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Pseudo-Longin, «Du sublime»

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des uni­ver­si­tés de France, Paris

Il s’agit du trai­té «Du sublime» («Peri hyp­sous»*). Ce petit trai­té mys­té­rieux consti­tue le som­met de la cri­tique lit­té­raire gré­co-romaine. Nous ne savons pas s’il a eu beau­coup de suc­cès à l’époque de sa rédac­tion; mais depuis sa tra­duc­tion par Boi­leau, il en a eu énor­mé­ment et qu’il mérite. Non seule­ment les phi­lo­sophes des Lumières ont été char­més par les beaux frag­ments lit­té­raires qui y sont cités; mais ils ont été sur­pris par la hau­teur, par la force, par la véhé­mence des juge­ments qui y sont por­tés sur tous les grands écri­vains de l’Antiquité. L’auteur incon­nu de ce trai­té, quel qu’il soit**, ne s’amusait pas, comme les rhé­teurs de son temps (Ier siècle apr. J.-C.), à faire des divi­sions minu­tieuses des par­ties du dis­cours; et il ne se conten­tait pas, comme Aris­tote ou comme Her­mo­gène, à nous énu­mé­rer des pré­ceptes tout secs et dépouillés d’ornements. Au contraire : en trai­tant des beau­tés lit­té­raires, il employait toutes les finesses lit­té­raires : «Sou­vent il fait la figure qu’il enseigne, et en par­lant du sublime, il est lui-même très sublime», comme dit Boi­leau***. Chez ce Grec, point de pré­ju­gés natio­naux. Il lisait les écri­vains latins et il savait se pas­sion­ner pour eux : il com­pa­rait Cicé­ron à Démos­thène et il sen­tait fort bien les qua­li­tés de l’un et de l’autre. Chose plus sur­pre­nante : il n’était pas étran­ger aux pre­miers ver­sets de la Bible. Enfin, admi­rons en lui l’honnête homme. Nul Ancien n’a mieux que lui com­pris et expri­mé à quel point la gran­deur lit­té­raire est liée à celle du cœur et de l’esprit. Et c’est un hon­neur pour ce cri­tique ingé­nieux de s’être ren­con­tré en cela avec Pla­ton, et d’avoir défen­du la noblesse et la pure­té de l’art d’écrire, en com­men­çant par don­ner aux écri­vains la conscience de leur devoir humain et le res­pect de ce même devoir.

Il n’existe pas moins de six tra­duc­tions fran­çaises du trai­té «Du sublime», mais s’il fal­lait n’en choi­sir qu’une seule, je choi­si­rais celle d’Henri Lebègue.

«Ἐγὼ δ’ οἶδα μὲν ὡς αἱ ὑπερμεγέθεις φύσεις ἥκιστα καθαραί· τὸ γὰρ ἐν παντὶ ἀκριϐὲς κίνδυνος μικρότητος, ἐν δὲ τοῖς μεγέθεσιν, ὥσπερ ἐν τοῖς ἄγαν πλούτοις, εἶναί τι χρὴ καὶ παρολιγωρούμενον· μήποτε δὲ τοῦτο καὶ ἀναγκαῖον ᾖ, τὸ τὰς μὲν ταπεινὰς καὶ μέσας φύσεις διὰ τὸ μηδαμῆ παρακινδυνεύειν μηδὲ ἐφίεσθαι τῶν ἄκρων ἀναμαρτήτους ὡς ἐπὶ τὸ πολὺ καὶ ἀσφαλεστέρας διαμένειν, τὰ δὲ μεγάλα ἐπισφαλῆ δι’ αὐτὸ γίνεσθαι τὸ μέγεθος… Παρατεθειμένος δ’ οὐκ ὀλίγα καὶ αὐτὸς ἁμαρτήματα καὶ Ὁμήρου καὶ τῶν ἄλλων ὅσοι μέγιστοι, καὶ ἥκιστα τοῖς πταίσμασιν ἀρεσκόμενος, ὅμως δὲ οὐχ ἁμαρτήματα μᾶλλον αὐτὰ ἑκούσια καλῶν ἢ παροράματα δι’ ἀμέλειαν εἰκῆ που καὶ ὡς ἔτυχεν ὑπὸ μεγαλοφυΐας ἀνεπιστάτως παρενηνεγμένα, οὐδὲν ἧττον οἶμαι τὰς μείζονας ἀρετάς, εἰ καὶ μὴ ἐν πᾶσι διομαλίζοιεν, τὴν τοῦ πρωτείου ψῆφον μᾶλλον ἀεὶ φέρεσθαι, κἂν εἰ μηδενὸς ἑτέρου, τῆς μεγαλοφροσύνης αὐτῆς ἕνεκα.»
— Pas­sage dans la langue ori­gi­nale

«Pour moi, je le sais, les natures supé­rieures sont le moins exemptes de défauts, car le sou­ci d’être cor­rect en tout expose à la minu­tie, et il en est des grands talents comme des immenses for­tunes : il faut y lais­ser quelque place à la négli­gence. Peut-être aus­si est-ce une néces­si­té que les esprits bas et médiocres, parce qu’ils ne s’exposent jamais, qu’ils n’aspirent pas aux som­mets, res­tent le plus sou­vent mieux pré­ser­vés des fautes et des faux pas, et que les grands esprits soient sujets à tom­ber du fait de leur gran­deur même… Moi-même j’ai rele­vé, sans m’y com­plaire aucu­ne­ment, nombre de fautes et chez Homère et chez les plus grands écri­vains. Ce sont tou­te­fois, à mon sens, moins des fautes volon­taires contre le beau que des méprises dues à la négli­gence et échap­pées par quelque hasard et le cas échéant au génie inné dans un moment d’inadvertance. Je n’affirme pas moins que les qua­li­tés tout à fait supé­rieures, bien qu’elles ne res­tent pas par­tout égales à elles-mêmes, occupent tou­jours le pre­mier rang, ne serait-ce, à défaut d’autre rai­son, qu’à cause de leur élé­va­tion même.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Lebègue

«Quant à moi, je sais que les natu­rels supé­rieurs sont le moins exempts de défauts; car la sur­veillance minu­tieuse en tout, fait cou­rir le risque de la peti­tesse; et dans la gran­deur, comme dans l’excessive richesse, il faut que sub­siste aus­si un peu de négli­gence. Tan­dis que les natu­rels bas et médiocres, je ne sais s’il ne relève pas de la néces­si­té que, par le fait de ne jamais prendre de risques et de ne jamais aspi­rer aux som­mets, ils res­tent la plu­part du temps impec­cables et plus sûrs; les grands, au contraire, bronchent à cause de la gran­deur même… Même moi, j’ai rele­vé un nombre consi­dé­rable de fautes chez Homère, comme chez les plus grands, sans me réjouir le moins du monde de ces faux pas; mais ce sont moins des fautes en elles-mêmes volon­taires contre le beau, que des vues inexactes par négli­gence, au hasard, comme cela se trou­vait; des écarts par manque d’attention, jaillis­sant de la gran­deur de nature. Je n’en pense pas moins que les qua­li­tés supé­rieures, même si elles ne res­tent pas, en toute cir­cons­tance, iden­tiques à elles-mêmes, se voient tou­jours attri­buer au suf­frage le pre­mier rang; même s’il n’y a d’autre rai­son à cela que la gran­deur de pen­sée.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de M. Jackie Pigeaud (éd. Rivages poche, coll. Petite Biblio­thèque, Mar­seille)

«Je sais que les grands génies ne sont pas tou­jours par­faits et excel­lents, parce qu’une exac­ti­tude conti­nuelle met en dan­ger de tom­ber dans le bas et le petit, et que quand on tend au grand et au sublime, il arrive à peu près ce qui arrive dans les mai­sons opu­lentes, où il faut qu’il y ait tou­jours quelque chose qui échappe à l’attention et se perde : il ne s’en suit cepen­dant pas de là que les génies infé­rieurs et médiocres soient exempts de fautes et de chute, par la rai­son qu’ils ne se hasardent point et ne font point d’efforts pour arri­ver au grand; de même qu’il ne suit pas non plus que les grands génies soient sujets à tom­ber, pré­ci­sé­ment parce qu’ils sont grands… Ayant rap­por­té moi-même un assez bon nombre de fautes, tant de la part d’Homère que d’autres prin­ci­paux écri­vains, fautes qui ne me plaisent du tout point, cepen­dant en les qua­li­fiant moins volon­tiers de fautes repro­chables que d’inadvertance suite peut-être de quelque négli­gence, comme il en peut arri­ver sans s’en aper­ce­voir à un auteur qui tend au grand et au sublime. Je n’en suis pas moins d’avis que les grandes beau­tés du sublime, quoiqu’elles ne soient pas par­tout égales, doivent néan­moins tou­jours avoir la pré­fé­rence, quand ce ne serait qu’à cause de leur gran­deur.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Charles Lan­ce­lot (XVIIIe siècle)

«Pour moi, je sais bien que les grands génies ne sont rien moins que cor­rects; car l’exactitude en toute chose est la chance de la médio­cri­té; un esprit trans­cen­dant, au contraire, comme une for­tune immense, oblige de négli­ger quelque chose. Peut-être même existe-t-il une loi natu­relle qui veut que ces talents faibles et médiocres, qui évitent toute ten­ta­tive témé­raire et n’aspirent jamais au sublime, échappent d’ordinaire aux fautes et res­tent à l’abri du dan­ger, tan­dis que les grands talents sont sujets à tom­ber à cause de leur gran­deur même… J’ai rap­pe­lé moi-même plu­sieurs négli­gences d’Homère et d’autres excel­lents écri­vains, et rien ne me plaît moins que ces taches; cepen­dant, comme ce ne sont pas, à mes yeux, des fautes volon­taires, mais plu­tôt des fai­blesses com­mises par inad­ver­tance ou échap­pées par hasard au génie, je n’en per­siste pas moins à croire que les beau­tés supé­rieures, bien qu’elles ne soient pas répan­dues dans tout le cours d’un ouvrage, méritent nos suf­frages pour la pre­mière place, par la seule rai­son qu’elles sont dues au génie.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Louis Vau­cher (XIXe siècle)

«Pre­miè­re­ment donc je tiens, pour moi, qu’une gran­deur au-des­sus de l’ordinaire n’a point natu­rel­le­ment la pure­té du médiocre. En effet, dans un dis­cours si poli et si limé, il faut craindre la bas­sesse; et il en est de même du sublime que d’une richesse immense, où l’on ne peut pas prendre garde à tout de si près, et où il faut, mal­gré qu’on en ait, négli­ger quelque chose. Au contraire il est presque impos­sible, pour l’ordinaire, qu’un esprit bas et médiocre fasse des fautes : car, comme il ne se hasarde et ne s’élève jamais, il demeure tou­jours en sûre­té; au lieu que le grand de soi-même, et par sa propre gran­deur, est glis­sant et dan­ge­reux… Mais bien que j’aie remar­qué plu­sieurs fautes dans Homère et dans tous les plus célèbres auteurs, et que je sois peut-être l’homme du monde à qui elles plaisent le moins, j’estime, après tout, que ce sont des fautes dont ils ne se sont pas sou­ciés, et qu’on ne peut appe­ler pro­pre­ment fautes, mais qu’on doit sim­ple­ment regar­der comme des méprises et de petites négli­gences qui leur sont échap­pées, parce que leur esprit, qui ne s’étudiait qu’au grand, ne pou­vait pas s’arrêter aux petites choses. En un mot, je main­tiens que le sublime, bien qu’il ne se sou­tienne pas éga­le­ment par­tout, quand ce ne serait qu’à cause de sa gran­deur, l’emporte sur tout le reste.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Nico­las Boi­leau (XVIIe siècle)

«Je sais, d’abord, que les génies supé­rieurs ne sont pas exempts de taches : car une extrême atten­tion à tout, risque de deve­nir minu­tieuse; et il en est des grands talents comme des grandes for­tunes, où il y a tou­jours quelque chose de négli­gé : peut-être aus­si est-ce une néces­si­té qu’un talent médiocre ne fasse point de fautes, puisqu’il ne s’expose jamais au dan­ger, et qu’il ne tombe pas, parce qu’il ne s’élève point; tan­dis qu’au contraire, ce qui est grand trouve ce dan­ger dans sa gran­deur même… Mal­gré cela cepen­dant, moi qui ai rele­vé un assez bon nombre de fautes dans Homère et dans tous nos meilleurs écri­vains; moi qui ne suis cer­tai­ne­ment pas trop indul­gent à cet égard, j’estime, après tout, que ce sont moins de véri­tables fautes que des méprises échap­pées à un esprit sublime par négli­gence, par hasard, par inat­ten­tion; et je per­siste à croire que les beau­tés d’un ordre supé­rieur, quoiqu’inégalement répan­dues dans un ouvrage, méritent tou­jours d’être pla­cées au pre­mier rang, ne fût-ce, à défaut d’autre rai­son, qu’à cause de cette supé­rio­ri­té même.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion de Ger­main-Marie-Auguste Pujol (XIXe siècle)

«Jam novi, inge­nia magna solere vitii ali­quid habere (nam sum­ma in omni­bus dili­gen­tia minu­ta vide­tur; in magni­tu­dine vero inge­nii, ut in copio­sa re fami­lia­ri, quæ­dam etiam negli­gen­da sunt), nul­lo tamen modo inde sequi­tur, humi­lia qui­dem aut medio­cria inge­nia, quia nus­quam se per­icu­lo com­mit­tant, nec alta petant, ple­rumque libe­ra a pec­ca­to et a lap­su tuta manere; magna vero prop­ter ipsam magni­tu­di­nem ad lap­sum pro­cli­via esse… Quam­quam vero ego ipse non pau­ca Home­ri alio­rumque sum­mo­rum viro­rum pec­ca­ta com­me­mo­ra­vi, qui­bus minime delec­tor, tamen ea non magis volun­ta­ria pec­ca­ta dixe­rim, quam errores, quos negli­gen­tia et casus in illa inge­nii magni­tu­dine genue­rit, nihi­loque minus arbi­tror, majores vir­tutes, si vel maxime non æqua­bi­li­ter ubique dis­tri­butæ sint, tamen prin­ci­pem locum merere, si non aliam ob cau­sam, at prop­ter ipsam inge­nii alti­tu­di­nem.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Samuel-Frie­drich-Natha­nael Morus (XVIIIe siècle)

«Jam novi, inge­nia magna solere vitii ali­quid habere (nam sum­ma in omni­bus dili­gen­tia minu­ta vide­tur; in magni­tu­dine vero inge­nii, ut in copio­sa re fami­lia­ri, quæ­dam etiam negli­gen­da sunt), et prope neces­sa­rio sequi­tur, humi­lia qui­dem aut medio­cria inge­nia, quia nus­quam se per­icu­lo com­mit­tant, nec alta petant, ple­rumque libe­ra a pec­ca­to et a lap­su tuta manere; magna vero prop­ter ipsam magni­tu­di­nem ad lap­sum pro­cli­via esse… Quam­quam vero ego ipse non pau­ca Home­ri alio­rumque sum­mo­rum viro­rum pec­ca­ta com­me­mo­ra­vi, qui­bus minime delec­tor, tamen ea non magis volun­ta­ria pec­ca­ta dixe­rim, quam errores, quos negli­gen­tia et casus in illa inge­nii magni­tu­dine genue­rit, nihi­loque minus arbi­tror, majores vir­tutes, si vel maxime non æqua­bi­li­ter ubique dis­tri­butæ sint, tamen prin­ci­pem locum merere, si non aliam ob cau­sam, at prop­ter ipsam inge­nii alti­tu­di­nem.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Ben­ja­min Weiske (XIXe siècle)

«Equi­dem non igno­ro, Subli­mia, quæ ad sum­mum sint evec­ta cel­si­ta­tis fas­ti­gium, minime pura esse atque emen­da­ta (nam quod usque­quaque accu­ra­tum est, humi­li­ta­tis effu­gere per­icu­lum vix potest) : sed in eorum exu­be­ran­tia, non secus ac in magnis opi­bus, esse ali­quid opor­tere puto quod negli­ga­tur. Immo nec ali­ter fie­ri potest, quin humi­lia ac medio­cria inge­nia, quia magna non affec­tant, adeuntve per­icu­la, nec ad sum­ma aspi­rant, et a vitiis ple­rumque sint immu­nia, et tutius ingre­dian­tur : quum Subli­mia hac ipsa, quam conscen­dunt, alti­tu­dine magis in præ­ceps ver­gant, et per­icu­lo pro­pio­ra sint… Quare licet et ipse non pau­ca, cum in Home­ro tum in aliis Subli­mi­tate præs­tan­ti­bus scrip­to­ri­bus pec­ca­ta obser­va­rim, hisque eorum macu­lis ita offen­dar ut nemo magis; tamen ea non pec­ca­ta voca­rim volun­ta­ria, sed erra­ta potius, sive hal­lu­ci­na­tiones, per incu­riam, ali­cu­bi temere ac for­tui­to admis­sas, dum gran­dio­ri­bus inten­tus ani­mus minu­tu­la hæce minus sol­li­cite devi­tat. Unde ita sta­tuo, majo­ri­bus vir­tu­ti­bus, inæ­qua­li licet tenore decur­ren­ti­bus, pri­mam plane pal­mam sem­per debe­ri, vel ob hanc ipsam solam ani­mi magni erec­tique cel­si­tu­di­nem, etiam­si cete­ra omnia defue­rint.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Jaco­bus Tol­lius (XVIIe siècle)

«Equi­dem non igno­ro, Subli­mia, quæ ad sum­mum sint evec­ta cel­si­ta­tis fas­ti­gium, minime pura esse atque emen­da­ta (nam quod usque­quaque accu­ra­tum est, humi­li­ta­tis effu­gere per­icu­lum vix potest) : in ejus­mo­di autem subli­mi­tate, non secus ac in magnis opi­bus, esse ali­quid opor­tet quod negli­ga­tur. Immo nec ali­ter fie­ri potest, quin humi­lia ac medio­cria inge­nia, quod magna cum auda­cia nus­quam per­icu­la adeant, nec sum­ma affectent, et a vitiis ple­rumque sint immu­nia et tutius ingre­dian­tur : quum Subli­mia hac ipsa, quam conscen­dunt, alti­tu­dine magis in præ­ceps ver­gant, et per­icu­lo pro­pio­ra sint… Quare licet et ipse non pau­ca, cum in Home­ro tum in aliis scrip­to­ri­bus præs­tan­tis­si­mis, pec­ca­ta obser­va­rim, hisque eorum macu­lis ita offen­dar ut nemo magis; tamen ea non pec­ca­ta voca­rim volun­ta­ria, sed hal­lu­ci­na­tiones potius, per incu­riam, ali­cu­bi temere ac for­tui­to admis­sas, dum gran­dio­ri­bus inten­tus ani­mus minu­tu­la hæce minus sol­li­cite devi­tat : nihi­lo­mi­nus cen­seo, majo­ri­bus vir­tu­ti­bus, inæ­qua­li licet tenore decur­ren­ti­bus, pri­mam plane pal­mam sem­per debe­ri, vel ob hanc ipsam solam ani­mi magni et erec­ti cel­si­tu­di­nem, etiam­si cete­ra omnia defue­rint.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de John Hud­son (XVIIIe siècle)

«Equi­dem non igno­ro, valde Subli­mia inge­nia minime esse pura (nam id, quod ubique accu­ra­tum est, in per­icu­lum humi­li­ta­tis venit); et opor­tere in iis, quæ Subli­mia sunt, velut in magnis opi­bus, ut sit ali­quid quod negli­ga­tur : vide autem, ne hoc etiam neces­sa­rium sit, humi­lia et medio­cria inge­nia, quia nun­quam per­icu­lum subeant neque sum­ma affectent, per­ma­nere ple­rumque vitio caren­tia et aliis tutio­ra; magna vero inge­nia per­icu­lis expo­si­ta esse prop­ter eam ipsam, quam habent, Subli­mi­ta­tem… Ego autem, qui et ipse nota­vi non pau­ca vitia et Home­ri et alio­rum, quot­quot sunt opti­mi scrip­tores, quique minime lætor lap­si­bus in dicen­do (sed tamen qui non potius illa appel­lo vitia volun­ta­ria, quam neglec­tiones ex incu­ria, temere qui­dem et ut acci­dit, ab ani­mi magni­tu­dine incon­si­de­rate in medium pro­la­tas); ego, inquam, qui hac sen­ten­tia sum, nihi­lo­mi­nus cen­seo majores vir­tutes (etsi non ubique sint æquales) sem­per potius pri­mas tenere, si non prop­ter ullam aliam rem unam, tamen prop­ter ipsam Subli­mi­ta­tem.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de l’évêque Zacha­ry Pearce (XVIIIe siècle)

«Ego vero scio excel­len­tem et exu­be­ran­tem magni­tu­di­nem, natu­ra mini­mum puram esse. Quod enim usque­quaque accu­ra­tum, per­icu­lum est, ne in par­vum et humile dege­ne­ret : quod in maxi­mis fit divi­tiis, id cer­nere est in ora­tio­nis magni­tu­dine, (nempe) necesse est ali­quid ferme negli­gi. Ac nes­cio an hoc quoque neces­sa­rium sit, humi­lia et medio­cria inge­nia, quod nus­quam per­icli­ten­tur auda­cius, nec quæ sum­ma sunt affectent, errare fere non posse et tutio­ra per­ma­nere. Gran­di­ta­tem autem ipsam per se lubri­cam esse et per­icu­lo­sam… Pro­po­si­tis non pau­cis tum Home­ri tum alio­rum maxi­mo­rum quo­rumque auc­to­rum erro­ri­bus, tamet­si mihi minime (omnium) pro­ben­tur, non erra­ta qui­dem voco, cum sint potius volun­ta­ria (dicen­da) quam hal­lu­ci­na­tiones per negli­gen­tiam temere, et forte for­tu­na a magno inge­nio citra ani­mad­ver­sio­nem admissæ : nihi­lo­mi­nus cen­seo majores vir­tutes, etsi in omni­bus non æqua­li­ter et plane se habeant, meo cal­cu­lo pri­mas tenere sem­per, et si (maxime) ob nul­lam aliam cau­sam, (sæpe) ipsius subli­mi­ta­tis gra­tia.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Gabriel de Petra (XVIIe siècle)

«Non igno­ro equi­dem subli­mis dicen­di gene­ris super­la­tiones minime puras esse. Exac­tam enim in qua­li­bet re ani­mad­ver­sio­nem, et dili­gen­tiam exci­tare, exi­gui­ta­tis est. Sed in gran­di ora­tio­nis genere, que­mad­mo­dum in magnis divi­tiis ali­quid, quod par­vi­pen­da­tur, inesse opor­tet. Nun­quam vero hanc rem etiam illud neces­sa­rio conse­qua­tur, humi­lia sci­li­cet, ac medio­cria inge­nia, eo quod nun­quam se per­icu­lis expo­nunt, neque sum­ma appe­tunt, ut plu­ri­mum a culpa remo­ta magis, ac tuta per­ma­nere : magna vero minus tuta ob ipsum sublime dicen­di genus esse… Cum vero etiam ipse Ceci­lius non pau­cos, et Home­ri, et alio­rum, quo­rum maxi­ma est auc­to­ri­tas, lap­sus expo­suis­set, ac minus acquie­vis­set, illos tamen errores, non magis volun­ta­rie, quam ob negli­gen­tiam temere, et utcunque sors tulit, ab ipsa ora­tio­nis majes­tate ins­cien­ter invec­tos dixit; nihi­lo­mi­nus, puto, gra­vio­ri­bus erra­tis, si non omni­bus in rebus sub­sint, pal­mam dari debere; et si non aliam ob rem, ipsius tamen ani­mi magni­tu­di­nis cau­sa.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Domi­ni­cus Pizi­men­tius (XVIe siècle)

«Ego vero cer­to scio, magni­tu­di­nis excel­len­tias, ac exu­pe­ran­tias natu­ra puras, atque inte­gras minime esse. Id enim, quod in una­quaque re exqui­si­ta dili­gen­tia est per­fec­tum, ac omni­bus nume­ris abso­lu­tum, in exi­li­ta­tis per­icu­lo ver­sa­tur. In magni­tu­di­ni­bus vero opor­tet ali­quid, ut in maxi­mis divi­tiis, esse, quod etiam negli­ga­tur. Illud quoque nun­quam necesse esset, ut humiles, et mediocres naturæ, cum nequa­quam subli­mia per­icli­ten­tur, nec appe­tant, nul­lis magna ex parte vitiis obnoxiæ, et tutiores per­ma­neant; magna vero ob ipsam magni­tu­di­nem per­icu­lo­sa, ac minime tuta sint… Ego quoque addu­cens non pau­ca vitia, et Home­ri, et alio­rum, qui maxi­mi fue­runt, et his erro­ri­bus minime conten­tus, sed tamen non magis volun­ta­ria ipsa pec­ca­ta appel­lans, quam contemp­tiones, quæ ob negli­gen­tiam temere, ac incon­sul­to ab eorum men­tis præs­tan­tia sine ulla ani­mad­ver­sione fue­runt pro­latæ, nihi­lo­mi­nus arbi­tror majores repre­hen­siones, et si in omni­bus æqua­biles non essent, sem­per de prin­cipe loco pri­mas ferre. Et si nul­la alia re id acci­dit, sal­tem ipsius ani­mi magni­tu­di­nis cau­sa.»
— Pas­sage dans la tra­duc­tion latine de Petrus Paga­nus (XVIe siècle)

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* En grec «Περὶ ὕψους». Haut

** Les plus anciens manus­crits du trai­té «Du sublime» n’en indiquent pas l’auteur avec cer­ti­tude : ils nous laissent le choix entre «Denys ou Lon­gin» (Διονυσίου ἢ Λογγίνου). Mais les pre­miers édi­teurs, n’ayant pas eu sous les yeux ces anciens manus­crits, ont sui­vi aveu­glé­ment les manus­crits où la par­ti­cule «ou» avait dis­pa­ru par la négli­gence des copistes, et pen­dant trois cents ans, ce trai­té a été édi­té, tra­duit, com­men­té comme l’œuvre de «Denys Lon­gin». Haut

*** «Pré­face au “Trai­té du sublime, ou Du mer­veilleux dans le dis­cours”». Haut