Mot-clefconfucianisme

su­jet

Chômin, « La Source des droits, “Kenri no minamoto” (1882) »

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 33-37

dans « Cent Ans de pen­sée au Ja­pon. Tome II » (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 33-37

Il s’agit de « La Source des droits » (« Kenri no mi­na­moto »1) de Na­kae Chô­min2, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »3. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »4, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »5). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 権利の源 ». Haut
  2. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  3. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  1. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  2. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Idées sur la société, “Shasetsu” (1881) »

dans « Cent Ans de pensée au Japon. Tome II » (éd. Ph. Picquier, Arles), p. 27-31

dans « Cent Ans de pen­sée au Ja­pon. Tome II » (éd. Ph. Pic­quier, Arles), p. 27-31

Il s’agit d’« Idées sur la so­ciété » (« Sha­setsu »1) de Na­kae Chô­min2, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »3. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »4, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »5). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 社説 ». Haut
  2. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  3. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  1. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  2. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Écrits sur Rousseau et les droits du peuple »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit de « Sur les droits du peuple » (« Min­ken-ron »1) et autres œuvres de Na­kae Chô­min2, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »3. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »4, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »5). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 民権論 ». Haut
  2. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  3. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  1. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  2. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Un An et demi • Un An et demi, suite »

éd. Les Belles Lettres, coll. Japon-Série Non fiction, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Ja­pon-Sé­rie Non fic­tion, Pa­ris

Il s’agit d’« Un An et demi » (« Ichi­nen yû­han »1) et « Un An et demi, suite » (« Zoku ichi­nen yû­han »2) de Na­kae Chô­min3, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »4. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »5, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »6). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. En ja­po­nais « 一年有半 ». Haut
  2. En ja­po­nais « 続一年有半 ». Haut
  3. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  1. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  2. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  3. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

Chômin, « Dialogues politiques entre trois ivrognes »

éd. du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), coll. Réseau Asie, Paris

éd. du Centre na­tio­nal de la re­cherche scien­ti­fique (CNRS), coll. Ré­seau Asie, Pa­ris

Il s’agit de « Dia­logues po­li­tiques entre trois ivrognes »1 (« San­sui­jin kei­rin mondô »2) de Na­kae Chô­min3, in­tel­lec­tuel ja­po­nais, chef de file des études fran­çaises sous l’ère Meiji (XIXe siècle), sur­nommé « le Rous­seau de l’Orient »4. Il per­dit son père, sa­mou­raï du plus bas rang, à l’âge de quinze ans. En­voyé à Na­ga­saki, il y fit la ren­contre des pères Louis Fu­ret et Ber­nard Pe­tit­jean, ve­nus dis­pen­ser dans cette ville por­tuaire un en­sei­gne­ment éton­nam­ment large, al­lant de la gram­maire fran­çaise à l’artillerie na­vale. At­tiré par les idées de la Ré­vo­lu­tion, cette « grande œuvre in­ouïe dans l’Histoire qui fit briller avec éclat les causes de la li­berté et de l’égalité, et qui… réus­sit, pour la pre­mière fois, à fon­der la po­li­tique sur les prin­cipes de la phi­lo­so­phie »5, Chô­min de­vint leur élève pen­dant deux ans. C’est sans doute sur les re­com­man­da­tions des saints pères qu’il par­tit pour Yo­ko­hama ser­vir d’interprète à l’ambassadeur de France, Léon Roches, avant de pour­suivre ses études à Tô­kyô, à Pa­ris et à Lyon. À son re­tour au Ja­pon, en 1874, il fut chargé de ré­su­mer des textes sur les ins­ti­tu­tions ju­ri­diques et po­li­tiques de la France, à l’heure où le jeune gou­ver­ne­ment ja­po­nais hé­si­tait sur le mo­dèle à suivre. Pa­ral­lè­le­ment à ce tra­vail of­fi­ciel, il tra­dui­sit pour le grand pu­blic le « Contrat so­cial » de Rous­seau, dont il fit même deux ver­sions : l’une ré­di­gée en ja­po­nais cou­rant et des­ti­née à être pas­sée de main en main, et l’autre en chi­nois clas­sique, langue des let­trés. Le « Re­non­cer à sa li­berté, c’est re­non­cer à sa qua­lité d’homme… » de Rous­seau de­vint le leit­mo­tiv d’un jour­nal inau­guré en 1881, qui al­lait avoir une au­dience ex­trê­me­ment im­por­tante au­près des an­ciens sa­mou­raïs : « Le Jour­nal de la li­berté en Orient » (« Tôyô jiyû shim­bun »6). Le fu­tur pre­mier mi­nistre, Saionji Kin­mo­chi, en était le fon­da­teur, et Chô­min — le ré­dac­teur en chef. L’amitié des deux hommes re­mon­tait à leur sé­jour à Pa­ris. Le jour­nal s’ouvrait par un ar­ticle re­mar­quable, où Chô­min com­pa­rait le ci­toyen non libre « au bon­saï ou à la fleur éle­vée sous serre qui perd son par­fum et sa cou­leur na­tu­relle, et ne peut ar­ri­ver à dé­ve­lop­per plei­ne­ment toute la ri­chesse de son feuillage » ; tan­dis que le ci­toyen libre, pa­reil à une fleur des champs, « em­baume de tout son par­fum et prend une cou­leur d’un vert sombre et pro­fond ». Un mois après, la condam­na­tion à des peines de pri­son de plu­sieurs jour­na­listes ac­cula le jour­nal à ces­ser sa pa­ru­tion ; mais Chô­min ne lâ­cha ja­mais le pin­ceau du com­bat.

  1. Par­fois tra­duit « Col­loque po­li­tique de trois bu­veurs » ou « L’Entretien des trois bu­veurs sur le gou­ver­ne­ment de l’État ». Haut
  2. En ja­po­nais « 三酔人経綸問答 ». Haut
  3. En ja­po­nais 中江兆民. De son vrai nom Na­kae To­ku­suke, pour le­quel on trouve deux gra­phies : 篤助 et 篤介. Haut
  1. En ja­po­nais 東洋のルソー. Haut
  2. Dans Shi­nya Ida, « La Ré­vo­lu­tion fran­çaise vue par Na­kaé Chô­min ». Haut
  3. En ja­po­nais « 東洋自由新聞 ». Haut

« Nguyễn Bỉnh Khiêm, porte-parole de la sagesse populaire : le “Bạch-vân am quốc-ngữ thi-tập” »

dans « Bulletin de la Société des études indochinoises », vol. 49, nº 4

dans « Bul­le­tin de la So­ciété des études in­do­chi­noises », vol. 49, no 4

Il s’agit du « Re­cueil des poèmes en langue na­tio­nale de la Re­traite des nuages blancs » (« Bạch Vân quốc ngữ thi tập ») de Nguyễn Bỉnh Khiêm1 (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). L’époque où vé­cut Nguyễn Bỉnh Khiêm vit une guerre ci­vile par­ta­ger le Viêt-nam en deux. L’usurpation du trône des Lê par les Mạc amena de longues dé­cen­nies de troubles, au cours des­quelles s’opposèrent les par­ti­sans des deux dy­nas­ties. Mi­nistre in­tègre et grand poète, Nguyễn Bỉnh Khiêm sut se main­te­nir au-des­sus de la mê­lée. Sa pro­fonde culture, son mé­pris des hon­neurs, son amour du peuple, sa sa­gesse, sa ré­pu­ta­tion de de­vin, en­fin, en im­po­saient à tous les clans po­li­tiques, qui ve­naient le consul­ter dans son er­mi­tage rus­tique, ap­pelé Re­traite des nuages blancs (Bạch Vân2). « Qui pour­suit les hon­neurs se sou­met à leurs chaînes ; seule la vie dans la re­traite pro­cure des joies mer­veilleuses », di­sait Nguyễn Bỉnh Khiêm (poème 9). Pré­fé­rant la libre in­sou­ciance, il se sen­tait étran­ger à tous les biens ; gloire et ri­chesse ne l’imprégnaient plus. Sa for­tune en­tière te­nait dans ce coin de na­ture, dans cet er­mi­tage loin de « la pous­sière rose du monde » (poème 55). Comme ser­vi­teurs, il ne lui res­tait que quelques « ran­gées d’orangers et de man­da­ri­niers » (poème 55) ; comme amis fi­dèles, que « les monts et les fleuves de chez nous » (poème 1) ; comme lampe al­lu­mée, que « la lune, à la porte » (poème 73). Lorsqu’il avait soif, il bu­vait le thé des col­lines, tout fu­mant de va­peur. Avait-il chaud ? Il s’asseyait près de la fe­nêtre ou­verte sur la vé­randa. Ainsi s’écoulaient ses jours bien­heu­reux et lé­gers. « La­bou­rer pour man­ger, creu­ser pour boire, se conten­ter de son sort ; quant aux af­faires de ce monde, ne pas sa­voir si l’on en est aux Han, ou bien aux Ts’in » : telle fut sa de­vise (poème 55). Il laissa à sa mort de nom­breux poèmes en chi­nois clas­sique ; mais c’est le « Re­cueil des poèmes en langue na­tio­nale de la Re­traite des nuages blancs » qui a rendu im­mor­tel le sou­ve­nir de cet homme qui a tout fait pour se faire ou­blier. « Poète qui fuit les abs­trac­tions, Nguyễn Bỉnh Khiêm est sur­tout le phi­lo­sophe de l’art de vivre, non certes de l’opportunisme, ni même du dé­sir de tran­quillité à tout prix, mais d’un cer­tain “ins­tinct du bon­heur” fondé sur la sa­gesse, le res­pect et l’amour d’autrui, la vie en com­mu­nion avec la na­ture… Comme Nguyễn Trãi, il était un adepte du [zen]. Mais, tan­dis que Nguyễn Trãi pui­sait dans la mé­di­ta­tion des forces pour l’action, Nguyễn Bỉnh Khiêm, lui, contem­plait en spec­ta­teur les évé­ne­ments ex­té­rieurs, as­pi­rant seule­ment à jouer le rôle d’observateur, [ou] tout au plus, ce­lui de conseiller »

  1. Éga­le­ment connu sous le sur­nom de Trạng Trình (« le pre­mier doc­teur Trình »). Haut
  1. Nom em­prunté à « L’Œuvre com­plète » de Tchouang-tseu : « En temps de paix, le saint prend part à la pros­pé­rité de tous ; en temps de trouble, il cultive sa vertu et se re­tire dans l’oisiveté. Au bout de mille ans, fa­ti­gué de ce monde, il le quitte, monte vers le ciel, che­vauche les nuages blancs ». Haut

Yi Hwang, « Étude de la sagesse en dix diagrammes »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Pa­tri­moines-Confu­cia­nisme, Pa­ris

Il s’agit de Yi Hwang1, un des néo-confu­cia­nistes les plus connus de la Co­rée ; ce­lui, en tout cas, qui contri­bua le plus à im­plan­ter dans ce pays, d’une ma­nière par­fois doc­tri­naire et in­tran­si­geante, l’école chi­noise de Zhu Xi2. Pen­dant la pre­mière moi­tié de sa vie, Yi Hwang fit car­rière de fonc­tion­naire let­tré, et après plu­sieurs pro­mo­tions, il ac­quit une ré­pu­ta­tion d’intégrité et de cou­rage. Mais son in­té­rêt était ailleurs que dans la vie ac­tive, et comme en 1543 apr. J.-C. il était tombé ma­lade, il acheta les « Œuvres com­plètes » de Zhu Xi, dont il ne connais­sait pas en­core le contenu, et il dé­cida de se construire à T’oegye3 un pe­tit er­mi­tage et de se consa­crer à leur lec­ture. « Jour après jour je fer­mais ma porte, m’asseyais cal­me­ment et li­sais les livres. Je réa­li­sai peu à peu com­bien le contenu en était sa­vou­reux et com­bien leur sens n’avait pas de li­mites. Par ailleurs, j’éprouvais beau­coup d’émotions à la lec­ture des lettres », ra­conte-t-il4. Et ailleurs : « Ah ! si seule­ment, dans ma jeu­nesse, je m’étais fer­me­ment dé­cidé à vivre dans les en­droits re­cu­lés, en construi­sant une hutte et en me consa­crant à étu­dier et à re­mé­dier aux dé­fi­ciences de ma culture spi­ri­tuelle, j’aurais ga­gné trois dé­cen­nies, ma santé se se­rait amé­lio­rée, mon étude au­rait porté des fruits et aujourd’hui toutes les créa­tures ter­restres me rem­pli­raient de joie ! Com­ment n’ai-je pas pu com­prendre cela… ? »5 Cette se­conde par­tie de sa vie, dé­vouée à l’étude, fut ponc­tuée de nom­breuses pu­bli­ca­tions, où Yi Hwang sui­vit, jusque dans les plus mi­nu­tieux dé­tails, les en­sei­gne­ments de Zhu Xi. Il faut avouer qu’il n’y of­frait pas tou­jours la lar­geur d’esprit et l’accent propre et au­toch­tone qui ca­rac­té­ri­saient son grand contem­po­rain Yul­gok. Sa lo­gique était claire et pé­né­trante, mais en ce qui concer­nait les en­sei­gne­ments de Zhu Xi, il ne fai­sait au­cun com­pro­mis, les éri­geant en stricte or­tho­doxie. « Les ré­sul­tats furent dé­vas­ta­teurs. La ver­sion de Yi Hwang du néo-confu­cia­nisme de Zhu Xi — idéo­lo­gie do­mi­nante de la Co­rée Chosŏn, à la fin du XVIe siècle — était par es­sence une doc­trine in­to­lé­rante. Ses adeptes furent par­ti­cu­liè­re­ment ra­pides à re­je­ter et à sup­pri­mer les autres en­sei­gne­ments… Cela abou­tit, à la fin, à la ré­duc­tion du monde à un “concept unique” et à la pré­oc­cu­pa­tion crois­sante de l’idéologie cor­recte, ré­com­pen­sant la sco­las­tique la plus aride ou bien l’orthodoxie. »

  1. En co­réen 이황. Haut
  2. En chi­nois 朱熹. Au­tre­fois trans­crit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Éga­le­ment connu sous le titre ho­no­ri­fique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la lit­té­ra­ture ». Au­tre­fois trans­crit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut
  3. En co­réen 퇴계. Haut
  1. Dans Phi­lippe Thié­bault, « La Pen­sée co­réenne », p. 136. Haut
  2. Dans Tcho Hye-young, « Pré­face à l’“Étude de la sa­gesse en dix dia­grammes” », p. 15. Haut

Yulgok, « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit des « Prin­cipes es­sen­tiels pour édu­quer les jeunes gens » (« Kyŏng­mong yo­gyŏl »1, lit­té­ra­le­ment « Prin­cipes es­sen­tiels pour re­pous­ser l’ignorance ju­vé­nile »), ou­vrage qui ap­par­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme co­réen. Son au­teur Yi I2, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok3 (« la Val­lée des châ­tai­gniers »), au­rait pu pour­suivre une exis­tence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-im­dang4, femme de lettres et l’une des ar­tistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre mé­di­ta­tion, il se re­tira dans un mo­nas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san5). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : « Alors que je vi­si­tais [un des monts], je pé­né­trais seul un jour, du­rant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y dé­cou­vris un pe­tit er­mi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était as­sis dans une po­si­tion cor­recte, me re­gar­dant, sans dire un mot et sans se le­ver. Fu­re­tant par­tout dans l’ermitage, je ne re­mar­quai au­cun ob­jet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­paré de re­pas de­puis plu­sieurs jours »6. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie re­ti­rée et so­li­taire au­rait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui ap­por­ter un bon­heur com­plet ; elle au­rait consisté à né­gli­ger ses de­voirs en­vers la so­ciété laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas en­core achevé mes re­la­tions avec le monde », dit-il7 à son re­tour. Et après une pé­riode d’hésitation, où il re­lut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et co­réennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il dé­cida d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays se­lon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Re­gardé dans son pays comme le mo­dèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois mi­nistre. Po­li­ti­cien en­gagé et grand mo­ra­liste, il laissa der­rière lui une di­zaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des es­prits et le dé­ve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pour­rait de­ve­nir hu­main », dit-il dans une cé­lèbre phrase8. Par « étude », Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suf­fit », pré­cise-t-il, « de se conduire à tout mo­ment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils fi­lial, en su­jet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère at­ten­tionné, en jeune homme res­pec­tueux des aî­nés ou en ami de confiance. » Dans notre monde ac­tuel où l’on ne com­prend plus que l’étude ré­side dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un ad­mi­rable sou­tien.

  1. En co­réen « 격몽요결 », en chi­nois « 擊蒙要訣 ». Haut
  2. En co­réen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut
  3. En co­réen 율곡, en chi­nois 栗谷. Au­tre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut
  4. En co­réen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut
  1. En co­réen 금강산. Haut
  2. Dans Phi­lippe Thié­bault, « La Pen­sée co­réenne », p. 177. Haut
  3. Dans id. p. 184. Haut
  4. « Prin­cipes es­sen­tiels pour édu­quer les jeunes gens », p. 7. Haut

Yulgok, « Anthologie de la sagesse extrême-orientale »

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pen­sée, Gé­me­nos

Il s’agit de l’« An­tho­lo­gie de la sa­gesse ex­trême-orien­tale » (« Sŏn­ghak chi­pyo »1, lit­té­ra­le­ment « Re­cueil es­sen­tiel de l’étude de la sa­gesse »), ou­vrage qui ap­par­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme co­réen. Son au­teur Yi I2, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok3 (« la Val­lée des châ­tai­gniers »), au­rait pu pour­suivre une exis­tence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-im­dang4, femme de lettres et l’une des ar­tistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre mé­di­ta­tion, il se re­tira dans un mo­nas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san5). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : « Alors que je vi­si­tais [un des monts], je pé­né­trais seul un jour, du­rant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y dé­cou­vris un pe­tit er­mi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était as­sis dans une po­si­tion cor­recte, me re­gar­dant, sans dire un mot et sans se le­ver. Fu­re­tant par­tout dans l’ermitage, je ne re­mar­quai au­cun ob­jet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­paré de re­pas de­puis plu­sieurs jours »6. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie re­ti­rée et so­li­taire au­rait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui ap­por­ter un bon­heur com­plet ; elle au­rait consisté à né­gli­ger ses de­voirs en­vers la so­ciété laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas en­core achevé mes re­la­tions avec le monde », dit-il7 à son re­tour. Et après une pé­riode d’hésitation, où il re­lut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et co­réennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il dé­cida d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays se­lon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Re­gardé dans son pays comme le mo­dèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois mi­nistre. Po­li­ti­cien en­gagé et grand mo­ra­liste, il laissa der­rière lui une di­zaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des es­prits et le dé­ve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pour­rait de­ve­nir hu­main », dit-il dans une cé­lèbre phrase8. Par « étude », Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suf­fit », pré­cise-t-il, « de se conduire à tout mo­ment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils fi­lial, en su­jet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère at­ten­tionné, en jeune homme res­pec­tueux des aî­nés ou en ami de confiance. » Dans notre monde ac­tuel où l’on ne com­prend plus que l’étude ré­side dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un ad­mi­rable sou­tien.

  1. En co­réen « 성학집요 », en chi­nois « 聖學輯要 ». Par­fois trans­crit « Song-hak tchi-pyo » ou « Seon­ghak ji­byo ». Haut
  2. En co­réen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut
  3. En co­réen 율곡, en chi­nois 栗谷. Au­tre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut
  4. En co­réen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut
  1. En co­réen 금강산. Haut
  2. Dans Phi­lippe Thié­bault, « La Pen­sée co­réenne », p. 177. Haut
  3. Dans id. p. 184. Haut
  4. « Prin­cipes es­sen­tiels pour édu­quer les jeunes gens », p. 7. Haut

Wang Su, « Les Entretiens familiers de Confucius, “Kong-tze Kia-yu” »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Kong-tze Kia-yu »1 (« En­tre­tiens fa­mi­liers de Confu­cius »2), es­pèce de sup­plé­ment aux « En­tre­tiens de Confu­cius ». Il n’est peut-être pas in­utile de rap­pe­ler que Confu­cius, sui­vant l’usage de son temps, avait tou­jours à sa suite quelques-uns de ses dis­ciples, même lorsqu’il était ad­mis en pré­sence d’un roi ou d’un prince. C’est au soin que ces dis­ciples ont eu de trans­mettre par écrit ce qu’ils avaient vu et en­tendu de la part de leur maître, qu’on est re­de­vable de ce que l’on sait de sa vie pri­vée. Le dé­tail en fut consi­gné, peu de temps après sa mort, dans le fa­meux livre des « En­tre­tiens de Confu­cius ». Mais comme ce livre ne ren­fer­mait pas tout, on y sup­pléa dans la suite en re­cueillant tout ce qui avait été re­jeté des grandes édi­tions et tout ce qu’on put trou­ver d’un peu in­té­res­sant dans les mé­moires des pre­miers dis­ciples ou leurs des­cen­dants. On donna à ce sup­plé­ment le titre de « Kia-yu ». Ce livre, comme tant d’autres, fut perdu dans l’incendie gé­né­ral des livres chi­nois or­donné en 213 av. J.-C par Tsin-chi-hoang-ti — acte de bar­ba­rie qui mé­rite une ma­lé­dic­tion aussi éter­nelle que la perte de la bi­blio­thèque d’Alexandrie. L’ordre fut exé­cuté avec la plus grande cruauté. Les la­men­ta­tions, les pleurs mêmes que cette des­truc­tion ar­ra­cha à de nom­breux let­trés, en firent pé­rir plus de quatre cents dans les flammes et at­ti­rèrent sur les autres une pros­crip­tion im­pé­riale. Avec le temps, le « Kia-yu » re­pa­rut, mais tron­qué, mu­tilé, presque in­forme. Ce ne fut que quatre siècles plus tard, vers 240 apr. J.-C., qu’un let­tré, Wang Su3, en re­pro­dui­sit une par­tie, tron­quée elle-même, et y amal­gama d’autres par­ties, pui­sées à d’autres sources. « Com­ment s’opéra cette trans­for­ma­tion ? On l’ignore. [Mais] comme le nou­veau texte [de Wang Su] était ac­com­pa­gné d’un com­men­taire, et que l’ancien n’existait pro­ba­ble­ment qu’en très pe­tit nombre d’exemplaires, le pre­mier eut bien­tôt sup­planté com­plè­te­ment l’autre qui tomba dans l’oubli », ex­plique mon­sei­gneur Charles de Har­lez4. Il ré­sulte de là que le « Kia-yu », dans l’état où il se trouve aujourd’hui, n’a pas l’autorité des autres écrits confu­céens, bien que le fond en soit bon.

  1. En chi­nois « 孔子家語 ». Par­fois trans­crit « Koung-tsée Kia-yu », « K’ong-tseu Kia-yu », « Confu­cius Kia-iü », « K’ung tzŭ Chia yü », « Kung­futse Gia yü » ou « Kongzi Jiayu ». Haut
  2. Par­fois tra­duit « Pro­pos fa­mi­liers de Confu­cius ». Haut
  1. En chi­nois 王肅. Par­fois trans­crit Vang-sou ou Wang Sou. Haut
  2. p. 2. Haut

« Le Livre de phrases de trois mots, “San-tseu-king” »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du « Livre de phrases de trois mots »1 (« San zi jing »2), ma­nuel d’enseignement élé­men­taire (XIIIe siècle apr. J.-C.) que les maîtres ou les pa­rents met­taient entre les mains des dé­bu­tants, pour qu’il fût ap­pris par cœur, re­tenu et ré­cité. Le texte, comme le titre l’indique, était dis­posé par phrases de trois mots ou de trois ca­rac­tères, de telle sorte qu’il of­frait le pré­cieux avan­tage de consti­tuer une in­tro­duc­tion idéale à la lec­ture du chi­nois clas­sique, en même temps que le ré­sumé des connais­sances qui for­maient la base de l’éducation confu­céenne. « À l’origine de l’homme, sa na­ture est ra­di­ca­le­ment bonne ; la na­ture rap­proche les hommes, mais leur conduite les éloigne ». Tel était le dé­but du « Livre de phrases de trois mots »3. La suite trai­tait de l’importance des de­voirs, des trois grands pou­voirs, des quatre sai­sons, des cinq ver­tus constantes, des six es­pèces de grains, des sept pas­sions, des huit notes de mu­sique, des neuf de­grés de pa­renté, des dix de­voirs re­la­tifs, de l’histoire gé­né­rale et de la suc­ces­sion des dy­nas­ties im­pé­riales ; le tout com­plété par des re­marques sur l’importance de l’étude. Pen­dant sept siècles et jusqu’à la Ré­vo­lu­tion cultu­relle, ce fut le livre le plus ré­pandu dans les écoles pri­maires de l’Asie orien­tale : « Ce fut en réa­lité », dit un com­men­ta­teur4, « comme un ra­deau que, dans les com­men­ce­ments de leurs études, les jeunes gens qui cher­chaient à s’instruire pou­vaient em­ployer pour ar­ri­ver à at­teindre les sources pro­fondes de l’étude de l’Antiquité ». Son in­fluence fut im­mense, et plu­sieurs de ses phrases de trois mots sont pas­sées en lo­cu­tions pro­ver­biales dans l’usage cou­rant : « C’est un livre d’une mo­rale ir­ré­pro­chable », dit Ma­rie-René Rous­sel, mar­quis de Courcy5, « mais d’une par­faite ari­dité, pro­cé­dant par sen­tences brèves, af­fir­ma­tives, heur­tées… La plu­part de [ses] no­tions dé­passent de beau­coup l’intelligence de l’enfant. Aussi, ré­pète-t-il d’abord le “San zi jing” uni­que­ment comme il ré­pé­te­rait un syl­la­baire, sans com­prendre les signes qu’il lit, ni les sons qu’il émet. Quand, après deux an­nées d’un la­beur as­sidu, il énonce sans hé­si­ta­tion tous les ca­rac­tères du clas­sique tri­mé­trique, avec les in­to­na­tions vou­lues, et les re­trace élé­gam­ment à l’aide du pin­ceau, son maître com­mence à lui en ex­pli­quer la si­gni­fi­ca­tion ; et dès que son in­tel­li­gence peut la sai­sir, il place sous ses yeux d’autres ou­vrages, comme “Le Livre des mille mots” où il re­trouve les mêmes mots et fait connais­sance avec de nou­veaux signes ».

  1. Par­fois tra­duit « Clas­sique tri­mé­trique » ou « Le Livre clas­sique des trois ca­rac­tères ». Haut
  2. En chi­nois « 三字經 ». Au­tre­fois trans­crit « San tzu ching », « San-tsi-king », « San-tsze-king », « San-tse-king », « San-ze-king » ou « San-tseu-king ». Haut
  3. À rap­pro­cher du grand prin­cipe de Rous­seau « que la na­ture a fait l’homme heu­reux et bon, mais que la so­ciété le dé­prave », etc. Haut
  1. Wang Jin­sheng (王晉升). Haut
  2. « L’Empire du Mi­lieu ». Haut

« Printemps et Automnes de Lü Buwei »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Pa­tri­moines-Confu­cia­nisme, Pa­ris

Il s’agit des « Prin­temps et Au­tomnes du sieur Lü »1 (« Lü­shi chun­qiu »2). Ce n’est pas un ou­vrage his­to­rique comme son titre pour­rait le faire croire (« Prin­temps et Au­tomnes » si­gni­fiant « An­née » ou « An­nales » en chi­nois), mais une col­lec­tion d’essais phi­lo­so­phiques ré­di­gés pour le compte du sieur Lü (IIIe siècle av. J.-C.) et clas­sés sous les ru­briques des douze mois de l’année. D’abord très riche mar­chand, puis pre­mier mi­nistre, le sieur Lü, de son nom com­plet Lü Bu­wei3, est une sorte de Ma­za­rin chi­nois. Il exerça la ré­gence pen­dant la mi­no­rité du jeune prince qui de­vait être un jour Em­pe­reur ; d’aucuns veulent même qu’il en ait été le père na­tu­rel, en rai­son de son rap­port in­time avec l’Impératrice. Sans être un lit­té­ra­teur, il sa­vait soi­gner sa ré­pu­ta­tion et il en­tre­te­nait au­tour de lui une Cour de trois mille phi­lo­sophes et écri­vains ha­biles ; il leur fit mettre en ordre ce qu’ils avaient en­tendu dire ou di­saient eux-mêmes, et c’est là les « Prin­temps et Au­tomnes du sieur Lü ». « La tra­di­tion veut que trois mille let­trés eussent ainsi été ras­sem­blés, hé­ber­gés, en­tre­te­nus [par lui], avec toutes les com­mo­di­tés de tra­vail que cela im­plique, plu­sieurs an­nées du­rant », ex­plique M. Ivan Ka­me­na­ro­vić4. « Quand bien même ce chiffre se­rait fort exa­géré, il n’empêche que le ré­sul­tat éton­nant au­quel cette en­tre­prise a per­mis d’aboutir est à lui seul le sym­bole et l’expression d’un mo­ment ca­pi­tal de l’histoire de la pen­sée chi­noise. » Une anec­dote cé­lèbre veut que, l’ouvrage ter­miné, le sieur Lü l’ait fait pla­cer à la porte du mar­ché de Xia­nyang5, la ca­pi­tale des Qin, et sus­pendre au-des­sus une grosse somme d’or, pro­mise à qui­conque trou­ve­rait un seul mot à chan­ger dans le texte ; per­sonne n’osa se pré­sen­ter. Pour­tant, bien des dé­fauts au­raient pu être re­le­vés dans cette com­pi­la­tion éru­dite et terne.

  1. À ne pas confondre avec la chro­nique des « Prin­temps et Au­tomnes » re­la­tant l’histoire de Lu, pa­trie de Confu­cius. Haut
  2. En chi­nois « 呂氏春秋 ». Au­tre­fois trans­crit « Lu-chi tchun-tsieou », « Liu-cheu tch’oen-ts’ieou », « Liu-che tch’ouen-ts’ieou » ou « Lü shih ch’un-ch’iu ». Haut
  3. En chi­nois 呂不韋. Au­tre­fois trans­crit Lu-pou-ouei, Lu-pou-ouey, Lu Pou-wei, Liu Pou-wei, Lü Pu-wei ou Lü Bu We. Haut
  1. p. 24. Haut
  2. En chi­nois 咸陽. Par­fois trans­crit Hian yang, Sie­nyang, Hien-yang ou Hsien-yang. Haut

« “Tchoung ioung”, L’Invariable Milieu »

dans « Les Quatre Livres » (XIXᵉ siècle), p. 27-67

dans « Les Quatre Livres » (XIXe siècle), p. 27-67

Il s’agit de « L’Invariable Mi­lieu » (« Zhon­gyong »1), ou­vrage ja­dis at­tri­bué au pe­tit-fils de Confu­cius, Zi Si2. Sans al­ler jusqu’à consi­dé­rer Zi Si comme l’auteur, ainsi que le vou­lait la tra­di­tion, les his­to­riens d’aujourd’hui lui en at­tri­buent le noyau. Le but de l’ouvrage est de prou­ver qu’il faut suivre en tout la voie du mi­lieu, terme par le­quel on dé­signe, en chi­nois comme dans presque toutes les langues, la tem­pé­rance, la mo­dé­ra­tion. En ef­fet, le ca­rac­tère « zhong » si­gni­fie « mi­lieu », et « yong » — « or­di­naire, mé­diocre » ; c’est donc le juste mi­lieu ou la mé­dio­crité d’or, c’est-à-dire la per­sé­vé­rance dans une voie droite éga­le­ment éloi­gnée des ex­trêmes. Quand il ne s’élève dans l’âme au­cun ex­cès de joie, de co­lère, de tris­tesse ou de plai­sir, on dit que cette âme a at­teint l’invariable mi­lieu, parce qu’elle est en équi­libre et n’incline d’aucun côté. Quand ces sen­ti­ments ne dé­passent pas la me­sure, on dit qu’ils sont en har­mo­nie. L’harmonie est le fon­de­ment gé­né­ral de tout ce qui se fait dans l’univers. Cha­cun sait la trou­ver ; mais per­sonne n’y peut per­sé­vé­rer l’espace d’un mois : « Les per­sonnes les plus igno­rantes, hommes ou femmes, peuvent ar­ri­ver à la connaître », dit Confu­cius3, « mais les plus grands sages eux-mêmes ne la connaissent pas dans toute son éten­due. [Elle] se trouve, quant à ses pre­miers prin­cipes, dans le cœur des per­sonnes les plus vul­gaires. Ses li­mites ex­trêmes at­teignent celles du ciel et de la terre ».

  1. En chi­nois « 中庸 ». Au­tre­fois trans­crit « Chum yum », « Chung yung », « Tchong-yong », « Tchung-yung », « Tchoung-joung », « Tchoung ioung » ou « Tchoûng yoûng ». Haut
  2. En chi­nois 子思. Au­tre­fois trans­crit Tsu Su, Tseu Sseu, Tseù-ssê ou Tzeu Seu. Haut
  1. p. 7-8. Haut