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Mot-clefthéologie chrétienne

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Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome IV»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome III»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

«Le Livre des lois des pays : un traité syriaque sur le destin de l’école de Bardesane»

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque de l’Orient chrétien, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. Biblio­thèque de l’Orient chré­tien, Paris

Il s’agit du «Livre des lois des pays»*Kethâb­hâ dhe-Nâmô­sê dh’Athrawâthâ»**), dia­logue met­tant en scène l’un des plus anciens phi­lo­sophes et savants de langue syriaque. Son nom ou son sur­nom, Bar­de­sane***, lui vient du fleuve Daiṣân bai­gnant les murs de la ville d’Édesse****; il signi­fie «fils du Daiṣân» (Bar-Daiṣân*****). C’était un savant «riche, aimable, libé­ral, ins­truit, bien posé à la Cour, ver­sé à la fois dans la science chal­déenne et dans la culture hel­lé­nique»******, qui tou­cha à toutes les phi­lo­so­phies et à toutes les écoles, sans s’attacher à aucune en par­ti­cu­lier. Tout cela lui valut la répu­ta­tion d’hérétique, bien qu’il fût sin­cè­re­ment chré­tien (IIe-IIIe siècle apr. J.-C.). On ne sait pas sur quel sol il est né pré­ci­sé­ment, car Hip­po­lyte de Rome l’appelle l’«Armé­nien»*******; Julius Afri­ca­nus l’appelle le «Parthe» et l’«habile archer»********; Por­phyre et saint Jérôme le nomment le «Baby­lo­nien»*********; Épi­phane nous dit qu’«il était ori­gi­naire de Méso­po­ta­mie»**********; Eusèbe le qua­li­fie de «Syrien»***********; enfin, les auteurs syriaques le font naître dans la ville d’Édesse même. C’est dans cette ville, en tout cas, qu’il pas­sa la plus grande par­tie de sa vie, après avoir fait son édu­ca­tion à Hié­ra­po­lis de Syrie, dans la mai­son d’un pon­tife dénom­mé Kou­douz************. Celui-ci l’adopta et lui ensei­gna l’art de l’astronomie et l’astrologie qui était l’art par­ti­cu­lier des Chal­déens et qui était indis­pen­sable aux prêtres qui vou­laient en impo­ser au peuple, en pré­di­sant les éclipses et leur durée, et en devi­nant l’action des pla­nètes sur la des­ti­née. L’esprit de Bar­de­sane se déta­che­ra plus tard de ces spé­cu­la­tions : «autre­fois, je [les] affec­tion­nais», dira-t-il*************. Dans un célèbre opus­cule phi­lo­so­phique, il fera la preuve que Dieu a doué les hommes du libre arbitre, et que les signes du zodiaque et les horo­scopes ne sont pas sur­puis­sants. Tout ce qu’on appelle «déter­mi­nisme» ou «fata­lisme astral» n’a de prise sur les hommes que dans la mesure où cela révèle la sagesse et la bon­té de Dieu. Le titre syriaque de cet opus­cule est incon­nu. Eusèbe, Épi­phane, Théo­do­ret et Pho­tius l’ont lu dans une tra­duc­tion grecque inti­tu­lée «Sur le des­tin» («Peri hei­mar­me­nês»**************) ou bien «Contre le des­tin» («Kata hei­mar­me­nês»***************). Aujourd’hui, nous n’avons plus rien des opus­cules de Bar­de­sane, excep­té un témoi­gnage post­hume, insuf­fi­sant sans doute, mais qui repro­duit une par­tie de sa pen­sée : «Le Livre des lois des pays». Notre savant y parle comme Socrate dans les dia­logues de Pla­ton, c’est-à-dire à la troi­sième per­sonne, tan­dis que ses dis­ciples s’y expriment à la pre­mière. On en a conclu que l’un d’eux, peut-être Phi­lippe, en est le rédac­teur. Bar­de­sane y four­nit de nom­breux détails sur les lois et les mœurs des pays et démontre com­ment ces lois et ces mœurs l’emportent sur le des­tin : «Les hommes, en effet, ont éta­bli des lois, pays par pays, dans la liber­té qui leur a été don­née par Dieu, car ce don est oppo­sé au des­tin des domi­na­teurs [c’est-à-dire des astres]»****************.

* Par­fois tra­duit «Livre des lois des régions». Haut

** En syriaque «ܟܬܒܐ ܕܢܡܘܣܐ ܕܐܬܪܘܬܐ». Par­fois trans­crit «Ketha­ba dha-Namo­sa dh’Athrawatha», «Ktābā’ deNāmūse’ d’Atrawwātā’» ou «Kṯāḇā ḏ-Nāmōsē ḏ-Aṯrawāṯā». Haut

*** En grec Βαρδησάνης. Par­fois trans­crit Bar­de­san, Bar­des­sane ou Bar­de­sanes. On ren­contre aus­si les gra­phies Βαρδισάνης (Bar­di­sane) et Βαρδησιάνης (Bar­de­siane). Haut

**** Aujourd’hui Urfa, en Tur­quie, près de la fron­tière syrienne. Haut

***** En syriaque ܒܪܕܝܨܢ. Par­fois trans­crit Bar-Dais­san, Bar Dai­çân ou Bar Dayṣan. Haut

****** Ernest Renan, «Marc-Aurèle». Haut

******* En grec Ἀρμένιος. «“Phi­lo­so­phu­me­na”, ou Réfu­ta­tion de toutes les héré­sies», liv. VII, ch. 31, sect. 1. Haut

******** En grec Πάρθος et σοφὸς τοξότης. «Les “Cestes”», liv. I, ch. 20. Haut

********* En grec Βαϐυλώνιος. «De l’abstinence», liv. IV, sect. 17. En latin Baby­lo­nius. «Contre Jovi­nien», liv. II, ch. 14. Haut

********** En grec ἐκ Μεσοποταμίας τὸ γένος ἦν. «Pana­rion», inédit en fran­çais. Haut

*********** En grec Σύρος. «La Pré­pa­ra­tion évan­gé­lique», liv. VI, ch. 9, sect. 32. Haut

************ En syriaque ܟܘܕܘܙ. Haut

************* «Le Livre des lois des pays», p. 92. Haut

************** En grec «Περὶ εἱμαρμένης». Haut

*************** En grec «Κατὰ εἱμαρμένης». Haut

**************** p. 98. Haut

Lessing, «Choix des plus belles fables»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Fables» («Fabeln») de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»* a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël**, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez*****. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

*** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

**** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

***** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Lessing, «Ernst et Falk : causeries pour francs-maçons»

éd. Dervy, coll. Petite Bibliothèque de la franc-maçonnerie, Paris

éd. Der­vy, coll. Petite Biblio­thèque de la franc-maçon­ne­rie, Paris

Il s’agit d’«Ernst et Falk : cau­se­ries pour francs-maçons» («Ernst und Falk : Ges­präche für Frei­mau­rer») de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»* a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël**, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez*****. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

*** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

**** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

***** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Lessing, «Dramaturgie de Hambourg»

éd. Klincksieck, coll. Germanistique, Paris

éd. Klinck­sieck, coll. Ger­ma­nis­tique, Paris

Il s’agit de la «Dra­ma­tur­gie de Ham­bourg» («Ham­bur­gische Dra­ma­tur­gie») de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»* a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël**, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez*****. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

*** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

**** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

***** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Lessing, «Du Laocoon, ou Des limites respectives de la poésie et de la peinture»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Lao­coon, ou Des limites res­pec­tives de la poé­sie et de la pein­ture» («Lao­koon, oder Über die Gren­zen der Male­rei und Poe­sie») de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»* a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël**, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez*****. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

*** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

**** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

***** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Lessing, «Théâtre complet. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Phi­lo­tas» et autres pièces de théâtre de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»* a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël**, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez*****. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

*** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

**** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

***** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Lessing, «Théâtre complet. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Min­na de Barn­helm» («Min­na von Barn­helm») et autres pièces de théâtre de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»* a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël**, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez*****. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

*** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

**** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

***** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Lessing, «Théâtre complet. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de «Nathan le Sage» («Nathan der Weise») et autres pièces de théâtre de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»* a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël**, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe***, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez*****. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

*** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

**** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

***** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Lessing, «L’Éducation du genre humain, “Die Erziehung des Menschengeschlechts”»

éd. Aubier-Montaigne, coll. bilingue des classiques étrangers, Paris

éd. Aubier-Mon­taigne, coll. bilingue des clas­siques étran­gers, Paris

Il s’agit de «L’Éducation du genre humain»*Die Erzie­hung des Men­schen­ges­chlechts») de Got­thold Ephraim Les­sing, écri­vain hos­tile aux conven­tions en vogue, aux pré­ju­gés de classe, à l’esprit de ser­vi­li­té et de rou­tine, à tout ce qui para­ly­sait le génie alle­mand (XVIIIe siècle apr. J.-C.). Sans être le plus grand d’entre les grands, celui qui a méri­té que Hein­rich Heine dise de lui : «Les­sing, de tous les écri­vains alle­mands, est celui que je ché­ris le plus»** a certes le droit d’être consi­dé­ré comme l’un des pères de cette Alle­magne triom­phante où, selon le mot de la baronne de Staël***, «[même] les écri­vains du second et du troi­sième ordre ont encore des connais­sances assez appro­fon­dies pour être chefs ailleurs». Il fut tour à tour phi­lo­sophe, cri­tique, tra­duc­teur, dra­ma­turge, fabu­liste, secré­taire d’un géné­ral, biblio­thé­caire d’un duc, ouvrant dans toutes les direc­tions des voies nou­velles, pour­sui­vant par­tout la véri­té. Car Les­sing eut une pas­sion pour la véri­té. Il la cher­cha «avec carac­tère, avec éner­gique constance», comme dit Gœthe****, et il eut même plus de joie à la cher­cher qu’à la trou­ver, comme le chas­seur qui prend plus de plai­sir à cou­rir le lièvre qu’à l’attraper. «Si Dieu», dit Les­sing*****, «tenait dans sa main droite toutes les véri­tés et dans sa main gauche l’effort infa­ti­gable vers la véri­té… et qu’il me disait : “Choi­sis!”, je m’inclinerais avec déses­poir vers sa main gauche, en lui disant : “Père, donne! La pure véri­té n’est que pour toi seul!”» Tel Luther, Les­sing fut un éman­ci­pa­teur, qui ne se conten­tait pas de sa liber­té per­son­nelle, mais qui sou­hai­tait éga­le­ment celle de ses lec­teurs. Il pen­sait tout haut devant eux et leur don­nait envie de pen­ser. Il esti­mait qu’ils étaient non moins habiles que lui à gérer leurs opi­nions et leurs goûts. «La liber­té fut l’âme de tous ses ouvrages; on cite­rait dif­fi­ci­le­ment une ligne de lui qui ne vise quelque ser­vi­tude», explique Vic­tor Cher­bu­liez******. En reli­gion, il lut­ta pour l’avènement d’une reli­gion huma­ni­taire et uni­ver­selle. Il ima­gi­na une grande famille humaine, une franc-maçon­ne­rie de tous les croyants unis plu­tôt dans la pra­tique de la ver­tu que dans celle du culte. En lit­té­ra­ture, il affran­chit son pays de la rigi­di­té, de l’imitation ser­vile. Jusque-là, on n’avait joué sur la scène alle­mande que des adap­ta­tions de pièces fran­çaises, elles-mêmes imi­tées du grec; il fit voir le ridi­cule de cette fausse Anti­qui­té, emprun­tée de seconde main. Il contri­bua au contraire à révé­ler au public les tra­gé­dies de Sha­kes­peare, dont le carac­tère ter­rible avait infi­ni­ment plus de rap­port avec celui des Alle­mands. Il assu­ra que Sha­kes­peare seul pou­vait sus­ci­ter un théâtre ori­gi­nal et popu­laire; et que, si Sha­kes­peare igno­rait Aris­tote, que Cor­neille avait si bien étu­dié, des deux tra­gé­diens c’est Sha­kes­peare qui l’avait le mieux sui­vi! Cepen­dant, quels que fussent les para­doxes aux­quels Les­sing se lais­sa entraî­ner par l’ardeur et par les néces­si­tés de la contro­verse, il sema des vues neuves, des aper­çus féconds.

* Par­fois tra­duit «L’Éducation de l’humanité». Haut

** «De l’Allemagne. Tome I», p. 204. Haut

*** «De l’Allemagne», part. 3, ch. 7. Haut

**** En alle­mand «durch sei­nen Cha­rak­ter, durch sein Fes­thal­ten». Haut

***** «Eine Duplik» («Une Duplique»), inédit en fran­çais. Haut

****** «Études de lit­té­ra­ture et d’art», p. 20. Haut

Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome II»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Retraite de 1634» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut

Marie de l’Incarnation, «Écrits spirituels et historiques. Tome I»

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Québec

éd. D. de Brouwer-L’Action sociale, Paris-Qué­bec

Il s’agit de la «Rela­tion de 1633» et autres écrits de la mère Marie de l’Incarnation*, la pre­mière en date, comme la pre­mière en génie, par­mi les femmes mis­sion­naires venues évan­gé­li­ser le Cana­da (XVIIe siècle apr. J.-C.). Certes, ses écrits furent com­po­sés sans sou­ci d’agrément lit­té­raire. Mais ils viennent d’une femme de carac­tère qui était, en véri­té, une nature d’exception et qui, en asso­ciant son âme direc­te­ment à Dieu, fit l’économie d’une dépen­dance par rap­port aux hommes. Sa pié­té cou­ra­geuse et son saint enthou­siasme étaient suf­fi­sam­ment connus pour que Bos­suet l’ait appe­lée «la Thé­rèse de nos jours et du Nou­veau Monde»**. «Au Cana­da, ses œuvres sont un tré­sor de famille», explique dom Albert Jamet. «Mais les Fran­çais de l’ancienne France doivent savoir que ses œuvres sont toutes leurs aus­si, et au même titre. Peut-être s’en sont-ils trop dés­in­té­res­sés. “En France”, notait Sainte-Beuve***, “nous ne nous mon­trons pas tou­jours assez soi­gneux ou fiers de nos richesses.” À Tours, où elle naquit en 1599, Marie de l’Incarnation fut éle­vée aux sublimes états d’oraison qui la font aller de pair avec les plus hauts contem­pla­tifs de tous les temps et de tous les pays. À Qué­bec, où elle arri­va en 1639, c’est une œuvre fran­çaise qu’elle fit durant les trente-deux années qui lui res­taient encore à vivre. Par là, ses écrits sont le bien et l’honneur indi­vis des deux France.»

* À ne pas confondre avec Barbe Aca­rie, née Barbe Avrillot, qui entra éga­le­ment en reli­gion sous le nom de Marie de l’Incarnation. Elle vécut un siècle plus tôt. Haut

** «Ins­truc­tion sur les états d’oraison», liv. IX. Bos­suet a écrit ailleurs à une cor­res­pon­dante : «J’ai vu, depuis peu, la vie de la mère Marie de l’Incarnation… Tout y est admi­rable, et je vous ren­ver­rai bien­tôt [des] extraits pour vous en ser­vir» («Lettres à la sœur Cor­nuau», lettre CIII). Haut

*** «Port-Royal», liv. I. Haut