s’agit du «Recueil des poèmes en langue natio­nale de la Retraite des nuages blancs» («Bạch Vân quốc ngữ thi tập») de Nguyễn Bỉnh Khiêm* (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). L’époque où vécut Nguyễn Bỉnh Khiêm vit une guerre civile par­ta­ger le Viêt-nam en deux. L’usurpation du trône des Lê par les Mạc ame­na de longues décen­nies de troubles, au cours des­quelles s’opposèrent les par­ti­sans des deux dynas­ties. Ministre intègre et grand poète, Nguyễn Bỉnh Khiêm sut se main­te­nir au-des­sus de la mêlée. Sa pro­fonde culture, son mépris des hon­neurs, son amour du peuple, sa sagesse, sa répu­ta­tion de devin, enfin, en impo­saient à tous les clans poli­tiques, qui venaient le consul­ter dans son ermi­tage rus­tique, appe­lé Retraite des nuages blancs (Bạch Vân**). «Qui pour­suit les hon­neurs se sou­met à leurs chaînes; seule la vie dans la retraite pro­cure des joies mer­veilleuses», disait Nguyễn Bỉnh Khiêm (poème 9). Pré­fé­rant la libre insou­ciance, il se sen­tait étran­ger à tous les biens; gloire et richesse ne l’imprégnaient plus. Sa for­tune entière tenait dans ce coin de nature, dans cet ermi­tage loin de «la pous­sière rose du monde» (poème 55). Comme ser­vi­teurs, il ne lui res­tait que quelques «ran­gées d’orangers et de man­da­ri­niers» (poème 55); comme amis fidèles, que «les monts et les fleuves de chez nous» (poème 1); comme lampe allu­mée, que «la lune, à la porte» (poème 73). Lorsqu’il avait soif, il buvait le thé des col­lines, tout fumant de vapeur. Avait-il chaud? Il s’asseyait près de la fenêtre ouverte sur la véran­da. Ain­si s’écoulaient ses jours bien­heu­reux et légers. «Labou­rer pour man­ger, creu­ser pour boire, se conten­ter de son sort; quant aux affaires de ce monde, ne pas savoir si l’on en est aux Han, ou bien aux Ts’in» : telle fut sa devise (poème 55). Il lais­sa à sa mort de nom­breux poèmes en chi­nois clas­sique; mais c’est le «Recueil des poèmes en langue natio­nale de la Retraite des nuages blancs» qui a ren­du immor­tel le sou­ve­nir de cet homme qui a tout fait pour se faire oublier. «Poète qui fuit les abs­trac­tions, Nguyễn Bỉnh Khiêm est sur­tout le phi­lo­sophe de l’art de vivre, non certes de l’opportunisme, ni même du désir de tran­quilli­té à tout prix, mais d’un cer­tain “ins­tinct du bon­heur” fon­dé sur la sagesse, le res­pect et l’amour d’autrui, la vie en com­mu­nion avec la nature… Comme Nguyễn Trãi, il était un adepte du [zen]. Mais, tan­dis que Nguyễn Trãi pui­sait dans la médi­ta­tion des forces pour l’action, Nguyễn Bỉnh Khiêm, lui, contem­plait en spec­ta­teur les évé­ne­ments exté­rieurs, aspi­rant seule­ment à jouer le rôle d’observateur, [ou] tout au plus, celui de conseiller»

* Éga­le­ment connu sous le sur­nom de Trạng Trình («le pre­mier doc­teur Trình»). Haut

** Nom emprun­té à «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu : «En temps de paix, le saint prend part à la pros­pé­ri­té de tous; en temps de trouble, il cultive sa ver­tu et se retire dans l’oisiveté. Au bout de mille ans, fati­gué de ce monde, il le quitte, monte vers le ciel, che­vauche les nuages blancs». Haut

Yi Hwang, «Étude de la sagesse en dix diagrammes»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Confu­cia­nisme, Paris

Il s’agit de Yi Hwang*, un des néo-confu­cia­nistes les plus connus de la Corée; celui, en tout cas, qui contri­bua le plus à implan­ter dans ce pays, d’une manière par­fois doc­tri­naire et intran­si­geante, l’école chi­noise de Zhu Xi**. Pen­dant la pre­mière moi­tié de sa vie, Yi Hwang fit car­rière de fonc­tion­naire let­tré, et après plu­sieurs pro­mo­tions, il acquit une répu­ta­tion d’intégrité et de cou­rage. Mais son inté­rêt était ailleurs que dans la vie active, et comme en 1543 apr. J.-C. il était tom­bé malade, il ache­ta les «Œuvres com­plètes» de Zhu Xi, dont il ne connais­sait pas encore le conte­nu, et il déci­da de se construire à T’oegye*** un petit ermi­tage et de se consa­crer à leur lec­ture. «Jour après jour je fer­mais ma porte, m’asseyais cal­me­ment et lisais les livres. Je réa­li­sai peu à peu com­bien le conte­nu en était savou­reux et com­bien leur sens n’avait pas de limites. Par ailleurs, j’éprouvais beau­coup d’émotions à la lec­ture des lettres», raconte-t-il****. Et ailleurs : «Ah! si seule­ment, dans ma jeu­nesse, je m’étais fer­me­ment déci­dé à vivre dans les endroits recu­lés, en construi­sant une hutte et en me consa­crant à étu­dier et à remé­dier aux défi­ciences de ma culture spi­ri­tuelle, j’aurais gagné trois décen­nies, ma san­té se serait amé­lio­rée, mon étude aurait por­té des fruits et aujourd’hui toutes les créa­tures ter­restres me rem­pli­raient de joie! Com­ment n’ai-je pas pu com­prendre cela…?»***** Cette seconde par­tie de sa vie, dévouée à l’étude, fut ponc­tuée de nom­breuses publi­ca­tions, où Yi Hwang sui­vit, jusque dans les plus minu­tieux détails, les ensei­gne­ments de Zhu Xi. Il faut avouer qu’il n’y offrait pas tou­jours la lar­geur d’esprit et l’accent propre et autoch­tone qui carac­té­ri­saient son grand contem­po­rain Yul­gok. Sa logique était claire et péné­trante, mais en ce qui concer­nait les ensei­gne­ments de Zhu Xi, il ne fai­sait aucun com­pro­mis, les éri­geant en stricte ortho­doxie. «Les résul­tats furent dévas­ta­teurs. La ver­sion de Yi Hwang du néo-confu­cia­nisme de Zhu Xi — idéo­lo­gie domi­nante de la Corée Chosŏn, à la fin du XVIe siècle — était par essence une doc­trine into­lé­rante. Ses adeptes furent par­ti­cu­liè­re­ment rapides à reje­ter et à sup­pri­mer les autres ensei­gne­ments… Cela abou­tit, à la fin, à la réduc­tion du monde à un “concept unique” et à la pré­oc­cu­pa­tion crois­sante de l’idéologie cor­recte, récom­pen­sant la sco­las­tique la plus aride ou bien l’orthodoxie.»

* En coréen 이황. Haut

** En chi­nois 朱熹. Autre­fois trans­crit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Éga­le­ment connu sous le titre hono­ri­fique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire «Zhu, prince de la lit­té­ra­ture». Autre­fois trans­crit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut

*** En coréen 퇴계. Haut

**** Dans Phi­lippe Thié­bault, «La Pen­sée coréenne», p. 136. Haut

***** Dans Tcho Hye-young, «Pré­face à l’“Étude de la sagesse en dix dia­grammes”», p. 15. Haut

Yulgok, «Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens»

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Biblio­thèque chi­noise, Paris

Il s’agit des «Prin­cipes essen­tiels pour édu­quer les jeunes gens» («Kyŏng­mong yogyŏl»*, lit­té­ra­le­ment «Prin­cipes essen­tiels pour repous­ser l’ignorance juvé­nile»), ouvrage qui appar­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok***la Val­lée des châ­tai­gniers»), aurait pu pour­suivre une exis­tence de moine; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre médi­ta­tion, il se reti­ra dans un monas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san*****). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : «Alors que je visi­tais [un des monts], je péné­trais seul un jour, durant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y décou­vris un petit ermi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était assis dans une posi­tion cor­recte, me regar­dant, sans dire un mot et sans se lever. Fure­tant par­tout dans l’ermitage, je ne remar­quai aucun objet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­pa­ré de repas depuis plu­sieurs jours»******. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie reti­rée et soli­taire aurait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui appor­ter un bon­heur com­plet; elle aurait consis­té à négli­ger ses devoirs envers la socié­té laïque, si lourds soient-ils. «Je n’ai pas encore ache­vé mes rela­tions avec le monde», dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et coréennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il déci­da d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays selon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Regar­dé dans son pays comme le modèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois ministre. Poli­ti­cien enga­gé et grand mora­liste, il lais­sa der­rière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des esprits et le déve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : «Sans étude, nul homme ne pour­rait deve­nir humain», dit-il dans une célèbre phrase********. Par «étude», Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : «Il suf­fit», pré­cise-t-il, «de se conduire à tout moment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère atten­tion­né, en jeune homme res­pec­tueux des aînés ou en ami de confiance.» Dans notre monde actuel où l’on ne com­prend plus que l’étude réside dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un admi­rable sou­tien.

* En coréen «격몽요결», en chi­nois «擊蒙要訣». Haut

** En coréen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chi­nois 栗谷. Autre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Phi­lippe Thié­bault, «La Pen­sée coréenne», p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** «Prin­cipes essen­tiels pour édu­quer les jeunes gens», p. 7. Haut

Yulgok, «Anthologie de la sagesse extrême-orientale»

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pen­sée, Géme­nos

Il s’agit de l’«Antho­lo­gie de la sagesse extrême-orien­tale» («Sŏn­ghak chi­pyo»*, lit­té­ra­le­ment «Recueil essen­tiel de l’étude de la sagesse»), ouvrage qui appar­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok***la Val­lée des châ­tai­gniers»), aurait pu pour­suivre une exis­tence de moine; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre médi­ta­tion, il se reti­ra dans un monas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san*****). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : «Alors que je visi­tais [un des monts], je péné­trais seul un jour, durant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y décou­vris un petit ermi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était assis dans une posi­tion cor­recte, me regar­dant, sans dire un mot et sans se lever. Fure­tant par­tout dans l’ermitage, je ne remar­quai aucun objet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­pa­ré de repas depuis plu­sieurs jours»******. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie reti­rée et soli­taire aurait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui appor­ter un bon­heur com­plet; elle aurait consis­té à négli­ger ses devoirs envers la socié­té laïque, si lourds soient-ils. «Je n’ai pas encore ache­vé mes rela­tions avec le monde», dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et coréennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il déci­da d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays selon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Regar­dé dans son pays comme le modèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois ministre. Poli­ti­cien enga­gé et grand mora­liste, il lais­sa der­rière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des esprits et le déve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : «Sans étude, nul homme ne pour­rait deve­nir humain», dit-il dans une célèbre phrase********. Par «étude», Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : «Il suf­fit», pré­cise-t-il, «de se conduire à tout moment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère atten­tion­né, en jeune homme res­pec­tueux des aînés ou en ami de confiance.» Dans notre monde actuel où l’on ne com­prend plus que l’étude réside dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un admi­rable sou­tien.

* En coréen «성학집요», en chi­nois «聖學輯要». Par­fois trans­crit «Song-hak tchi-pyo» ou «Seon­ghak jibyo». Haut

** En coréen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chi­nois 栗谷. Autre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Phi­lippe Thié­bault, «La Pen­sée coréenne», p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** «Prin­cipes essen­tiels pour édu­quer les jeunes gens», p. 7. Haut

Wang Su, «Les Entretiens familiers de Confucius, “Kong-tze Kia-yu”»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Kong-tze Kia-yu»*Entre­tiens fami­liers de Confu­cius»**), espèce de sup­plé­ment aux «Entre­tiens de Confu­cius». Il n’est peut-être pas inutile de rap­pe­ler que Confu­cius, sui­vant l’usage de son temps, avait tou­jours à sa suite quelques-uns de ses dis­ciples, même lorsqu’il était admis en pré­sence d’un roi ou d’un prince. C’est au soin que ces dis­ciples ont eu de trans­mettre par écrit ce qu’ils avaient vu et enten­du de la part de leur maître, qu’on est rede­vable de ce que l’on sait de sa vie pri­vée. Le détail en fut consi­gné, peu de temps après sa mort, dans le fameux livre des «Entre­tiens de Confu­cius». Mais comme ce livre ne ren­fer­mait pas tout, on y sup­pléa dans la suite en recueillant tout ce qui avait été reje­té des grandes édi­tions et tout ce qu’on put trou­ver d’un peu inté­res­sant dans les mémoires des pre­miers dis­ciples ou leurs des­cen­dants. On don­na à ce sup­plé­ment le titre de «Kia-yu». Ce livre, comme tant d’autres, fut per­du dans l’incendie géné­ral des livres chi­nois ordon­né en 213 av. J.-C par Tsin-chi-hoang-ti — acte de bar­ba­rie qui mérite une malé­dic­tion aus­si éter­nelle que la perte de la biblio­thèque d’Alexandrie. L’ordre fut exé­cu­té avec la plus grande cruau­té. Les lamen­ta­tions, les pleurs mêmes que cette des­truc­tion arra­cha à de nom­breux let­trés, en firent périr plus de quatre cents dans les flammes et atti­rèrent sur les autres une pros­crip­tion impé­riale. Avec le temps, le «Kia-yu» repa­rut, mais tron­qué, muti­lé, presque informe. Ce ne fut que quatre siècles plus tard, vers 240 apr. J.-C., qu’un let­tré, Wang Su***, en repro­dui­sit une par­tie, tron­quée elle-même, et y amal­ga­ma d’autres par­ties, pui­sées à d’autres sources. «Com­ment s’opéra cette trans­for­ma­tion? On l’ignore. [Mais] comme le nou­veau texte [de Wang Su] était accom­pa­gné d’un com­men­taire, et que l’ancien n’existait pro­ba­ble­ment qu’en très petit nombre d’exemplaires, le pre­mier eut bien­tôt sup­plan­té com­plè­te­ment l’autre qui tom­ba dans l’oubli», explique mon­sei­gneur Charles de Har­lez****. Il résulte de là que le «Kia-yu», dans l’état où il se trouve aujourd’hui, n’a pas l’autorité des autres écrits confu­céens, bien que le fond en soit bon.

* En chi­nois «孔子家語». Par­fois trans­crit «Koung-tsée Kia-yu», «K’ong-tseu Kia-yu», «Confu­cius Kia-iü», «K’ung tzŭ Chia yü», «Kung­futse Gia yü» ou «Kong­zi Jiayu». Haut

** Par­fois tra­duit «Pro­pos fami­liers de Confu­cius». Haut

*** En chi­nois 王肅. Par­fois trans­crit Vang-sou ou Wang Sou. Haut

**** p. 2. Haut

«Le Livre de phrases de trois mots, “San-tseu-king”»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Livre de phrases de trois mots»*San zi jing»**), manuel d’enseignement élé­men­taire (XIIIe siècle apr. J.-C.) que les maîtres ou les parents met­taient entre les mains des débu­tants, pour qu’il fût appris par cœur, rete­nu et réci­té. Le texte, comme le titre l’indique, était dis­po­sé par phrases de trois mots ou de trois carac­tères, de telle sorte qu’il offrait le pré­cieux avan­tage de consti­tuer une intro­duc­tion idéale à la lec­ture du chi­nois clas­sique, en même temps que le résu­mé des connais­sances qui for­maient la base de l’éducation confu­céenne. «À l’origine de l’homme, sa nature est radi­ca­le­ment bonne; la nature rap­proche les hommes, mais leur conduite les éloigne». Tel était le début du «Livre de phrases de trois mots»***. La suite trai­tait de l’importance des devoirs, des trois grands pou­voirs, des quatre sai­sons, des cinq ver­tus constantes, des six espèces de grains, des sept pas­sions, des huit notes de musique, des neuf degrés de paren­té, des dix devoirs rela­tifs, de l’histoire géné­rale et de la suc­ces­sion des dynas­ties impé­riales; le tout com­plé­té par des remarques sur l’importance de l’étude. Pen­dant sept siècles et jusqu’à la Révo­lu­tion cultu­relle, ce fut le livre le plus répan­du dans les écoles pri­maires de l’Asie orien­tale : «Ce fut en réa­li­té», dit un com­men­ta­teur****, «comme un radeau que, dans les com­men­ce­ments de leurs études, les jeunes gens qui cher­chaient à s’instruire pou­vaient employer pour arri­ver à atteindre les sources pro­fondes de l’étude de l’Antiquité». Son influence fut immense, et plu­sieurs de ses phrases de trois mots sont pas­sées en locu­tions pro­ver­biales dans l’usage cou­rant : «C’est un livre d’une morale irré­pro­chable», dit Marie-René Rous­sel, mar­quis de Cour­cy*****, «mais d’une par­faite ari­di­té, pro­cé­dant par sen­tences brèves, affir­ma­tives, heur­tées… La plu­part de [ses] notions dépassent de beau­coup l’intelligence de l’enfant. Aus­si, répète-t-il d’abord le “San zi jing” uni­que­ment comme il répé­te­rait un syl­la­baire, sans com­prendre les signes qu’il lit, ni les sons qu’il émet. Quand, après deux années d’un labeur assi­du, il énonce sans hési­ta­tion tous les carac­tères du clas­sique tri­mé­trique, avec les into­na­tions vou­lues, et les retrace élé­gam­ment à l’aide du pin­ceau, son maître com­mence à lui en expli­quer la signi­fi­ca­tion; et dès que son intel­li­gence peut la sai­sir, il place sous ses yeux d’autres ouvrages, comme “Le Livre des mille mots” où il retrouve les mêmes mots et fait connais­sance avec de nou­veaux signes».

* Par­fois tra­duit «Clas­sique tri­mé­trique» ou «Le Livre clas­sique des trois carac­tères». Haut

** En chi­nois «三字經». Autre­fois trans­crit «San tzu ching», «San-tsi-king», «San-tsze-king», «San-tse-king», «San-ze-king» ou «San-tseu-king». Haut

*** À rap­pro­cher du grand prin­cipe de Rous­seau «que la nature a fait l’homme heu­reux et bon, mais que la socié­té le déprave», etc. Haut

**** Wang Jin­sheng (王晉升). Haut

***** «L’Empire du Milieu». Haut

«Printemps et Automnes de Lü Buwei»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Confu­cia­nisme, Paris

Il s’agit des «Prin­temps et Automnes du sieur Lü»*Lüshi chun­qiu»**). Ce n’est pas un ouvrage his­to­rique comme son titre pour­rait le faire croire («Prin­temps et Automnes» signi­fiant «Année» ou «Annales» en chi­nois), mais une col­lec­tion d’essais phi­lo­so­phiques rédi­gés pour le compte du sieur Lü (IIIe siècle av. J.-C.) et clas­sés sous les rubriques des douze mois de l’année. D’abord très riche mar­chand, puis pre­mier ministre, le sieur Lü, de son nom com­plet Lü Buwei***, est une sorte de Maza­rin chi­nois. Il exer­ça la régence pen­dant la mino­ri­té du jeune prince qui devait être un jour Empe­reur; d’aucuns veulent même qu’il en ait été le père natu­rel, en rai­son de son rap­port intime avec l’Impératrice. Sans être un lit­té­ra­teur, il savait soi­gner sa répu­ta­tion et il entre­te­nait autour de lui une Cour de trois mille phi­lo­sophes et écri­vains habiles; il leur fit mettre en ordre ce qu’ils avaient enten­du dire ou disaient eux-mêmes, et c’est là les «Prin­temps et Automnes du sieur Lü». «La tra­di­tion veut que trois mille let­trés eussent ain­si été ras­sem­blés, héber­gés, entre­te­nus [par lui], avec toutes les com­mo­di­tés de tra­vail que cela implique, plu­sieurs années durant», explique M. Ivan Kame­na­ro­vić****. «Quand bien même ce chiffre serait fort exa­gé­ré, il n’empêche que le résul­tat éton­nant auquel cette entre­prise a per­mis d’aboutir est à lui seul le sym­bole et l’expression d’un moment capi­tal de l’histoire de la pen­sée chi­noise.» Une anec­dote célèbre veut que, l’ouvrage ter­mi­né, le sieur Lü l’ait fait pla­cer à la porte du mar­ché de Xia­nyang*****, la capi­tale des Qin, et sus­pendre au-des­sus une grosse somme d’or, pro­mise à qui­conque trou­ve­rait un seul mot à chan­ger dans le texte; per­sonne n’osa se pré­sen­ter. Pour­tant, bien des défauts auraient pu être rele­vés dans cette com­pi­la­tion éru­dite et terne.

* À ne pas confondre avec la chro­nique des «Prin­temps et Automnes» rela­tant l’histoire de Lu, patrie de Confu­cius. Haut

** En chi­nois «呂氏春秋». Autre­fois trans­crit «Lu-chi tchun-tsieou», «Liu-cheu tch’oen-ts’ieou», «Liu-che tch’ouen-ts’ieou» ou «Lü shih ch’un-ch’iu». Haut

*** En chi­nois 呂不韋. Autre­fois trans­crit Lu-pou-ouei, Lu-pou-ouey, Lu Pou-wei, Liu Pou-wei, Lü Pu-wei ou Lü Bu We. Haut

**** p. 24. Haut

***** En chi­nois 咸陽. Par­fois trans­crit Hian yang, Sie­nyang, Hien-yang ou Hsien-yang. Haut

«“Tchoung ioung”, L’Invariable Milieu»

dans « Les Quatre Livres » (XIXᵉ siècle), p. 27-67

dans «Les Quatre Livres» (XIXe siècle), p. 27-67

Il s’agit de «L’Invariable Milieu» («Zhon­gyong»*), ouvrage jadis attri­bué au petit-fils de Confu­cius, Zi Si**. Sans aller jusqu’à consi­dé­rer Zi Si comme l’auteur, ain­si que le vou­lait la tra­di­tion, les his­to­riens d’aujourd’hui lui en attri­buent le noyau. Le but de l’ouvrage est de prou­ver qu’il faut suivre en tout la voie du milieu, terme par lequel on désigne, en chi­nois comme dans presque toutes les langues, la tem­pé­rance, la modé­ra­tion. En effet, le carac­tère «zhong» signi­fie «milieu», et «yong» — «ordi­naire, médiocre»; c’est donc le juste milieu ou la médio­cri­té d’or, c’est-à-dire la per­sé­vé­rance dans une voie droite éga­le­ment éloi­gnée des extrêmes. Quand il ne s’élève dans l’âme aucun excès de joie, de colère, de tris­tesse ou de plai­sir, on dit que cette âme a atteint l’invariable milieu, parce qu’elle est en équi­libre et n’incline d’aucun côté. Quand ces sen­ti­ments ne dépassent pas la mesure, on dit qu’ils sont en har­mo­nie. L’harmonie est le fon­de­ment géné­ral de tout ce qui se fait dans l’univers. Cha­cun sait la trou­ver; mais per­sonne n’y peut per­sé­vé­rer l’espace d’un mois : «Les per­sonnes les plus igno­rantes, hommes ou femmes, peuvent arri­ver à la connaître», dit Confu­cius***, «mais les plus grands sages eux-mêmes ne la connaissent pas dans toute son éten­due. [Elle] se trouve, quant à ses pre­miers prin­cipes, dans le cœur des per­sonnes les plus vul­gaires. Ses limites extrêmes atteignent celles du ciel et de la terre».

* En chi­nois «中庸». Autre­fois trans­crit «Chum yum», «Chung yung», «Tchong-yong», «Tchung-yung», «Tchoung-joung», «Tchoung ioung» ou «Tchoûng yoûng». Haut

** En chi­nois 子思. Autre­fois trans­crit Tsu Su, Tseu Sseu, Tseù-ssê ou Tzeu Seu. Haut

*** p. 7-8. Haut