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«Le Livre des derviches bektashi, “Villayet name” • Les Dits des bektashi»

éd. Le Bois d’Orion, L’Isle-sur-la-Sorgue

éd. Le Bois d’Orion, L’Isle-sur-la-Sorgue

Il s’agit des bek­ta­chi, der­viches turcs, fort héré­tiques par rap­port aux lois de l’islam, mais consi­dé­rés comme fai­seurs de miracles par le peuple qui les croyait inves­tis de pou­voirs extra­or­di­naires, comme de pré­dire l’avenir, de gué­rir les malades ou de frap­per au loin les enne­mis (XIIIe-XIXe siècle). Ils n’étaient pas, à pro­pre­ment par­ler, un ordre reli­gieux, mais une espèce de congré­ga­tion de mys­tiques et de franc-maçons, très indé­pen­dants du pou­voir, très jaloux de leur liber­té, par ailleurs dés­in­té­res­sés et phi­lan­thropes. Ils se divi­saient en deux classes : les uns vivaient dans des «tek­kés», des cou­vents sou­vent nichés dans l’ombre d’un ver­ger qui s’étendait jusqu’aux murs de l’enceinte; les autres res­taient dans leur famille et sui­vaient en secret les exer­cices de leur confré­rie. Ils affec­taient en public une foi vive, un islam fervent, mais à peine avaient-ils fran­chi les murs et le ver­ger qui les déro­baient à la curio­si­té hos­tile des théo­lo­giens, que leur pro­fes­sion de foi deve­nait tout autre. Dans les loges enfu­mées de leurs «tek­kés», véri­tables bou­doirs, leur occu­pa­tion ordi­naire était de se livrer à une espèce de rêve­rie ou de vision ini­tia­tique qui dégé­né­rait sou­vent en hal­lu­ci­na­tion; c’est aux sub­stances enivrantes, mais sur­tout à l’opium qu’elle emprun­tait ce der­nier carac­tère. Leur congré­ga­tion avait pour fon­da­teur le cheikh Had­ji Bek­tach*, venu d’Asie cen­trale en Ana­to­lie à la même époque que Roû­mî, et dont les miracles et pro­phé­ties étaient rela­tés dans «Le Livre des der­viches bek­ta­chi» («Vilâyet­nâme»**) et «Les Dits» («Makâ­lat»***). Ce Had­ji Bek­tach avait béni la milice nais­sante des janis­saires; et depuis lors, la congré­ga­tion et la milice vivaient dans le plus par­fait accord, menant une exis­tence paral­lèle; la des­truc­tion des uns était la ruine des autres. «Le janis­sa­riat ayant été abo­li par l’extermination de la milice le 16 juin 1826 sur la place de l’At-meïdan (Hip­po­drome), la sup­pres­sion des der­viches bek­ta­chi sui­vit de près celle des janis­saires», dit un théo­lo­gien****. «Sur l’avis du muf­ti et des prin­ci­paux ulé­mas, les trois chefs de la congré­ga­tion furent exé­cu­tés publi­que­ment le 10 juillet 1826; par ordre du sul­tan Mah­moud, l’ordre entier fut abo­li, les “tek­kés” furent rasés, la plu­part des der­viches bek­ta­chi exi­lés, et ceux qui obtinrent, par grâce, de res­ter à Constan­ti­nople durent quit­ter leur cos­tume dis­tinc­tif; ils obéirent et “res­tèrent”, comme dit un his­to­rien, “ados­sés au mur de la stu­pé­fac­tion”.»

* En turc Hacı Bek­taş. Par­fois trans­crit Had­jd­ji Bak­tasch, Ḥāji Baktāsh, Hâj­jî Bek­tash, Hag­gi Bek­tasch, Had­schi Bek­tash, Hadsch Bek­tasch ou Hadj Bek­tash. Haut

** Par­fois trans­crit «Velâyet-nâme» ou «Vil­layet name». Haut

*** Par­fois trans­crit «Maqa­lat». Haut

**** … Gre­nier de Fajal. Haut

«Autour de Nasreddin Hoca : textes et commentaires»

dans « Oriens », vol. 16, p. 194-223

dans «Oriens», vol. 16, p. 194-223

Il s’agit des plai­san­te­ries de Nas­red­din Hod­ja*, pro­duc­tions légères de la lit­té­ra­ture turque qui tiennent une place qui ne leur est dis­pu­tée par aucun autre ouvrage. On peut même dire qu’elles consti­tuent, à elles seules, un genre spé­cial : le genre plai­sant. L’immense popu­la­ri­té accor­dée, dans sa patrie, au Hod­ja et à ses facé­ties extra­va­gantes per­met de voir en lui la per­son­ni­fi­ca­tion même de cette belle humeur joviale, sou­vent effron­tée, dédai­gnant toutes les conve­nances, har­die jusqu’à l’impudence, mais spi­ri­tuelle, mor­dante, mali­cieuse, par­fois grosse d’enseignements, qui fait la base de la conver­sa­tion turque. Ici, point de ces méta­phores ambi­tieuses dont les let­trés orien­taux peuvent, seuls, appré­cier le mérite; point de ces longues périodes où la sophis­ti­ca­tion et la recherche des expres­sions font perdre à l’auteur le fil de son rai­son­ne­ment. Au lieu de ces orne­ments qui troublent le com­mun des mor­tels, on trouve de la bonne et franche gaie­té; un style simple, concis et natu­rel; une verve naïve dont les éclairs inat­ten­dus com­mandent le rire aux gens les plus savants comme aux plus igno­rants, trop heu­reux de déri­der leurs fronts sou­cieux, de dis­traire la mono­to­nie de leurs réflexions, de trom­per l’ennui de leurs veilles. «Il est peu pro­bable de trou­ver dans le monde entier», dit un cri­tique**, «un héros du folk­lore poé­tique qui jouisse d’un tel inté­rêt ou qui attire d’une telle force l’attention d’auteurs et de lec­teurs que Nas­red­din Hod­ja… La forme ser­rée qui enve­loppe l’idée des [anec­dotes] aide à les rete­nir faci­le­ment dans la mémoire et à les dif­fu­ser… Il faut ajou­ter éga­le­ment que le per­son­nage de Nas­red­din Hod­ja marche sur les che­mins pous­sié­reux de l’Anatolie, dans les steppes de l’Azerbaïdjan et du Tad­ji­kis­tan et dans les vil­lages de [la pénin­sule bal­ka­nique] avec un défaut inné, ayant trou­blé plu­sieurs fois les orien­ta­listes et les folk­lo­ristes : il s’agit du carac­tère contra­dic­toire du héros qui est repré­sen­té tan­tôt comme un sot en trois lettres peu pers­pi­cace et impré­voyant, tan­tôt comme un sage pré­voyant et juste; en tant que juge, il rend des sen­tences équi­tables; en tant que défen­seur des accu­sés, il tranche des pro­cès embrouillés que les juges offi­ciels ne sont pas capables de juger.»

* En turc Nas­red­din Hoca. On le désigne éga­le­ment comme Mul­la (Mol­la) Nas­red­din, c’est-à-dire Maître Nas­red­din. Par­fois trans­crit Nas­re­din, Nas­ra­din, Nas­ri­din, Nas­ret­tin, Nas­tra­din, Nas­tra­tin, Nas­ret­din, Nas­rud­din, Nassr Eddin ou Nazr-ed-din. Haut

** M. Vélit­ch­ko Valt­chev. Haut

Abou-Nowâs, «Le Vin, le Vent, la Vie : choix de poèmes»

éd. Actes Sud-Sindbad, Arles

éd. Actes Sud-Sind­bad, Arles

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète per­san d’expression arabe, «ivrogne, pédé­raste, liber­tin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aus­si connu par ses bons mots et ses facé­ties, que par ses vers»**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le lais­sa orphe­lin, et d’une mère per­sane qui le ven­dit à un mar­chand d’épices de Bas­so­rah. L’enfant, cepen­dant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le com­merce; il ne pre­nait inté­rêt qu’aux choses de l’esprit et affec­tion­nait par­ti­cu­liè­re­ment les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâli­ba ibn al-Hou­bab. Or, il advint qu’un jour ce poète liber­tin et ama­teur de gar­çons s’arrêta devant la bou­tique d’épices et dis­tin­gua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui pro­po­sa de l’emmener avec lui à Bag­dad : «J’ai remar­qué en toi les signes non équi­voques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir», lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant par­ve­nu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répan­dit sur lui ses bien­faits. Abou-Nowâs, par ses saillies aus­si heu­reuses que har­dies, par son savoir des expres­sions rares et par le charme de ses poé­sies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus éru­dits de ce temps, disait : «Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connais­sance de la langue arabe». Et Abou-Nowâs disait lui-même : «Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étu­dié soixante poé­tesses, dont al-Khan­sâ et Lay­lâ, et que dire du nombre des poètes!»**** Jamais il ne renia, pour autant, ses ori­gines per­sanes : il se moqua sans rete­nue de la gloire des Arabes «qui ne sont pas les seuls élus de Dieu»; il atta­qua cet esprit de race, cet orgueil tri­bal si impor­tant dans la poé­sie arabe, et dont s’armait un Féraz­dak peu de temps aupa­ra­vant; enfin, sa nature raf­fi­née et dis­so­lue refu­sa de se plier aux mœurs aus­tères du Bédouin «man­geur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres» menant une vie pré­caire sur une «terre aride peu­plée d’hyènes et de cha­cals»

* En arabe أبو نواس. Par­fois trans­crit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Nao­vas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, «Essais cri­tiques» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Bou­tros Gha­li, «Le Jar­din des fleurs», p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut

Abou-Nowâs, «Poèmes bachiques et libertins»

éd. Verticales, Paris

éd. Ver­ti­cales, Paris

Il s’agit d’Abou-Nowâs* (VIIIe-IXe siècle apr. J.-C.), poète per­san d’expression arabe, «ivrogne, pédé­raste, liber­tin, demi-fou de Hâroun al-Rachîd, aus­si connu par ses bons mots et ses facé­ties, que par ses vers»**. Il naquit à Ahvaz, d’un père arabe qui le lais­sa orphe­lin, et d’une mère per­sane qui le ven­dit à un mar­chand d’épices de Bas­so­rah. L’enfant, cepen­dant, n’avait aucune espèce d’aptitude pour le com­merce; il ne pre­nait inté­rêt qu’aux choses de l’esprit et affec­tion­nait par­ti­cu­liè­re­ment les belles lettres. Il n’avait qu’un désir : celui d’approcher le poète Wâli­ba ibn al-Hou­bab. Or, il advint qu’un jour ce poète liber­tin et ama­teur de gar­çons s’arrêta devant la bou­tique d’épices et dis­tin­gua le jeune Abou-Nowâs pour sa mine. Il lui pro­po­sa de l’emmener avec lui à Bag­dad : «J’ai remar­qué en toi les signes non équi­voques d’un grand talent qui ne demande qu’à s’épanouir», lui dit-il***. Plus tard, le bruit de son talent étant par­ve­nu aux oreilles de Hâroun al-Rachîd, ce prince le fit venir à sa Cour, où il le logea et répan­dit sur lui ses bien­faits. Abou-Nowâs, par ses saillies aus­si heu­reuses que har­dies, par son savoir des expres­sions rares et par le charme de ses poé­sies, fit les délices de la Cour brillante de ce prince. Al-Jahiz, l’un des hommes les plus éru­dits de ce temps, disait : «Je ne connais pas à Abou-Nowâs d’égal pour la connais­sance de la langue arabe». Et Abou-Nowâs disait lui-même : «Je n’ai pas dit un vers avant d’avoir étu­dié soixante poé­tesses, dont al-Khan­sâ et Lay­lâ, et que dire du nombre des poètes!»**** Jamais il ne renia, pour autant, ses ori­gines per­sanes : il se moqua sans rete­nue de la gloire des Arabes «qui ne sont pas les seuls élus de Dieu»; il atta­qua cet esprit de race, cet orgueil tri­bal si impor­tant dans la poé­sie arabe, et dont s’armait un Féraz­dak peu de temps aupa­ra­vant; enfin, sa nature raf­fi­née et dis­so­lue refu­sa de se plier aux mœurs aus­tères du Bédouin «man­geur de lézard et buveur d’eau de puits dans les outres» menant une vie pré­caire sur une «terre aride peu­plée d’hyènes et de cha­cals»

* En arabe أبو نواس. Par­fois trans­crit Abou-Navas, Abou Nawas, Abou-Nao­vas, Ebu Nüvas, Abou Nouas, Aboû Nouwâs ou Abū Nuwās. Haut

** André Gide, «Essais cri­tiques» (éd. Gal­li­mard, coll. Biblio­thèque de la Pléiade, Paris), p. 105. Haut

*** Dans Wacyf Bou­tros Gha­li, «Le Jar­din des fleurs», p. 212. Haut

**** Dans id. p. 213. Haut

Kabîr, «Le Fils de Ram et d’Allah : anthologie de poèmes»

éd. Les Deux Océans, Paris

éd. Les Deux Océans, Paris

Il s’agit de Kabîr*, sur­nom­mé «le tis­se­rand de Béna­rès», l’un des poètes les plus popu­laires de l’Inde, et l’un des fon­da­teurs de la lit­té­ra­ture hin­di, bien qu’il n’ait peut-être jamais rien écrit (XVe-XVIe siècle apr. J.-C.). Non seule­ment il a employé le hin­di, mais il a insis­té sur l’avantage de se ser­vir de cette langue orale, en s’élevant contre l’emploi du sans­crit et de toute autre langue savante. Car, comme Socrate, Kabîr se méfiait de l’écriture, qui était pour lui une lettre morte, un simu­lacre, et ne jugeait vraie que la parole inté­rieure de l’âme : «Je n’ai jamais tou­ché», dit-il**, «ni encre, ni papier. Ma main jamais n’a tenu de plume. La gran­deur des quatre âges, Kabîr la fait naître des paroles de sa bouche». Sa renom­mée repose sur les cinq cents cou­plets («dohâs»***) et les cent stances («padas»****) trans­crits par ses dis­ciples, et dont des mor­ceaux choi­sis figurent dans le «Gou­rou Granth Sahib», le livre saint des sikhs. Ils se dis­tinguent par leur valeur poé­tique, par leur conci­sion et inten­si­té, mais aus­si et sur­tout par la ren­contre des deux tra­di­tions isla­mique et hin­doue. Fils illé­gi­time d’une veuve brah­mane, adop­té par un tis­se­rand musul­man, Kabîr rêvait d’amalgamer hin­douisme et islam en une seule et même reli­gion mys­tique. Lui-même se disait «l’enfant d’Allah et de Râma» et esti­mait que les deux tra­di­tions, mal­gré leurs noms dif­fé­rents, étaient des «pots de la même argile»*****. On raconte que lorsqu’il fut sur le point de mou­rir, les hin­douistes décla­rèrent qu’il fal­lait le brû­ler; les musul­mans — qu’il fal­lait l’enterrer. Il s’éteignit recou­vert par son drap. Les deux par­tis, après d’interminables que­relles, finirent par s’approcher du cadavre et sou­le­vèrent le lin­ceul; mais ils virent qu’il n’y avait que des fleurs, et pas de corps. Les hin­douistes prirent la moi­tié des fleurs, les brû­lèrent et éle­vèrent en cet endroit un mau­so­lée. Les musul­mans prirent l’autre moi­tié et construi­sirent un sanc­tuaire pour les y mettre. «Il y a donc aujourd’hui à Maghar****** deux monu­ments dédiés à Kabîr», dit Mme Char­lotte Vau­de­ville*******. «Dres­sés l’un à côté de l’autre, ils témoignent de l’irréductible contra­dic­tion que le génie même du réfor­ma­teur devait être fina­le­ment impuis­sant à résoudre. Tra­gique des­tin de ce pro­phète de l’unité!»

* En hin­di कबीर. Autre­fois trans­crit Cabir. Haut

** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 151. Haut

*** En hin­di दोहा. Haut

**** En hin­di पद. Haut

***** «Kabir : une expé­rience mys­tique au-delà des reli­gions», p. 95 & 11. Haut

****** En hin­di मगहर. Par­fois trans­crit Maga­har. Ville située dans le dis­trict actuel de Sant Kabîr Nagar. Haut

******* «Pré­face à “Au caba­ret de l’amour : paroles de Kabîr”», p. 16. Haut

Muḥâsibî, «Le “Kitāb al-Tawahhum” : une vision humaine des fins dernières»

éd. Klincksieck, coll. Études arabes et islamiques, Paris

éd. Klinck­sieck, coll. Études arabes et isla­miques, Paris

Il s’agit du trai­té «Kitâb al-Tawah­hum»*Livre de la vision des fins der­nières»**) de Ḥârith ibn Asad***, théo­lo­gien et mys­tique arabe, plus connu sous le sur­nom de Muḥâ­si­bî****l’examinateur de conscience»). Né à Bas­so­rah l’an 781 apr. J.-C., il vint de bonne heure à Bag­dad, où il mou­rut l’an 857. Il fit de l’examen de conscience un moteur de la per­fec­tion spi­ri­tuelle. À la manière des com­mer­çants, les hommes devraient dres­ser chaque jour, affir­mait-il, le bilan de ce qui a été posi­tif ou néga­tif dans leur com­por­te­ment, de leurs «pro­fits» et «pertes». C’est cela l’examen de conscience. De la vie de Muḥâ­si­bî, nous ne savons presque rien, sinon qu’elle fut d’un grand ascé­tisme. «Si la moi­tié du monde était à mes côtés, cela ne me pro­cu­re­rait aucune réjouis­sance; et si la moi­tié du monde était loin de moi, de cet éloi­gne­ment je ne res­sen­ti­rais aucun vide», dit-il*****. Et aus­si : «Dieu pré­fère, entre deux com­man­de­ments posi­tifs, le plus dur»******. Il faut avouer que ses œuvres exé­gé­tiques satis­font peu le goût moderne : la culture cora­nique et tra­di­tion­nelle y est trop accen­tuée. Seul le «Kitâb al-Tawah­hum» fait excep­tion à cet égard. Il n’est pas l’œuvre du théo­lo­gien, mais celle de l’écrivain. Il traite des fins der­nières, c’est-à-dire des châ­ti­ments ter­ribles qui seront infli­gés, en Enfer, aux hommes ayant déso­béi à Dieu; et des joies char­nelles que les hou­ris******* réser­ve­ront, au Para­dis, aux hommes ayant obser­vé Ses lois. Ce qui frappe, c’est l’admirable style dans lequel ces joies char­nelles sont décrites. Par contraste avec la vie aus­tère de Muḥâ­si­bî, il y a dans le «Kitâb al-Tawah­hum» un désir inavoué et qui donne à l’œuvre toute sa valeur.

* En arabe «كتاب التّوهّم». Par­fois trans­crit «Kitab at Tawa­hum», «Kitab al Tawah­houm» ou «Kitâb al Tawah­hom». Haut

** Par­fois tra­duit «Le Livre sur la vision des der­nières choses». Haut

*** En arabe الحارث بن أسد. Haut

**** En arabe المحاسبي. Par­fois trans­crit Muha­si­by, Muhas­si­bi, Mou­has­si­bi, Mohas­si­bi ou Moḥâ­si­bî. Haut

***** Dans Mah­moud, «Al-Moḥâ­si­bî : un mys­tique», p. 29. Haut

****** Dans Mas­si­gnon, «Essai sur les ori­gines du lexique tech­nique de la mys­tique musul­mane», p. 252. Haut

******* Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Hamadhânî, «Le Livre des vagabonds : séances d’un beau parleur impénitent»

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

éd. Phé­bus, coll. Domaine arabe, Paris

Il s’agit des «Maqâ­mât»*Séances») de Hamadhâ­nî** (Xe siècle apr. J.-C.), lit­té­ra­teur per­san d’expression arabe, éga­le­ment connu sous le sur­nom de Badî‘ al-Zamân***le miracle de son siècle»). Les «Maqâ­mât» sont des allo­cu­tions d’apparat ou joutes d’éloquence, des acro­ba­ties poé­tiques ou pres­ti­di­gi­ta­tions lexi­co­gra­phiques, que pra­ti­quaient ensemble les gens de lettres. Cette manière de briller, dans les cercles et les com­pa­gnies, par des pièces en vers et en prose était aus­si fré­quente par­mi les Orien­taux, qu’elle l’avait été autre­fois chez les Athé­niens, et qu’elle le sera plus tard dans les salons mon­dains de Paris. Les Orien­taux ont plu­sieurs de ces «Maqâ­mât», qui passent par­mi eux pour des chefs-d’œuvre du bel esprit et du beau style. Hamadhâ­nî a été le pre­mier à en publier. Harî­rî l’a imi­té et, de l’avis géné­ral, sur­pas­sé; en sorte que M. René Riz­qal­lah Kha­wam, tra­duc­teur arabe, dit que «le livre de Harî­rî est sans doute, aux côtés des “Mille et une Nuits”, la meilleure intro­duc­tion que nous sachions aux mys­tères de l’âme arabe, et aux secrets de l’arme qu’elle a tou­jours pri­vi­lé­giée : la parole»****. Il n’est pas pos­sible, en effet, de péné­trer et d’approfondir les finesses de la langue arabe sans l’étude préa­lable de ces «Maqâ­mât», sortes d’écrins mer­veilleux de la rhé­to­rique musul­mane. Le cane­vas sur lequel Hamadhâ­nî et Harî­rî ont bro­dé ces com­po­si­tions est un des plus ori­gi­naux de la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. C’est la série des méta­mor­phoses et des tra­ves­tis­se­ments d’un men­diant let­tré, sorte de coquin éhon­té, aus­si exer­cé en sub­ti­li­tés gram­ma­ti­cales qu’en escro­que­ries, ne fai­sant ser­vir sa science lit­té­raire qu’à extor­quer quelque aumône, et payant ses dîners en bons mots et en tirades dénuées de points dia­cri­tiques. Tour à tour imam ou pèle­rin, mar­chand ambu­lant ou faux méde­cin, aveugle ou pied-bot, rigide cen­seur ou voleur avide, il sait retour­ner sa veste et contre­faire sa voix, gri­mer sa figure et far­der son esprit, chan­ger ses métiers et varier ses prin­cipes selon la cir­cons­tance. «Aujourd’hui ver­tueux et dévot, il édi­fie par son humi­li­té ceux que la veille il scan­da­li­sait par son cynisme effron­té», dit Auguste Cher­bon­neau*****. «Tan­tôt revê­tu de haillons, il vante la vie fru­gale et prêche la cha­ri­té; tan­tôt paré des habits de l’opulence, il chante la bonne chère et les joyeux plai­sirs. Vivant d’artifices… il raille les sots, dupe les âmes cré­dules, et par­vient tou­jours à mettre les rieurs de son côté.»

* En arabe «مقامات». Par­fois trans­crit «Meqâ­mât», «Méka­mat», «Méca­mat», «Moca­mat», «Maqua­mates», «Maquâmes», «Maca­mat» ou «Maḳāmāt». Haut

** En per­san همدانی. Par­fois trans­crit Hama­dâ­ny ou Hamadānī. Haut

*** En per­san بدیع‌الزمان. Par­fois trans­crit Bédi-alzé­man, Badi uz-Zaman, Bady-l-zemân, Badī‘ az-Zamān ou Badî al-Zamâne. Haut

**** «Pré­face au “Livre des malins : séances d’un vaga­bond de génie” de Harî­rî», p. 10. Haut

***** «Pré­face à “Extrait des Méka­mat de Hari­ri. XXXe séance : la noce des men­diants”», p. IV. Haut

Harîrî, «Le Livre des malins : séances d’un vagabond de génie»

éd. Phébus, coll. Domaine arabe, Paris

éd. Phé­bus, coll. Domaine arabe, Paris

Il s’agit des «Maqâ­mât»*Séances») d’al-Qâsim al-Harî­rî**, lit­té­ra­teur ira­kien (XIe siècle apr. J.-C.). Les «Maqâ­mât» sont des allo­cu­tions d’apparat ou joutes d’éloquence, des acro­ba­ties poé­tiques ou pres­ti­di­gi­ta­tions lexi­co­gra­phiques, que pra­ti­quaient ensemble les gens de lettres. Cette manière de briller, dans les cercles et les com­pa­gnies, par des pièces en vers et en prose était aus­si fré­quente par­mi les Orien­taux, qu’elle l’avait été autre­fois chez les Athé­niens, et qu’elle le sera plus tard dans les salons mon­dains de Paris. Les Orien­taux ont plu­sieurs de ces «Maqâ­mât», qui passent par­mi eux pour des chefs-d’œuvre du bel esprit et du beau style. Hamadhâ­nî a été le pre­mier à en publier. Harî­rî l’a imi­té et, de l’avis géné­ral, sur­pas­sé; en sorte que M. René Riz­qal­lah Kha­wam, tra­duc­teur arabe, dit que «le livre de Harî­rî est sans doute, aux côtés des “Mille et une Nuits”, la meilleure intro­duc­tion que nous sachions aux mys­tères de l’âme arabe, et aux secrets de l’arme qu’elle a tou­jours pri­vi­lé­giée : la parole»***. Il n’est pas pos­sible, en effet, de péné­trer et d’approfondir les finesses de la langue arabe sans l’étude préa­lable de ces «Maqâ­mât», sortes d’écrins mer­veilleux de la rhé­to­rique musul­mane. Le cane­vas sur lequel Hamadhâ­nî et Harî­rî ont bro­dé ces com­po­si­tions est un des plus ori­gi­naux de la lit­té­ra­ture uni­ver­selle. C’est la série des méta­mor­phoses et des tra­ves­tis­se­ments d’un men­diant let­tré, sorte de coquin éhon­té, aus­si exer­cé en sub­ti­li­tés gram­ma­ti­cales qu’en escro­que­ries, ne fai­sant ser­vir sa science lit­té­raire qu’à extor­quer quelque aumône, et payant ses dîners en bons mots et en tirades dénuées de points dia­cri­tiques. Tour à tour imam ou pèle­rin, mar­chand ambu­lant ou faux méde­cin, aveugle ou pied-bot, rigide cen­seur ou voleur avide, il sait retour­ner sa veste et contre­faire sa voix, gri­mer sa figure et far­der son esprit, chan­ger ses métiers et varier ses prin­cipes selon la cir­cons­tance. «Aujourd’hui ver­tueux et dévot, il édi­fie par son humi­li­té ceux que la veille il scan­da­li­sait par son cynisme effron­té», dit Auguste Cher­bon­neau****. «Tan­tôt revê­tu de haillons, il vante la vie fru­gale et prêche la cha­ri­té; tan­tôt paré des habits de l’opulence, il chante la bonne chère et les joyeux plai­sirs. Vivant d’artifices… il raille les sots, dupe les âmes cré­dules, et par­vient tou­jours à mettre les rieurs de son côté.»

* En arabe «مقامات». Par­fois trans­crit «Meqâ­mât», «Méka­mat», «Méca­mat», «Moca­mat», «Maqua­mates», «Maquâmes», «Maca­mat» ou «Maḳāmāt». Haut

** En arabe القاسم الحريري. Par­fois trans­crit al-Cas­sem al-Hari­ri, êl Qâcem êl Hha­ry­ry, el Kas­sam el Haree­ry ou al-Ḳāsim al-Ḥarīrī. Haut

*** p. 10. Haut

**** «Pré­face à “Extrait des Méka­mat de Hari­ri. XXXe séance : la noce des men­diants”», p. IV. Haut

Galland, «Les “Mille et une Nuits” : contes arabes. Tome I»

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des «Mille et une Nuits» («Alf lay­la wa-lay­la»*), contes arabes. Rare­ment, la richesse de la nar­ra­tion et les tré­sors de l’imagination ont été dépen­sés dans une œuvre avec plus de pro­di­ga­li­té; et rare­ment, une œuvre a eu une réus­site plus écla­tante que celle des «Mille et une Nuits» depuis qu’elle a été trans­por­tée en France par l’orientaliste Antoine Gal­land au com­men­ce­ment du XVIIIe siècle. De là, elle a immé­dia­te­ment rem­pli le monde de sa renom­mée, et depuis, son suc­cès n’a fait que croître de jour en jour, sans souf­frir ni des caprices de la mode ni du chan­ge­ment des goûts. Quelle extra­or­di­naire fécon­di­té dans ces contes! Quelle varié­té! Avec quel inépui­sable inté­rêt on suit les aven­tures enchan­te­resses de Sind­bad le Marin ou les mer­veilles opé­rées par la lampe d’Aladdin : «C’est dans l’Orient même que l’enfance du genre humain se montre avec toute sa grâce et toute sa naï­ve­té», dit Édouard Gaut­tier d’Arc**. «On y cher­che­rait en vain ou ces teintes mélan­co­liques du Nord, ou ces allu­sions sérieuses et pro­fondes [des] Grecs. [Ici], on voit que l’imagination ne s’est mise en œuvre que pour se créer à elle-même des plai­sirs… Ces génies qu’elle a pro­duits, vont répan­dant par­tout les perles, l’or, les dia­mants; ils élèvent en un ins­tant des palais superbes; ils livrent à celui qu’ils favo­risent, des hou­ris*** enchan­te­resses; ils l’accablent, en un mot, de toutes les jouis­sances, sans qu’il se donne aucune peine pour les acqué­rir. Il faut aux Orien­taux un bon­heur facile et com­plet; ils le veulent sans nuages, comme le soleil qui les éclaire.»

* En arabe «ألف ليلة وليلة». Autre­fois trans­crit «Alef léï­lét oué-léï­lét», «Alef lei­let we lei­let», «Alef lei­la wa lei­la» ou «Alf lai­la wa-lai­la». Haut

** Pré­face à l’édition de 1822-1823. Haut

*** Beau­tés célestes qui, selon le Coran, seront les épouses des fidèles. Haut

Bâyazîd, «Les Dits, “Shatahât”»

éd. Fayard, coll. L’Espace intérieur, Paris

éd. Fayard, coll. L’Espace inté­rieur, Paris

Il s’agit des «Dits exta­tiques» («Sha­ta­hât»*) de Bâyazîd Bis­tâ­mî**, l’un des pre­miers sou­fis de la Perse, et aus­si l’un des plus célèbres (IXe siècle apr. J.-C.). Cet homme soli­taire attei­gnit le plus haut degré du sou­fisme, c’est-à-dire l’union mys­tique avec Dieu, au point qu’il disait être deve­nu Dieu Lui-même : «Je me suis dépouillé de mon “moi” comme la vipère de sa peau. Puis je me suis regar­dé : j’étais Lui»***. Et plus loin : «Louange à moi, louange à moi! je suis [le] Sei­gneur Très-Haut»****Sub­hâ­nî, sub­hâ­nî! mâ a’zam sha’nî»*****). Ces paroles auda­cieuses, qu’il faut prendre au sens allé­go­rique, faillirent lui coû­ter la vie; elles coû­te­ront celle de Hal­lâj. Un maître sou­fi et un contem­po­rain de Bâyazîd, Junayd Bagh­dâ­dî, les tra­dui­ra en arabe, langue dans laquelle elles sont par­ve­nues jusqu’à nous. La recherche du dépouille­ment se mani­fes­tait chez Bâyazîd par le renon­ce­ment au monde et par la subli­ma­tion des actes spi­ri­tuels tels que la médi­ta­tion. Chaque fois qu’il sou­hai­tait médi­ter, Bâyazîd s’enfermait dans sa mai­son et en bou­chait tous les ori­fices, pour qu’aucun bruit n’y péné­trât. Si, mal­gré tout, quelque curieux frap­pait à sa porte, il criait : «Qui cherches-tu? — Bâyazîd Bis­tâ­mî. — Mon enfant, Bâyazîd Bis­tâ­mî cherche Bâyazîd Bis­tâ­mî depuis qua­rante ans»******. Comme on ne le voyait jamais aux céré­mo­nies ni aux récep­tions, on le lui repro­cha : «Jadis, les saints ren­daient visite aux malades, assis­taient aux funé­railles et allaient pré­sen­ter leurs condo­léances». À quoi il répon­dit : «Ils agis­saient ain­si gui­dés par leur rai­son; ils ne sont pas comme moi qui suis dépos­sé­dé de ma rai­son»*******. On lui deman­da d’où lui venait l’état de bon­heur, dans lequel il se trou­vait : «J’ai ras­sem­blé toutes les néces­si­tés de la vie, je les ai fago­tées avec la corde du conten­te­ment… et je les ai lan­cées dans l’océan du déses­poir. Alors, je fus sou­la­gé»

* En arabe «شطحات». Par­fois trans­crit «Šaṭaḥāt» ou «Cha­ta­hât». Haut

** En per­san بایزید بسطامی. Autre­fois trans­crit Baei­zeed Bas­ta­my, Baya­zid Bus­ta­mi, Bayé­zid Bis­thâ­mî, Báya­zyd Bistá­my, Baye­zid-Bes­ta­my ou Bāyazīd Besṭāmī. En arabe Abû Yazîd Bis­tâ­mî (أبو يزيد البسطامي). Autre­fois trans­crit Abu Iezid al Bas­tha­mi, Abu Yazid al Bas­ta­mi, Abou-Yezid-al-Bos­ta­mi ou Abû-Jezîd el-Bes­thâ­mî. Haut

*** p. 59. Haut

**** p. 44. Haut

***** En arabe «سبحاني سبحاني ما أعظم شأني». Haut

****** p. 40. Haut

******* p. 89. Haut

Ibn al Fâridh, «Extraits du “Diwan”»

dans « Anthologie arabe, ou Choix de poésies arabes inédites », XIXᵉ siècle

dans «Antho­lo­gie arabe, ou Choix de poé­sies arabes inédites», XIXe siècle

Il s’agit du Divan (Recueil de poé­sies) de ‘Omar ibn al Fâridh*, poète et mys­tique arabe. Le sou­fisme, auquel on applique par abus le nom de «mys­ti­cisme arabe», a eu peu de racines dans la pénin­sule ara­bique et en Afrique. Son appa­ri­tion a été même décrite comme une réac­tion du génie asia­tique contre le génie arabe. Il arrive que ce mys­ti­cisme s’exprime en arabe : voi­là tout. Il est per­san de ten­dance et d’esprit. Par­mi les rares excep­tions à cette règle, il faut comp­ter le poète Ibn al Fâridh, né au Caire l’an 1181 et mort dans la même ville l’an 1235 apr. J.-C. Dans une pré­face pla­cée à la tête de ses poé­sies, ‘Ali, petit-fils de ce poète, rap­porte sur lui des choses éton­nantes, aux­quelles on est peu dis­po­sé à croire. Il dit qu’Ibn al Fâridh tom­bait quel­que­fois en de si vio­lentes convul­sions, que la sueur sor­tait abon­dam­ment de tout son corps en cou­lant jusqu’à ses pieds, et qu’ensuite, frap­pé de stu­peur, le regard fixe, il n’entendait ni ne voyait ceux qui lui par­laient : l’usage de ses sens était com­plè­te­ment sus­pen­du. Il gisait ren­ver­sé sur le dos, enve­lop­pé comme un mort dans son drap. Il res­tait plu­sieurs jours dans cette posi­tion, et pen­dant ce temps, il ne pre­nait aucune nour­ri­ture, ne pro­fé­rait aucune parole et ne fai­sait aucun mou­ve­ment. Lorsque, sor­ti de cet étrange état, il pou­vait de nou­veau conver­ser avec ses amis, il leur expli­quait que, tan­dis qu’ils le voyaient hors de lui-même et comme pri­vé de la rai­son, il s’entretenait avec Dieu et en rece­vait les plus grandes ins­pi­ra­tions poé­tiques.

* En arabe عمر بن الفارض. Par­fois trans­crit Omar ben al Faredh, ‘Umar ibnu’l-Fáriḍ, Omar iben Phe­red, Omar-ebn-el-Farid ou Omer ibn-el-Fáridh. Haut

Hallâj, «Recueil du “Dîwân” • Hymnes et Prières • Sentences prophétiques et philosophiques»

éd. du Cerf, coll. Patrimoines-Islam, Paris

éd. du Cerf, coll. Patri­moines-Islam, Paris

Il s’agit du Divan (Recueil de poé­sies) et autres œuvres de Husayn ibn Man­sûr, mys­tique et poète per­san d’expression arabe, plus connu sous le sur­nom de Hal­lâj*car­deur de coton»). «Ce sobri­quet de “car­deur”, don­né à Hal­lâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y dis­cri­mi­nant, comme le peigne à car­der, la véri­té d’avec la faus­se­té, peut fort bien lui avoir été don­né tant en sou­ve­nir du réel métier de son père, que par allu­sion au sien propre», explique Louis Mas­si­gnon**. Pour avoir révé­lé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : «Je suis la sou­ve­raine Véri­té» («Anâ al-Haqq»***), c’est-à-dire «Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi»****, Hal­lâj fut sup­pli­cié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son sup­plice, dans sa cel­lule, il ne ces­sa de répé­ter : «illu­sion, illu­sion», jusqu’à ce que la plus grande par­tie de la nuit fût pas­sée. Alors, il se tut un long moment. Puis, il s’écria : «véri­té, véri­té»*****. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le cru­ci­fier, et qu’il aper­çut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleu­rèrent. Puis, il se tour­na vers la foule et y recon­nut son ami Shi­blî : «As-tu avec toi ton tapis de prière? — Oui. — Étends-le-moi»******. Shi­blî éten­dit son tapis. Alors, Hal­lâj réci­ta, entre autres, ce ver­set du Coran : «Toute âme goû­te­ra la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouis­sance pré­caire de vani­tés?»******* Et après avoir ache­vé cette prière, il dit un poème de son cru :

«Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
»

* En arabe حلاج. Par­fois trans­crit Hal­ladsch, Ḥal­lâdj, Haladž, Hal­lage, Hal­lac ou Ḥallāǧ. Haut

** «La Pas­sion de Husayn ibn Man­sûr Hal­lâj. Tome I», p. 142. Haut

*** En arabe «اناالحق». Par­fois trans­crit «Ana alhakk», «Ana’l Hagg» ou «En el-Hak». Haut

**** «Recueil du “Dîwân”», p. 129. Haut

***** Dans Louis Mas­si­gnon, «La Pas­sion de Husayn ibn Man­sûr Hal­lâj. Tome I», p. 620. Haut

****** Dans id. p. 649. Haut

******* III, 185. Haut

Hallâj, «Le Livre “Tâwasîn” • Le Jardin de la connaissance»

éd. Albouraq, Beyrouth

éd. Albou­raq, Bey­routh

Il s’agit du «Livre du Tâ et du Sîn» («Kitâb al-Tâ-wa-Sîn»*) et autres œuvres de Husayn ibn Man­sûr, mys­tique et poète per­san d’expression arabe, plus connu sous le sur­nom de Hal­lâj**car­deur de coton»). «Ce sobri­quet de “car­deur”, don­né à Hal­lâj parce qu’il lisait dans les cœurs, y dis­cri­mi­nant, comme le peigne à car­der, la véri­té d’avec la faus­se­té, peut fort bien lui avoir été don­né tant en sou­ve­nir du réel métier de son père, que par allu­sion au sien propre», explique Louis Mas­si­gnon***. Pour avoir révé­lé son union intime avec Dieu, et pour avoir dit devant tout le monde, sous l’empire de l’extase : «Je suis la sou­ve­raine Véri­té» («Anâ al-Haqq»****), c’est-à-dire «Je suis Dieu que j’aime, et Dieu que j’aime est moi»*****, Hal­lâj fut sup­pli­cié en 922 apr. J.-C. On raconte qu’à la veille de son sup­plice, dans sa cel­lule, il ne ces­sa de répé­ter : «illu­sion, illu­sion», jusqu’à ce que la plus grande par­tie de la nuit fût pas­sée. Alors, il se tut un long moment. Puis, il s’écria : «véri­té, véri­té»******. Lorsqu’ils l’amenèrent pour le cru­ci­fier, et qu’il aper­çut le gibet et les clous, il rit au point que ses yeux en pleu­rèrent. Puis, il se tour­na vers la foule et y recon­nut son ami Shi­blî : «As-tu avec toi ton tapis de prière? — Oui. — Étends-le-moi»*******. Shi­blî éten­dit son tapis. Alors, Hal­lâj réci­ta, entre autres, ce ver­set du Coran : «Toute âme goû­te­ra la mort… car qu’est-ce que la vie ici-bas sinon la jouis­sance pré­caire de vani­tés?»******** Et après avoir ache­vé cette prière, il dit un poème de son cru :

«Tuez-moi, ô mes fidèles, car c’est dans mon meurtre qu’est ma vie.
Ma mise à mort réside dans ma vie, et ma vie dans ma mise à mort
»

* En arabe «كتاب الطاوسين». Par suite d’une faute, «كتاب الطواسين», trans­crit «Kitâb al Tawâ­sîn» ou «Kitaab at-Tawaa­seen». Haut

** En arabe حلاج. Par­fois trans­crit Hal­ladsch, Ḥal­lâdj, Haladž, Hal­lage, Hal­lac ou Ḥallāǧ. Haut

*** «La Pas­sion de Husayn ibn Man­sûr Hal­lâj. Tome I», p. 142. Haut

**** En arabe «اناالحق». Par­fois trans­crit «Ana alhakk», «Ana’l Hagg» ou «En el-Hak». Haut

***** «Recueil du “Dîwân”», p. 129. Haut

****** Dans Louis Mas­si­gnon, «La Pas­sion de Husayn ibn Man­sûr Hal­lâj. Tome I», p. 620. Haut

******* Dans id. p. 649. Haut

******** III, 185. Haut