Mot-clef1392-1910 (époque des Li)

su­jet

« Un Assassin politique : [Hong-Tjyong-ou] »

dans « T’oung Pao », vol. 5, nº 3, p. 260-271

dans « T’oung Pao », vol. 5, no 3, p. 260-271

Il s’agit de Hong-Tjyong-ou1, let­tré et as­sas­sin po­li­tique à qui l’on doit les pre­miers clas­siques co­réens qui aient été tra­duits en langue fran­çaise, et même les pre­miers tra­duits dans une langue oc­ci­den­tale. Quand, en jan­vier 1891, Hong-Tjyong-ou poussa la porte et en­tra pour la pre­mière fois dans l’atelier du peintre Fé­lix Ré­ga­mey, il n’était à Pa­ris que de­puis une dou­zaine de jours et sa­vait à peu près au­tant de mots de fran­çais. Un Ja­po­nais, pré­sent sur place, ser­vit d’interprète. Après avoir échangé quelques ba­na­li­tés, la conver­sa­tion tourna, et les deux Asia­tiques se mirent à par­ler po­li­tique. On vit alors le Co­réen, dont ma­ni­fes­te­ment une corde sen­sible avait été tou­chée, se dres­ser de toute sa hau­teur, les traits cris­pés, les yeux étin­ce­lants, su­perbe ; et pen­dant quelques se­condes, à côté du Ja­po­nais dé­li­cat et mièvre, il pa­rut un tigre, la gueule entr’ouverte, ré­pan­dant au­tour de lui l’effroi. Per­sonne ne se fût douté, pour au­tant, que ce Co­réen avait l’âme d’un tueur, sa­chant ac­com­plir le meurtre avec une ré­so­lu­tion fé­roce, digne d’un Achille ou d’un Ulysse. Avide de connais­sances et très am­bi­tieux, Hong-Tjyong-ou as­pi­rait à se pé­né­trer de la ci­vi­li­sa­tion eu­ro­péenne afin d’en faire pro­fi­ter son pays. Cu­rieux, sur­tout, de po­li­tique fran­çaise, il vou­lait dans quelques an­nées re­tour­ner en Co­rée pour se mettre à la tête d’un mou­ve­ment ana­logue à ce­lui qui avait amené la mo­der­nité au Ja­pon. Fé­lix Ré­ga­mey lui fit faire connais­sance avec le monde of­fi­ciel : bals à l’hôtel de ville, ré­cep­tions mi­nis­té­rielles et vi­site chez Er­nest Re­nan, la plus forte tête de France, qui le re­çut de fa­çon char­mante et qui ter­mina l’entretien sur ces mots : « Cou­rage, cou­rage ! » Hong-Tjyong-ou, qui sa­vait qu’il avait été en pré­sence d’un grand homme, re­tint ces pa­roles. Et à peine la porte fer­mée, il de­manda, an­xieux, à son guide : « “Cou­rage, cou­rage”, qu’est-ce que c’est ? »2 Comme, dans le Pa­ris de ces temps ré­vo­lus, il suf­fi­sait d’être étran­ger pour voir toutes les portes s’ouvrir de­vant soi, il fut at­ta­ché au mu­sée Gui­met. On lui y confia le soin de ca­ta­lo­guer la riche col­lec­tion rap­por­tée de Co­rée par Charles Va­rat, col­lec­tion qui conte­nait un as­sez grand nombre de textes im­pri­més.

  1. En co­réen 홍종우. On ren­contre aussi les gra­phies Hong-Jong-ou, Hong Djyong-ou, Hong Chŏng’u et Hong Jong-u. Haut
  1. p. 264. Haut

Yi Hwang, « Étude de la sagesse en dix diagrammes »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Pa­tri­moines-Confu­cia­nisme, Pa­ris

Il s’agit de Yi Hwang1, un des néo-confu­cia­nistes les plus connus de la Co­rée ; ce­lui, en tout cas, qui contri­bua le plus à im­plan­ter dans ce pays, d’une ma­nière par­fois doc­tri­naire et in­tran­si­geante, l’école chi­noise de Zhu Xi2. Pen­dant la pre­mière moi­tié de sa vie, Yi Hwang fit car­rière de fonc­tion­naire let­tré, et après plu­sieurs pro­mo­tions, il ac­quit une ré­pu­ta­tion d’intégrité et de cou­rage. Mais son in­té­rêt était ailleurs que dans la vie ac­tive, et comme en 1543 apr. J.-C. il était tombé ma­lade, il acheta les « Œuvres com­plètes » de Zhu Xi, dont il ne connais­sait pas en­core le contenu, et il dé­cida de se construire à T’oegye3 un pe­tit er­mi­tage et de se consa­crer à leur lec­ture. « Jour après jour je fer­mais ma porte, m’asseyais cal­me­ment et li­sais les livres. Je réa­li­sai peu à peu com­bien le contenu en était sa­vou­reux et com­bien leur sens n’avait pas de li­mites. Par ailleurs, j’éprouvais beau­coup d’émotions à la lec­ture des lettres », ra­conte-t-il4. Et ailleurs : « Ah ! si seule­ment, dans ma jeu­nesse, je m’étais fer­me­ment dé­cidé à vivre dans les en­droits re­cu­lés, en construi­sant une hutte et en me consa­crant à étu­dier et à re­mé­dier aux dé­fi­ciences de ma culture spi­ri­tuelle, j’aurais ga­gné trois dé­cen­nies, ma santé se se­rait amé­lio­rée, mon étude au­rait porté des fruits et aujourd’hui toutes les créa­tures ter­restres me rem­pli­raient de joie ! Com­ment n’ai-je pas pu com­prendre cela… ? »5 Cette se­conde par­tie de sa vie, dé­vouée à l’étude, fut ponc­tuée de nom­breuses pu­bli­ca­tions, où Yi Hwang sui­vit, jusque dans les plus mi­nu­tieux dé­tails, les en­sei­gne­ments de Zhu Xi. Il faut avouer qu’il n’y of­frait pas tou­jours la lar­geur d’esprit et l’accent propre et au­toch­tone qui ca­rac­té­ri­saient son grand contem­po­rain Yul­gok. Sa lo­gique était claire et pé­né­trante, mais en ce qui concer­nait les en­sei­gne­ments de Zhu Xi, il ne fai­sait au­cun com­pro­mis, les éri­geant en stricte or­tho­doxie. « Les ré­sul­tats furent dé­vas­ta­teurs. La ver­sion de Yi Hwang du néo-confu­cia­nisme de Zhu Xi — idéo­lo­gie do­mi­nante de la Co­rée Chosŏn, à la fin du XVIe siècle — était par es­sence une doc­trine in­to­lé­rante. Ses adeptes furent par­ti­cu­liè­re­ment ra­pides à re­je­ter et à sup­pri­mer les autres en­sei­gne­ments… Cela abou­tit, à la fin, à la ré­duc­tion du monde à un “concept unique” et à la pré­oc­cu­pa­tion crois­sante de l’idéologie cor­recte, ré­com­pen­sant la sco­las­tique la plus aride ou bien l’orthodoxie. »

  1. En co­réen 이황. Haut
  2. En chi­nois 朱熹. Au­tre­fois trans­crit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Éga­le­ment connu sous le titre ho­no­ri­fique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la lit­té­ra­ture ». Au­tre­fois trans­crit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut
  3. En co­réen 퇴계. Haut
  1. Dans Phi­lippe Thié­bault, « La Pen­sée co­réenne », p. 136. Haut
  2. Dans Tcho Hye-young, « Pré­face à l’“Étude de la sa­gesse en dix dia­grammes” », p. 15. Haut

Yulgok, « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bi­blio­thèque chi­noise, Pa­ris

Il s’agit des « Prin­cipes es­sen­tiels pour édu­quer les jeunes gens » (« Kyŏng­mong yo­gyŏl »1, lit­té­ra­le­ment « Prin­cipes es­sen­tiels pour re­pous­ser l’ignorance ju­vé­nile »), ou­vrage qui ap­par­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme co­réen. Son au­teur Yi I2, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok3 (« la Val­lée des châ­tai­gniers »), au­rait pu pour­suivre une exis­tence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-im­dang4, femme de lettres et l’une des ar­tistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre mé­di­ta­tion, il se re­tira dans un mo­nas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san5). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : « Alors que je vi­si­tais [un des monts], je pé­né­trais seul un jour, du­rant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y dé­cou­vris un pe­tit er­mi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était as­sis dans une po­si­tion cor­recte, me re­gar­dant, sans dire un mot et sans se le­ver. Fu­re­tant par­tout dans l’ermitage, je ne re­mar­quai au­cun ob­jet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­paré de re­pas de­puis plu­sieurs jours »6. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie re­ti­rée et so­li­taire au­rait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui ap­por­ter un bon­heur com­plet ; elle au­rait consisté à né­gli­ger ses de­voirs en­vers la so­ciété laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas en­core achevé mes re­la­tions avec le monde », dit-il7 à son re­tour. Et après une pé­riode d’hésitation, où il re­lut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et co­réennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il dé­cida d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays se­lon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Re­gardé dans son pays comme le mo­dèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois mi­nistre. Po­li­ti­cien en­gagé et grand mo­ra­liste, il laissa der­rière lui une di­zaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des es­prits et le dé­ve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pour­rait de­ve­nir hu­main », dit-il dans une cé­lèbre phrase8. Par « étude », Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suf­fit », pré­cise-t-il, « de se conduire à tout mo­ment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils fi­lial, en su­jet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère at­ten­tionné, en jeune homme res­pec­tueux des aî­nés ou en ami de confiance. » Dans notre monde ac­tuel où l’on ne com­prend plus que l’étude ré­side dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un ad­mi­rable sou­tien.

  1. En co­réen « 격몽요결 », en chi­nois « 擊蒙要訣 ». Haut
  2. En co­réen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut
  3. En co­réen 율곡, en chi­nois 栗谷. Au­tre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut
  4. En co­réen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut
  1. En co­réen 금강산. Haut
  2. Dans Phi­lippe Thié­bault, « La Pen­sée co­réenne », p. 177. Haut
  3. Dans id. p. 184. Haut
  4. « Prin­cipes es­sen­tiels pour édu­quer les jeunes gens », p. 7. Haut

Yulgok, « Anthologie de la sagesse extrême-orientale »

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pen­sée, Gé­me­nos

Il s’agit de l’« An­tho­lo­gie de la sa­gesse ex­trême-orien­tale » (« Sŏn­ghak chi­pyo »1, lit­té­ra­le­ment « Re­cueil es­sen­tiel de l’étude de la sa­gesse »), ou­vrage qui ap­par­tient à l’apogée du néo-confu­cia­nisme co­réen. Son au­teur Yi I2, plus connu sous le sur­nom de Yul­gok3 (« la Val­lée des châ­tai­gniers »), au­rait pu pour­suivre une exis­tence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort pré­ma­tu­rée de sa mère Sin Sa-im­dang4, femme de lettres et l’une des ar­tistes-peintres les plus res­pec­tées, alors que le cha­grin et le deuil le plon­gèrent dans une sombre mé­di­ta­tion, il se re­tira dans un mo­nas­tère boud­dhique sur les monts de Dia­mants (Kum­gang­san5). Mais un moine qu’il ren­con­tra là-bas le fit chan­ger d’avis : « Alors que je vi­si­tais [un des monts], je pé­né­trais seul un jour, du­rant quelques “li”, dans une pro­fonde val­lée et y dé­cou­vris un pe­tit er­mi­tage. Un vieux moine, qui por­tait l’habit, était as­sis dans une po­si­tion cor­recte, me re­gar­dant, sans dire un mot et sans se le­ver. Fu­re­tant par­tout dans l’ermitage, je ne re­mar­quai au­cun ob­jet. Et dans la cui­sine, il sem­blait qu’on n’avait pas pré­paré de re­pas de­puis plu­sieurs jours »6. Yul­gok se ren­dit compte, en conver­sant avec cet homme, qu’une vie re­ti­rée et so­li­taire au­rait été une vie sté­rile, qui n’aurait pu lui ap­por­ter un bon­heur com­plet ; elle au­rait consisté à né­gli­ger ses de­voirs en­vers la so­ciété laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas en­core achevé mes re­la­tions avec le monde », dit-il7 à son re­tour. Et après une pé­riode d’hésitation, où il re­lut l’ensemble des tra­di­tions chi­noises et co­réennes, dans la mul­ti­tude de leurs textes, il dé­cida d’agir par toutes ses forces à la trans­for­ma­tion de son pays se­lon l’éthique de l’école néo-confu­céenne. Re­gardé dans son pays comme le mo­dèle de cette école, Yul­gok fut plu­sieurs fois mi­nistre. Po­li­ti­cien en­gagé et grand mo­ra­liste, il laissa der­rière lui une di­zaine d’ouvrages ayant pour thème prin­ci­pal l’élévation des es­prits et le dé­ve­lop­pe­ment des consciences à tra­vers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pour­rait de­ve­nir hu­main », dit-il dans une cé­lèbre phrase8. Par « étude », Yul­gok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suf­fit », pré­cise-t-il, « de se conduire à tout mo­ment du quo­ti­dien, en fonc­tion [des] cir­cons­tances, en père tendre, en fils fi­lial, en su­jet loyal, en époux sou­cieux des dis­tinc­tions de rôles, en frère at­ten­tionné, en jeune homme res­pec­tueux des aî­nés ou en ami de confiance. » Dans notre monde ac­tuel où l’on ne com­prend plus que l’étude ré­side dans le quo­ti­dien et où on la croit exa­gé­ré­ment mal­ai­sée, la pen­sée de Yul­gok si pure, si belle, si concrète peut être un ad­mi­rable sou­tien.

  1. En co­réen « 성학집요 », en chi­nois « 聖學輯要 ». Par­fois trans­crit « Song-hak tchi-pyo » ou « Seon­ghak ji­byo ». Haut
  2. En co­réen 이이. Par­fois trans­crit Yi Yi. Haut
  3. En co­réen 율곡, en chi­nois 栗谷. Au­tre­fois trans­crit Yul-kok, Youl­gok ou Youl-kok. Haut
  4. En co­réen 신사임당, en chi­nois 申師任堂. Par­fois trans­crit Shin Saïm­dang. Haut
  1. En co­réen 금강산. Haut
  2. Dans Phi­lippe Thié­bault, « La Pen­sée co­réenne », p. 177. Haut
  3. Dans id. p. 184. Haut
  4. « Prin­cipes es­sen­tiels pour édu­quer les jeunes gens », p. 7. Haut