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Schiller, «Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination espagnole»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas contre la domi­na­tion espa­gnole»*Ges­chichte des Abfalls der verei­nig­ten Nie­der­lande von der spa­ni­schen Regie­rung») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»**). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»***Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Par­fois tra­duit «His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas sous Phi­lippe II, roi d’Espagne», «His­toire de la révolte qui déta­cha les Pays-Bas de la domi­na­tion espa­gnole» ou «His­toire de la défec­tion des Pays-Bas réunis de l’Espagne». Haut

** Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

*** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire de la guerre de Trente Ans» («Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»*). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»**Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire de la guerre de Trente Ans» («Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»*). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»**Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Poésies»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’ode «À la joie» («An die Freude»*) et autres poé­sies de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»**). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»***Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Autre­fois tra­duit «Au plai­sir». Haut

** Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

*** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Baïf, «Œuvres complètes. Tome III. Les Jeux»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit des «Œuvres com­plètes» de Jean-Antoine de Baïf*, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs «Œuvres com­plètes» édi­tées, celles de Baïf ont dû attendre le XXIe siècle pour être enfin réunies (encore que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages admi­rables, sont sou­vent de lec­ture labo­rieuse et mal récom­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’«Antho­lo­gie grecque» et leurs imi­ta­teurs néo-latins, à moins qu’il ne pille les pétrar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande faci­li­té, il laisse pas­ser des incor­rec­tions, des solé­cismes, des mal­adresses et écrit négli­gem­ment, sans tâton­ne­ment comme sans retouches : «La phrase s’étend, s’étire, abuse des rejets…; parce qu’il ne sut jamais ni se sur­veiller ni se contraindre», déclare un cri­tique**. «On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser; car il paraît que, de son temps, on l’accusait déjà de négli­gence», disent d’autres***. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : «Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se repo­lir sont un peu pares­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, remis assez de fois»****. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve «leur sujet si bizarre et divers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose»*****; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bizar­re­ries, il affecte une entière indif­fé­rence et pré­fère renon­cer aux pre­mières places : «Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe»******. De plus en plus, il se sent une voca­tion de réfor­ma­teur. Tra­duc­teur de l’«Anti­gone» de Sophocle et de «L’Eunuque» de Térence, au moins autant musi­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la rédui­sant à la pho­né­tique et appli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers métrique. Pour assu­rer le suc­cès de sa réforme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de musique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­si­ra pas mieux que ses vers et son ortho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand expé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, allait mul­ti­pliant les ten­ta­tives; par le foi­son­ne­ment de ses «Œuvres com­plètes», il mérite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain******* lui a dres­sée : «Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe********, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est tarie».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jean-Antoine de Bayf et Jan-Antoéne de Baïf. Haut

** Raoul Mor­çay. Haut

*** Claude-Sixte Sau­treau de Mar­sy et Bar­thé­le­my Imbert. Haut

**** Le poème «Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour…». Haut

***** Le poème «Amour, quand je revois tout ce que je com­pose…». Haut

****** Le poème «Mais sans m’en avi­ser serais-je misé­rable?…». Haut

******* Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut

******** Rivière arro­sant la demeure des Muses. Haut

Wu Cheng’en, «La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome II»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de «(Mémoire de) La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» («Xiyou ji»*), très célèbre roman-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pèle­rin. «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» est, comme on le sait, une sorte de dédou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la péré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le début du IXe siècle, l’imagination popu­laire chi­noise s’était empa­rée des exploits de ce moine en marche, par­ti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, cour­bé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il rame­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sacré dans la conca­vi­té d’un roseau. «Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et enten­du ce que nul autre n’a jamais vu et enten­du. Seul, il tra­ver­sa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes démo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grim­pa sur de fabu­leuses mon­tagnes… tou­jours refroi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est reve­nu sain et sauf [dans] son pays natal et avec si grande quan­ti­té de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ouvrages sacrés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… capables de faire envo­ler les puis­sances invi­sibles du mal»**. Ses «Mémoires» et sa «Bio­gra­phie» devinrent la source d’inspiration de nom­breuses légendes qui, mêlées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la «Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang» («Da Tang San­zang qu jing shi­hua»***), datée du Xe ou XIe siècle, on voit entrer en scène un Roi des Singes, accom­pa­gnant le pèle­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fabu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le «Râmâyaṇa». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aus­si pour sujet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un roman inti­tu­lé «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest», mais qui est per­du, si l’on excepte un frag­ment dans la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»

* En chi­nois «西遊記». Autre­fois trans­crit «Xiyu­ji», «Hsi-yu chi», «Si you tsi», «Sy-yeou-ky» ou «Si yeou ki». Haut

** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde», p. 362. Haut

*** En chi­nois «大唐三藏取經詩話». Haut

Wu Cheng’en, «La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome I»

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris

Il s’agit de «(Mémoire de) La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» («Xiyou ji»*), très célèbre roman-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pèle­rin. «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest» est, comme on le sait, une sorte de dédou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la péré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le début du IXe siècle, l’imagination popu­laire chi­noise s’était empa­rée des exploits de ce moine en marche, par­ti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, cour­bé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il rame­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sacré dans la conca­vi­té d’un roseau. «Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et enten­du ce que nul autre n’a jamais vu et enten­du. Seul, il tra­ver­sa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes démo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grim­pa sur de fabu­leuses mon­tagnes… tou­jours refroi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est reve­nu sain et sauf [dans] son pays natal et avec si grande quan­ti­té de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ouvrages sacrés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… capables de faire envo­ler les puis­sances invi­sibles du mal»**. Ses «Mémoires» et sa «Bio­gra­phie» devinrent la source d’inspiration de nom­breuses légendes qui, mêlées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la «Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang» («Da Tang San­zang qu jing shi­hua»***), datée du Xe ou XIe siècle, on voit entrer en scène un Roi des Singes, accom­pa­gnant le pèle­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fabu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le «Râmâyaṇa». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aus­si pour sujet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un roman inti­tu­lé «La Péré­gri­na­tion vers l’Ouest», mais qui est per­du, si l’on excepte un frag­ment dans la «Grande Ency­clo­pé­die Yongle»

* En chi­nois «西遊記». Autre­fois trans­crit «Xiyu­ji», «Hsi-yu chi», «Si you tsi», «Sy-yeou-ky» ou «Si yeou ki». Haut

** Dans Lévy, «Les Pèle­rins chi­nois en Inde», p. 362. Haut

*** En chi­nois «大唐三藏取經詩話». Haut

«Poètes turcs des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles»

éd. Ari, coll. Ankara Üniversitesi Yayımları-Edebi İncelemeler, Istanbul

éd. Ari, coll. Anka­ra Üni­ver­si­te­si Yayım­ları-Ede­bi İnc­el­em­el­er, Istan­bul

Il s’agit d’une antho­lo­gie de la poé­sie otto­mane. Dès la fixa­tion des Turcs en Ana­to­lie, deux poé­sies s’affrontent, dont la pre­mière fini­ra par l’emporter à l’époque otto­mane, mais dont la seconde triom­phe­ra entiè­re­ment dans la Tur­quie moderne : d’un côté, celle des sei­gneurs et des cita­dins, dont le but sera de trans­po­ser en un turc bour­ré d’arabe et de per­san les manières lit­té­raires de ces deux grandes langues musul­manes, dans des vers fon­dés sur la quan­ti­té longue et brève des syl­labes; de l’autre, celle des pay­sans et des nomades, peut-être moins savants, mais doués d’un sens plus vif de leur langue mater­nelle, sou­vent nour­ris de chan­sons popu­laires, qui entre­pren­dront d’exprimer leur sen­si­bi­li­té et leur pen­sée selon le génie natio­nal, dans des vers fon­dés sur le seul nombre des syl­labes. Les suc­cès pres­ti­gieux, au XIVe siècle, du sei­gneur turc Oth­man, qui sou­met avec le secours de l’islamisme toute l’Anatolie avant de se lan­cer à la conquête des Bal­kans et du Proche-Orient, ont pour consé­quence iné­luc­table, en même temps qu’une cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, la réunion à la Cour de tous les poètes de renom, qui deviennent ain­si «des écri­vains pro­fes­sion­nels et cour­ti­sans, aris­to­crates et pédants, vivant en vase clos et de façon arti­fi­cielle, cou­pés du reste de la nation»*. Au XVIe siècle, avec l’apogée de l’Empire sous le règne du sul­tan Soli­man coïn­cide, comme de juste, la matu­ri­té de la poé­sie otto­mane, incar­née par Bâkî**. Poète de génie, Bâkî doit à son seul talent une brillante répu­ta­tion et une haute for­tune; car s’il débute sa vie comme fils d’un pauvre muez­zin, il finit sa car­rière comme vizir. «Ses gha­zels — courts poèmes lyriques de ton géné­ra­le­ment léger — où ce grave ecclé­sias­tique chante l’amour et le vin en des termes qui nous sur­prennent, mais dont les com­men­ta­teurs ortho­doxes assurent qu’ils sont sym­bo­liques, sont par­mi les plus célèbres»***. Je leur pré­fère, cepen­dant, la per­fec­tion clas­sique de son «Orai­son funèbre du sul­tan Soli­man»****, laquelle évoque avec un grand art cette période où l’Empire otto­man était sans doute le plus puis­sant du monde

* Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

** Autre­fois trans­crit Bâqî ou Baqui. Haut

*** Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

**** En turc «Mer­siye-i sul­tân Süley­mân». Haut

«La Muse ottomane, ou Chefs-d’œuvre de la poésie turque»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une antho­lo­gie de la poé­sie otto­mane. Dès la fixa­tion des Turcs en Ana­to­lie, deux poé­sies s’affrontent, dont la pre­mière fini­ra par l’emporter à l’époque otto­mane, mais dont la seconde triom­phe­ra entiè­re­ment dans la Tur­quie moderne : d’un côté, celle des sei­gneurs et des cita­dins, dont le but sera de trans­po­ser en un turc bour­ré d’arabe et de per­san les manières lit­té­raires de ces deux grandes langues musul­manes, dans des vers fon­dés sur la quan­ti­té longue et brève des syl­labes; de l’autre, celle des pay­sans et des nomades, peut-être moins savants, mais doués d’un sens plus vif de leur langue mater­nelle, sou­vent nour­ris de chan­sons popu­laires, qui entre­pren­dront d’exprimer leur sen­si­bi­li­té et leur pen­sée selon le génie natio­nal, dans des vers fon­dés sur le seul nombre des syl­labes. Les suc­cès pres­ti­gieux, au XIVe siècle, du sei­gneur turc Oth­man, qui sou­met avec le secours de l’islamisme toute l’Anatolie avant de se lan­cer à la conquête des Bal­kans et du Proche-Orient, ont pour consé­quence iné­luc­table, en même temps qu’une cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, la réunion à la Cour de tous les poètes de renom, qui deviennent ain­si «des écri­vains pro­fes­sion­nels et cour­ti­sans, aris­to­crates et pédants, vivant en vase clos et de façon arti­fi­cielle, cou­pés du reste de la nation»*. Au XVIe siècle, avec l’apogée de l’Empire sous le règne du sul­tan Soli­man coïn­cide, comme de juste, la matu­ri­té de la poé­sie otto­mane, incar­née par Bâkî**. Poète de génie, Bâkî doit à son seul talent une brillante répu­ta­tion et une haute for­tune; car s’il débute sa vie comme fils d’un pauvre muez­zin, il finit sa car­rière comme vizir. «Ses gha­zels — courts poèmes lyriques de ton géné­ra­le­ment léger — où ce grave ecclé­sias­tique chante l’amour et le vin en des termes qui nous sur­prennent, mais dont les com­men­ta­teurs ortho­doxes assurent qu’ils sont sym­bo­liques, sont par­mi les plus célèbres»***. Je leur pré­fère, cepen­dant, la per­fec­tion clas­sique de son «Orai­son funèbre du sul­tan Soli­man»****, laquelle évoque avec un grand art cette période où l’Empire otto­man était sans doute le plus puis­sant du monde

* Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

** Autre­fois trans­crit Bâqî ou Baqui. Haut

*** Louis Bazin, «Lit­té­ra­ture turque». Haut

**** En turc «Mer­siye-i sul­tân Süley­mân». Haut

«Nguyễn Bỉnh Khiêm, porte-parole de la sagesse populaire : le “Bạch-vân am quốc-ngữ thi-tập”»

dans « Bulletin de la Société des études indochinoises », vol. 49, nº 4

dans «Bul­le­tin de la Socié­té des études indo­chi­noises», vol. 49, no 4

Il s’agit du «Recueil des poèmes en langue natio­nale de la Retraite des nuages blancs» («Bạch Vân quốc ngữ thi tập») de Nguyễn Bỉnh Khiêm* (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). L’époque où vécut Nguyễn Bỉnh Khiêm vit une guerre civile par­ta­ger le Viêt-nam en deux. L’usurpation du trône des Lê par les Mạc ame­na de longues décen­nies de troubles, au cours des­quelles s’opposèrent les par­ti­sans des deux dynas­ties. Ministre intègre et grand poète, Nguyễn Bỉnh Khiêm sut se main­te­nir au-des­sus de la mêlée. Sa pro­fonde culture, son mépris des hon­neurs, son amour du peuple, sa sagesse, sa répu­ta­tion de devin, enfin, en impo­saient à tous les clans poli­tiques, qui venaient le consul­ter dans son ermi­tage rus­tique, appe­lé Retraite des nuages blancs (Bạch Vân**). «Qui pour­suit les hon­neurs se sou­met à leurs chaînes; seule la vie dans la retraite pro­cure des joies mer­veilleuses», disait Nguyễn Bỉnh Khiêm (poème 9). Pré­fé­rant la libre insou­ciance, il se sen­tait étran­ger à tous les biens; gloire et richesse ne l’imprégnaient plus. Sa for­tune entière tenait dans ce coin de nature, dans cet ermi­tage loin de «la pous­sière rose du monde» (poème 55). Comme ser­vi­teurs, il ne lui res­tait que quelques «ran­gées d’orangers et de man­da­ri­niers» (poème 55); comme amis fidèles, que «les monts et les fleuves de chez nous» (poème 1); comme lampe allu­mée, que «la lune, à la porte» (poème 73). Lorsqu’il avait soif, il buvait le thé des col­lines, tout fumant de vapeur. Avait-il chaud? Il s’asseyait près de la fenêtre ouverte sur la véran­da. Ain­si s’écoulaient ses jours bien­heu­reux et légers. «Labou­rer pour man­ger, creu­ser pour boire, se conten­ter de son sort; quant aux affaires de ce monde, ne pas savoir si l’on en est aux Han, ou bien aux Ts’in» : telle fut sa devise (poème 55). Il lais­sa à sa mort de nom­breux poèmes en chi­nois clas­sique; mais c’est le «Recueil des poèmes en langue natio­nale de la Retraite des nuages blancs» qui a ren­du immor­tel le sou­ve­nir de cet homme qui a tout fait pour se faire oublier. «Poète qui fuit les abs­trac­tions, Nguyễn Bỉnh Khiêm est sur­tout le phi­lo­sophe de l’art de vivre, non certes de l’opportunisme, ni même du désir de tran­quilli­té à tout prix, mais d’un cer­tain “ins­tinct du bon­heur” fon­dé sur la sagesse, le res­pect et l’amour d’autrui, la vie en com­mu­nion avec la nature… Comme Nguyễn Trãi, il était un adepte du [zen]. Mais, tan­dis que Nguyễn Trãi pui­sait dans la médi­ta­tion des forces pour l’action, Nguyễn Bỉnh Khiêm, lui, contem­plait en spec­ta­teur les évé­ne­ments exté­rieurs, aspi­rant seule­ment à jouer le rôle d’observateur, [ou] tout au plus, celui de conseiller»

* Éga­le­ment connu sous le sur­nom de Trạng Trình («le pre­mier doc­teur Trình»). Haut

** Nom emprun­té à «L’Œuvre com­plète» de Tchouang-tseu : «En temps de paix, le saint prend part à la pros­pé­ri­té de tous; en temps de trouble, il cultive sa ver­tu et se retire dans l’oisiveté. Au bout de mille ans, fati­gué de ce monde, il le quitte, monte vers le ciel, che­vauche les nuages blancs». Haut

Baïf, «Œuvres complètes. Tome II. Les Amours»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit des «Œuvres com­plètes» de Jean-Antoine de Baïf*, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs «Œuvres com­plètes» édi­tées, celles de Baïf ont dû attendre le XXIe siècle pour être enfin réunies (encore que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages admi­rables, sont sou­vent de lec­ture labo­rieuse et mal récom­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’«Antho­lo­gie grecque» et leurs imi­ta­teurs néo-latins, à moins qu’il ne pille les pétrar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande faci­li­té, il laisse pas­ser des incor­rec­tions, des solé­cismes, des mal­adresses et écrit négli­gem­ment, sans tâton­ne­ment comme sans retouches : «La phrase s’étend, s’étire, abuse des rejets…; parce qu’il ne sut jamais ni se sur­veiller ni se contraindre», déclare un cri­tique**. «On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser; car il paraît que, de son temps, on l’accusait déjà de négli­gence», disent d’autres***. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : «Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se repo­lir sont un peu pares­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, remis assez de fois»****. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve «leur sujet si bizarre et divers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose»*****; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bizar­re­ries, il affecte une entière indif­fé­rence et pré­fère renon­cer aux pre­mières places : «Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe»******. De plus en plus, il se sent une voca­tion de réfor­ma­teur. Tra­duc­teur de l’«Anti­gone» de Sophocle et de «L’Eunuque» de Térence, au moins autant musi­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la rédui­sant à la pho­né­tique et appli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers métrique. Pour assu­rer le suc­cès de sa réforme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de musique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­si­ra pas mieux que ses vers et son ortho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand expé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, allait mul­ti­pliant les ten­ta­tives; par le foi­son­ne­ment de ses «Œuvres com­plètes», il mérite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain******* lui a dres­sée : «Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe********, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est tarie».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jean-Antoine de Bayf et Jan-Antoéne de Baïf. Haut

** Raoul Mor­çay. Haut

*** Claude-Sixte Sau­treau de Mar­sy et Bar­thé­le­my Imbert. Haut

**** Le poème «Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour…». Haut

***** Le poème «Amour, quand je revois tout ce que je com­pose…». Haut

****** Le poème «Mais sans m’en avi­ser serais-je misé­rable?…». Haut

******* Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut

******** Rivière arro­sant la demeure des Muses. Haut

Baïf, «Œuvres complètes. Tome I. Neuf Livres des poèmes»

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Paris

Il s’agit des «Œuvres com­plètes» de Jean-Antoine de Baïf*, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs «Œuvres com­plètes» édi­tées, celles de Baïf ont dû attendre le XXIe siècle pour être enfin réunies (encore que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages admi­rables, sont sou­vent de lec­ture labo­rieuse et mal récom­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’«Antho­lo­gie grecque» et leurs imi­ta­teurs néo-latins, à moins qu’il ne pille les pétrar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande faci­li­té, il laisse pas­ser des incor­rec­tions, des solé­cismes, des mal­adresses et écrit négli­gem­ment, sans tâton­ne­ment comme sans retouches : «La phrase s’étend, s’étire, abuse des rejets…; parce qu’il ne sut jamais ni se sur­veiller ni se contraindre», déclare un cri­tique**. «On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser; car il paraît que, de son temps, on l’accusait déjà de négli­gence», disent d’autres***. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : «Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se repo­lir sont un peu pares­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, remis assez de fois»****. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve «leur sujet si bizarre et divers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose»*****; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bizar­re­ries, il affecte une entière indif­fé­rence et pré­fère renon­cer aux pre­mières places : «Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe»******. De plus en plus, il se sent une voca­tion de réfor­ma­teur. Tra­duc­teur de l’«Anti­gone» de Sophocle et de «L’Eunuque» de Térence, au moins autant musi­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la rédui­sant à la pho­né­tique et appli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers métrique. Pour assu­rer le suc­cès de sa réforme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de musique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­si­ra pas mieux que ses vers et son ortho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand expé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, allait mul­ti­pliant les ten­ta­tives; par le foi­son­ne­ment de ses «Œuvres com­plètes», il mérite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain******* lui a dres­sée : «Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe********, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est tarie».

* On ren­contre aus­si les gra­phies Jean-Antoine de Bayf et Jan-Antoéne de Baïf. Haut

** Raoul Mor­çay. Haut

*** Claude-Sixte Sau­treau de Mar­sy et Bar­thé­le­my Imbert. Haut

**** Le poème «Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour…». Haut

***** Le poème «Amour, quand je revois tout ce que je com­pose…». Haut

****** Le poème «Mais sans m’en avi­ser serais-je misé­rable?…». Haut

******* Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut

******** Rivière arro­sant la demeure des Muses. Haut

La Borderie, «L’Amie de Cour (1542)»

éd. H. Champion, coll. Textes de la Renaissance, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Textes de la Renais­sance, Paris

Il s’agit de «L’Amie de Cour», poème de Ber­trand de La Bor­de­rie*. Diplo­mate dis­tin­gué et pas­sable poète, La Bor­de­rie nous a don­né bien peu de détails sur sa vie, en dehors de sa brève mis­sion en Europe orien­tale en 1537-1538, rela­tée dans le «Dis­cours du voyage de Constan­ti­nople». Les édi­tions ori­gi­nales de ses poèmes ne ren­ferment aucune pré­face, aucune lettre, aucune note expli­ca­tive et autres sources pré­cieuses de ren­sei­gne­ments sur les auteurs de la Renais­sance. On ignore même l’année de sa nais­sance. Dans un pas­sage du «Dis­cours»**, il laisse entendre qu’il fut orphe­lin dès son enfance : «Car dès le temps de ma jeu­nesse tendre, [la For­tune s’était accou­tu­mée] à me nuire, et pour plus tôt à ses fins arri­ver, [elle m’avait] pri­vé du ferme espoir que moi — faible — [j’]avais mis [dans mes] parents et amis, fai­sant leur vie en guerre ter­mi­née». Il n’avait qu’«un seul ami, un mien pro­chain parent», l’ambassadeur Jean de La Forest, qui fut char­gé en 1535 de conclure le trai­té d’alliance entre Fran­çois Ier, roi de France, et le sul­tan Soli­man. La Bor­de­rie fut bien­tôt envoyé le rejoindre «dans la bos­sue Alba­nie»; mais par­ve­nu à des­ti­na­tion, il apprit qu’il était arri­vé trop tard. Il dut chan­ger d’itinéraire et mettre le cap sur Constan­ti­nople avec la flotte de Ber­trand d’Ornesan, ami­ral des mers du Levant. En 1537, le voi­là entré dans la capi­tale turque qu’il trou­va digne d’être com­pa­rée à Paris : «Au grand Paris égale en quan­ti­té, mais non si bien bâtie et habi­tée»***. Il en visi­ta les monu­ments et s’arrêta sur­tout à Sainte-Sophie, sans «pou­voir d’elle rendre bon compte, car ce sujet toutes langues sur­monte». Chré­tien péré­gri­nant sur ces nou­velles terres d’islam, il en don­na la toute pre­mière des­crip­tion en langue fran­çaise — et ce, en vers, bien qu’en vers trop peu soi­gnés — dans le «Dis­cours» paru en 1542. La même année, La Bor­de­rie chan­ta l’infidélité fémi­nine dans un poème inti­tu­lé «L’Amie de Cour». Cette Amie était une galante, adepte non tant de l’Amour que de ses avan­tages maté­riels. Elle cher­chait l’attention de tous les hommes, mais ne vou­lait s’attacher à per­sonne; elle fei­gnait de les aimer tous et n’en aimait aucun. Elle consi­dé­rait et vou­lait que l’on consi­dé­rât avec elle l’Amour tant van­té comme une folie funeste, une chi­mère d’imagination, une pen­sée de poète. «Je m’[étonne]», s’écrie-t-elle****, «de tant de fols esprits se [lamen­tant] d’Amour être [épris], de tant de voix piteuses et dolentes, qui font plainte des peines vio­lentes qu’un dieu d’Aimer (comme ils disent) leur cause : je ne sau­rais bien entendre la cause». À défaut de faire for­tune, ce poème fit du bruit et pro­vo­qua une foule de contre­par­ties : Antoine Héroët répli­qua par «La Par­faite Amie», Paul Angier par «L’Honnête Amant», Almanque Papillon par «Le Nou­vel Amour», Charles Fon­taine par «La Contre-amie de Cour». Cette dis­pute lit­té­raire, dite «que­relle des Amies», oppo­sant la coquette heu­reuse de faire usage de ses charmes et de comp­ter ses amants à la tenante d’un Amour pla­to­nique, sau­va le nom de La Bor­de­rie d’un oubli com­plet.

* À ne pas confondre avec Jean Boi­ceau de La Bor­de­rie, juris­con­sulte fran­çais, qui vécut à la même époque. Haut

** v. 289-296. Haut

*** v. 1599-1600. Haut

**** v. 1-6. Haut