Mot-clef16ᵉ siècle

su­jet

Schiller, « Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination espagnole »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas contre la do­mi­na­tion es­pa­gnole »1 (« Ges­chichte des Ab­falls der ve­rei­nig­ten Nie­der­lande von der spa­ni­schen Re­gie­rung ») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, « Les Bri­gands » furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, de­vant une foule pres­sée de spec­ta­teurs ac­cou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait ré­servé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment as­sis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un en­thou­siasme comme on n’en avait ja­mais vu en Al­le­magne. Ce­pen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant im­pri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques de­ve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les bé­né­fices étaient pour le li­braire. Notre poète, déses­péré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le di­rec­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se dé­bat­tant contre la pau­vreté, Schil­ler vint im­plo­rer son aide gé­né­reuse et la fa­veur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous de­vons ces loi­sirs ; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu » (« Deus no­bis hæc otia fe­cit ; namque erit ille mihi sem­per deus »2). Le re­fus du di­rec­teur dé­ter­mina notre poète à ré­si­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il es­saya un moyen de sa­lut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fonda une re­vue lit­té­raire. « La Tha­lie du Rhin »3 (« Rhei­nische Tha­lia »), tel fut le titre de ce re­cueil. Les abon­nés firent dé­faut. Les dé­trac­teurs, en re­vanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le sé­jour à Mann­heim lui de­vint im­pos­sible, in­to­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des en­vi­rons de Leip­zig, où il loua une mo­deste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher re­fuge pour mû­rir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la na­ture. Un ma­tin, le ha­sard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas de­vant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux ha­gards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se je­ter dans l’abîme. Schil­ler, sa­chant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains mo­ments de la vie, poussa les branches et lia conver­sa­tion avec le mi­sé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui de­puis six mois vi­vait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces mo­rales pour es­pé­rer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui de­manda en échange la pro­messe de re­tar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler as­sis­tait à une fête de ma­riage dans une riche fa­mille de Leip­zig. Au mo­ment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il ra­conta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été té­moin, il ré­clama de tous les in­vi­tés des se­cours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une as­siette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

  1. Par­fois tra­duit « His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas sous Phi­lippe II, roi d’Espagne », « His­toire de la ré­volte qui dé­ta­cha les Pays-Bas de la do­mi­na­tion es­pa­gnole » ou « His­toire de la dé­fec­tion des Pays-Bas réunis de l’Espagne ». Haut
  2. Vir­gile, « Bu­co­liques », poème I, v. 6-7. Haut
  1. Par­fois tra­duit « La Tha­lie rhé­nane ». Tha­lie, muse de la co­mé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâ­ton re­courbé des ber­gers et porte de la main gauche un masque co­mique. Haut

Schiller, « Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome II »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« His­toire de la guerre de Trente Ans » (« Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs ») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, « Les Bri­gands » furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, de­vant une foule pres­sée de spec­ta­teurs ac­cou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait ré­servé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment as­sis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un en­thou­siasme comme on n’en avait ja­mais vu en Al­le­magne. Ce­pen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant im­pri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques de­ve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les bé­né­fices étaient pour le li­braire. Notre poète, déses­péré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le di­rec­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se dé­bat­tant contre la pau­vreté, Schil­ler vint im­plo­rer son aide gé­né­reuse et la fa­veur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous de­vons ces loi­sirs ; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu » (« Deus no­bis hæc otia fe­cit ; namque erit ille mihi sem­per deus »1). Le re­fus du di­rec­teur dé­ter­mina notre poète à ré­si­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il es­saya un moyen de sa­lut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fonda une re­vue lit­té­raire. « La Tha­lie du Rhin »2 (« Rhei­nische Tha­lia »), tel fut le titre de ce re­cueil. Les abon­nés firent dé­faut. Les dé­trac­teurs, en re­vanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le sé­jour à Mann­heim lui de­vint im­pos­sible, in­to­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des en­vi­rons de Leip­zig, où il loua une mo­deste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher re­fuge pour mû­rir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la na­ture. Un ma­tin, le ha­sard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas de­vant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux ha­gards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se je­ter dans l’abîme. Schil­ler, sa­chant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains mo­ments de la vie, poussa les branches et lia conver­sa­tion avec le mi­sé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui de­puis six mois vi­vait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces mo­rales pour es­pé­rer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui de­manda en échange la pro­messe de re­tar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler as­sis­tait à une fête de ma­riage dans une riche fa­mille de Leip­zig. Au mo­ment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il ra­conta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été té­moin, il ré­clama de tous les in­vi­tés des se­cours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une as­siette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

  1. Vir­gile, « Bu­co­liques », poème I, v. 6-7. Haut
  1. Par­fois tra­duit « La Tha­lie rhé­nane ». Tha­lie, muse de la co­mé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâ­ton re­courbé des ber­gers et porte de la main gauche un masque co­mique. Haut

Schiller, « Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome I »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’« His­toire de la guerre de Trente Ans » (« Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs ») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, « Les Bri­gands » furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, de­vant une foule pres­sée de spec­ta­teurs ac­cou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait ré­servé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment as­sis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un en­thou­siasme comme on n’en avait ja­mais vu en Al­le­magne. Ce­pen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant im­pri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques de­ve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les bé­né­fices étaient pour le li­braire. Notre poète, déses­péré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le di­rec­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se dé­bat­tant contre la pau­vreté, Schil­ler vint im­plo­rer son aide gé­né­reuse et la fa­veur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous de­vons ces loi­sirs ; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu » (« Deus no­bis hæc otia fe­cit ; namque erit ille mihi sem­per deus »1). Le re­fus du di­rec­teur dé­ter­mina notre poète à ré­si­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il es­saya un moyen de sa­lut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fonda une re­vue lit­té­raire. « La Tha­lie du Rhin »2 (« Rhei­nische Tha­lia »), tel fut le titre de ce re­cueil. Les abon­nés firent dé­faut. Les dé­trac­teurs, en re­vanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le sé­jour à Mann­heim lui de­vint im­pos­sible, in­to­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des en­vi­rons de Leip­zig, où il loua une mo­deste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher re­fuge pour mû­rir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la na­ture. Un ma­tin, le ha­sard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas de­vant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux ha­gards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se je­ter dans l’abîme. Schil­ler, sa­chant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains mo­ments de la vie, poussa les branches et lia conver­sa­tion avec le mi­sé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui de­puis six mois vi­vait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces mo­rales pour es­pé­rer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui de­manda en échange la pro­messe de re­tar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler as­sis­tait à une fête de ma­riage dans une riche fa­mille de Leip­zig. Au mo­ment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il ra­conta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été té­moin, il ré­clama de tous les in­vi­tés des se­cours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une as­siette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

  1. Vir­gile, « Bu­co­liques », poème I, v. 6-7. Haut
  1. Par­fois tra­duit « La Tha­lie rhé­nane ». Tha­lie, muse de la co­mé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâ­ton re­courbé des ber­gers et porte de la main gauche un masque co­mique. Haut

Schiller, « Poésies »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’ode « À la joie » (« An die Freude »1) et autres poé­sies de Frie­drich Schil­ler. En 1782, « Les Bri­gands » furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, de­vant une foule pres­sée de spec­ta­teurs ac­cou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait ré­servé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment as­sis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un en­thou­siasme comme on n’en avait ja­mais vu en Al­le­magne. Ce­pen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant im­pri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques de­ve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les bé­né­fices étaient pour le li­braire. Notre poète, déses­péré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le di­rec­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se dé­bat­tant contre la pau­vreté, Schil­ler vint im­plo­rer son aide gé­né­reuse et la fa­veur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : « C’est à un dieu que nous de­vons ces loi­sirs ; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu » (« Deus no­bis hæc otia fe­cit ; namque erit ille mihi sem­per deus »2). Le re­fus du di­rec­teur dé­ter­mina notre poète à ré­si­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il es­saya un moyen de sa­lut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fonda une re­vue lit­té­raire. « La Tha­lie du Rhin »3 (« Rhei­nische Tha­lia »), tel fut le titre de ce re­cueil. Les abon­nés firent dé­faut. Les dé­trac­teurs, en re­vanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le sé­jour à Mann­heim lui de­vint im­pos­sible, in­to­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des en­vi­rons de Leip­zig, où il loua une mo­deste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher re­fuge pour mû­rir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la na­ture. Un ma­tin, le ha­sard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas de­vant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux ha­gards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se je­ter dans l’abîme. Schil­ler, sa­chant lui aussi de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains mo­ments de la vie, poussa les branches et lia conver­sa­tion avec le mi­sé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui de­puis six mois vi­vait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces mo­rales pour es­pé­rer. Notre poète lui donna le peu qu’il avait sur lui, et lui de­manda en échange la pro­messe de re­tar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler as­sis­tait à une fête de ma­riage dans une riche fa­mille de Leip­zig. Au mo­ment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il ra­conta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été té­moin, il ré­clama de tous les in­vi­tés des se­cours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une as­siette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

  1. Au­tre­fois tra­duit « Au plai­sir ». Haut
  2. Vir­gile, « Bu­co­liques », poème I, v. 6-7. Haut
  1. Par­fois tra­duit « La Tha­lie rhé­nane ». Tha­lie, muse de la co­mé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâ­ton re­courbé des ber­gers et porte de la main gauche un masque co­mique. Haut

Baïf, « Œuvres complètes. Tome III. Les Jeux »

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Pa­ris

Il s’agit des « Œuvres com­plètes » de Jean-An­toine de Baïf1, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs « Œuvres com­plètes » édi­tées, celles de Baïf ont dû at­tendre le XXIe siècle pour être en­fin réunies (en­core que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages ad­mi­rables, sont sou­vent de lec­ture la­bo­rieuse et mal ré­com­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’« An­tho­lo­gie grecque » et leurs imi­ta­teurs néo-la­tins, à moins qu’il ne pille les pé­trar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande fa­ci­lité, il laisse pas­ser des in­cor­rec­tions, des so­lé­cismes, des mal­adresses et écrit né­gli­gem­ment, sans tâ­ton­ne­ment comme sans re­touches : « La phrase s’étend, s’étire, abuse des re­jets… ; parce qu’il ne sut ja­mais ni se sur­veiller ni se contraindre », dé­clare un cri­tique2. « On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser ; car il pa­raît que, de son temps, on l’accusait déjà de né­gli­gence », disent d’autres3. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : « Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se re­po­lir sont un peu pa­res­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, re­mis as­sez de fois »4. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve « leur su­jet si bi­zarre et di­vers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose »5 ; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bi­zar­re­ries, il af­fecte une en­tière in­dif­fé­rence et pré­fère re­non­cer aux pre­mières places : « Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe »6. De plus en plus, il se sent une vo­ca­tion de ré­for­ma­teur. Tra­duc­teur de l’« An­ti­gone » de So­phocle et de « L’Eunuque » de Té­rence, au moins au­tant mu­si­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la ré­dui­sant à la pho­né­tique et ap­pli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers mé­trique. Pour as­su­rer le suc­cès de sa ré­forme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de mu­sique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­sira pas mieux que ses vers et son or­tho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand ex­pé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, al­lait mul­ti­pliant les ten­ta­tives ; par le foi­son­ne­ment de ses « Œuvres com­plètes », il mé­rite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain7 lui a dres­sée : « Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe8, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est ta­rie ».

  1. On ren­contre aussi les gra­phies Jean-An­toine de Bayf et Jan-An­toéne de Baïf. Haut
  2. Raoul Mor­çay. Haut
  3. Claude-Sixte Sau­treau de Marsy et Bar­thé­lemy Im­bert. Haut
  4. Le poème « Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour… ». Haut
  1. Le poème « Amour, quand je re­vois tout ce que je com­pose… ». Haut
  2. Le poème « Mais sans m’en avi­ser se­rais-je mi­sé­rable ?… ». Haut
  3. Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut
  4. Ri­vière ar­ro­sant la de­meure des Muses. Haut

Wu Cheng’en, « La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome II »

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris

Il s’agit de « (Mé­moire de) La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » (« Xiyou ji »1), très cé­lèbre ro­man-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pè­le­rin. « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » est, comme on le sait, une sorte de dé­dou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la pé­ré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le dé­but du IXe siècle, l’imagination po­pu­laire chi­noise s’était em­pa­rée des ex­ploits de ce moine en marche, parti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, courbé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il ra­me­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sa­cré dans la conca­vité d’un ro­seau. « Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et en­tendu ce que nul autre n’a ja­mais vu et en­tendu. Seul, il tra­versa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes dé­mo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grimpa sur de fa­bu­leuses mon­tagnes… tou­jours re­froi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est re­venu sain et sauf [dans] son pays na­tal et avec si grande quan­tité de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ou­vrages sa­crés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… ca­pables de faire en­vo­ler les puis­sances in­vi­sibles du mal »2. Ses « Mé­moires » et sa « Bio­gra­phie » de­vinrent la source d’inspiration de nom­breuses lé­gendes qui, mê­lées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la « Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang » (« Da Tang San­zang qu jing shi­hua »3), da­tée du Xe ou XIe siècle, on voit en­trer en scène un Roi des Singes, ac­com­pa­gnant le pè­le­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fa­bu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le « Râ­mâyaṇa ». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aussi pour su­jet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un ro­man in­ti­tulé « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest », mais qui est perdu, si l’on ex­cepte un frag­ment dans la « Grande En­cy­clo­pé­die Yongle »

  1. En chi­nois « 西遊記 ». Au­tre­fois trans­crit « Xiyuji », « Hsi-yu chi », « Si you tsi », « Sy-yeou-ky » ou « Si yeou ki ». Haut
  2. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde », p. 362. Haut
  1. En chi­nois « 大唐三藏取經詩話 ». Haut

Wu Cheng’en, « La Pérégrination vers l’Ouest, “Xiyou ji”. Tome I »

éd. Gallimard, coll. Bibliothèque de la Pléiade, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Bi­blio­thèque de la Pléiade, Pa­ris

Il s’agit de « (Mé­moire de) La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » (« Xiyou ji »1), très cé­lèbre ro­man-fleuve chi­nois, dont le per­son­nage cen­tral est un Singe pè­le­rin. « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest » est, comme on le sait, une sorte de dé­dou­ble­ment ou de trans­po­si­tion bur­lesque de la pé­ré­gri­na­tion vers l’Inde (réelle, celle-là) du moine Xuan­zang. Dès le dé­but du IXe siècle, l’imagination po­pu­laire chi­noise s’était em­pa­rée des ex­ploits de ce moine en marche, parti avec sa canne pour seul com­pa­gnon, tra­ver­sant fleuves et monts, courbé sous le poids des cen­taines de soû­tras boud­dhiques qu’il ra­me­nait dans une hotte d’osier, tel Pro­mé­thée rap­por­tant le feu sa­cré dans la conca­vité d’un ro­seau. « Xuan­zang est allé là où nul autre n’est allé, il a vu et en­tendu ce que nul autre n’a ja­mais vu et en­tendu. Seul, il tra­versa de vastes éten­dues sans che­min, fré­quen­tées seule­ment par des fan­tômes dé­mo­niaques. Cou­ra­geu­se­ment il grimpa sur de fa­bu­leuses mon­tagnes… tou­jours re­froi­dies par des vents gla­cés et par des neiges éter­nelles… Main­te­nant, il est re­venu sain et sauf [dans] son pays na­tal et avec si grande quan­tité de pré­cieux tré­sors. Il y a, là, six cent cin­quante-sept ou­vrages sa­crés… dont cer­tains sont rem­plis de charmes… ca­pables de faire en­vo­ler les puis­sances in­vi­sibles du mal »2. Ses « Mé­moires » et sa « Bio­gra­phie » de­vinrent la source d’inspiration de nom­breuses lé­gendes qui, mê­lées à des contes ani­ma­liers, s’enrichirent peu à peu de créa­tures sur­na­tu­relles et de pro­diges. Déjà dans la « Chan­te­fable de la quête des soû­tras par Xuan­zang des grands Tang » (« Da Tang San­zang qu jing shi­hua »3), da­tée du Xe ou XIe siècle, on voit en­trer en scène un Roi des Singes, ac­com­pa­gnant le pè­le­rin dans son voyage et contri­buant puis­sam­ment à sa réus­site — un Singe fa­bu­leux cal­qué, au moins en par­tie, sur le per­son­nage d’Hanumân dans le « Râ­mâyaṇa ». Cer­taines pièces du théâtre des Yuan avaient aussi pour su­jet la quête des soû­tras. Et il exis­tait, sous ces mêmes Yuan, un ro­man in­ti­tulé « La Pé­ré­gri­na­tion vers l’Ouest », mais qui est perdu, si l’on ex­cepte un frag­ment dans la « Grande En­cy­clo­pé­die Yongle »

  1. En chi­nois « 西遊記 ». Au­tre­fois trans­crit « Xiyuji », « Hsi-yu chi », « Si you tsi », « Sy-yeou-ky » ou « Si yeou ki ». Haut
  2. Dans Lévy, « Les Pè­le­rins chi­nois en Inde », p. 362. Haut
  1. En chi­nois « 大唐三藏取經詩話 ». Haut

« Poètes turcs des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles »

éd. Ari, coll. Ankara Üniversitesi Yayımları-Edebi İncelemeler, Istanbul

éd. Ari, coll. An­kara Üni­ver­si­tesi Yayım­ları-Edebi İnc­el­em­eler, Is­tan­bul

Il s’agit d’une an­tho­lo­gie de la poé­sie ot­to­mane. Dès la fixa­tion des Turcs en Ana­to­lie, deux poé­sies s’affrontent, dont la pre­mière fi­nira par l’emporter à l’époque ot­to­mane, mais dont la se­conde triom­phera en­tiè­re­ment dans la Tur­quie mo­derne : d’un côté, celle des sei­gneurs et des ci­ta­dins, dont le but sera de trans­po­ser en un turc bourré d’arabe et de per­san les ma­nières lit­té­raires de ces deux grandes langues mu­sul­manes, dans des vers fon­dés sur la quan­tité longue et brève des syl­labes ; de l’autre, celle des pay­sans et des no­mades, peut-être moins sa­vants, mais doués d’un sens plus vif de leur langue ma­ter­nelle, sou­vent nour­ris de chan­sons po­pu­laires, qui en­tre­pren­dront d’exprimer leur sen­si­bi­lité et leur pen­sée se­lon le gé­nie na­tio­nal, dans des vers fon­dés sur le seul nombre des syl­labes. Les suc­cès pres­ti­gieux, au XIVe siècle, du sei­gneur turc Oth­man, qui sou­met avec le se­cours de l’islamisme toute l’Anatolie avant de se lan­cer à la conquête des Bal­kans et du Proche-Orient, ont pour consé­quence iné­luc­table, en même temps qu’une cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, la réunion à la Cour de tous les poètes de re­nom, qui de­viennent ainsi « des écri­vains pro­fes­sion­nels et cour­ti­sans, aris­to­crates et pé­dants, vi­vant en vase clos et de fa­çon ar­ti­fi­cielle, cou­pés du reste de la na­tion »1. Au XVIe siècle, avec l’apogée de l’Empire sous le règne du sul­tan So­li­man coïn­cide, comme de juste, la ma­tu­rité de la poé­sie ot­to­mane, in­car­née par Bâkî2. Poète de gé­nie, Bâkî doit à son seul ta­lent une brillante ré­pu­ta­tion et une haute for­tune ; car s’il dé­bute sa vie comme fils d’un pauvre muez­zin, il fi­nit sa car­rière comme vi­zir. « Ses gha­zels — courts poèmes ly­riques de ton gé­né­ra­le­ment lé­ger — où ce grave ec­clé­sias­tique chante l’amour et le vin en des termes qui nous sur­prennent, mais dont les com­men­ta­teurs or­tho­doxes as­surent qu’ils sont sym­bo­liques, sont parmi les plus cé­lèbres »3. Je leur pré­fère, ce­pen­dant, la per­fec­tion clas­sique de son « Orai­son fu­nèbre du sul­tan So­li­man »4, la­quelle évoque avec un grand art cette pé­riode où l’Empire ot­to­man était sans doute le plus puis­sant du monde

  1. Louis Ba­zin, « Lit­té­ra­ture turque ». Haut
  2. Au­tre­fois trans­crit Bâqî ou Ba­qui. Haut
  1. Louis Ba­zin, « Lit­té­ra­ture turque ». Haut
  2. En turc « Mer­siye-i sul­tân Sü­ley­mân ». Haut

« La Muse ottomane, ou Chefs-d’œuvre de la poésie turque »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’une an­tho­lo­gie de la poé­sie ot­to­mane. Dès la fixa­tion des Turcs en Ana­to­lie, deux poé­sies s’affrontent, dont la pre­mière fi­nira par l’emporter à l’époque ot­to­mane, mais dont la se­conde triom­phera en­tiè­re­ment dans la Tur­quie mo­derne : d’un côté, celle des sei­gneurs et des ci­ta­dins, dont le but sera de trans­po­ser en un turc bourré d’arabe et de per­san les ma­nières lit­té­raires de ces deux grandes langues mu­sul­manes, dans des vers fon­dés sur la quan­tité longue et brève des syl­labes ; de l’autre, celle des pay­sans et des no­mades, peut-être moins sa­vants, mais doués d’un sens plus vif de leur langue ma­ter­nelle, sou­vent nour­ris de chan­sons po­pu­laires, qui en­tre­pren­dront d’exprimer leur sen­si­bi­lité et leur pen­sée se­lon le gé­nie na­tio­nal, dans des vers fon­dés sur le seul nombre des syl­labes. Les suc­cès pres­ti­gieux, au XIVe siècle, du sei­gneur turc Oth­man, qui sou­met avec le se­cours de l’islamisme toute l’Anatolie avant de se lan­cer à la conquête des Bal­kans et du Proche-Orient, ont pour consé­quence iné­luc­table, en même temps qu’une cen­tra­li­sa­tion du pou­voir, la réunion à la Cour de tous les poètes de re­nom, qui de­viennent ainsi « des écri­vains pro­fes­sion­nels et cour­ti­sans, aris­to­crates et pé­dants, vi­vant en vase clos et de fa­çon ar­ti­fi­cielle, cou­pés du reste de la na­tion »1. Au XVIe siècle, avec l’apogée de l’Empire sous le règne du sul­tan So­li­man coïn­cide, comme de juste, la ma­tu­rité de la poé­sie ot­to­mane, in­car­née par Bâkî2. Poète de gé­nie, Bâkî doit à son seul ta­lent une brillante ré­pu­ta­tion et une haute for­tune ; car s’il dé­bute sa vie comme fils d’un pauvre muez­zin, il fi­nit sa car­rière comme vi­zir. « Ses gha­zels — courts poèmes ly­riques de ton gé­né­ra­le­ment lé­ger — où ce grave ec­clé­sias­tique chante l’amour et le vin en des termes qui nous sur­prennent, mais dont les com­men­ta­teurs or­tho­doxes as­surent qu’ils sont sym­bo­liques, sont parmi les plus cé­lèbres »3. Je leur pré­fère, ce­pen­dant, la per­fec­tion clas­sique de son « Orai­son fu­nèbre du sul­tan So­li­man »4, la­quelle évoque avec un grand art cette pé­riode où l’Empire ot­to­man était sans doute le plus puis­sant du monde

  1. Louis Ba­zin, « Lit­té­ra­ture turque ». Haut
  2. Au­tre­fois trans­crit Bâqî ou Ba­qui. Haut
  1. Louis Ba­zin, « Lit­té­ra­ture turque ». Haut
  2. En turc « Mer­siye-i sul­tân Sü­ley­mân ». Haut

« Nguyễn Bỉnh Khiêm, porte-parole de la sagesse populaire : le “Bạch-vân am quốc-ngữ thi-tập” »

dans « Bulletin de la Société des études indochinoises », vol. 49, nº 4

dans « Bul­le­tin de la So­ciété des études in­do­chi­noises », vol. 49, no 4

Il s’agit du « Re­cueil des poèmes en langue na­tio­nale de la Re­traite des nuages blancs » (« Bạch Vân quốc ngữ thi tập ») de Nguyễn Bỉnh Khiêm1 (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). L’époque où vé­cut Nguyễn Bỉnh Khiêm vit une guerre ci­vile par­ta­ger le Viêt-nam en deux. L’usurpation du trône des Lê par les Mạc amena de longues dé­cen­nies de troubles, au cours des­quelles s’opposèrent les par­ti­sans des deux dy­nas­ties. Mi­nistre in­tègre et grand poète, Nguyễn Bỉnh Khiêm sut se main­te­nir au-des­sus de la mê­lée. Sa pro­fonde culture, son mé­pris des hon­neurs, son amour du peuple, sa sa­gesse, sa ré­pu­ta­tion de de­vin, en­fin, en im­po­saient à tous les clans po­li­tiques, qui ve­naient le consul­ter dans son er­mi­tage rus­tique, ap­pelé Re­traite des nuages blancs (Bạch Vân2). « Qui pour­suit les hon­neurs se sou­met à leurs chaînes ; seule la vie dans la re­traite pro­cure des joies mer­veilleuses », di­sait Nguyễn Bỉnh Khiêm (poème 9). Pré­fé­rant la libre in­sou­ciance, il se sen­tait étran­ger à tous les biens ; gloire et ri­chesse ne l’imprégnaient plus. Sa for­tune en­tière te­nait dans ce coin de na­ture, dans cet er­mi­tage loin de « la pous­sière rose du monde » (poème 55). Comme ser­vi­teurs, il ne lui res­tait que quelques « ran­gées d’orangers et de man­da­ri­niers » (poème 55) ; comme amis fi­dèles, que « les monts et les fleuves de chez nous » (poème 1) ; comme lampe al­lu­mée, que « la lune, à la porte » (poème 73). Lorsqu’il avait soif, il bu­vait le thé des col­lines, tout fu­mant de va­peur. Avait-il chaud ? Il s’asseyait près de la fe­nêtre ou­verte sur la vé­randa. Ainsi s’écoulaient ses jours bien­heu­reux et lé­gers. « La­bou­rer pour man­ger, creu­ser pour boire, se conten­ter de son sort ; quant aux af­faires de ce monde, ne pas sa­voir si l’on en est aux Han, ou bien aux Ts’in » : telle fut sa de­vise (poème 55). Il laissa à sa mort de nom­breux poèmes en chi­nois clas­sique ; mais c’est le « Re­cueil des poèmes en langue na­tio­nale de la Re­traite des nuages blancs » qui a rendu im­mor­tel le sou­ve­nir de cet homme qui a tout fait pour se faire ou­blier. « Poète qui fuit les abs­trac­tions, Nguyễn Bỉnh Khiêm est sur­tout le phi­lo­sophe de l’art de vivre, non certes de l’opportunisme, ni même du dé­sir de tran­quillité à tout prix, mais d’un cer­tain “ins­tinct du bon­heur” fondé sur la sa­gesse, le res­pect et l’amour d’autrui, la vie en com­mu­nion avec la na­ture… Comme Nguyễn Trãi, il était un adepte du [zen]. Mais, tan­dis que Nguyễn Trãi pui­sait dans la mé­di­ta­tion des forces pour l’action, Nguyễn Bỉnh Khiêm, lui, contem­plait en spec­ta­teur les évé­ne­ments ex­té­rieurs, as­pi­rant seule­ment à jouer le rôle d’observateur, [ou] tout au plus, ce­lui de conseiller »

  1. Éga­le­ment connu sous le sur­nom de Trạng Trình (« le pre­mier doc­teur Trình »). Haut
  1. Nom em­prunté à « L’Œuvre com­plète » de Tchouang-tseu : « En temps de paix, le saint prend part à la pros­pé­rité de tous ; en temps de trouble, il cultive sa vertu et se re­tire dans l’oisiveté. Au bout de mille ans, fa­ti­gué de ce monde, il le quitte, monte vers le ciel, che­vauche les nuages blancs ». Haut

Baïf, « Œuvres complètes. Tome II. Les Amours »

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Pa­ris

Il s’agit des « Œuvres com­plètes » de Jean-An­toine de Baïf1, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs « Œuvres com­plètes » édi­tées, celles de Baïf ont dû at­tendre le XXIe siècle pour être en­fin réunies (en­core que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages ad­mi­rables, sont sou­vent de lec­ture la­bo­rieuse et mal ré­com­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’« An­tho­lo­gie grecque » et leurs imi­ta­teurs néo-la­tins, à moins qu’il ne pille les pé­trar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande fa­ci­lité, il laisse pas­ser des in­cor­rec­tions, des so­lé­cismes, des mal­adresses et écrit né­gli­gem­ment, sans tâ­ton­ne­ment comme sans re­touches : « La phrase s’étend, s’étire, abuse des re­jets… ; parce qu’il ne sut ja­mais ni se sur­veiller ni se contraindre », dé­clare un cri­tique2. « On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser ; car il pa­raît que, de son temps, on l’accusait déjà de né­gli­gence », disent d’autres3. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : « Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se re­po­lir sont un peu pa­res­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, re­mis as­sez de fois »4. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve « leur su­jet si bi­zarre et di­vers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose »5 ; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bi­zar­re­ries, il af­fecte une en­tière in­dif­fé­rence et pré­fère re­non­cer aux pre­mières places : « Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe »6. De plus en plus, il se sent une vo­ca­tion de ré­for­ma­teur. Tra­duc­teur de l’« An­ti­gone » de So­phocle et de « L’Eunuque » de Té­rence, au moins au­tant mu­si­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la ré­dui­sant à la pho­né­tique et ap­pli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers mé­trique. Pour as­su­rer le suc­cès de sa ré­forme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de mu­sique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­sira pas mieux que ses vers et son or­tho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand ex­pé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, al­lait mul­ti­pliant les ten­ta­tives ; par le foi­son­ne­ment de ses « Œuvres com­plètes », il mé­rite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain7 lui a dres­sée : « Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe8, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est ta­rie ».

  1. On ren­contre aussi les gra­phies Jean-An­toine de Bayf et Jan-An­toéne de Baïf. Haut
  2. Raoul Mor­çay. Haut
  3. Claude-Sixte Sau­treau de Marsy et Bar­thé­lemy Im­bert. Haut
  4. Le poème « Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour… ». Haut
  1. Le poème « Amour, quand je re­vois tout ce que je com­pose… ». Haut
  2. Le poème « Mais sans m’en avi­ser se­rais-je mi­sé­rable ?… ». Haut
  3. Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut
  4. Ri­vière ar­ro­sant la de­meure des Muses. Haut

Baïf, « Œuvres complètes. Tome I. Neuf Livres des poèmes »

éd. H. Champion, Paris

éd. H. Cham­pion, Pa­ris

Il s’agit des « Œuvres com­plètes » de Jean-An­toine de Baïf1, poète fran­çais (XVIe siècle apr. J.-C.). Tan­dis que Du Bel­lay et Ron­sard ont vu maintes fois leurs « Œuvres com­plètes » édi­tées, celles de Baïf ont dû at­tendre le XXIe siècle pour être en­fin réunies (en­core que seuls les pre­miers tomes ont paru à ce jour). Il est vrai que ses vers, où il est tout de même aisé de trou­ver quelques pas­sages ad­mi­rables, sont sou­vent de lec­ture la­bo­rieuse et mal ré­com­pen­sée. Son style est gauche. Son ins­pi­ra­tion est toute d’emprunt. Il prend à pleines mains dans les poètes de l’« An­tho­lo­gie grecque » et leurs imi­ta­teurs néo-la­tins, à moins qu’il ne pille les pé­trar­quistes et les bem­bistes ita­liens. Vic­time de sa trop grande fa­ci­lité, il laisse pas­ser des in­cor­rec­tions, des so­lé­cismes, des mal­adresses et écrit né­gli­gem­ment, sans tâ­ton­ne­ment comme sans re­touches : « La phrase s’étend, s’étire, abuse des re­jets… ; parce qu’il ne sut ja­mais ni se sur­veiller ni se contraindre », dé­clare un cri­tique2. « On pour­rait presque dire qu’on a plus de peine à lire ses vers, qu’il n’en eut… à les com­po­ser ; car il pa­raît que, de son temps, on l’accusait déjà de né­gli­gence », disent d’autres3. Au reste, Baïf se rend compte de sa non­cha­lance, l’avoue et ne veut pas s’en cor­ri­ger : « Le pis que l’on dira, c’est que je suis de ceux qui à se re­po­lir sont un peu pa­res­seux, et que mes rudes vers n’ont [pas] été, sur l’enclume, re­mis as­sez de fois »4. Feuille­tant ses propres poèmes, il trouve « leur su­jet si bi­zarre et di­vers, qu’en lire trois du long de grand-honte je n’ose »5 ; mais loin d’essayer de cor­ri­ger ces bi­zar­re­ries, il af­fecte une en­tière in­dif­fé­rence et pré­fère re­non­cer aux pre­mières places : « Mon but est de me plaire aux chan­sons que je chante… Si nul ne s’en contente, il faut que je m’en passe »6. De plus en plus, il se sent une vo­ca­tion de ré­for­ma­teur. Tra­duc­teur de l’« An­ti­gone » de So­phocle et de « L’Eunuque » de Té­rence, au moins au­tant mu­si­cien que poète, il veut sim­pli­fier l’orthographe en la ré­dui­sant à la pho­né­tique et ap­pli­quer à la poé­sie fran­çaise le vers mé­trique. Pour as­su­rer le suc­cès de sa ré­forme, il fonde une Aca­dé­mie de poé­sie et de mu­sique, plus d’un demi-siècle avant l’Académie fran­çaise. Son Aca­dé­mie ne réus­sira pas mieux que ses vers et son or­tho­graphe. Néan­moins, on ne peut qu’admirer la per­sé­vé­rance de ce grand ex­pé­ri­men­ta­teur qui, de poé­sie en poé­sie, al­lait mul­ti­pliant les ten­ta­tives ; par le foi­son­ne­ment de ses « Œuvres com­plètes », il mé­rite cette épi­taphe qu’un contem­po­rain7 lui a dres­sée : « Baïf étant la mer de Poé­sie, il fit — épris de haute fan­tai­sie — cou­ler par­tout les ondes de Per­messe8, sui­vant les pas des Muses de la Grèce… Ores qu’il est mort… cette belle eau pour la France est ta­rie ».

  1. On ren­contre aussi les gra­phies Jean-An­toine de Bayf et Jan-An­toéne de Baïf. Haut
  2. Raoul Mor­çay. Haut
  3. Claude-Sixte Sau­treau de Marsy et Bar­thé­lemy Im­bert. Haut
  4. Le poème « Ma Fran­cine, il est temps de te mon­trer au jour… ». Haut
  1. Le poème « Amour, quand je re­vois tout ce que je com­pose… ». Haut
  2. Le poème « Mais sans m’en avi­ser se­rais-je mi­sé­rable ?… ». Haut
  3. Jean Vau­que­lin de La Fres­naye. Haut
  4. Ri­vière ar­ro­sant la de­meure des Muses. Haut

La Borderie, « L’Amie de Cour (1542) »

éd. H. Champion, coll. Textes de la Renaissance, Paris

éd. H. Cham­pion, coll. Textes de la Re­nais­sance, Pa­ris

Il s’agit de « L’Amie de Cour », poème de Ber­trand de La Bor­de­rie1. Di­plo­mate dis­tin­gué et pas­sable poète, La Bor­de­rie nous a donné bien peu de dé­tails sur sa vie, en de­hors de sa brève mis­sion en Eu­rope orien­tale en 1537-1538, re­la­tée dans le « Dis­cours du voyage de Constan­ti­nople ». Les édi­tions ori­gi­nales de ses poèmes ne ren­ferment au­cune pré­face, au­cune lettre, au­cune note ex­pli­ca­tive et autres sources pré­cieuses de ren­sei­gne­ments sur les au­teurs de la Re­nais­sance. On ignore même l’année de sa nais­sance. Dans un pas­sage du « Dis­cours »2, il laisse en­tendre qu’il fut or­phe­lin dès son en­fance : « Car dès le temps de ma jeu­nesse tendre, [la For­tune s’était ac­cou­tu­mée] à me nuire, et pour plus tôt à ses fins ar­ri­ver, [elle m’avait] privé du ferme es­poir que moi — faible — [j’]avais mis [dans mes] pa­rents et amis, fai­sant leur vie en guerre ter­mi­née ». Il n’avait qu’« un seul ami, un mien pro­chain pa­rent », l’ambassadeur Jean de La Fo­rest, qui fut chargé en 1535 de conclure le traité d’alliance entre Fran­çois Ier, roi de France, et le sul­tan So­li­man. La Bor­de­rie fut bien­tôt en­voyé le re­joindre « dans la bos­sue Al­ba­nie » ; mais par­venu à des­ti­na­tion, il ap­prit qu’il était ar­rivé trop tard. Il dut chan­ger d’itinéraire et mettre le cap sur Constan­ti­nople avec la flotte de Ber­trand d’Ornesan, ami­ral des mers du Le­vant. En 1537, le voilà en­tré dans la ca­pi­tale turque qu’il trouva digne d’être com­pa­rée à Pa­ris : « Au grand Pa­ris égale en quan­tité, mais non si bien bâ­tie et ha­bi­tée »3. Il en vi­sita les mo­nu­ments et s’arrêta sur­tout à Sainte-So­phie, sans « pou­voir d’elle rendre bon compte, car ce su­jet toutes langues sur­monte ». Chré­tien pé­ré­gri­nant sur ces nou­velles terres d’islam, il en donna la toute pre­mière des­crip­tion en langue fran­çaise — et ce, en vers, bien qu’en vers trop peu soi­gnés — dans le « Dis­cours » paru en 1542. La même an­née, La Bor­de­rie chanta l’infidélité fé­mi­nine dans un poème in­ti­tulé « L’Amie de Cour ». Cette Amie était une ga­lante, adepte non tant de l’Amour que de ses avan­tages ma­té­riels. Elle cher­chait l’attention de tous les hommes, mais ne vou­lait s’attacher à per­sonne ; elle fei­gnait de les ai­mer tous et n’en ai­mait au­cun. Elle consi­dé­rait et vou­lait que l’on consi­dé­rât avec elle l’Amour tant vanté comme une fo­lie fu­neste, une chi­mère d’imagination, une pen­sée de poète. « Je m’[étonne] », s’écrie-t-elle4, « de tant de fols es­prits se [la­men­tant] d’Amour être [épris], de tant de voix pi­teuses et do­lentes, qui font plainte des peines vio­lentes qu’un dieu d’Aimer (comme ils disent) leur cause : je ne sau­rais bien en­tendre la cause ». À dé­faut de faire for­tune, ce poème fit du bruit et pro­vo­qua une foule de contre­par­ties : An­toine Hé­roët ré­pli­qua par « La Par­faite Amie », Paul An­gier par « L’Honnête Amant », Al­manque Pa­pillon par « Le Nou­vel Amour », Charles Fon­taine par « La Contre-amie de Cour ». Cette dis­pute lit­té­raire, dite « que­relle des Amies », op­po­sant la co­quette heu­reuse de faire usage de ses charmes et de comp­ter ses amants à la te­nante d’un Amour pla­to­nique, sauva le nom de La Bor­de­rie d’un ou­bli com­plet.

  1. À ne pas confondre avec Jean Boi­ceau de La Bor­de­rie, ju­ris­con­sulte fran­çais, qui vé­cut à la même époque. Haut
  2. v. 289-296. Haut
  1. v. 1599-1600. Haut
  2. v. 1-6. Haut