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Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome I»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Rela­tion de 1633» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

Dieu lui dit ces paroles : «C’est le Cana­da que je t’ai fait voir; il faut que tu y ailles»

Née Marie Guyard, elle n’avait qu’environ sept ans lorsqu’une nuit, en son som­meil, il lui sem­bla qu’elle était, avec une de ses com­pagnes, dans la cour d’une école cham­pêtre, où elle jouait à quelque jeu inno­cent. Ayant levé les yeux vers le ciel, elle le vit ouvert, et de cette ouver­ture, Jésus-Christ en forme humaine, qui sor­tait et qui des­cen­dait vers elle. Le voyant, elle s’écria à sa com­pagne : «Ah! Voi­là notre Sei­gneur! C’est à moi qu’il vient!»**** Après son réveil, son cœur se sen­tit si ravi de cette insigne faveur qu’elle la racon­tait naï­ve­ment à tous ceux qui vou­laient bien l’écouter. L’effet que pro­dui­sit cette visite fut un attrait pour la vie cloî­trée. Les cir­cons­tances qui la déci­dèrent enfin à embras­ser cette vie, et l’abandon dans lequel elle lais­sa, pour entrer au monas­tère de Tours, son fils âgé de douze ans à peine récla­me­raient ici des déve­lop­pe­ments trop éten­dus. Il suf­fit de dire qu’elle demeu­rait dans ledit monas­tère lorsqu’un jour, étant en orai­son devant le saint sacre­ment, son esprit fut (de nou­veau) ravi en Dieu pen­dant un moment où un grand pays lui fut repré­sen­té. Alors, Dieu lui dit ces paroles : «C’est le Cana­da que je t’ai fait voir; il faut que tu y ailles faire une mai­son à Jésus et à Marie». Il n’y avait ni à hési­ter ni à réflé­chir; la réponse sui­vit le com­man­de­ment, la volon­té de notre reli­gieuse ayant été à ce moment unie à celle de Dieu : «Ô mon grand Dieu», dit-elle*****, «Vous pou­vez tout, et moi je ne puis rien; s’il vous plaît de m’aider, me voi­là prête. Je vous pro­mets de vous obéir. Faites en moi et par moi votre très ado­rable volon­té!» Au même moment où elle fit ce vœu, toutes les dou­leurs qu’elle éprou­vait se reti­rèrent, et une paix savou­reuse et féconde l’envahit, sans laquelle elle n’aurait pu avoir les forces néces­saires pour exé­cu­ter ce qu’il avait plu au ciel de lui com­man­der. Bien­tôt, ayant adres­sé un deuxième adieu à son fils, elle enta­ma, avec une autre reli­gieuse******, un loin­tain voyage pour aller ser­vir Dieu au Cana­da.

Voi­ci un pas­sage qui don­ne­ra une idée du style de la «Rela­tion de 1633» : «Ne sais-tu pas qu’il n’y a rien sur la terre qui me plaise et qui ne me soit une croix? M’ayant donc unie si inti­me­ment à toi, ne sais-tu pas que je ne puis vivre avec ceux qui ne t’aiment point? Hélas! Amour, ne serais-tu pas bien aise que je mou­russe à cette heure, et qu’un éclat de ton­nerre — ou plu­tôt d’amour — des­cen­dît du ciel pour me consom­mer à cet ins­tant? Je ne sais ce que je dis ni ce que je fais, tant je suis hors de moi, mais tu en es la cause. Ah! je ne te demande ni tré­sors ni richesses, mais que je meure et que je meure d’amour»*******.

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* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

**** «La Rela­tion de 1654», p. 160. Haut

***** id. p. 316. Haut

****** la mère Marie de Saint-Joseph. Haut

******* p. 209. Haut