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Mot-clefphilosophie grecque

sujet

«Le “Chêne” et le “Voile” de Phérécyde : note sur un témoignage du gnostique Isidore»

dans « Revue des études grecques », vol. 124, nº 1, p. 79-92

dans «Revue des études grecques», vol. 124, no 1, p. 79-92

Il s’agit de Phé­ré­cyde de Syros*, théo­lo­gien et mys­tique, le plus ancien pro­sa­teur de la Grèce. Chez presque toutes les nations, les vers ont pré­cé­dé la prose. Car quoique la prose ait tou­jours été, comme elle l’est aujourd’hui, le lan­gage com­mun des hommes, il a été d’abord un temps où l’on ne croyait pas qu’elle méri­tât d’être trans­mise à la pos­té­ri­té. Phé­ré­cyde de Syros, qui vivait au VIe siècle av. J.-C., écri­vit une cos­mo­go­nie por­tant le titre étrange de «L’Antre aux sept replis»**Hep­ta­my­chos»***) ou «Théo­cra­sie»**** ou encore «Théo­go­nie»*****. C’était le plus ancien ouvrage en prose par­mi les Grecs si l’on en croit entre autres Pline l’Ancien, qui dit : «Phé­ré­cyde de Syros est le pre­mier qui écri­vit en prose» («pro­sam ora­tio­nem condere Phe­re­cydes Syrius ins­ti­tuit»), vou­lant dire par là que notre auteur fut le pre­mier qui trai­ta de matières plus ou moins phi­lo­so­phiques, et qui s’appliqua à don­ner à la prose cette espèce d’élévation qui dis­tingue les ouvrages de l’esprit. Dio­gène Laërce attri­bue à Phé­ré­cyde, outre son livre, une hor­loge solaire — un «hélio­trope» (un «tour­ne­sol»), mais il est pos­sible que cet ins­tru­ment astro­no­mique ne soit qu’une his­toire ou, pour mieux dire, une fable dont le point de départ est ce pas­sage d’Homère mal com­pris : «Il y a une île qu’on nomme Syros… du côté où Hélios tourne»******. Cicé­ron, dans ses «Tus­cu­lanes», men­tionne Phé­ré­cyde comme le pre­mier pen­seur qui ait pro­po­sé et sou­te­nu le dogme de l’immortalité de l’âme humaine, qu’il aurait ensuite trans­mis à Pytha­gore, son dis­ciple. Enfin, voi­ci une lettre adres­sée par notre auteur à Tha­lès : «J’ai donc enjoint à mes ser­vi­teurs, lorsqu’ils m’auront ense­ve­li, de t’apporter mon écrit. Publie-le si, après en avoir confé­ré avec les autres sages, tu juges qu’il mérite d’être lu; sinon, tu peux le sup­pri­mer. Il ne me satis­fait pas com­plè­te­ment moi-même. En de telles ques­tions, la cer­ti­tude est impos­sible; aus­si, je me flatte moins d’être arri­vé à la véri­té, que d’avoir four­ni matière à réflexion à ceux qui s’occupent de théo­lo­gie. Du reste, il faut inter­pré­ter mes paroles et aller au fond; car je for­mule tout sous forme allé­go­rique».

* En grec Φερεκύδης ὁ Σύριος. Haut

** Par­fois tra­duit «Sept Recoins». Haut

*** En grec «Ἑπτάμυχος». Haut

**** En grec «Θεοκρασία». Par­fois tra­duit «Mélange divin». Haut

***** En grec «Θεογονία». Haut

****** «L’Odyssée», ch. XV. Haut

«Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome II»

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Biblio­thèque copte de Nag Ham­ma­di-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit des «Défi­ni­tions d’Hermès Tris­mé­giste à Asclé­pius» («Her­mou Tris­me­gis­tou horoi pros Ask­lê­pion»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Ἑρμοῦ Τρισμεγίστου ὅροι πρὸς Ἀσκληπιόν». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

«Hermès en Haute-Égypte : les textes hermétiques de Nag Hammadi. Tome I»

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Bibliothèque copte de Nag Hammadi-Section Textes, Québec

éd. Presses de l’Université Laval, coll. Biblio­thèque copte de Nag Ham­ma­di-Sec­tion Textes, Qué­bec

Il s’agit de «L’Ogdoade et l’Ennéade» («Ogdoas kai Enneas»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Ὀγδοὰς καὶ Ἐννεάς». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome IV»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Fille du monde» («Korê kos­mou»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Κόρη κόσμου». Par­fois tra­duit «Vierge du monde», «Pru­nelle du monde» ou «Pupille du monde». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome III»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Dis­cours à Tat» («Pros Tat»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Πρὸς Τάτ». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome II»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Dis­cours par­fait, ou Asclé­pius» («Logos teleios, ê Ask­lê­pios»*) et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Λόγος τέλειος, ἢ Ἀσκληπιός». Par­fois tra­duit «Dis­cours d’initiation, ou Asclè­pios» ou «De la volon­té de Dieu, ou Asclèpe». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Hermès Trismégiste, «“Corpus hermeticum”. Tome I»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du «Poi­man­drès»* et autres trai­tés du «Cor­pus her­me­ti­cum», com­pi­la­tion éso­té­rique née de la ren­contre des idées reli­gieuses de l’Égypte et des super­sti­tions savantes de la Grèce (Ier-IIIe siècle apr. J.-C.). Au début de notre ère, le ratio­na­lisme grec craque de toute part. La science humaine, jugée trop res­treinte et sujette à l’erreur, cède la place aux révé­la­tions qu’obtient l’art du mage, de l’alchimiste, du nécro­man­cien. Chez l’élite intel­lec­tuelle se répand le désir des connais­sances immé­diates, venues par voie sur­na­tu­relle; le goût de l’invisible, de l’initiation occulte; la curio­si­té pour l’au-delà. Les Grecs ont de plus en plus recours à un cer­tain nombre de «sagesses révé­lées», qu’ils attri­buent soit à des sages perses (Zoroastre, Osta­nès, Hys­taspe); soit à un dieu égyp­tien (Thoth-Her­mès); soit à des oracles de la Chal­dée («Oracles chal­daïques»). Par­mi ces «sagesses révé­lées», celle attri­buée au dieu Her­mès Tris­mé­giste**Her­mès le trois fois très grand») est peut-être la plus impor­tante — et par le grand nombre d’écrits qu’elle a lais­sés, et par sa pos­té­ri­té qui sur­vit dans les mots «her­mé­tisme», «her­mé­tique», etc. Mais qui est donc cet Her­mès? Il est à iden­ti­fier avec Thoth, le dieu-scribe qui don­na l’écriture aux Égyp­tiens, les­quels, par l’intermédiaire des Phé­ni­ciens, la trans­mirent ensuite à la Grèce : «Thoth», raconte Pla­ton***, «vint trou­ver le [pha­raon], lui mon­tra l’art [des lettres] qu’il avait inven­té, et lui dit qu’il fal­lait en faire part à tous les Égyp­tiens… “Cette science, ô roi”, lui dit Thoth, “ren­dra les Égyp­tiens plus savants et sou­la­ge­ra leur mémoire; c’est un remède que j’ai trou­vé contre la dif­fi­cul­té d’apprendre et de savoir”».

* En grec «Ποιμάνδρης». Autre­fois trans­crit «Pyman­der», «Pymandre», «Piman­der», «Pimandre», «Pimandres», «Pimen­der», «Pimendre», «Pœmen­der», «Pœman­der», «Pœmandre», «Pœman­drès», «Poi­man­der» ou «Poi­mandre». Haut

** En grec Τρισμέγιστος Ἑρμῆς. Par­fois trans­crit Ermès ou Mer­cure. Haut

*** «Phèdre», 274d. Haut

Synésios, «[Œuvres complètes]. Tome IV. Opuscules, part. 1»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de l’«Éloge de la cal­vi­tie» («Pha­la­kras Enkô­mion»*) et autres œuvres de Syné­sios de Cyrène**. Écri­vain de second rang, supé­rieur en rien, Syné­sios attire sur­tout l’attention par les détails de sa vie; car il fut élu évêque, après avoir pas­sé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cyrène, dans l’actuelle Libye, il était issu d’une des meilleures familles de l’aristocratie; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers explo­ra­teurs venus, plus de mille ans avant lui, depuis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa patrie. Il fré­quen­ta les écoles supé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les leçons de la fameuse Hypa­tie, pour laquelle il expri­ma tou­jours une admi­ra­tion émue. Reve­nu à Cyrène, il vécut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne deman­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oisive et bien­heu­reuse «comme [dans] une enceinte sacrée», pré­cise-t-il***, «[en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse». Sa «Cor­res­pon­dance» nous indique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait entraî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : «Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même…; dans le plai­sir, je me donne à tous»****. Les évêques orien­taux vou­lurent abso­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande situa­tion sociale; quelqu’un qui sût se faire entendre. Il leur répon­dit que, s’il deve­nait évêque, il ne se sépa­re­rait point de son épouse, quoique cette sépa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens; qu’il ne vou­lait pas renon­cer non plus au plai­sir défen­du de la chasse; qu’il ne pour­rait jamais croire en la Résur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne savait même pas encore s’il y consen­ti­rait. Les évêques insis­tèrent. On le bap­ti­sa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son minis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour savoir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y domine. Ni l’un ni l’autre! Ce qui y domine, c’est la reli­gion d’un homme qui n’eut que des délas­se­ments et jamais de vraies pas­sions.

* En grec «Φαλάκρας Ἐγκώμιον». Haut

** En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Autre­fois trans­crit Syné­sius ou Synèse. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», lettre XLI. Haut

**** lettre CV. Haut

Synésios, «[Œuvres complètes]. Tome III. Correspondance, lettres LXIV-CLVI»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» («Epis­to­lai»*) et autres œuvres de Syné­sios de Cyrène**. Écri­vain de second rang, supé­rieur en rien, Syné­sios attire sur­tout l’attention par les détails de sa vie; car il fut élu évêque, après avoir pas­sé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cyrène, dans l’actuelle Libye, il était issu d’une des meilleures familles de l’aristocratie; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers explo­ra­teurs venus, plus de mille ans avant lui, depuis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa patrie. Il fré­quen­ta les écoles supé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les leçons de la fameuse Hypa­tie, pour laquelle il expri­ma tou­jours une admi­ra­tion émue. Reve­nu à Cyrène, il vécut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne deman­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oisive et bien­heu­reuse «comme [dans] une enceinte sacrée», pré­cise-t-il***, «[en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse». Sa «Cor­res­pon­dance» nous indique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait entraî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : «Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même…; dans le plai­sir, je me donne à tous»****. Les évêques orien­taux vou­lurent abso­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande situa­tion sociale; quelqu’un qui sût se faire entendre. Il leur répon­dit que, s’il deve­nait évêque, il ne se sépa­re­rait point de son épouse, quoique cette sépa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens; qu’il ne vou­lait pas renon­cer non plus au plai­sir défen­du de la chasse; qu’il ne pour­rait jamais croire en la Résur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne savait même pas encore s’il y consen­ti­rait. Les évêques insis­tèrent. On le bap­ti­sa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son minis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour savoir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y domine. Ni l’un ni l’autre! Ce qui y domine, c’est la reli­gion d’un homme qui n’eut que des délas­se­ments et jamais de vraies pas­sions.

* En grec «Ἐπιστολαί». Haut

** En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Autre­fois trans­crit Syné­sius ou Synèse. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», lettre XLI. Haut

**** lettre CV. Haut

Synésios, «[Œuvres complètes]. Tome II. Correspondance, lettres I-LXIII»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit de la «Cor­res­pon­dance» («Epis­to­lai»*) et autres œuvres de Syné­sios de Cyrène**. Écri­vain de second rang, supé­rieur en rien, Syné­sios attire sur­tout l’attention par les détails de sa vie; car il fut élu évêque, après avoir pas­sé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cyrène, dans l’actuelle Libye, il était issu d’une des meilleures familles de l’aristocratie; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers explo­ra­teurs venus, plus de mille ans avant lui, depuis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa patrie. Il fré­quen­ta les écoles supé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les leçons de la fameuse Hypa­tie, pour laquelle il expri­ma tou­jours une admi­ra­tion émue. Reve­nu à Cyrène, il vécut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne deman­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oisive et bien­heu­reuse «comme [dans] une enceinte sacrée», pré­cise-t-il***, «[en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse». Sa «Cor­res­pon­dance» nous indique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait entraî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : «Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même…; dans le plai­sir, je me donne à tous»****. Les évêques orien­taux vou­lurent abso­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande situa­tion sociale; quelqu’un qui sût se faire entendre. Il leur répon­dit que, s’il deve­nait évêque, il ne se sépa­re­rait point de son épouse, quoique cette sépa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens; qu’il ne vou­lait pas renon­cer non plus au plai­sir défen­du de la chasse; qu’il ne pour­rait jamais croire en la Résur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne savait même pas encore s’il y consen­ti­rait. Les évêques insis­tèrent. On le bap­ti­sa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son minis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour savoir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y domine. Ni l’un ni l’autre! Ce qui y domine, c’est la reli­gion d’un homme qui n’eut que des délas­se­ments et jamais de vraies pas­sions.

* En grec «Ἐπιστολαί». Haut

** En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Autre­fois trans­crit Syné­sius ou Synèse. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», lettre XLI. Haut

**** lettre CV. Haut

Synésios, «[Œuvres complètes]. Tome I. Hymnes»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit des «Hymnes» («Hym­noi»*) et autres œuvres de Syné­sios de Cyrène**. Écri­vain de second rang, supé­rieur en rien, Syné­sios attire sur­tout l’attention par les détails de sa vie; car il fut élu évêque, après avoir pas­sé une bonne par­tie de sa vie en païen (IVe-Ve siècle apr. J.-C.). Né dans la ville de Cyrène, dans l’actuelle Libye, il était issu d’une des meilleures familles de l’aristocratie; il pré­ten­dait même, sur preuves écrites, des­cendre des pre­miers explo­ra­teurs venus, plus de mille ans avant lui, depuis la Grèce jusqu’aux côtes afri­caines fon­der sa patrie. Il fré­quen­ta les écoles supé­rieures d’Alexandrie et y sui­vit les leçons de la fameuse Hypa­tie, pour laquelle il expri­ma tou­jours une admi­ra­tion émue. Reve­nu à Cyrène, il vécut en riche pro­prié­taire exempt de toute gêne et ne deman­dant qu’à cou­ler, sur ses terres, une vie oisive et bien­heu­reuse «comme [dans] une enceinte sacrée», pré­cise-t-il***, «[en] être libre et sans contrainte, [par­ta­geant] mon exis­tence entre la prière, les livres et la chasse». Sa «Cor­res­pon­dance» nous indique que, quand il n’avait pas le nez dans les livres, il se lais­sait entraî­ner par son pen­chant pour les armes et les che­vaux : «Je par­tage, en toutes cir­cons­tances, mon temps en deux : le plai­sir et l’étude. Dans l’étude, je vis seul avec moi-même…; dans le plai­sir, je me donne à tous»****. Les évêques orien­taux vou­lurent abso­lu­ment avoir ce gen­til­homme pour col­lègue et lui firent confé­rer l’évêché de Pto­lé­maïs; car ils cher­chaient quelqu’un qui eût une grande situa­tion sociale; quelqu’un qui sût se faire entendre. Il leur répon­dit que, s’il deve­nait évêque, il ne se sépa­re­rait point de son épouse, quoique cette sépa­ra­tion fût exi­gée des pré­lats chré­tiens; qu’il ne vou­lait pas renon­cer non plus au plai­sir défen­du de la chasse; qu’il ne pour­rait jamais croire en la Résur­rec­tion, ni dans d’autres dogmes qui ne se trou­vaient pas chez Pla­ton; que, si on vou­lait l’accepter à ce prix, il ne savait même pas encore s’il y consen­ti­rait. Les évêques insis­tèrent. On le bap­ti­sa et on le fit évêque. Il conci­lia sa phi­lo­so­phie avec son minis­tère et il écri­vit de nom­breuses œuvres. On dis­pute pour savoir si c’est l’hellénisme ou le chris­tia­nisme qui y domine. Ni l’un ni l’autre! Ce qui y domine, c’est la reli­gion d’un homme qui n’eut que des délas­se­ments et jamais de vraies pas­sions.

* En grec «Ὕμνοι». Haut

** En grec Συνέσιος ὁ Κυρηναῖος. Autre­fois trans­crit Syné­sius ou Synèse. Haut

*** «Cor­res­pon­dance», lettre XLI. Haut

**** lettre CV. Haut

«Thalès et ses Emprunts à l’Égypte»

dans « Revue philosophique de la France et de l’étranger », vol. 5, nº 9, p. 299-318

dans «Revue phi­lo­so­phique de la France et de l’étranger», vol. 5, no 9, p. 299-318

Il s’agit de Tha­lès de Milet* (VIIe-VIe siècle av. J.-C.), le pre­mier homme ayant reçu le titre de «sage» («sophos»**) en Grèce. Ce titre est sou­vent mal com­pris, et il est bon de pré­ci­ser sa signi­fi­ca­tion his­to­rique, avant d’aller plus avant. Le «sage» n’était pas néces­sai­re­ment «un homme pru­dent, cir­cons­pect», bien que ce mot ait été plus tard employé dans ce sens. Aris­tote dit à ce pro­pos*** : «Tha­lès et les gens de cette sorte sont sages, et non pru­dents, car on voit qu’ils ignorent leur propre inté­rêt; en revanche, on [convient] qu’ils pos­sèdent des connais­sances sur­abon­dantes, mer­veilleuses, dif­fi­ciles à acqué­rir et divines, sans uti­li­té immé­diate néan­moins, puisqu’ils ne recherchent pas les biens de ce monde». Le «sage» était donc ce que nous appe­lons «un éru­dit, un savant». Tha­lès, en par­ti­cu­lier, se fit admi­rer pour ses connais­sances en mathé­ma­tiques. Ce fut lui qui trans­por­ta les prin­cipes de cette science depuis les pays orien­taux jusqu’en Grèce. Pre­miè­re­ment, il était d’origine phé­ni­cienne; or, la connais­sance exacte des nombres se trou­vait chez les Phé­ni­ciens, à cause du com­merce qui fut tou­jours leur affaire. Deuxiè­me­ment, il alla s’instruire auprès des Égyp­tiens; or, le savoir géo­mé­trique se trou­vait en Égypte, à cause de l’arpentage constant que sus­ci­tait le Nil, en brouillant les terres culti­vables dans les périodes de crue et d’étiage. On dit qu’instruit ain­si par des étran­gers, Tha­lès prit bien­tôt l’essor au-des­sus de ses maîtres et qu’il fut le pre­mier à mesu­rer la hau­teur des pyra­mides, par leur ombre et par celle d’un bâton. De retour de ses voyages, il fit part à ses com­pa­triotes de ce qu’il avait appris. Il pré­dit une éclipse de soleil, et l’événement véri­fia ses cal­culs. Sa facul­té de faire des pré­dic­tions fut à l’origine de cette fable de l’astronome qui regar­dait le ciel sans voir le puits qui était à ses pieds : «On raconte de Tha­lès», dit Pla­ton****, «que tout occu­pé de l’astronomie et regar­dant en haut, il tom­ba dans un puits, et qu’une ser­vante de Thrace d’un esprit agréable et facé­tieux se moqua de lui, disant qu’il vou­lait savoir ce qui se pas­sait au ciel, et qu’il ne voyait pas ce qui était devant lui». L’on peut dire, pour finir, que Tha­lès pro­fi­ta de toutes les occa­sions pour s’enquérir de ce qui lui sem­blait remar­quable ou curieux, et pour le trans­mettre aux Grecs. Le même rôle fut pro­ba­ble­ment joué par d’autres voya­geurs de la même époque; mais Tha­lès se révé­la l’observateur le plus atten­tif et le plus habile intro­duc­teur.

* En grec Θαλῆς ὁ Μιλήσιος. Haut

** En grec σοφός. Haut

*** «Éthique à Nico­maque», liv. VI, ch. V (1141b 3-8). Haut

**** «Théé­tète», 174a. Haut

«Étude sur les arguments de Zénon d’Élée contre le mouvement»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Zénon d’Élée*, célèbre auteur de para­doxes (Ve siècle av. J.-C.). Il ne paraît pas avoir été mathé­ma­ti­cien, ni phy­si­cien; mais ses fameux «Argu­ments contraires» («Anti­lo­giai»**) ont fait autant pour les prin­cipes des mathé­ma­tiques et de la phy­sique que pour ceux de la phi­lo­so­phie. C’était un homme bien fait, d’une figure agréable, un dis­ciple dévoué de Par­mé­nide, et quelques écri­vains pré­tendent «qu’il devint le mignon de son maître»***. Il ne quit­tait que très rare­ment son Élée natale, «cité modeste, tout juste bonne à pro­duire des hommes de valeur»****. Plus tard, cette cité étant tom­bée, on ne sait com­ment, sous le joug d’un tyran appe­lé Néarque, Zénon entre­prit de la déli­vrer à l’aide de com­plices. La conspi­ra­tion ayant été décou­verte, il fut empri­son­né et périt dans d’horribles sup­plices, où il mon­tra un carac­tère héroïque. Cette affaire est rap­por­tée avec mille variantes par les écri­vains. Je n’en don­ne­rai qu’une : Tor­tu­ré et inter­ro­gé sur ses com­plices, Zénon nom­ma les amis du tyran pour pri­ver celui-ci de tous ses appuis. Néarque, après les avoir fait mou­rir, l’interrogea sur les armes qu’il avait trans­por­tées dans une île voi­sine. Zénon lui dit qu’il lui répon­drait à l’oreille; le tyran s’étant appro­ché, Zénon lui mor­dit l’oreille et ne relâ­cha pas sa prise avant d’être per­cé de coups et tué. Aujourd’hui, il ne reste des ouvrages de Zénon que les «Argu­ments contraires» concer­nant le mou­ve­ment, trans­mis jusqu’à nous grâce à la réfu­ta­tion d’Aris­tote et aux cita­tions de Sim­pli­cius. Ces «Argu­ments» inté­ressent au plus haut point l’histoire des sciences, en ceci qu’ils fixent pour la pre­mière fois l’attention sur le pro­blème de l’infinitésimal et sur les dif­fi­cul­tés logiques aux­quelles se heurtent les cal­culs qui jonglent avec l’infini. Le poète Paul Valé­ry résu­me­ra les deux «Argu­ments» les plus connus, «Achille et la Tor­tue» et «La Flèche qui vole», par ces vers : «Zénon, cruel Zénon!… M’as-tu per­cé de cette flèche ailée qui vibre, vole et qui ne vole pas!… Achille immo­bile à grands pas!»

* En grec Ζήνων ὁ Ἐλεάτης. Éga­le­ment connu sous le nom de Zénon le Par­mé­ni­dien. En grec Ζήνων ὁ Παρμενίδειος. À ne pas confondre avec Zénon de Cition, le fon­da­teur du stoï­cisme. Haut

** En grec «Ἀντιλογίαι». Haut

*** «λέγεσθαι αὐτὸν παιδικὰ τοῦ Παρμενίδου γεγονέναι» (Pla­ton). «γέγονεν αὐτοῦ παιδικά» (Dio­gène Laërce). Haut

**** Dio­gène Laërce. Haut