Mot-clefJean Voilquin

tra­duc­teur ou tra­duc­trice

Aristote, « Éthique de Nicomaque »

éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, Paris

éd. Gar­nier frères, coll. Clas­siques Gar­nier, Pa­ris

Il s’agit de l’« Éthique à Ni­co­maque » (« Êthika Ni­ko­ma­cheia »1) d’Aristote. Il se trouve, dans le cor­pus aris­to­té­li­cien, tel qu’il nous est par­venu, trois trai­tés d’éthique ou de mo­rale, in­ti­tu­lés l’« Éthique à Ni­co­maque », l’« Éthique à Eu­dème » et la « Grande Mo­rale ». Ces trois ou­vrages ex­posent les mêmes ma­tières, avec des dé­ve­lop­pe­ments ana­logues, dans le même ordre ; ce sont trois ré­dac­tions d’une seule pen­sée. Qu’est-ce donc que ces trois ré­dac­tions ? Quels rap­ports exacts ont-elles entre elles ? Sont-elles des le­çons re­cueillies par des dis­ciples ? Est-ce Aris­tote lui-même qui s’est re­pris jusqu’à trois fois pour ex­po­ser son sys­tème ? Ce sont là des ques­tions dé­li­cates et très dif­fi­ciles à ré­soudre. Les conjec­tures qu’ont sus­ci­tées les titres mêmes de ces trai­tés, montrent, peut-être mieux que tout, l’incertitude où nous sommes sur leur sta­tut. L’« Éthique à Eu­dème » par exemple, est-elle une « Éthique pour Eu­dème », c’est-à-dire un traité qu’Aristote au­rait dé­dié à un de ses dis­ciples, nommé Eu­dème ? Est-elle, au contraire, une « Éthique d’Eudème », c’est-à-dire un traité dont ce dis­ciple au­rait été l’éditeur, voire l’auteur ? Rien de sûr. Pour l’« Éthique à Ni­co­maque », le plus soi­gné des trois trai­tés, le plus connu et le seul que saint Tho­mas d’Aquin ait com­menté, l’incertitude est presque iden­tique, à ceci près que Ni­co­maque se­rait, d’après Ci­cé­ron, le fils d’Aristote. Quant à la « Grande Mo­rale », qui ne mé­rite ce nom ni par sa lon­gueur ni par l’étendue de ses idées, elle sem­ble­rait, d’après Por­phyre et Da­vid l’Arménien, avoir été ap­pe­lée au­tre­fois la « Pe­tite Mo­rale à Ni­co­maque » ; ce nom lui convient mieux. Mais lais­sons de côté ces ques­tions. Il n’est pas un seul traité d’Aristote qui ne soit en désordre : soit par la faute de l’auteur qui, sur­pris par la mort, n’y au­rait pas mis la der­nière main, soit par la faute de co­pistes peu avi­sés qui au­raient tout bou­le­versé. « C’est fort re­gret­table », dit un tra­duc­teur2, « mais si l’on de­vait condam­ner tout ou­vrage d’Aristote par cela seul qu’il est ir­ré­gu­lier, il faut re­con­naître qu’il ne nous en res­te­rait plus un seul, de­puis la “Mé­ta­phy­sique” jusqu’à la “Poé­tique”. »

  1. En grec « Ἠθικὰ Νικομάχεια ». Haut
  1. Jules Bar­thé­lémy Saint-Hi­laire. Haut