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Mot-clef5ᵉ siècle av. J.-C.

sujet

Isocrate, «Œuvres complètes. Tome III»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit du «Dis­cours sur la per­mu­ta­tion» («Peri tês anti­do­seôs»*) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, célèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fabrique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment enri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses enfants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par lequel l’homme mon­trait sa supé­rio­ri­té et son mérite : «Grâce à [ce] don qui nous est accor­dé de nous per­sua­der mutuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos volon­tés», dit Iso­crate**, «non seule­ment nous avons pu nous affran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, inven­té des arts; et c’est ain­si que nous devons à la parole le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre esprit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande facul­té de l’homme, rien n’est fait avec intel­li­gence sans le secours de la parole; elle est le guide de nos actions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un esprit supé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages.» Ces réflexions et d’autres sem­blables déter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa timi­di­té insur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent jamais de par­ler en public, du moins devant les grandes foules. Les assem­blées publiques, com­po­sées quel­que­fois de six mille citoyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et sonore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il déci­da de l’apprendre aux autres et ouvrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa répu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dési­rer, il disait avec un véri­table regret : «Je prends dix mines pour mes leçons, mais j’en paye­rais volon­tiers dix mille à celui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix». Et quand on lui deman­dait com­ment, n’étant pas capable de par­ler, il en ren­dait les autres capables : «Je suis», disait-il***, «comme la pierre à rasoir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la faci­li­té de cou­per».

* En grec «Περὶ τῆς ἀντιδόσεως». Cette œuvre n’est connue en entier que depuis l’édition don­née, en 1812, par André Mous­toxy­dis. Haut

** «Nico­clès à ses sujets», sect. 3. Haut

*** Plu­tarque, «Vies des dix ora­teurs grecs», vie d’Isocrate. Haut

Isocrate, «Œuvres complètes. Tome II»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de l’«Éloge d’Hélène» («Hele­nês Enkô­mion»*) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, célèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fabrique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment enri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses enfants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par lequel l’homme mon­trait sa supé­rio­ri­té et son mérite : «Grâce à [ce] don qui nous est accor­dé de nous per­sua­der mutuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos volon­tés», dit Iso­crate**, «non seule­ment nous avons pu nous affran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, inven­té des arts; et c’est ain­si que nous devons à la parole le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre esprit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande facul­té de l’homme, rien n’est fait avec intel­li­gence sans le secours de la parole; elle est le guide de nos actions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un esprit supé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages.» Ces réflexions et d’autres sem­blables déter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa timi­di­té insur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent jamais de par­ler en public, du moins devant les grandes foules. Les assem­blées publiques, com­po­sées quel­que­fois de six mille citoyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et sonore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il déci­da de l’apprendre aux autres et ouvrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa répu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dési­rer, il disait avec un véri­table regret : «Je prends dix mines pour mes leçons, mais j’en paye­rais volon­tiers dix mille à celui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix». Et quand on lui deman­dait com­ment, n’étant pas capable de par­ler, il en ren­dait les autres capables : «Je suis», disait-il***, «comme la pierre à rasoir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la faci­li­té de cou­per».

* En grec «Ἑλένης Ἐγκώμιον». Haut

** «Nico­clès à ses sujets», sect. 3. Haut

*** Plu­tarque, «Vies des dix ora­teurs grecs», vie d’Isocrate. Haut

Isocrate, «Œuvres complètes. Tome I»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit d’«À Démo­ni­cus» («Pros Dêmo­ni­kon»*) et autres dis­cours d’apparat d’Isocrate, célèbre pro­fes­seur d’éloquence grecque (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Son père, qui pos­sé­dait une fabrique de flûtes, s’était suf­fi­sam­ment enri­chi pour se pro­cu­rer de quoi vivre dans l’abondance et se mettre en état de don­ner à ses enfants la meilleure édu­ca­tion pos­sible. Chez les Athé­niens, la prin­ci­pale par­tie de l’éducation était alors l’étude de l’éloquence. C’était le don par lequel l’homme mon­trait sa supé­rio­ri­té et son mérite : «Grâce à [ce] don qui nous est accor­dé de nous per­sua­der mutuel­le­ment et de nous rendre compte à nous-mêmes de nos volon­tés», dit Iso­crate**, «non seule­ment nous avons pu nous affran­chir de la vie sau­vage, mais nous nous sommes réunis, nous avons bâti des villes, éta­bli des lois, inven­té des arts; et c’est ain­si que nous devons à la parole le bien­fait de presque toutes les créa­tions de notre esprit… Et s’il faut tout dire en un mot sur cette grande facul­té de l’homme, rien n’est fait avec intel­li­gence sans le secours de la parole; elle est le guide de nos actions comme de nos pen­sées, et les hommes d’un esprit supé­rieur sont ceux qui s’en servent avec le plus d’avantages.» Ces réflexions et d’autres sem­blables déter­mi­nèrent Iso­crate à consa­crer sa car­rière à l’éloquence. Mais sa timi­di­té insur­mon­table et la fai­blesse de sa voix ne lui per­mirent jamais de par­ler en public, du moins devant les grandes foules. Les assem­blées publiques, com­po­sées quel­que­fois de six mille citoyens, exi­geaient de l’orateur qui s’y pré­sen­tait, non seule­ment de la har­diesse, mais une voix forte et sonore. Iso­crate man­quait de ces deux qua­li­tés. Ne pou­vant par­ler lui-même, il déci­da de l’apprendre aux autres et ouvrit une école à Athènes. Sur la fin de sa vie, et dans le temps où sa répu­ta­tion ne lais­sait plus rien à dési­rer, il disait avec un véri­table regret : «Je prends dix mines pour mes leçons, mais j’en paye­rais volon­tiers dix mille à celui qui pour­rait me don­ner de l’assurance et une bonne voix». Et quand on lui deman­dait com­ment, n’étant pas capable de par­ler, il en ren­dait les autres capables : «Je suis», disait-il***, «comme la pierre à rasoir, qui ne coupe pas elle-même, mais qui donne au fer la faci­li­té de cou­per».

* En grec «Πρὸς Δημόνικον». Éga­le­ment connu sous le titre de «Pros Dêmo­ni­kon Parai­ne­sis» («Πρὸς Δημόνικον Παραίνεσις»), c’est-à-dire «Conseils à Démo­ni­cus». Haut

** «Nico­clès à ses sujets», sect. 3. Haut

*** Plu­tarque, «Vies des dix ora­teurs grecs», vie d’Isocrate. Haut

Lysias, «Œuvres complètes»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Œuvres com­plètes» de Lysias d’Athènes*, l’un des plus grands ora­teurs de l’Antiquité (Ve-IVe siècle av. J.-C.). Il exer­ça presque exclu­si­ve­ment la pro­fes­sion de «logo­graphe», c’est-à-dire qu’il com­po­sa des dis­cours pour des clients se pré­sen­tant à l’accusation ou à la défense devant le tri­bu­nal. En effet, selon la loi athé­nienne, les inté­res­sés devaient pro­non­cer eux-mêmes leurs plai­doyers, mais ils pou­vaient en remettre la com­po­si­tion à des gens de talent. Lysias acquit, dans ce rôle, une répu­ta­tion sans égale. Pen­dant vingt ans au moins, il fut ce qu’on appel­le­rait aujourd’hui l’avocat le plus en vogue d’Athènes. Il fit deux cent trente-trois plai­doyers (il nous en reste seule­ment une tren­taine), et on dit qu’il ne per­dit que deux fois le pro­cès qu’on lui avait confié. Cicé­ron, dont l’autorité sur ce sujet est si res­pec­table, en parle comme d’un homme «qui écri­vait avec une déli­ca­tesse et une élé­gance par­faites»**, et «qu’on ose­rait presque appe­ler un ora­teur accom­pli en tout point»***. Quin­ti­lien par­tage le même avis. «Le style de Lysias», déclare quant à lui Denys d’Halicarnasse, «se dis­tingue par une grande pure­té : c’est le plus par­fait modèle du dia­lecte attique»****; «jamais ora­teur ne par­la mieux le lan­gage de la per­sua­sion»*****. Il excel­lait sur­tout à feindre un air simple, peu rele­vé, négli­gé. Il pre­nait soin de pro­por­tion­ner son style au carac­tère et à l’état de son client******, qui pou­vait être le pre­mier venu — peut-être pas un homme gros­sier et illet­tré, mais en tout cas un pro­fane, un simple par­ti­cu­lier (un «idiô­tês»*******), quelqu’un qui n’était pas du métier; sou­vent un homme du peuple, un cam­pa­gnard, un mar­chand ou un arti­san. Un dis­cours ingé­nieux et fleu­ri aurait été ridi­cule et sus­pect dans la bouche d’un tel novice. Il fal­lait que Lysias lui prê­tât des mots modé­rés, naïfs, un peu timides, dignes d’intérêt, par­lant tou­jours à l’évidence et au bon sens des juges, sans jamais exi­ger de leur part un grand effort d’intelligence. Point de mots trop enflam­més. Le plai­doyer de Lysias «Sur le meurtre d’Ératosthène» («Hyper tou Era­tos­the­nous pho­nou»********) demeure un exemple inéga­lé du genre. La cause défen­due est celle de l’Athénien Euphi­lé­tos qui, ayant sur­pris sa femme et un cer­tain Éra­tos­thène en fla­grant délit d’adultère, avait tué ce der­nier. L’amant avait sup­plié qu’on lui lais­sât la vie, mais Euphi­lé­tos l’avait frap­pé en criant : «Ce n’est pas [moi qui te donne] la mort, mais la loi — cette loi que tu as vio­lée, que tu as sacri­fiée à tes débauches, aimant mieux cou­vrir d’un éter­nel affront ma femme et mes enfants». C’est avec ce cri que s’achève le plai­doyer du mari cré­dule et trom­pé. «Pas un mot sur le dénoue­ment lugubre de l’affaire. Dans cette rete­nue, on remarque tout la déli­ca­tesse avec laquelle Lysias pro­cède : l’homme dont il est l’interprète n’est ni un violent ni un san­gui­naire, mais un mal­heu­reux contraint au meurtre par l’étendue de l’offense qu’il a subie»*********.

* En grec Λυσίας ὁ Ἀθηναῖος. Haut

** En latin «egre­gie sub­ti­lis scrip­tor atque ele­gans». Haut

*** En latin «jam prope audeas ora­to­rem per­fec­tum dicere». Haut

**** En grec «Καθαρός ἐστι τὴν ἑρμηνείαν πάνυ καὶ τῆς Ἀττικῆς γλώττης ἄριστος κανών». Haut

***** En grec «πάντων ῥητόρων αὐτὸν εἶναι πιθανώτατον». Haut

****** Le talent de Lysias pour rendre les carac­tères s’appelle l’art de l’«étho­pée», ou «êtho­poiïa» (ἠθοποιΐα). Haut

******* En grec ἰδιώτης. Haut

******** «Ὑπὲρ τοῦ Ἐρατοσθένους φόνου». Haut

********* Robert Laf­font et Valen­ti­no Bom­pia­ni, «Sur le meurtre d’Ératosthène». Haut

Pindare, «Olympiques • Pythiques • Néméennes • Isthmiques • Fragments»

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Pin­dare*, poète grec (Ve siècle av. J.-C.). Pau­sa­nias rap­porte «qu’étant tout jeune et s’en allant à Thes­pies pen­dant les grandes cha­leurs, Pin­dare fut sur­pris du som­meil vers le milieu de la jour­née, et que s’étant mis hors du che­min pour se repo­ser, des abeilles vinrent faire leur miel sur ses lèvres; ce qui fut la pre­mière marque du génie que devait avoir Pin­dare à la poé­sie»**. Car cette mer­veille, qu’on dit être aus­si arri­vée par la suite à Pla­ton et à saint Ambroise, a tou­jours été regar­dée comme le pré­sage d’une extra­or­di­naire habi­le­té dans le dis­cours. Plu­tarque cite Pin­dare plus d’une fois, et tou­jours avec éloge. Horace le pro­clame le pre­mier des poètes lyriques et se sert de cette com­pa­rai­son éner­gique*** : «Comme des­cend de la mon­tagne la course d’un fleuve que les pluies ont enflé par-des­sus ses rives fami­lières; ain­si bouillonne et se pré­ci­pite, immense, Pin­dare à la bouche pro­fonde». On peut dire que Pin­dare était très dévot et très reli­gieux envers les dieux, et l’on en voit des preuves dans plu­sieurs de ses frag­ments, comme quand il dit «que l’homme ne sau­rait, avec sa faible intel­li­gence, péné­trer les des­seins des dieux»****. Et ailleurs : «Les âmes des impies volent sous le ciel, autour de la terre, en proie à de cruelles dou­leurs, sous le joug de maux inévi­tables. Mais au ciel habitent les âmes des justes dont la voix célèbre, dans des hymnes, la grande divi­ni­té»*****. Pla­ton qua­li­fie Pin­dare de «divin» («theios»******) et rap­pelle, dans le «Ménon», ses vers sur l’immortalité de l’âme : «Pin­dare dit que l’âme humaine est immor­telle; que tan­tôt elle s’éclipse (ce qu’il appelle mou­rir), tan­tôt elle repa­raît, mais qu’elle ne périt jamais; que pour cette rai­son, il faut mener la vie la plus sainte pos­sible, car “les âmes qui ont payé à Pro­ser­pine la dette de leurs anciennes fautes, elle les rend au bout de neuf ans à la lumière du soleil”»*******. Hélas! ce beau frag­ment appar­tient à quelque ode de Pin­dare que nous n’avons plus. De tant d’œuvres du grand poète, il n’est res­té que la por­tion presque la plus pro­fane. Ses hymnes à Jupi­ter, ses péans ou chants à Apol­lon, ses dithy­rambes, ses hymnes à Cérès et au dieu Pan, ses pro­so­dies ou chants de pro­ces­sion, ses hymnes pour les vierges, ses enthro­nismes ou chants d’inauguration sacer­do­tale, ses hypor­chèmes ou chants mêlés aux danses reli­gieuses, toute sa litur­gie poé­tique enfin s’est per­due dès long­temps, dans la ruine même de l’ancien culte. Il ne s’est conser­vé que ses odes célé­brant les quatre jeux publics de la Grèce : les jeux pythiques ou de Delphes, les jeux isth­miques ou de Corinthe, ceux de Némée et ceux d’Olympie.

* En grec Πίνδαρος. Haut

** «Des­crip­tion de la Grèce», liv. IX, ch. 23. Haut

*** «Odes», liv. IV, poème 2. Haut

**** p. 299. Haut

***** p. 310. Haut

****** En grec θεῖος. Haut

******* «Ménon», 81b. Cor­res­pond à p. 310. Haut

Hérodote, «L’Enquête. Tome II»

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Folio-Clas­sique, Paris

Il s’agit de l’«Enquête» («His­to­riê»*) d’Hérodote d’Halicarnasse**, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ouvrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Milet, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus ancienne qui res­tait au temps de Cicé­ron, lequel a recon­nu Héro­dote pour le «père de l’histoire»***, tout comme il l’a nom­mé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le «prince»**** des his­to­riens.

Le sujet direct d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, «les grands exploits accom­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises»; mais des cha­pitres entiers sont consa­crés aux diverses nations qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Lydiens, les Mèdes, les Baby­lo­niens sou­mis par Cyrus; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse; puis les Scythes atta­qués par Darius; puis les Indiens. Leurs his­toires acces­soires, leurs récits laté­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ain­si, l’«Enquête» s’élargit, de paren­thèse en paren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les annales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des leçons indi­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces leçons; c’est dans la pro­gres­sion habile des épi­sodes; c’est dans la mora­li­té qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par «mora­li­té», ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la morale, mais ce qui est capable de consa­crer la mémoire des morts et d’exciter l’émulation des vivants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Homère

* En grec «Ἱστορίη». On ren­contre aus­si la gra­phie «Ἱστορία» («His­to­ria»). L’«his­toire», au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sérieuse et appro­fon­die; c’est la recherche intel­li­gente de la véri­té. Haut

** En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut

*** «Trai­té des lois» («De legi­bus»), liv. I, sect. 5. Haut

**** «Dia­logues de l’orateur» («De ora­tore»), liv. II, sect. 55. Haut

Hérodote, «L’Enquête. Tome I»

éd. Gallimard, coll. Folio-Classique, Paris

éd. Gal­li­mard, coll. Folio-Clas­sique, Paris

Il s’agit de l’«Enquête» («His­to­riê»*) d’Hérodote d’Halicarnasse**, le pre­mier des his­to­riens grecs dont on pos­sède les ouvrages. Car bien qu’on sache qu’Hécatée de Milet, Cha­ron de Lamp­saque, etc. avaient écrit des his­to­rio­gra­phies avant lui, la sienne néan­moins est la plus ancienne qui res­tait au temps de Cicé­ron, lequel a recon­nu Héro­dote pour le «père de l’histoire»***, tout comme il l’a nom­mé ailleurs, à cause de sa pré­séance, le «prince»**** des his­to­riens.

Le sujet direct d’Hérodote est, comme il le dit dans sa pré­face, «les grands exploits accom­plis soit par les Grecs, soit par les [Perses], et la rai­son du conflit qui mit ces deux peuples aux prises»; mais des cha­pitres entiers sont consa­crés aux diverses nations qui, de près ou de loin, avaient été en contact avec ces deux peuples : les Lydiens, les Mèdes, les Baby­lo­niens sou­mis par Cyrus; puis les Égyp­tiens conquis par Cam­byse; puis les Scythes atta­qués par Darius; puis les Indiens. Leurs his­toires acces­soires, leurs récits laté­raux viennent se lier et se confondre dans la nar­ra­tion prin­ci­pale, comme des cours d’eau qui vien­draient gros­sir un tor­rent. Et ain­si, l’«Enquête» s’élargit, de paren­thèse en paren­thèse, et ouvre aux lec­teurs les annales du monde connu, en cher­chant à leur don­ner des leçons indi­rectes, quoique sen­sibles, sur leur condi­tion. C’est dans ces leçons; c’est dans la pro­gres­sion habile des épi­sodes; c’est dans la mora­li­té qui se fait sen­tir de toutes parts — et ce que j’entends par «mora­li­té», ce n’est pas seule­ment ce qui concerne la morale, mais ce qui est capable de consa­crer la mémoire des morts et d’exciter l’émulation des vivants — c’est là, dis-je, qu’on voit la gran­deur d’Hérodote, mar­chant sur les traces d’Homère

* En grec «Ἱστορίη». On ren­contre aus­si la gra­phie «Ἱστορία» («His­to­ria»). L’«his­toire», au sens pri­mi­tif de ce mot dans la langue grecque, c’est l’enquête sérieuse et appro­fon­die; c’est la recherche intel­li­gente de la véri­té. Haut

** En grec Ἡρόδοτος ὁ Ἁλικαρνασσεύς. Haut

*** «Trai­té des lois» («De legi­bus»), liv. I, sect. 5. Haut

**** «Dia­logues de l’orateur» («De ora­tore»), liv. II, sect. 55. Haut

Héraclite, «Fragments»

éd. Presses universitaires de France, coll. Épiméthée, Paris

éd. Presses uni­ver­si­taires de France, coll. Épi­mé­thée, Paris

Il s’agit de frag­ments d’un rou­leau que le phi­lo­sophe grec Héra­clite d’Éphèse* dépo­sa, au Ve siècle av. J.-C., dans le temple d’Artémis. On dis­pute sur la ques­tion de savoir si ce rou­leau était un trai­té sui­vi, ou s’il consis­tait en pen­sées iso­lées, comme celles que le hasard des cita­tions nous a conser­vées. Héra­clite s’y expri­mait, en tout cas, dans un style conden­sé, propre à éton­ner; il pre­nait à la fois le ton d’un pro­phète et le lan­gage d’un phi­lo­sophe; il ten­tait avec une rare audace de conci­lier l’unité («tout est un»**) et le chan­ge­ment («tout s’écoule»***). De là, cette épi­thète d’«obs­cur» si sou­vent acco­lée à son nom, mais qui ne me paraît pas moins exa­gé­rée, car : «Certes, la lec­ture d’Héraclite est d’un abord rude et dif­fi­cile. La nuit est sombre, les ténèbres sont épaisses; mais si un ini­tié te guide, tu ver­ras clair dans ce livre plus qu’en plein soleil»****. À cette appa­rente obs­cu­ri­té s’ajoutait chez Héra­clite un fond de hau­teur et de fier­té qui lui fai­sait mépri­ser presque tous les hommes. Il dédai­gnait même la socié­té des savants, et ce dédain était por­té si loin, qu’il leur criait des injures. Pour autant, il n’était pas un homme insen­sible, et quand il s’affligeait des mal­heurs qui forment l’existence humaine, les larmes lui mon­taient aux yeux. La tra­di­tion rap­porte qu’Héraclite mou­rut dans le temple d’Artémis où «il s’était reti­ré et jouait aux osse­lets avec des enfants»*****. Selon Frie­drich Nietzsche, s’il est vrai que l’on a vu ce sage par­ti­ci­per aux jeux bruyants des enfants, c’est qu’il pen­sait, en les obser­vant, à ce que per­sonne n’a pen­sé à cette occa­sion : il pen­sait au jeu du grand Enfant uni­ver­sel, c’est-à-dire Dieu : «Héra­clite», dit Nietzsche******, «n’a pas eu besoin des hommes, même pas pour accroître ses connais­sances. Tout ce qu’on pou­vait éven­tuel­le­ment apprendre en ques­tion­nant les hommes et tout ce que les autres sages s’étaient effor­cés d’obtenir… lui impor­tait peu. Il par­lait sans en faire grand cas de ces hommes qui inter­rogent, qui col­lec­tionnent, bref, de ces “his­to­riens”. “Je me suis cher­ché”*******, disait-il de lui-même en employant le mot qui défi­nit l’interprétation d’un oracle; comme s’il était le seul, lui et per­sonne d’autre, à véri­ta­ble­ment réa­li­ser et accom­plir le pré­cepte del­phique “Connais-toi toi-même”.»

* En grec Ἡράκλειτος ὁ Ἐφέσιος. Haut

** En grec «ἓν πάντα εἶναι». p. 23. Haut

*** En grec «πάντα ῥεῖ». p. 467. Haut

**** En grec «Μὴ ταχὺς Ἡρακλείτου ἐπ’ ὀμφαλὸν εἴλεε βίϐλον τοὐφεσίου· μάλα τοι δύσϐατος ἀτραπιτός. Ὄρφνη καὶ σκότος ἐστὶν ἀλάμπετον· ἢν δέ σε μύστης εἰσαγάγῃ, φανεροῦ λαμπρότερ’ ἠελίου». Ano­nyme dans «Antho­lo­gie grecque, d’après le manus­crit pala­tin». Haut

***** Dio­gène Laërce, «Vies et Doc­trines des phi­lo­sophes illustres». Haut

****** «La Phi­lo­so­phie à l’époque tra­gique des Grecs», p. 364. Haut

******* En grec «ἐδιζησάμην ἐμεωυτόν». p. 229. Haut