La Borderie, « L’Amie de Cour (1542) »

éd. H. Champion, coll. Textes de la Renaissance, Paris

éd. H. Champion, coll. Textes de la Renaissance, Paris

Il s’agit de « L’Amie de Cour », poème de Bertrand de La Borderie*. Diplomate distingué et passable poète, La Borderie nous a donné bien peu de détails sur sa vie, en dehors de sa brève mission en Europe orientale en 1537-1538, relatée dans le « Discours du voyage de Constantinople ». Les éditions originales de ses poèmes ne renferment aucune préface, aucune lettre, aucune note explicative et autres sources précieuses de renseignements sur les auteurs de la Renaissance. On ignore même l’année de sa naissance. Dans un passage du « Discours »**, il laisse entendre qu’il fut orphelin dès son enfance : « Car dès le temps de ma jeunesse tendre, [la Fortune s’était accoutumée] à me nuire, et pour plus tôt à ses fins arriver, [elle m’avait] privé du ferme espoir que moi — faible — [j’]avais mis [dans mes] parents et amis, faisant leur vie en guerre terminée ». Il n’avait qu’« un seul ami, un mien prochain parent », l’ambassadeur Jean de La Forest, qui fut chargé en 1535 de conclure le traité d’alliance entre François Ier, roi de France, et le sultan Soliman. La Borderie fut bientôt envoyé le rejoindre « dans la bossue Albanie » ; mais parvenu à destination, il apprit qu’il était arrivé trop tard. Il dut changer d’itinéraire et mettre le cap sur Constantinople avec la flotte de Bertrand d’Ornesan, amiral des mers du Levant. En 1537, le voilà entré dans la capitale turque qu’il trouva digne d’être comparée à Paris : « Au grand Paris égale en quantité, mais non si bien bâtie et habitée »***. Il en visita les monuments et s’arrêta surtout à Sainte-Sophie, sans « pouvoir d’elle rendre bon compte, car ce sujet toutes langues surmonte ». Chrétien pérégrinant sur ces nouvelles terres d’islam, il en donna la toute première description en langue française — et ce, en vers, bien qu’en vers trop peu soignés — dans le « Discours » paru en 1542. La même année, La Borderie chanta l’infidélité féminine dans un poème intitulé « L’Amie de Cour ». Cette Amie était une galante, adepte non tant de l’Amour que de ses avantages matériels. Elle cherchait l’attention de tous les hommes, mais ne voulait s’attacher à personne ; elle feignait de les aimer tous et n’en aimait aucun. Elle considérait et voulait que l’on considérât avec elle l’Amour tant vanté comme une folie funeste, une chimère d’imagination, une pensée de poète. « Je m’[étonne] », s’écrie-t-elle****, « de tant de fols esprits se [lamentant] d’Amour être [épris], de tant de voix piteuses et dolentes, qui font plainte des peines violentes qu’un dieu d’Aimer (comme ils disent) leur cause : je ne saurais bien entendre la cause ». À défaut de faire fortune, ce poème fit du bruit et provoqua une foule de contreparties : Antoine Héroët répliqua par « La Parfaite Amie », Paul Angier par « L’Honnête Amant », Almanque Papillon par « Le Nouvel Amour », Charles Fontaine par « La Contre-amie de Cour ». Cette dispute littéraire, dite « querelle des Amies », opposant la coquette heureuse de faire usage de ses charmes et de compter ses amants à la tenante d’un Amour platonique, sauva le nom de La Borderie d’un oubli complet.

Voici un passage qui donnera une idée du style de « L’Amie de Cour » :
« J’appellerais telle divinité [c’est-à-dire l’Amour]
Plutôt “folie” ou “infélicité”
Pour tous ceux-là qui s’en laissent saisir,
Et pour moi seule “agréable plaisir”,
Qui sais très bien comme il la faut conduire
Et son tourment en liesse réduire…
J’estime là mon trophée et ma gloire
De pouvoir vaincre, étant femme mortelle,
Par artifice une déité telle
 »*****.

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* À ne pas confondre avec Jean Boiceau de La Borderie, jurisconsulte français, qui vécut à la même époque. Haut

** v. 289-296. Haut

*** v. 1599-1600. Haut

**** v. 1-6. Haut

***** v. 21-30. Haut