Mot-clef1392-1910 (époque des Li)

sujet

Yi Hwang, « Étude de la sagesse en dix diagrammes »

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Confucianisme, Paris

Il s’agit de Yi Hwang*, un des néo-confucianistes les plus connus de la Corée ; celui, en tout cas, qui contribua le plus à implanter dans ce pays, d’une manière parfois doctrinaire et intransigeante, l’école chinoise de Zhu Xi**. Pendant la première moitié de sa vie, Yi Hwang fit carrière de fonctionnaire lettré, et après plusieurs promotions, il acquit une réputation d’intégrité et de courage. Mais son intérêt était ailleurs que dans la vie active, et comme en 1543 apr. J.-C. il était tombé malade, il acheta les « Œuvres complètes » de Zhu Xi, dont il ne connaissait pas encore le contenu, et il décida de se construire à T’oegye*** un petit ermitage et de se consacrer à leur lecture. « Jour après jour je fermais ma porte, m’asseyais calmement et lisais les livres. Je réalisai peu à peu combien le contenu en était savoureux et combien leur sens n’avait pas de limites. Par ailleurs, j’éprouvais beaucoup d’émotions à la lecture des lettres », raconte-t-il****. Et ailleurs : « Ah ! si seulement, dans ma jeunesse, je m’étais fermement décidé à vivre dans les endroits reculés, en construisant une hutte et en me consacrant à étudier et à remédier aux déficiences de ma culture spirituelle, j’aurais gagné trois décennies, ma santé se serait améliorée, mon étude aurait porté des fruits et aujourd’hui toutes les créatures terrestres me rempliraient de joie ! Comment n’ai-je pas pu comprendre cela… ? »***** Cette seconde partie de sa vie, dévouée à l’étude, fut ponctuée de nombreuses publications, où Yi Hwang suivit, jusque dans les plus minutieux détails, les enseignements de Zhu Xi. Il faut avouer qu’il n’y offrait pas toujours la largeur d’esprit et l’accent propre et autochtone qui caractérisaient son grand contemporain Yulgok. Sa logique était claire et pénétrante, mais en ce qui concernait les enseignements de Zhu Xi, il ne faisait aucun compromis, les érigeant en stricte orthodoxie. « Les résultats furent dévastateurs. La version de Yi Hwang du néo-confucianisme de Zhu Xi — idéologie dominante de la Corée Chosŏn, à la fin du XVIe siècle — était par essence une doctrine intolérante. Ses adeptes furent particulièrement rapides à rejeter et à supprimer les autres enseignements… Cela aboutit, à la fin, à la réduction du monde à un “concept unique” et à la préoccupation croissante de l’idéologie correcte, récompensant la scolastique la plus aride ou bien l’orthodoxie. »

* En coréen 이황. Haut

** En chinois 朱熹. Autrefois transcrit Tchou Hi, Tchu Hi, Chu-hi ou Chu Hsi. Également connu sous le titre honorifique de Zhu Wen Gong (朱文公), c’est-à-dire « Zhu, prince de la littérature ». Autrefois transcrit Chu Ven Kum, Chu Wen-kung, Tchou-wen-koung ou Tchou Wen Kong. Haut

*** En coréen 퇴계. Haut

**** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 136. Haut

***** Dans Tcho Hye-young, « Préface à l’“Étude de la sagesse en dix diagrammes” », p. 15. Haut

Yulgok, « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque chinoise, Paris

Il s’agit des « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens » (« Kyŏngmong yogyŏl »*, littéralement « Principes essentiels pour repousser l’ignorance juvénile »), ouvrage qui appartient à l’apogée du néo-confucianisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le surnom de Yulgok*** (« la Vallée des châtaigniers »), aurait pu poursuivre une existence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort prématurée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus respectées, alors que le chagrin et le deuil le plongèrent dans une sombre méditation, il se retira dans un monastère bouddhique sur les monts de Diamants (Kumgangsan*****). Mais un moine qu’il rencontra là-bas le fit changer d’avis : « Alors que je visitais [un des monts], je pénétrais seul un jour, durant quelques “li”, dans une profonde vallée et y découvris un petit ermitage. Un vieux moine, qui portait l’habit, était assis dans une position correcte, me regardant, sans dire un mot et sans se lever. Furetant partout dans l’ermitage, je ne remarquai aucun objet. Et dans la cuisine, il semblait qu’on n’avait pas préparé de repas depuis plusieurs jours »******. Yulgok se rendit compte, en conversant avec cet homme, qu’une vie retirée et solitaire aurait été une vie stérile, qui n’aurait pu lui apporter un bonheur complet ; elle aurait consisté à négliger ses devoirs envers la société laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas encore achevé mes relations avec le monde », dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des traditions chinoises et coréennes, dans la multitude de leurs textes, il décida d’agir par toutes ses forces à la transformation de son pays selon l’éthique de l’école néo-confucéenne. Regardé dans son pays comme le modèle de cette école, Yulgok fut plusieurs fois ministre. Politicien engagé et grand moraliste, il laissa derrière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème principal l’élévation des esprits et le développement des consciences à travers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pourrait devenir humain », dit-il dans une célèbre phrase********. Par « étude », Yulgok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suffit », précise-t-il, « de se conduire à tout moment du quotidien, en fonction [des] circonstances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux soucieux des distinctions de rôles, en frère attentionné, en jeune homme respectueux des aînés ou en ami de confiance. » Dans notre monde actuel où l’on ne comprend plus que l’étude réside dans le quotidien et où l’on la juge exagérément malaisée, la pensée de Yulgok si pure, si belle, si concrète peut être un admirable soutien.

* En coréen « 격몽요결 », en chinois « 擊蒙要訣 ». Haut

** En coréen 이이. Parfois transcrit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chinois 栗谷. Autrefois transcrit Yul-kok, Youlgok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chinois 申師任堂. Parfois transcrit Shin Saïmdang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens », p. 7. Haut

Yulgok, « Anthologie de la sagesse extrême-orientale »

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

éd. Autres Temps, coll. Le Temps de la pensée, Gémenos

Il s’agit de l’« Anthologie de la sagesse extrême-orientale » (« Sŏnghak chipyo »*, littéralement « Recueil essentiel de l’étude de la sagesse »), ouvrage qui appartient à l’apogée du néo-confucianisme coréen. Son auteur Yi I**, plus connu sous le surnom de Yulgok*** (« la Vallée des châtaigniers »), aurait pu poursuivre une existence de moine ; car en 1551 apr. J.-C., après la mort prématurée de sa mère Sin Sa-imdang****, femme de lettres et l’une des artistes-peintres les plus respectées, alors que le chagrin et le deuil le plongèrent dans une sombre méditation, il se retira dans un monastère bouddhique sur les monts de Diamants (Kumgangsan*****). Mais un moine qu’il rencontra là-bas le fit changer d’avis : « Alors que je visitais [un des monts], je pénétrais seul un jour, durant quelques “li”, dans une profonde vallée et y découvris un petit ermitage. Un vieux moine, qui portait l’habit, était assis dans une position correcte, me regardant, sans dire un mot et sans se lever. Furetant partout dans l’ermitage, je ne remarquai aucun objet. Et dans la cuisine, il semblait qu’on n’avait pas préparé de repas depuis plusieurs jours »******. Yulgok se rendit compte, en conversant avec cet homme, qu’une vie retirée et solitaire aurait été une vie stérile, qui n’aurait pu lui apporter un bonheur complet ; elle aurait consisté à négliger ses devoirs envers la société laïque, si lourds soient-ils. « Je n’ai pas encore achevé mes relations avec le monde », dit-il******* à son retour. Et après une période d’hésitation, où il relut l’ensemble des traditions chinoises et coréennes, dans la multitude de leurs textes, il décida d’agir par toutes ses forces à la transformation de son pays selon l’éthique de l’école néo-confucéenne. Regardé dans son pays comme le modèle de cette école, Yulgok fut plusieurs fois ministre. Politicien engagé et grand moraliste, il laissa derrière lui une dizaine d’ouvrages ayant pour thème principal l’élévation des esprits et le développement des consciences à travers l’étude : « Sans étude, nul homme ne pourrait devenir humain », dit-il dans une célèbre phrase********. Par « étude », Yulgok n’entend rien d’insolite ni d’extraordinaire : « Il suffit », précise-t-il, « de se conduire à tout moment du quotidien, en fonction [des] circonstances, en père tendre, en fils filial, en sujet loyal, en époux soucieux des distinctions de rôles, en frère attentionné, en jeune homme respectueux des aînés ou en ami de confiance. » Dans notre monde actuel où l’on ne comprend plus que l’étude réside dans le quotidien et où l’on la juge exagérément malaisée, la pensée de Yulgok si pure, si belle, si concrète peut être un admirable soutien.

* En coréen « 성학집요 », en chinois « 聖學輯要 ». Parfois transcrit « Song-hak tchi-pyo » ou « Seonghak jibyo ». Haut

** En coréen 이이. Parfois transcrit Yi Yi. Haut

*** En coréen 율곡, en chinois 栗谷. Autrefois transcrit Yul-kok, Youlgok ou Youl-kok. Haut

**** En coréen 신사임당, en chinois 申師任堂. Parfois transcrit Shin Saïmdang. Haut

***** En coréen 금강산. Haut

****** Dans Philippe Thiébault, « La Pensée coréenne », p. 177. Haut

******* Dans id. p. 184. Haut

******** « Principes essentiels pour éduquer les jeunes gens », p. 7. Haut