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Schiller, «Histoire du soulèvement des Pays-Bas contre la domination espagnole»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas contre la domi­na­tion espa­gnole»*Ges­chichte des Abfalls der verei­nig­ten Nie­der­lande von der spa­ni­schen Regie­rung») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»**). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»***Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Par­fois tra­duit «His­toire du sou­lè­ve­ment des Pays-Bas sous Phi­lippe II, roi d’Espagne», «His­toire de la révolte qui déta­cha les Pays-Bas de la domi­na­tion espa­gnole» ou «His­toire de la défec­tion des Pays-Bas réunis de l’Espagne». Haut

** Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

*** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire de la guerre de Trente Ans» («Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»*). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»**Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Histoire de la guerre de Trente Ans. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«His­toire de la guerre de Trente Ans» («Ges­chichte des Dreißig­jäh­ri­gen Kriegs») de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»*). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»**Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Schiller, «Poésies»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’ode «À la joie» («An die Freude»*) et autres poé­sies de Frie­drich Schil­ler. En 1782, «Les Bri­gands» furent joués pour la pre­mière fois sur le théâtre de Mann­heim, devant une foule pres­sée de spec­ta­teurs accou­rus de près et de loin. L’affluence fut telle que, si l’on n’avait réser­vé une place à Schil­ler, il eût pu dif­fi­ci­le­ment assis­ter à sa propre pièce. Ce fut un triomphe, un enthou­siasme comme on n’en avait jamais vu en Alle­magne. Cepen­dant, cette heu­reuse cir­cons­tance, notre poète l’expiait par de cruels sou­cis dus à la même cause. Car les dettes qu’il avait contrac­tées en fai­sant impri­mer cette pièce à ses frais et à ses risques deve­naient de jour en jour plus criantes. Tous les exem­plaires s’étaient ven­dus, mais les béné­fices étaient pour le libraire. Notre poète, déses­pé­ré, ne sut vers qui se tour­ner. Et le direc­teur du théâtre lui fit la sourde oreille quand, se débat­tant contre la pau­vre­té, Schil­ler vint implo­rer son aide géné­reuse et la faveur d’un congé, en pro­met­tant de dire bien haut : «C’est à un dieu que nous devons ces loi­sirs; car il sera pour moi, tou­jours, un dieu» («Deus nobis hæc otia fecit; namque erit ille mihi sem­per deus»**). Le refus du direc­teur déter­mi­na notre poète à rési­gner ses fonc­tions de dra­ma­turge. Libre, mais tou­jours sans res­sources, il essaya un moyen de salut qui, dans ce temps-là comme main­te­nant, était bien pré­caire. Il fon­da une revue lit­té­raire. «La Tha­lie du Rhin»***Rhei­nische Tha­lia»), tel fut le titre de ce recueil. Les abon­nés firent défaut. Les détrac­teurs, en revanche, s’acharnèrent sur Schil­ler, à tel point que le séjour à Mann­heim lui devint impos­sible, into­lé­rable. Il par­tit à Goh­lis, un vil­lage des envi­rons de Leip­zig, où il loua une modeste chambre de pay­san, pla­cée sous les combles. C’est là qu’il alla cher­cher refuge pour mûrir ses pen­sées et pour ache­ver ses pièces, en écou­tant le concert des voix de la nature. Un matin, le hasard de sa pro­me­nade le condui­sit dans un bos­quet sur les bords de la Pleisse. À quelques pas devant lui, il aper­çut un jeune homme pâle, les yeux hagards, les poi­gnets liés par un ban­deau, prêt à se jeter dans l’abîme. Schil­ler, sachant lui aus­si de quel poids pèsent sur le cœur cer­tains moments de la vie, pous­sa les branches et lia conver­sa­tion avec le misé­rable. C’était un étu­diant en théo­lo­gie, presque un ado­les­cent, qui depuis six mois vivait seule­ment de pain et d’eau, et à qui il ne res­tait plus ni forces phy­siques pour sup­por­ter ces pri­va­tions ni forces morales pour espé­rer. Notre poète lui don­na le peu qu’il avait sur lui, et lui deman­da en échange la pro­messe de retar­der de huit jours son pro­jet de sui­cide. Le len­de­main ou le sur­len­de­main, Schil­ler assis­tait à une fête de mariage dans une riche famille de Leip­zig. Au moment où l’assemblée était la plus bruyante, il se leva sou­dain, il racon­ta avec cha­leur et élo­quence la scène dont il avait été témoin, il récla­ma de tous les invi­tés des secours pour le mal­heu­reux et il fit lui-même la quête, une assiette à la main. La col­lecte fut si consi­dé­rable qu’elle suf­fit à sou­te­nir le pauvre étu­diant jusqu’au jour où il eut une place.

* Autre­fois tra­duit «Au plai­sir». Haut

** Vir­gile, «Buco­liques», poème I, v. 6-7. Haut

*** Par­fois tra­duit «La Tha­lie rhé­nane». Tha­lie, muse de la comé­die et de la poé­sie pas­to­rale, tient dans la main droite le bâton recour­bé des ber­gers et porte de la main gauche un masque comique. Haut

Saikaku, «Arashi, vie et mort d’un acteur»

éd. Ph. Picquier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

éd. Ph. Pic­quier, coll. Le Pavillon des corps curieux, Arles

Il s’agit de l’«Ara­shi mujô mono­ga­ta­ri»*Ara­shi, vie et mort d’un acteur»**) d’Ihara Sai­ka­ku***, mar­chand japo­nais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consa­cra à l’art du roman, où il devint un maître incon­tes­té, et le plus habile des écri­vains. On com­pare la viva­ci­té et la rapi­di­té de son style à celles que l’on éprouve en des­cen­dant un tor­rent dans une barque. À la nais­sance de Sai­ka­ku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les for­ti­fi­ca­tions rasées des villes avaient fait place à des quar­tiers de dis­trac­tion, où les bour­geois met­taient à la pour­suite du plai­sir l’opiniâtreté et la pas­sion qu’ils avaient autre­fois appor­tées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Sai­ka­ku, vaste fresque de ce «monde flot­tant» («ukiyo»****), prend pour sujets les mar­chands, les ven­deurs, les fabri­cants de ton­neaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guer­riers, les cour­ti­sanes. Les por­traits de celles-ci sur­tout, très remar­quables et osés, allant jusqu’à la vul­ga­ri­té, font que l’on consi­dère Sai­ka­ku comme un por­no­graphe; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contri­bué à faire de lui le plus popu­laire écri­vain de son temps, mais qui n’est cepen­dant qu’un masque, et le plus trom­peur des masques, on ver­ra un psy­cho­logue hors pair, lucide, mais plein d’humour, tou­jours à l’écoute du «cœur des gens de ce monde» («yo no hito-goko­ro»*****) comme il dit lui-même******. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Mura­sa­ki-shi­ki­bu. «Dans ses ouvrages aus­si francs qu’enjoués, Sai­ka­ku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénon­cé dans les ser­mons des bonzes. Mais les héros de Sai­ka­ku ne tentent pas de lui échap­per, ils mettent leur sagesse à s’en accom­mo­der, et leur iro­nie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde vou­dront bien leur don­ner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Liber­tins? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du liber­ti­nage occi­den­tal, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plai­sirs, les héros de Sai­ka­ku n’ont pas à se [faire] scé­lé­rats», dit M. Mau­rice Pin­guet

* En japo­nais «嵐無常物語». Haut

** Par­fois tra­duit «Récit de la mort d’Arashi». Haut

*** En japo­nais 井原西鶴. Autre­fois trans­crit Iha­ra Saï­ka­kou. Haut

**** En japo­nais «浮世». Autre­fois trans­crit «oukiyo». Haut

***** En japo­nais «世の人心». Haut

****** Iha­ra Sai­ka­ku, «Sai­ka­ku ori­dome» («Le Tis­sage inter­rom­pu de Sai­ka­ku»), inédit en fran­çais. Haut

Saikaku, «Quatre Nouvelles. “L’Écritoire de poche”»

dans « Autour de Saikaku : le roman en Chine et au Japon aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles » (éd. Les Indes savantes, coll. Études japonaises, Paris), p. 113-122

dans «Autour de Sai­ka­ku : le roman en Chine et au Japon aux XVIIe et XVIIIe siècles» (éd. Les Indes savantes, coll. Études japo­naises, Paris), p. 113-122

Il s’agit d’une tra­duc­tion par­tielle du «Futo­ko­ro suzu­ri»*L’Écritoire de poche») d’Ihara Sai­ka­ku**, mar­chand japo­nais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consa­cra à l’art du roman, où il devint un maître incon­tes­té, et le plus habile des écri­vains. On com­pare la viva­ci­té et la rapi­di­té de son style à celles que l’on éprouve en des­cen­dant un tor­rent dans une barque. À la nais­sance de Sai­ka­ku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les for­ti­fi­ca­tions rasées des villes avaient fait place à des quar­tiers de dis­trac­tion, où les bour­geois met­taient à la pour­suite du plai­sir l’opiniâtreté et la pas­sion qu’ils avaient autre­fois appor­tées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Sai­ka­ku, vaste fresque de ce «monde flot­tant» («ukiyo»***), prend pour sujets les mar­chands, les ven­deurs, les fabri­cants de ton­neaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guer­riers, les cour­ti­sanes. Les por­traits de celles-ci sur­tout, très remar­quables et osés, allant jusqu’à la vul­ga­ri­té, font que l’on consi­dère Sai­ka­ku comme un por­no­graphe; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contri­bué à faire de lui le plus popu­laire écri­vain de son temps, mais qui n’est cepen­dant qu’un masque, et le plus trom­peur des masques, on ver­ra un psy­cho­logue hors pair, lucide, mais plein d’humour, tou­jours à l’écoute du «cœur des gens de ce monde» («yo no hito-goko­ro»****) comme il dit lui-même*****. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Mura­sa­ki-shi­ki­bu. «Dans ses ouvrages aus­si francs qu’enjoués, Sai­ka­ku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénon­cé dans les ser­mons des bonzes. Mais les héros de Sai­ka­ku ne tentent pas de lui échap­per, ils mettent leur sagesse à s’en accom­mo­der, et leur iro­nie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde vou­dront bien leur don­ner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Liber­tins? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du liber­ti­nage occi­den­tal, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plai­sirs, les héros de Sai­ka­ku n’ont pas à se [faire] scé­lé­rats», dit M. Mau­rice Pin­guet

* En japo­nais «懐硯». Haut

** En japo­nais 井原西鶴. Autre­fois trans­crit Iha­ra Saï­ka­kou. Haut

*** En japo­nais «浮世». Autre­fois trans­crit «oukiyo». Haut

**** En japo­nais «世の人心». Haut

***** Iha­ra Sai­ka­ku, «Sai­ka­ku ori­dome» («Le Tis­sage inter­rom­pu de Sai­ka­ku»), inédit en fran­çais. Haut

Bashô, «Seigneur ermite : l’intégrale des haïkus»

éd. La Table ronde, Paris

éd. La Table ronde, Paris

Il s’agit des haï­kus de Mat­suo Bashô*, figure illustre de la poé­sie japo­naise (XVIIe siècle apr. J.-C.). Par son éthique de vie, encore plus que par son œuvre elle-même, ce fils de samou­raï a impo­sé la forme actuelle du haï­ku, mais sur­tout il en a défi­ni la manière, l’esprit : légè­re­té, recherche de sim­pli­ci­té, extrême res­pect pour la nature, et ce quelque chose qu’on ne peut défi­nir faci­le­ment et qu’il faut sen­tir — une élé­gance inté­rieure, comme revê­tue de pudeur dis­crète, qui est fon­ciè­re­ment japo­naise. Son poème de la rai­nette est un fameux exemple du saut par lequel le haï­ku se débar­rasse de l’artificiel pour atteindre la sobrié­té nue : «Vieil étang / une rai­nette y plon­geant / chu­cho­tis de l’eau»**. Ce haï­ku tra­duit et d’autres sont le pre­mier ouvrage par lequel la poé­sie et la pen­sée asia­tiques viennent jusqu’à Mme Mar­gue­rite Your­ce­nar qui a quinze ans : «Ce livre exquis a été l’équivalent pour moi d’une porte entre­bâillée; elle ne s’est plus jamais refer­mée depuis», écrit-elle dans une lettre datée de 1955. En 1982, pen­dant ses trois mois pas­sés au Japon, elle suit sur les sen­tiers étroits la trace de Bashô; et tan­dis qu’un ami japo­nais, qui la guide, com­mence à lui tra­duire «Elles mour­ront bien­tôt…», elle l’interrompt en citant par cœur la chute : «et pour­tant n’en montrent rien / chant des cigales». «Peut-être son plus beau poème», pré­cise-t-elle dans un petit article inti­tu­lé «Bashô sur la route». À Kyô­to, elle visite la hutte qui a héber­gé notre poète vers la fin de sa vie — Raku­shi­sha***la chau­mière où tombent les kakis»****) qui lui «fait pen­ser à la légère dépouille d’une cigale». À l’intérieur, si on peut par­ler d’intérieur dans un lieu si ouvert aux intem­pé­ries, rien ou presque pour se pro­té­ger du pas­sage des sai­sons, si pré­sentes jus­te­ment dans l’œuvre de Bashô «par les incon­vé­nients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dis­pense leur beau­té», comme explique Mme Your­ce­nar. Quant au maître lui-même : «Cet homme ambu­lant», écrit-elle, «qui a inti­tu­lé l’un de ses essais “Sou­ve­nirs d’un sque­lette expo­sé aux intem­pé­ries” voyage moins pour s’instruire… que pour subir. Subir est une facul­té japo­naise, pous­sée par­fois jusqu’au maso­chisme [!], mais l’émotion et la connais­sance chez Bashô naissent de cette sou­mis­sion à l’événement ou à l’incident : la pluie, le vent, les longues marches, les ascen­sions sur les sen­tiers gelés des mon­tagnes, les gîtes de hasard, comme celui de l’octroi à Shi­to­mae où il par­tage une pièce au plan­cher de terre bat­tue avec un che­val…» Sous des appa­rences de pro­me­nades, ces pèle­ri­nages éveillaient la pen­sée de Bashô et met­taient sa vie en confor­mi­té avec la haute idée qu’il se fai­sait du haï­ku : «Le vent me trans­perce / rési­gné à y lais­ser mes os / je pars en voyage»

* En japo­nais 松尾芭蕉. Autre­fois trans­crit Mat­sou­ra Bacho, Mat­su­ra Basho, Mat­souo Bashô ou Mat­su­wo Bashô. Haut

** En japo­nais «古池や蛙飛こむ水のおと». Haut

*** En japo­nais 落柿舎. Haut

**** Par­fois tra­duit «la vil­la où tombent les kakis», «vil­la aux kakis tom­bés» ou «la mai­son des kakis tom­bés à terre». Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome II»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome IV»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome III»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome II»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut

Nani, «Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome I»

XVIIᵉ siècle

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage «His­toire de la Répu­blique véni­tienne» («Isto­ria del­la Repub­bli­ca vene­ta») de Gio­van Bat­tis­ta Nani*, dit Bap­tiste Nani**, diplo­mate de la Répu­blique de Venise, per­son­nage célèbre par ses ambas­sades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mou­rut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeu­nesse, il accom­pa­gna son père nom­mé à l’ambassade de Rome; ce der­nier l’initia aux mys­tères des négo­cia­tions et le pré­sen­ta au pape Urbain VIII. Le pon­tife, qui se connais­sait bien en gens, pré­dit que Nani devien­drait un excellent homme; les faits lui don­nèrent rai­son. Après avoir pas­sé par les digni­tés pré­pa­ra­toires, Nani fut envoyé en France, en qua­li­té d’ambassadeur, en 1643. Le car­di­nal Maza­rin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclu­sion du trai­té de Müns­ter. De retour dans sa patrie, Nani fut nom­mé his­to­rio­graphe et sur­in­ten­dant des archives et fut char­gé d’écrire l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne» en com­men­çant depuis le temps où Andrea Moro­si­ni avait ter­mi­né la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occa­sion, toute sa géné­ro­si­té et tout son dés­in­té­res­se­ment. Car il refu­sa le salaire atta­ché à cet emploi, esti­mant qu’il ne pou­vait être qu’onéreux à la Répu­blique de Venise qui était cri­blée de dettes, à cause de la guerre de Can­die qu’elle avait à sou­te­nir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller récla­mer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambas­sade. Il obtint tout ce qu’il vou­lut. Pour le récom­pen­ser de son suc­cès, on le nom­ma pro­cu­ra­teur de Saint-Marc; cette digni­té, la plus éle­vée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nom­mât, par la suite, à plu­sieurs autres moins consi­dé­rables, dont je crois inutile de don­ner le détail. Le carac­tère de Nani se retrouve dans l’«His­toire de la Répu­blique véni­tienne». On sent que l’auteur est sur son ter­rain; qu’il a pu obser­ver de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne par­tout à la France la recon­nais­sance qu’elle doit attendre d’un homme éclai­ré, qui a connu les intrigues de cabi­net et qui a pris part aux affaires les plus déli­cates. Car «il ne se contente pas de nous don­ner l’histoire de Venise; et quoique son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses aux­quelles les Véni­tiens ont eu part… de sorte que, par la connais­sance de leurs affaires, on par­vient à la connais­sance de toutes celles de l’Europe»***.

* On ren­contre aus­si les gra­phies Giam­bat­tis­ta Nani et Gio­van­ni Bat­tis­ta Nani. Haut

** On ren­contre aus­si les gra­phies Bap­tis­ta Nani, Bat­tiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé Fran­çois Tal­le­mant. Haut