Comptes rendus sur la littérature ancienne et moderne de toutes les nations

Yi Hwang, « Étude de la sagesse en dix diagrammes »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

Il s’agit de Yi Hwang *, un des néo-confucianistes les plus connus de la Corée ; celui, en tout cas, qui contribua le plus à implanter dans ce pays, d’une manière parfois doctrinaire et intransigeante, l’école chinoise de Zhu Xi **. Pendant la première moitié de sa vie, Yi Hwang fit carrière de fonctionnaire lettré, et après plusieurs promotions, il acquit une réputation d’intégrité et de courage. Mais son intérêt était ailleurs que dans la vie active, et comme en 1543 apr. J.-C. il était tombé malade, il acheta les « Œuvres complètes » de Zhu Xi, dont il ne connaissait pas encore le contenu, et il décida de se construire à T’oegye *** un petit ermitage et de se consacrer à leur lecture. « Jour après jour je fermais ma porte, m’asseyais calmement et lisais les livres. Je réalisai peu à peu combien le contenu en était savoureux et combien leur sens n’avait pas de limites. Par ailleurs, j’éprouvais beaucoup d’émotions à la lecture des lettres », raconte-t-il ****. Et ailleurs : « Ah ! si seulement, dans ma jeunesse, je m’étais fermement décidé à vivre dans les endroits reculés, en construisant une hutte et en me consacrant à étudier et à remédier aux déficiences de ma culture spirituelle, j’aurais gagné trois décennies, ma santé se serait améliorée, mon étude aurait porté des fruits et aujourd’hui toutes les créatures terrestres me rempliraient de joie ! Comment n’ai-je pas pu comprendre cela… ? » ***** Cette seconde partie de sa vie, dévouée à l’étude, fut ponctuée de nombreuses publications, où Yi Hwang suivit, jusque dans les plus minutieux détails, les enseignements de Zhu Xi. Il faut avouer qu’il n’y offrait pas toujours la largeur d’esprit et l’accent propre et autochtone qui caractérisaient son grand contemporain Yulgok. Sa logique était claire et pénétrante, mais en ce qui concernait les enseignements de Zhu Xi, il ne faisait aucun compromis, les érigeant en stricte orthodoxie. « Les résultats furent dévastateurs. La version de Yi Hwang du néo-confucianisme de Zhu Xi — idéologie dominante de la Corée Chosŏn, à la fin du XVIe siècle — était par essence une doctrine intolérante. Ses adeptes furent particulièrement rapides à rejeter et à supprimer les autres enseignements… Cela aboutit, à la fin, à la réduction du monde à un “concept unique” et à la préoccupation croissante de l’idéologie correcte, récompensant la scolastique la plus aride ou bien l’orthodoxie. » ******

en ce qui concernait les enseignements de Zhu Xi, il ne faisait aucun compromis, les érigeant en stricte orthodoxie

Voici un passage qui donnera une idée de la manière de Yi Hwang : « Si l’on se relâche un instant, les dix mille désirs égoïstes s’élèvent. Sans flamme, on a chaud ; sans glace, on a froid. Au moindre décalage, le Ciel et la Terre changent de place, les Trois Directives sont ruinées, et les Neuf Articles deviennent inutiles. Ah, enfants ! Méditez ceci ! Gardez l’attention respectueuse !… Zhu Xi dit encore que “l’attention respectueuse” exige de se fixer sur une chose. Là où, au début, il n’y a qu’un problème, si l’on en ajoute un, il y en a deux ; et si l’on en ajoute deux, il finit par y en avoir trois » *******.

Consultez cette bibliographie succincte en langue française

  • « La Poésie de l’encre : tradition lettrée en Corée (1392-1910) » (éd. Musée national des arts asiatiques Guimet, Paris)
  • Isabelle Sancho, « L’Orthodoxie néo-confucéenne coréenne de la première moitié de Chosŏn (XIVe-XVIe siècle) et les interrogations de type religieux : le cas de Yulgok, Yi I (1536-1584) » dans « Le Nouvel Âge de Confucius » (éd. PUPS, coll. Asie, Paris), p. 145-153
  • Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne : aux sources de l’Esprit-Cœur ; essai » (éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos).

* En coréen 이황.

** En chinois 朱熹. Autrefois transcrit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Également connu sous le titre honorifique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la littérature ». Autrefois transcrit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong.

*** En coréen 퇴계.

**** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 136.

***** Dans Tcho Hye-young, « Préface à l’“Étude de la sagesse en dix diagrammes” », p. 15.

****** « La Poésie de l’encre : tradition lettrée en Corée (1392-1910) », p. 69.

******* p. 93-94.