Mot-clef17ᵉ siècle

sujet

Saikaku, « Quatre Nouvelles. “L’Écritoire de poche” »

dans « Autour de Saikaku : le roman en Chine et au Japon aux XVIIe et XVIIIe siècles » (éd. Les Indes savantes, coll. Études japonaises, Paris), p. 113-122

Il s’agit d’une traduction partielle du « Futokoro suzuri »* (« L’Écritoire de poche ») d’Ihara Saikaku**, marchand japonais qui, après la mort de sa femme et de sa fille aveugle, se consacra à l’art du roman, où il devint un maître incontesté, et le plus habile des écrivains. On compare la vivacité et la rapidité de son style à celles que l’on éprouve en descendant un torrent dans une barque. À la naissance de Saikaku, en 1642, le Japon était entré dans une période de paix et de bon ordre, après plus de deux siècles de guerres civiles. Les fortifications rasées des villes avaient fait place à des quartiers de distraction, où les bourgeois mettaient à la poursuite du plaisir l’opiniâtreté et la passion qu’ils avaient autrefois apportées à la conquête de l’argent. L’œuvre de Saikaku, vaste fresque de ce « monde flottant » (« ukiyo »***), prend pour sujets les marchands, les vendeurs, les fabricants de tonneaux, les bouilleurs d’alcool de riz, les acteurs, les guerriers, les courtisanes. Les portraits de celles-ci surtout, très remarquables et très osés, allant jusqu’à la vulgarité, font qu’on considère Saikaku comme un pornographe ; en quoi, on a grand tort. Car si on lui enlève ce masque d’indécence, qui peut bien avoir contribué à faire de lui le plus populaire écrivain de son temps, mais qui n’est cependant qu’un masque, et le plus trompeur des masques, on verra un psychologue hors pair, lucide, mais plein d’humour, toujours à l’écoute du « cœur des gens de ce monde » (« yo no hito-gokoro »****) comme il dit lui-même*****. Avec lui, le Japon retrouve cette finesse d’observation qu’il n’avait plus atteinte depuis Murasaki-shikibu. « Dans ses ouvrages aussi francs qu’enjoués, Saikaku [décrit] tous les hasards doux et amers de ce monde de l’impermanence et de l’illusion dénoncé dans les sermons des bonzes. Mais les héros de Saikaku ne tentent pas de lui échapper, ils mettent leur sagesse à s’en accommoder, et leur ironie à n’en être pas dupes. D’avance, ils acceptent tout ce que les hasards de ce monde voudront bien leur donner — et le hasard n’est pas chiche envers eux… Ces récits, on le voit, sont francs, cyniques, salaces. Libertins ? Non, on n’y trouve jamais viol ni dol, jamais cet accent de révolte et de défi qui relève les noires prouesses du libertinage occidental, de Don Juan… à Sade. Pour être libres de leurs plaisirs, les héros de Saikaku n’ont pas à se [faire] scélérats », dit M. Maurice Pinguet

* En japonais « 懐硯 ». Haut

** En japonais 井原西鶴. Autrefois transcrit Ihara Saïkakou. Haut

*** En japonais « 浮世 ». Autrefois transcrit « oukiyo ». Haut

**** En japonais « 世の人心 ». Haut

***** Ihara Saikaku, « Saikaku oridome » (« Le Tissage interrompu de Saikaku »), inédit en français. Haut

Bashô, « Seigneur ermite : l’intégrale des haïkus »

éd. La Table ronde, Paris

Il s’agit des haïkus de Matsuo Bashô*, figure illustre de la poésie japonaise (XVIIe siècle apr. J.-C.). Par son éthique de vie, encore plus que par son œuvre elle-même, ce fils de samouraï a imposé la forme actuelle du haïku, mais surtout il en a défini la manière, l’esprit : légèreté, recherche de simplicité, extrême respect pour la nature, et ce quelque chose qu’on ne peut définir facilement et qu’il faut sentir — une élégance intérieure, comme revêtue de pudeur discrète, qui est foncièrement japonaise. Son poème de la rainette est un fameux exemple du saut par lequel le haïku se débarrasse de l’artificiel pour atteindre la sobriété nue : « Vieil étang / une rainette y plongeant / chuchotis de l’eau »**. Ce haïku traduit et d’autres sont le premier ouvrage par lequel la poésie et la pensée asiatiques viennent jusqu’à Mme Marguerite Yourcenar qui a quinze ans : « Ce livre exquis a été l’équivalent pour moi d’une porte entrebâillée ; elle ne s’est plus jamais refermée depuis », écrit-elle dans une lettre datée de 1955. En 1982, pendant ses trois mois passés au Japon, elle suit sur les sentiers étroits la trace de Bashô ; et tandis qu’un ami japonais, qui la guide, commence à lui traduire « Elles mourront bientôt… », elle l’interrompt en citant par cœur la chute : « et pourtant n’en montrent rien / chant des cigales ». « Peut-être son plus beau poème », précise-t-elle dans un petit article intitulé « Bashô sur la route ». À Kyôto, elle visite la hutte qui a hébergé notre poète vers la fin de sa vie — Rakushisha*** (« la chaumière où tombent les kakis »****) qui lui « fait penser à la légère dépouille d’une cigale ». À l’intérieur, si on peut parler d’intérieur dans un lieu si ouvert aux intempéries, rien ou presque pour se protéger du passage des saisons, si présentes justement dans l’œuvre de Bashô « par les inconvénients et les malaises qu’elles apportent autant que par l’extase des yeux et de l’esprit que dispense leur beauté », comme explique Mme Yourcenar. Quant au maître lui-même : « Cet homme ambulant », écrit-elle, « qui a intitulé l’un de ses essais “Souvenirs d’un squelette exposé aux intempéries” voyage moins pour s’instruire… que pour subir. Subir est une faculté japonaise, poussée parfois jusqu’au masochisme [!], mais l’émotion et la connaissance chez Bashô naissent de cette soumission à l’événement ou à l’incident : la pluie, le vent, les longues marches, les ascensions sur les sentiers gelés des montagnes, les gîtes de hasard, comme celui de l’octroi à Shitomae où il partage une pièce au plancher de terre battue avec un cheval qui urine toute la nuit… » Sous des apparences de promenades aventureuses, ces pèlerinages éveillaient sa pensée et mettaient sa vie en conformité avec la haute idée qu’il se faisait du haïku : « Le vent me transperce / résigné à y laisser mes os / je pars en voyage »

* En japonais 松尾芭蕉. Autrefois transcrit Matsoura Bacho, Matsura Basho, Matsouo Bashô ou Matsuwo Bashô. Haut

** En japonais « 古池や蛙飛こむ水のおと ». Haut

*** En japonais 落柿舎. Haut

**** Parfois traduit « la villa où tombent les kakis », « villa aux kakis tombés » ou « la maison des kakis tombés à terre ». Haut

Nani, « Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome II »

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage « Histoire de la République vénitienne » (« Istoria della Repubblica veneta ») de Giovan Battista Nani*, dit Baptiste Nani**, diplomate de la République de Venise, personnage célèbre par ses ambassades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mourut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeunesse, il accompagna son père nommé à l’ambassade de Rome ; ce dernier l’initia aux mystères des négociations et le présenta au pape Urbain VIII. Le pontife, qui se connaissait bien en gens, prédit que Nani deviendrait un excellent homme ; les faits lui donnèrent raison. Après avoir passé par les dignités préparatoires, Nani fut envoyé en France, en qualité d’ambassadeur, en 1643. Le cardinal Mazarin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui ; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclusion du traité de Münster. De retour dans sa patrie, Nani fut nommé historiographe et surintendant des archives et fut chargé d’écrire l’« Histoire de la République vénitienne » en commençant depuis le temps où Andrea Morosini avait terminé la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occasion, toute sa générosité et tout son désintéressement. Car il refusa le salaire attaché à cet emploi, estimant qu’il ne pouvait être qu’onéreux à la République de Venise qui était criblée de dettes, à cause de la guerre de Candie qu’elle avait à soutenir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller réclamer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambassade. Il obtint tout ce qu’il voulut. Pour le récompenser de son succès, on le nomma procurateur de Saint-Marc ; cette dignité, la plus élevée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nommât, par la suite, à plusieurs autres moins considérables, dont je crois inutile de donner le détail. Le caractère de Nani se retrouve dans l’« Histoire de la République vénitienne ». On sent que l’auteur est sur son terrain ; qu’il a pu observer de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne partout à la France la reconnaissance qu’elle doit attendre d’un homme éclairé, qui a connu les intrigues de cabinet et qui a pris part aux affaires les plus délicates. Car « il ne se contente pas de nous donner l’histoire de Venise ; et quoi que son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses auxquelles les Vénitiens ont eu part… de sorte que, par la connaissance de leurs affaires, on parvient à la connaissance de toutes celles de l’Europe »***.

* On rencontre aussi les graphies Giambattista Nani et Giovanni Battista Nani. Haut

** On rencontre aussi les graphies Baptista Nani, Battiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé François Tallemant. Haut

Nani, « Histoire de la République de Venise, part. 2. Tome I »

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage « Histoire de la République vénitienne » (« Istoria della Repubblica veneta ») de Giovan Battista Nani*, dit Baptiste Nani**, diplomate de la République de Venise, personnage célèbre par ses ambassades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mourut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeunesse, il accompagna son père nommé à l’ambassade de Rome ; ce dernier l’initia aux mystères des négociations et le présenta au pape Urbain VIII. Le pontife, qui se connaissait bien en gens, prédit que Nani deviendrait un excellent homme ; les faits lui donnèrent raison. Après avoir passé par les dignités préparatoires, Nani fut envoyé en France, en qualité d’ambassadeur, en 1643. Le cardinal Mazarin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui ; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclusion du traité de Münster. De retour dans sa patrie, Nani fut nommé historiographe et surintendant des archives et fut chargé d’écrire l’« Histoire de la République vénitienne » en commençant depuis le temps où Andrea Morosini avait terminé la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occasion, toute sa générosité et tout son désintéressement. Car il refusa le salaire attaché à cet emploi, estimant qu’il ne pouvait être qu’onéreux à la République de Venise qui était criblée de dettes, à cause de la guerre de Candie qu’elle avait à soutenir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller réclamer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambassade. Il obtint tout ce qu’il voulut. Pour le récompenser de son succès, on le nomma procurateur de Saint-Marc ; cette dignité, la plus élevée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nommât, par la suite, à plusieurs autres moins considérables, dont je crois inutile de donner le détail. Le caractère de Nani se retrouve dans l’« Histoire de la République vénitienne ». On sent que l’auteur est sur son terrain ; qu’il a pu observer de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne partout à la France la reconnaissance qu’elle doit attendre d’un homme éclairé, qui a connu les intrigues de cabinet et qui a pris part aux affaires les plus délicates. Car « il ne se contente pas de nous donner l’histoire de Venise ; et quoi que son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses auxquelles les Vénitiens ont eu part… de sorte que, par la connaissance de leurs affaires, on parvient à la connaissance de toutes celles de l’Europe »***.

* On rencontre aussi les graphies Giambattista Nani et Giovanni Battista Nani. Haut

** On rencontre aussi les graphies Baptista Nani, Battiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé François Tallemant. Haut

Nani, « Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome IV »

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage « Histoire de la République vénitienne » (« Istoria della Repubblica veneta ») de Giovan Battista Nani*, dit Baptiste Nani**, diplomate de la République de Venise, personnage célèbre par ses ambassades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mourut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeunesse, il accompagna son père nommé à l’ambassade de Rome ; ce dernier l’initia aux mystères des négociations et le présenta au pape Urbain VIII. Le pontife, qui se connaissait bien en gens, prédit que Nani deviendrait un excellent homme ; les faits lui donnèrent raison. Après avoir passé par les dignités préparatoires, Nani fut envoyé en France, en qualité d’ambassadeur, en 1643. Le cardinal Mazarin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui ; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclusion du traité de Münster. De retour dans sa patrie, Nani fut nommé historiographe et surintendant des archives et fut chargé d’écrire l’« Histoire de la République vénitienne » en commençant depuis le temps où Andrea Morosini avait terminé la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occasion, toute sa générosité et tout son désintéressement. Car il refusa le salaire attaché à cet emploi, estimant qu’il ne pouvait être qu’onéreux à la République de Venise qui était criblée de dettes, à cause de la guerre de Candie qu’elle avait à soutenir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller réclamer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambassade. Il obtint tout ce qu’il voulut. Pour le récompenser de son succès, on le nomma procurateur de Saint-Marc ; cette dignité, la plus élevée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nommât, par la suite, à plusieurs autres moins considérables, dont je crois inutile de donner le détail. Le caractère de Nani se retrouve dans l’« Histoire de la République vénitienne ». On sent que l’auteur est sur son terrain ; qu’il a pu observer de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne partout à la France la reconnaissance qu’elle doit attendre d’un homme éclairé, qui a connu les intrigues de cabinet et qui a pris part aux affaires les plus délicates. Car « il ne se contente pas de nous donner l’histoire de Venise ; et quoi que son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses auxquelles les Vénitiens ont eu part… de sorte que, par la connaissance de leurs affaires, on parvient à la connaissance de toutes celles de l’Europe »***.

* On rencontre aussi les graphies Giambattista Nani et Giovanni Battista Nani. Haut

** On rencontre aussi les graphies Baptista Nani, Battiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé François Tallemant. Haut

Nani, « Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome III »

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage « Histoire de la République vénitienne » (« Istoria della Repubblica veneta ») de Giovan Battista Nani*, dit Baptiste Nani**, diplomate de la République de Venise, personnage célèbre par ses ambassades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mourut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeunesse, il accompagna son père nommé à l’ambassade de Rome ; ce dernier l’initia aux mystères des négociations et le présenta au pape Urbain VIII. Le pontife, qui se connaissait bien en gens, prédit que Nani deviendrait un excellent homme ; les faits lui donnèrent raison. Après avoir passé par les dignités préparatoires, Nani fut envoyé en France, en qualité d’ambassadeur, en 1643. Le cardinal Mazarin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui ; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclusion du traité de Münster. De retour dans sa patrie, Nani fut nommé historiographe et surintendant des archives et fut chargé d’écrire l’« Histoire de la République vénitienne » en commençant depuis le temps où Andrea Morosini avait terminé la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occasion, toute sa générosité et tout son désintéressement. Car il refusa le salaire attaché à cet emploi, estimant qu’il ne pouvait être qu’onéreux à la République de Venise qui était criblée de dettes, à cause de la guerre de Candie qu’elle avait à soutenir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller réclamer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambassade. Il obtint tout ce qu’il voulut. Pour le récompenser de son succès, on le nomma procurateur de Saint-Marc ; cette dignité, la plus élevée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nommât, par la suite, à plusieurs autres moins considérables, dont je crois inutile de donner le détail. Le caractère de Nani se retrouve dans l’« Histoire de la République vénitienne ». On sent que l’auteur est sur son terrain ; qu’il a pu observer de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne partout à la France la reconnaissance qu’elle doit attendre d’un homme éclairé, qui a connu les intrigues de cabinet et qui a pris part aux affaires les plus délicates. Car « il ne se contente pas de nous donner l’histoire de Venise ; et quoi que son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses auxquelles les Vénitiens ont eu part… de sorte que, par la connaissance de leurs affaires, on parvient à la connaissance de toutes celles de l’Europe »***.

* On rencontre aussi les graphies Giambattista Nani et Giovanni Battista Nani. Haut

** On rencontre aussi les graphies Baptista Nani, Battiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé François Tallemant. Haut

Nani, « Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome II »

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage « Histoire de la République vénitienne » (« Istoria della Repubblica veneta ») de Giovan Battista Nani*, dit Baptiste Nani**, diplomate de la République de Venise, personnage célèbre par ses ambassades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mourut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeunesse, il accompagna son père nommé à l’ambassade de Rome ; ce dernier l’initia aux mystères des négociations et le présenta au pape Urbain VIII. Le pontife, qui se connaissait bien en gens, prédit que Nani deviendrait un excellent homme ; les faits lui donnèrent raison. Après avoir passé par les dignités préparatoires, Nani fut envoyé en France, en qualité d’ambassadeur, en 1643. Le cardinal Mazarin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui ; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclusion du traité de Münster. De retour dans sa patrie, Nani fut nommé historiographe et surintendant des archives et fut chargé d’écrire l’« Histoire de la République vénitienne » en commençant depuis le temps où Andrea Morosini avait terminé la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occasion, toute sa générosité et tout son désintéressement. Car il refusa le salaire attaché à cet emploi, estimant qu’il ne pouvait être qu’onéreux à la République de Venise qui était criblée de dettes, à cause de la guerre de Candie qu’elle avait à soutenir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller réclamer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambassade. Il obtint tout ce qu’il voulut. Pour le récompenser de son succès, on le nomma procurateur de Saint-Marc ; cette dignité, la plus élevée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nommât, par la suite, à plusieurs autres moins considérables, dont je crois inutile de donner le détail. Le caractère de Nani se retrouve dans l’« Histoire de la République vénitienne ». On sent que l’auteur est sur son terrain ; qu’il a pu observer de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne partout à la France la reconnaissance qu’elle doit attendre d’un homme éclairé, qui a connu les intrigues de cabinet et qui a pris part aux affaires les plus délicates. Car « il ne se contente pas de nous donner l’histoire de Venise ; et quoi que son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses auxquelles les Vénitiens ont eu part… de sorte que, par la connaissance de leurs affaires, on parvient à la connaissance de toutes celles de l’Europe »***.

* On rencontre aussi les graphies Giambattista Nani et Giovanni Battista Nani. Haut

** On rencontre aussi les graphies Baptista Nani, Battiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé François Tallemant. Haut

Nani, « Histoire de la République de Venise, [part. 1]. Tome I »

XVIIe siècle

Il s’agit de l’ouvrage « Histoire de la République vénitienne » (« Istoria della Repubblica veneta ») de Giovan Battista Nani*, dit Baptiste Nani**, diplomate de la République de Venise, personnage célèbre par ses ambassades et par son œuvre d’historiographe. Il naquit à Venise en 1616 et mourut dans cette même ville en 1678. Durant sa jeunesse, il accompagna son père nommé à l’ambassade de Rome ; ce dernier l’initia aux mystères des négociations et le présenta au pape Urbain VIII. Le pontife, qui se connaissait bien en gens, prédit que Nani deviendrait un excellent homme ; les faits lui donnèrent raison. Après avoir passé par les dignités préparatoires, Nani fut envoyé en France, en qualité d’ambassadeur, en 1643. Le cardinal Mazarin, qui le prit en grande estime, aimait à s’entretenir avec lui ; on dit même qu’il en reçut de très bons conseils pour la conclusion du traité de Münster. De retour dans sa patrie, Nani fut nommé historiographe et surintendant des archives et fut chargé d’écrire l’« Histoire de la République vénitienne » en commençant depuis le temps où Andrea Morosini avait terminé la sienne, c’est-à-dire depuis 1613. Il fit connaître, en cette occasion, toute sa générosité et tout son désintéressement. Car il refusa le salaire attaché à cet emploi, estimant qu’il ne pouvait être qu’onéreux à la République de Venise qui était criblée de dettes, à cause de la guerre de Candie qu’elle avait à soutenir contre les Turcs. On jeta, d’ailleurs, les yeux sur lui pour aller réclamer en France des secours pour cette guerre au cours d’une seconde ambassade. Il obtint tout ce qu’il voulut. Pour le récompenser de son succès, on le nomma procurateur de Saint-Marc ; cette dignité, la plus élevée après celle de doge, n’empêcha pas qu’on ne le nommât, par la suite, à plusieurs autres moins considérables, dont je crois inutile de donner le détail. Le caractère de Nani se retrouve dans l’« Histoire de la République vénitienne ». On sent que l’auteur est sur son terrain ; qu’il a pu observer de ses yeux les princes et les ministres qu’il peint. Et quoique patriote, il témoigne partout à la France la reconnaissance qu’elle doit attendre d’un homme éclairé, qui a connu les intrigues de cabinet et qui a pris part aux affaires les plus délicates. Car « il ne se contente pas de nous donner l’histoire de Venise ; et quoi que son livre ne porte point d’autre titre, il ne laisse pas de nous rendre compte de toutes les choses auxquelles les Vénitiens ont eu part… de sorte que, par la connaissance de leurs affaires, on parvient à la connaissance de toutes celles de l’Europe »***.

* On rencontre aussi les graphies Giambattista Nani et Giovanni Battista Nani. Haut

** On rencontre aussi les graphies Baptista Nani, Battiste Nani et Batiste Nani. Haut

*** l’abbé François Tallemant. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome IV »

XIXe siècle

Il s’agit de la relation « Histoire du Canada » du frère Gabriel Sagard, missionnaire français, qui a fidèlement décrit le quotidien des Indiens parmi lesquels il vécut pendant près d’un an, ainsi que l’œuvre divine qu’il eut la conviction d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les solitudes du Canada. Il en a tiré deux relations : « Le Grand Voyage du pays des Hurons » et « Histoire du Canada », qui sont précieuses en ce qu’elles nous renseignent sur les mœurs et l’esprit de tribus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poignée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard partit de Paris, à pied et sans argent, voyageant « à l’apostolique »*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épouvantable traversée de l’océan l’incommoda fort et le contraignit « de rendre le tribut à la mer [de vomir] » tout au long des trois mois et six jours de navigation qu’il lui fallut pour arriver à la ville de Québec. De là, « ayant traversé d’île en île » en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant désiré « par un jour de dimanche, fête de Saint-Bernard**, environ midi, [alors] que le soleil donnait à plomb »***. Tous les Indiens sortirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon ; et par des caresses extraordinaires, ils lui témoignèrent « l’aise et le contentement » qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé religieux se mit aussitôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne manqua pas de dresser un lexique : « J’écrivais, et observant soigneusement les mots de la langue… j’en dressais des mémoires que j’étudiais et répétais devant mes sauvages, lesquels y prenaient plaisir et m’aidaient à m’y perfectionner… ; m’[appelant] souvent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pouvaient prononcer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pouvaient ce que je désirais savoir »****. Peu à peu, il parvint à s’habituer dans un lieu si misérable. Peu à peu, aussi, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fraternellement avec eux ; il les attendrit par sa mansuétude et douceur ; et comme il se montrait toujours si bon envers eux, il les persuada aisément que le Dieu dont il leur prêchait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bienfaisante de la France dans ses possessions d’Amérique. Au Sud, les Espagnols suppliciaient, massacraient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refoulaient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos missionnaires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xavier Marmier

* « Le Grand Voyage du pays des Hurons », p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome III »

XIXe siècle

Il s’agit de la relation « Histoire du Canada » du frère Gabriel Sagard, missionnaire français, qui a fidèlement décrit le quotidien des Indiens parmi lesquels il vécut pendant près d’un an, ainsi que l’œuvre divine qu’il eut la conviction d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les solitudes du Canada. Il en a tiré deux relations : « Le Grand Voyage du pays des Hurons » et « Histoire du Canada », qui sont précieuses en ce qu’elles nous renseignent sur les mœurs et l’esprit de tribus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poignée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard partit de Paris, à pied et sans argent, voyageant « à l’apostolique »*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épouvantable traversée de l’océan l’incommoda fort et le contraignit « de rendre le tribut à la mer [de vomir] » tout au long des trois mois et six jours de navigation qu’il lui fallut pour arriver à la ville de Québec. De là, « ayant traversé d’île en île » en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant désiré « par un jour de dimanche, fête de Saint-Bernard**, environ midi, [alors] que le soleil donnait à plomb »***. Tous les Indiens sortirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon ; et par des caresses extraordinaires, ils lui témoignèrent « l’aise et le contentement » qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé religieux se mit aussitôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne manqua pas de dresser un lexique : « J’écrivais, et observant soigneusement les mots de la langue… j’en dressais des mémoires que j’étudiais et répétais devant mes sauvages, lesquels y prenaient plaisir et m’aidaient à m’y perfectionner… ; m’[appelant] souvent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pouvaient prononcer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pouvaient ce que je désirais savoir »****. Peu à peu, il parvint à s’habituer dans un lieu si misérable. Peu à peu, aussi, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fraternellement avec eux ; il les attendrit par sa mansuétude et douceur ; et comme il se montrait toujours si bon envers eux, il les persuada aisément que le Dieu dont il leur prêchait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bienfaisante de la France dans ses possessions d’Amérique. Au Sud, les Espagnols suppliciaient, massacraient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refoulaient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos missionnaires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xavier Marmier

* « Le Grand Voyage du pays des Hurons », p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome II »

XIXe siècle

Il s’agit de la relation « Histoire du Canada » du frère Gabriel Sagard, missionnaire français, qui a fidèlement décrit le quotidien des Indiens parmi lesquels il vécut pendant près d’un an, ainsi que l’œuvre divine qu’il eut la conviction d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les solitudes du Canada. Il en a tiré deux relations : « Le Grand Voyage du pays des Hurons » et « Histoire du Canada », qui sont précieuses en ce qu’elles nous renseignent sur les mœurs et l’esprit de tribus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poignée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard partit de Paris, à pied et sans argent, voyageant « à l’apostolique »*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épouvantable traversée de l’océan l’incommoda fort et le contraignit « de rendre le tribut à la mer [de vomir] » tout au long des trois mois et six jours de navigation qu’il lui fallut pour arriver à la ville de Québec. De là, « ayant traversé d’île en île » en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant désiré « par un jour de dimanche, fête de Saint-Bernard**, environ midi, [alors] que le soleil donnait à plomb »***. Tous les Indiens sortirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon ; et par des caresses extraordinaires, ils lui témoignèrent « l’aise et le contentement » qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé religieux se mit aussitôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne manqua pas de dresser un lexique : « J’écrivais, et observant soigneusement les mots de la langue… j’en dressais des mémoires que j’étudiais et répétais devant mes sauvages, lesquels y prenaient plaisir et m’aidaient à m’y perfectionner… ; m’[appelant] souvent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pouvaient prononcer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pouvaient ce que je désirais savoir »****. Peu à peu, il parvint à s’habituer dans un lieu si misérable. Peu à peu, aussi, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fraternellement avec eux ; il les attendrit par sa mansuétude et douceur ; et comme il se montrait toujours si bon envers eux, il les persuada aisément que le Dieu dont il leur prêchait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bienfaisante de la France dans ses possessions d’Amérique. Au Sud, les Espagnols suppliciaient, massacraient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refoulaient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos missionnaires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xavier Marmier

* « Le Grand Voyage du pays des Hurons », p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

Sagard, « Histoire du Canada, [ou] Voyages que les frères mineurs récollets y ont faits depuis l’an 1615. Tome I »

XIXe siècle

Il s’agit de la relation « Histoire du Canada » du frère Gabriel Sagard, missionnaire français, qui a fidèlement décrit le quotidien des Indiens parmi lesquels il vécut pendant près d’un an, ainsi que l’œuvre divine qu’il eut la conviction d’accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, le regard au ciel, il vint s’enfoncer dans les solitudes du Canada. Il en a tiré deux relations : « Le Grand Voyage du pays des Hurons » et « Histoire du Canada », qui sont précieuses en ce qu’elles nous renseignent sur les mœurs et l’esprit de tribus aujourd’hui éteintes ou réduites à une poignée d’hommes. Ce fut le 18 mars 1623 que le frère Sagard partit de Paris, à pied et sans argent, voyageant « à l’apostolique »*, pour se rendre à Dieppe, lieu de l’embarquement. La grande et épouvantable traversée de l’océan l’incommoda fort et le contraignit « de rendre le tribut à la mer [de vomir] » tout au long des trois mois et six jours de navigation qu’il lui fallut pour arriver à la ville de Québec. De là, « ayant traversé d’île en île » en petit canot, il prit terre au pays des Hurons tant désiré « par un jour de dimanche, fête de Saint-Bernard**, environ midi, [alors] que le soleil donnait à plomb »***. Tous les Indiens sortirent de leurs cabanes pour venir le voir et lui firent un fort bon accueil à leur façon ; et par des caresses extraordinaires, ils lui témoignèrent « l’aise et le contentement » qu’ils avaient de sa venue. Notre zélé religieux se mit aussitôt à l’étude de la langue huronne, dont il ne manqua pas de dresser un lexique : « J’écrivais, et observant soigneusement les mots de la langue… j’en dressais des mémoires que j’étudiais et répétais devant mes sauvages, lesquels y prenaient plaisir et m’aidaient à m’y perfectionner… ; m’[appelant] souvent “Aviel”, au lieu de “Gabriel” qu’ils ne pouvaient prononcer à cause de la lettre “b” qui ne se trouve point en toute leur langue… “Gabriel, prends ta plume et écris”, puis ils m’expliquaient au mieux qu’ils pouvaient ce que je désirais savoir »****. Peu à peu, il parvint à s’habituer dans un lieu si misérable. Peu à peu, aussi, il apprit la langue des Indiens. Il s’entretint alors fraternellement avec eux ; il les attendrit par sa mansuétude et douceur ; et comme il se montrait toujours si bon envers eux, il les persuada aisément que le Dieu dont il leur prêchait la loi, était le bon Dieu. « Telle a été l’action bienfaisante de la France dans ses possessions d’Amérique. Au Sud, les Espagnols suppliciaient, massacraient la pauvre race indienne. Au Nord, les Anglais la refoulaient de zone en zone jusque dans les froids et arides déserts. Nos missionnaires l’adoucissaient et l’humanisaient », dit Xavier Marmier

* « Le Grand Voyage du pays des Hurons », p. 7. Haut

** Le 20 août. Haut

*** id. p. 81. Haut

**** id. p. 87-88. Haut

« Jean Tarin, recteur de l’Université de Paris (1590-1666) : notice biographique »

XIXe siècle

Il s’agit de Jean Tarin, helléniste français, recteur de l’Université de Paris, lecteur royal en éloquence grecque et latine*. Il a laissé une édition et traduction latine d’Isocrate, signées modestement « I. T. B. A. » (« Jean Tarin de Beaufort en Anjou ») ou « I. T. A. » (« Jean Tarin d’Anjou »), et qui sont restées, pour cette raison, inconnues des deux ou trois historiens qui ont parlé de lui. Tarin était fils d’un meunier et naquit en l’an 1590. Dès son enfance, se sentant un goût très prononcé pour les études, il pressa vivement sa famille de l’envoyer à l’école ; mais il ne put rien obtenir de ses parents, qui y étaient opposés. Cependant, peu après la fondation d’un collège de jésuites à La Flèche, il vint s’y présenter comme étudiant, pieds nus, n’ayant autre chose qu’une chemise sur les épaules et un sac plein de noix et de pièces de pain. Il fut mis, par compassion, entre les balayeurs des classes du collège ; de là, il fut marmiton des pensionnaires, puis laquais d’un des pères. Fut-il maltraité ? En tout cas, il vouera par la suite à la Compagnie de Jésus une haine profonde, que celle-ci lui rendra bien, si l’on en juge par le portrait peu flatteur qu’a tracé de lui le père François Garasse : « [C’est] un homme de néant, nommé Tarin », dit le père**, « à demi géant, qui porte un visage de cyclope et une voix de taureau, par laquelle il tonnait contre nous… ; il est de fort bas lieu, fils d’un meunier de Rochefort [lisez Beaufort] ». Son éducation achevée avec tous les prix, Tarin s’en vint à Paris, où il s’accosta d’un autre paria de la Compagnie de Jésus, qui lui ouvrit grand les portes du professorat. N’ayant pas tardé à montrer l’excellence de son esprit, il acquit la réputation d’« un abîme de science et un des savants hommes du monde » : « Plût à Dieu que je susse autant de grec et de latin que [lui] », dit un de ses contemporains***. Sa réputation fut portée jusqu’au roi Louis XIII, qui, l’ayant fait lecteur royal, lui proposa plusieurs évêchés ; mais Tarin, qui ne se croyait pas appelé à l’état ecclésiastique, refusa de se rendre à cette offre et il prit le parti du mariage. Il fut plus d’une fois recteur de l’Université de Paris, dont il défendit toujours les droits avec force et fermeté. Une anecdote illustre ce que je viens de dire : Un jour, étant à un acte de philosophie, il avait, comme c’était son droit, pris la place d’honneur, lorsque de hauts prélats arrivèrent et voulurent la lui faire quitter ou en prendre une au-dessus de lui. « La terre que vous foulez ici aux pieds, ô illustres princes d’Église, est à moi, et je ne souffrirai point que vous fouliez aussi de la sorte ma dignité ! » (« Terra hæc, quam conculcatis, o illustrissimi Ecclesiæ principes, mea est ; nec patiar meam dignitatem sic a vobis contaminari ! »), leur dit-il. Et il fit cesser l’acte.

* On appelait « lecteurs royaux » les professeurs du Collège royal, l’actuel Collège de France. Haut

** « Mémoires », p. 104. Haut

*** Guy Patin. Haut