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Mot-clefPhilippe Pelletier

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

«Kôtoku Shûsui : socialiste et anarchiste japonais»

éd. du Monde libertaire, coll. Graine d’ananar, Paris

éd. du Monde liber­taire, coll. Graine d’ananar, Paris

Il s’agit de «Dis­cus­sion sur la “révo­lu­tion vio­lente” à par­tir de ma pri­son» («Goku­chû yori “bôryo­ku kaku­mei” wo ron­zu»*) et autres trai­tés de Kôto­ku Shû­sui**, intel­lec­tuel, père de l’anarchisme japo­nais, condam­né à mort en 1910 pour atten­tat sur la per­sonne de l’Empereur et exé­cu­té en 1911. Dis­ciple et bio­graphe de Nakae Chô­min, Kôto­ku s’appuya, d’abord, sur les prin­cipes de la Révo­lu­tion fran­çaise avant de mettre toute sa foi dans le com­mu­nisme liber­taire et l’anarchie. En 1903, oppo­sé fer­me­ment à la guerre rus­so-japo­naise, il quit­ta avec quelques col­lègues la rédac­tion du «Yoro­zu Chô­hô»***Les Dix mille Nou­velles du matin»****) et il fon­da le cercle Hei­min­sha***** (Socié­té du peuple) avec, pour organe, l’hebdomadaire «Hei­min Shim­bun»******Jour­nal du peuple»), dont le numé­ro inau­gu­ral parut la même année. De nom­breux autres numé­ros furent inter­dits. Kôto­ku rêvait de citoyens libres, exer­çant des droits sou­ve­rains. En ce début de siècle où il n’y avait ni suf­frage uni­ver­sel, ni assem­blée repré­sen­ta­tive, où un abîme sépa­rait le peuple de la poli­tique, il pro­po­sa «l’action directe» («cho­ku­set­su kôdô»*******) comme moyen pour obte­nir des droits ou sim­ple­ment du pain. La répres­sion d’État était très sévère, la conscience sociale — peu déve­lop­pée, l’union entre tra­vailleurs — inexis­tante. D’autre part, une mino­ri­té diri­geante, consti­tuée de mili­ta­ristes et d’impérialistes, «entra­vait la vie de la majo­ri­té du peuple, fai­sait fondre toute son épargne, empor­tait des vies humaines pour bâtir un grand Empire»********. Non seule­ment ce dis­cours de «l’action directe» fut défor­mé par les diri­geants, qui l’identifièrent avec un pré­ten­du com­plot pour assas­si­ner l’Empereur, mais il don­na lieu, à par­tir de 1910, à des rafles poli­cières, abou­tis­sant à plus d’une cen­taine d’arrestations par­mi les mili­tants de gauche. Les auto­ri­tés dépen­saient pour la sur­veillance du seul Kôto­ku cent yens par mois; deux-trois poli­ciers étaient pos­tés en fac­tion devant chez lui et le sur­veillaient jour et nuit. Elles avaient ten­du un filet; il ne leur res­tait qu’à abattre les oiseaux qui s’y étaient pris. Elles avaient creu­sé une trappe; il ne leur res­tait qu’à ache­ver le gibier qui y était tom­bé. C’est ce qui arri­va au plus fameux pro­cès de l’histoire du Japon — le pro­cès dit «Kôto­ku jiken»*********affaire Kôto­ku») ou «tai­gya­ku jiken»**********affaire du crime de lèse-majes­té»***********).

* En japo­nais «獄中より暴力革命を論ず». Haut

** En japo­nais 幸徳秋水. Haut

*** En japo­nais «萬朝報». Haut

**** Par­fois tra­duit «Le Jour­nal du Matin» ou «Toutes les nou­velles du matin». Haut

***** En japo­nais 平民社. Haut

****** En japo­nis «平民新聞». Par­fois trans­crit «Hei­min Shin­bun». Haut

******* En japo­nais 直接行動. Haut

******** «L’Impérialisme : le spectre du XXe siècle», p. 163. Haut

********* En japo­nais «幸徳事件». Haut

********** En japo­nais «大逆事件». Haut

*********** Par­fois tra­duit «affaire de la grande rébel­lion», «affaire de haute tra­hi­son», «affaire du com­plot de lèse-majes­té» ou «affaire du grand sou­lè­ve­ment». Haut