Mot-clef2ᵉ siècle

sujet

« La Colonne trajane au musée de Saint-Germain »

XIXe siècle

Il s’agit de la colonne trajane. De tous les forums romains, celui de l’Empereur Trajan était le plus beau, le plus régulier, avec sa place entourée de tavernes à l’usage des marchands, ses statues de toute espèce, sa basilique, son temple, ses deux bibliothèques, l’une pour les collections grecques et l’autre pour les latines, et tant d’autres somptuosités. L’imagination de ceux qui voyaient pour la première fois cet ensemble unique de constructions en était vivement frappée, comme en témoigne Ammien Marcellin : « constructions gigantesques » (« giganteos contextus »), dit-il, « qui défient la description » (« nec relatu effabiles »), « et que les mortels ne chercheront plus à reproduire » (« nec rursus mortalibus adpetendos »). Qu’est devenue cette si prodigieuse magnificence ? Il n’en reste aujourd’hui que la colonne qui se trouvait au milieu et qui est bien conservée. L’idée de ce monument est grandiose. D’un piédestal sur lequel on peut lire : « Le Sénat et le peuple romain (ont consacré cette colonne) à l’Empereur, fils du divin Nerva, Trajan… père de la patrie, pour marquer de quelle hauteur était la montagne et la place qu’on a déblayées pour y construire de si grands monuments » s’élance une de ces colonnes creuses que l’on appelait « columna cochleata », à cause de l’escalier tournant en colimaçon (« cochlea ») creusé dans le marbre et conduisant au sommet, là où reposait la statue de l’Empereur Trajan. Mais le mérite principal de ce monument est ailleurs : il est dans les bas-reliefs qui, en forme de spirale, le décorent de haut en bas. Tous les exploits que Trajan a faits pendant son règne, entre autres les victoires qu’il a remportées sur les Daces (en Roumanie), figurent sur ces bas-reliefs historiques serpentant autour de la colonne comme les pages immortelles d’un rouleau manuscrit (« volumen »). La suite continue qu’ils forment, monte vers l’Empereur victorieux et vient se prosterner à ses pieds. L’effet est majestueux. L’ensemble est d’une puissance, d’une énergie incontestables. « On y voit des animaux, des armes, des enseignes, des marches, des camps, des machines, des harangues aux soldats, des sacrifices, des batailles, des victoires, des trophées… Tout est exprimé avec intelligence, comme on peut l’observer dans l’intrépidité de ces femmes daces qui se jettent, armées de torches, sur les prisonniers romains ; et… le désespoir de leurs maris qui, pour ne pas tomber dans l’esclavage, brûlent leur ville et s’empoisonnent », dit très bien Francesco Milizia

Théon de Smyrne, « Exposition des connaissances mathématiques utiles pour la lecture de Platon »

XIXᵉ siècle

XIXe siècle

Il s’agit de Théon de Smyrne*, également connu sous le surnom de Théon l’Ancien**, philosophe platonicien du Ie-IIe siècle apr. J.-C. On ignore tout de sa vie, mais le hasard a voulu que le buste authentique de ce philosophe ait survécu aux vicissitudes des Empires et soit parvenu jusqu’à nous. Ce buste, trouvé à Smyrne par un marchand français, puis acheté à Marseille par le cardinal Alessandro Albani, puis cédé au pape Clément XII, peut être vu aujourd’hui à Rome, dans le musée du Capitole. L’inscription placée sur son socle nous fait connaître celui que ce marbre représente : « Le prêtre Théon consacre aux dieux l’image de Théon, philosophe platonicien, son père »***. On en déduit que Théon eut un fils du même nom, et que ce fils était assez riche pour recevoir un des sacerdoces dont les villes grecques n’investissaient que les citoyens les plus considérés et les mieux pourvus. Quoi qu’il en soit, le Théon dont je veux rendre compte ici est l’auteur d’un ouvrage de vulgarisation, portant le titre : « Des connaissances mathématiques utiles pour la lecture de Platon » (« Tôn kata to mathêmatikon chrêsimôn eis tên Platônos anagnôsin »****). On l’appelle communément l’« Exposition ». Cet ouvrage, important pour l’histoire des sciences de l’Antiquité, comportait primitivement cinq parties, à savoir : 1o l’arithmétique ; 2o la géométrie (plane) ; 3o la stéréométrie (géométrie de l’espace) ; 4o l’astronomie ; 5o la musique. Je dis « primitivement », car il nous est parvenu plus ou moins remanié par un arrangeur byzantin. Il visait à faciliter la lecture de tout ce qui concernait ces sciences dans les œuvres de Platon, ou en d’autres mots, à rédiger un cours élémentaire de mathématiques à l’usage des philosophes : « Tout le monde conviendra assurément qu’il n’est pas possible de comprendre ce que Platon a écrit sur les mathématiques, si l’on ne s’est pas adonné à leur étude », dit Théon*****. « Je vais commencer [par] l’explication des théorèmes : non pas tous ceux qui seraient nécessaires aux lecteurs pour devenir de parfaits… géomètres, musiciens ou astronomes, car ce n’est pas le but que se proposent tous ceux qui veulent lire… Platon ; mais j’expliquerai [ceux] qui suffisent pour comprendre le sens de ses écrits. »

* En grec Θέων Σμυρναῖος. Autrefois transcrit Théon Smyrnéen. Haut

** En grec Θέων ὁ παλαιός. On le surnomme l’Ancien pour le distinguer du père d’Hypatie, Théon d’Alexandrie, qui lui est postérieur. Haut

*** En grec « ΘΕΩΝΑ ΠΛΑΤΩΝΙΚΟΝ ΦΙΛΟϹΟΦΟΝ Ο ΙΕΡΕΥϹ ΘΕΩΝ ΤΟΝ ΠΑΤΕΡΑ ». Haut

**** En grec « Τῶν κατὰ τὸ μαθηματικὸν χρησίμων εἰς τὴν Πλάτωνος ἀνάγνωσιν ». Haut

***** p. 3 & 25. Haut

« Le Livre des lois des pays : un traité syriaque sur le destin de l’école de Bardesane »

éd. Les Belles Lettres, coll. Bibliothèque de l’Orient chrétien, Paris

Il s’agit du « Livre des lois des pays »* (« Kethâbhâ dhe-Nâmôsê dh’Athrawâthâ »**), dialogue mettant en scène l’un des plus anciens philosophes et savants de langue syriaque. Son nom ou son surnom, Bardesane***, lui vient du fleuve Daiṣân baignant les murs de la ville d’Édesse**** ; il signifie « fils du Daiṣân » (Bar-Daiṣân*****). C’était un savant « riche, aimable, libéral, instruit, bien posé à la Cour, versé à la fois dans la science chaldéenne et dans la culture hellénique »******, qui toucha à toutes les philosophies et à toutes les écoles, sans s’attacher à aucune en particulier. Tout cela lui valut la réputation d’hérétique, bien qu’il fût sincèrement chrétien (IIe-IIIe siècle apr. J.-C.). On ne sait pas sur quel sol il est né précisément, car Hippolyte de Rome l’appelle l’« Arménien »******* ; Julius Africanus l’appelle le « Parthe » et l’« habile archer »******** ; Porphyre et saint Jérôme le nomment le « Babylonien »********* ; Épiphane nous dit qu’« il était originaire de Mésopotamie »********** ; Eusèbe le qualifie de « Syrien »*********** ; enfin, les auteurs syriaques le font naître dans la ville d’Édesse même. C’est dans cette ville, en tout cas, qu’il passa la plus grande partie de sa vie, après avoir fait son éducation à Hiérapolis de Syrie, dans la maison d’un pontife dénommé Koudouz************. Celui-ci l’adopta et lui enseigna l’art de l’astronomie et l’astrologie qui était l’art particulier des Chaldéens et qui était indispensable aux prêtres qui voulaient en imposer au peuple, en prédisant les éclipses et leur durée, et en devinant l’action des planètes sur la destinée. L’esprit de Bardesane se détachera plus tard de ces spéculations : « autrefois, je [les] affectionnais », dira-t-il*************. Dans un célèbre opuscule philosophique, il fera la preuve que Dieu a doué les hommes du libre arbitre, et que les signes du zodiaque et les horoscopes ne sont pas surpuissants. Tout ce qu’on appelle « déterminisme » ou « fatalisme astral » n’a de prise sur les hommes que dans la mesure où cela révèle la sagesse et la bonté de Dieu. Le titre syriaque de cet opuscule est inconnu. Eusèbe, Épiphane, Théodoret et Photius l’ont lu dans une traduction grecque intitulée « Sur le destin » (« Peri heimarmenês »**************) ou bien « Contre le destin » (« Kata heimarmenês »***************). Aujourd’hui, nous n’avons plus rien des opuscules de Bardesane, excepté un témoignage posthume, insuffisant sans doute, mais qui reproduit une partie de sa pensée : « Le Livre des lois des pays ». Notre savant y parle comme Socrate dans les dialogues de Platon, c’est-à-dire à la troisième personne, tandis que ses disciples s’y expriment à la première. On en a conclu que l’un d’eux, peut-être Philippe, en est le rédacteur. Bardesane y fournit de nombreux détails sur les lois et les mœurs des pays et démontre comment ces lois et ces mœurs l’emportent sur le destin : « Les hommes, en effet, ont établi des lois, pays par pays, dans la liberté qui leur a été donnée par Dieu, car ce don est opposé au destin des dominateurs [c’est-à-dire des astres] »****************.

* Parfois traduit « Livre des lois des régions ». Haut

** En syriaque « ܟܬܒܐ ܕܢܡܘܣܐ ܕܐܬܪܘܬܐ ». Parfois transcrit « Kethaba dha-Namosa dh’Athrawatha », « Ktābā’ deNāmūse’ d’Atrawwātā’ » ou « Kṯāḇā ḏ-Nāmōsē ḏ-Aṯrawāṯā ». Haut

*** En grec Βαρδησάνης. Parfois transcrit Bardesan, Bardessane ou Bardesanes. On rencontre aussi les graphies Βαρδισάνης (Bardisane) et Βαρδησιάνης (Bardesiane). Haut

**** Aujourd’hui Urfa, en Turquie, près de la frontière syrienne. Haut

***** En syriaque ܒܪܕܝܨܢ. Parfois transcrit Bar-Daissan, Bar Daiçân ou Bar Dayṣan. Haut

****** Ernest Renan, « Marc-Aurèle ». Haut

******* En grec Ἀρμένιος. « “Philosophumena”, ou Réfutation de toutes les hérésies », liv. VII, ch. 31, sect. 1. Haut

******** En grec Πάρθος et σοφὸς τοξότης. « Les “Cestes” », liv. I, ch. 20. Haut

********* En grec Βαϐυλώνιος. « De l’abstinence », liv. IV, sect. 17. En latin Babylonius. « Contre Jovinien », liv. II, ch. 14. Haut

********** En grec ἐκ Μεσοποταμίας τὸ γένος ἦν. « Panarion », inédit en français. Haut

*********** En grec Σύρος. « La Préparation évangélique », liv. VI, ch. 9, sect. 32. Haut

************ En syriaque ܟܘܕܘܙ. Haut

************* « Le Livre des lois des pays », p. 92. Haut

************** En grec « Περὶ εἱμαρμένης ». Haut

*************** En grec « Κατὰ εἱμαρμένης ». Haut

**************** p. 98. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome VI »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Dialogues des courtisanes » (« Hetairikoi Dialogoi »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Ἑταιρικοὶ Διάλογοι ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome V »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de l’« Apologie des portraits » (« Hyper tôn eikonôn »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Ὑπὲρ τῶν εἰκόνων ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome IV »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit d’« Alexandre, ou le Faux Prophète » (« Alexandros, ê Pseudomantis »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Ἀλέξανδρος, ἢ Ψευδόμαντις ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome III »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit de « Prométhée, ou le Caucase » (« Promêtheus, ê Kaukasos »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Προμηθεύς, ἢ Καύκασος ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome II »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit des « Philosophes à l’encan » (« Biôn Prasis »*, littéralement « La Vente des vies ») et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Βίων Πρᾶσις ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Lucien, « Œuvres. Tome I »

XVIIIᵉ siècle

XVIIIe siècle

Il s’agit du « Passage de la barque, ou le Tyran » (« Kataplous, ê Tyrannos »*) et autres œuvres de Lucien de Samosate**, auteur d’expression grecque qui n’épargna dans ses satires enjouées ni les dieux ni les hommes. « Je suis né en Syrie, sur les bords de l’Euphrate. Mais qu’importe mon pays ? J’en sais, parmi mes adversaires, qui ne sont pas moins barbares que moi… Mon accent étranger ne nuira point à ma cause si j’ai le bon droit de mon côté », dit-il dans « Les Philosophes ressuscités, ou le Pêcheur »***. Les parents de Lucien étaient pauvres et d’humble condition. Ils le destinèrent dès le départ au métier de sculpteur et mirent en apprentissage chez son oncle, qui était statuaire. Mais son initiation ne fut pas heureuse : pour son coup d’essai, il brisa le marbre qu’on lui avait donné à dégrossir, et son oncle, homme d’un caractère emporté, l’en punit sévèrement. Il n’en fallut pas davantage pour dégoûter sans retour le jeune apprenti, dont le génie et les sentiments étaient au-dessus d’un métier manuel. Il prit dès lors la décision de ne plus remettre les pieds dans un atelier et se livra tout entier à l’étude des lettres. Il raconte lui-même cette anecdote de jeunesse, de la manière la plus sympathique, dans un écrit qu’il composa longtemps après et intitulé « Le Songe de Lucien »****. Il y suppose qu’en rentrant à la maison, après s’être sauvé des mains de son oncle, il s’endort, accablé de fatigue et de tristesse. Il voit dans son sommeil les divinités tutélaires de la Sculpture et de l’Instruction. Chacune d’elles fait l’éloge de son art : « Si tu veux me suivre, je te rendrai, pour ainsi dire, le contemporain de tous les génies sublimes qui ont existé… en te faisant connaître les immortels ouvrages des grands écrivains et les belles actions des anciens héros… Je te promets, [à toi] aussi, un rang distingué parmi ce petit nombre d’hommes fortunés qui ont obtenu l’immortalité. Et lors même que tu auras cessé de vivre, les savants aimeront encore s’entretenir avec toi dans tes écrits »*****. On devine quelle divinité plaide ainsi et finit par l’emporter. Aussi, dans « La Double Accusation », ce Syrien remercie-t-il l’Instruction de l’avoir « élevé » et « introduit parmi les Grecs », alors qu’« il n’était encore qu’un jeune étourdi [parlant] un langage barbare » et portant une vilaine robe orientale******.

* En grec « Κατάπλους, ἢ Τύραννος ». Haut

** En grec Λουκιανὸς ὁ Σαμοσατεύς. Autrefois transcrit Lucian de Samosate. Haut

*** « Œuvres. Tome II », p. 399. Haut

**** À ne pas confondre avec « Le Rêve, ou le Coq », qui porte sur un sujet différent. Haut

***** « Œuvres. Tome I », p. 14-15 & 17. Haut

****** « Tome IV », p. 469 & 465. Haut

Marc Aurèle, « Pensées »

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

éd. Les Belles Lettres, coll. des universités de France, Paris

Il s’agit des « Pensées » de Marc Aurèle* (IIe siècle apr. J.-C.). Nul Empereur romain n’eut plus à cœur le bien public que Marc Aurèle ; nul prince italien n’apporta plus d’ardeur et plus d’application à l’accomplissement de ses devoirs. Sa vie bienfaisante se passa tout entière dans de cruelles épreuves. Il eut à apaiser, à l’intérieur, des révoltes sans cesse renaissantes ; il vit la peste dévaster les provinces les plus florissantes de l’Italie ; il épuisa ses forces à lutter contre les Germains dans des campagnes sans victoire décisive ; il mourut avec le funeste pressentiment de l’inévitable catastrophe dont les peuples barbares menaçaient l’Empire. À mesure qu’il s’avança en âge, et que son corps s’affaissa sous les responsabilités, il ressentit de plus en plus le besoin de s’interroger dans sa conscience et en lui-même ; de méditer au jour le jour sous l’impression directe des événements ou des souvenirs ; de se fortifier en reprenant contact avec les quatre ou cinq principes où se concentraient ses convictions. « Comme les médecins ont toujours sous la main leurs appareils et leurs trousses pour les soins à donner d’urgence, de même [je] tiens toujours prêts les principes grâce auxquels [je] pourrai connaître les choses divines et humaines », dit-il dans un passage admirable**. Ce fut au cours de ses toutes dernières expéditions que, campé sur les bords sauvages du Danube, profitant de quelques heures de loisir, il rédigea en grec, en soliloque avec lui-même, les pages immortelles des « Pensées » qui ont révélé sa belle âme, sa vertu austère, sa profonde mélancolie. « À soi-même » (« Ta eis heauton »***) : tel est le véritable titre de son ouvrage. « Jamais on n’écrivit plus simplement pour soi, à seule fin de décharger son cœur, sans autre témoin que Dieu. Pas une ombre de système. Marc Aurèle, à proprement parler, n’a pas de philosophie ; quoiqu’il doive presque tout au stoïcisme transformé par l’esprit romain, il n’est d’aucune école », dit Ernest Renan****. En effet, la philosophie de Marc Aurèle ne repose sur autre chose que sur la raison. Elle résulte du simple fait d’une conscience morale aussi vaste, aussi étendue que l’Empire auquel elle commande. Son thème fondamental, c’est le rattachement de l’homme, si chancelant et si passager, à l’univers perpétuel et divin, à la « chère cité de Zeus » (« polis philê Dios »*****) — rattachement qui lui révèle le devoir de la vertu et qui l’associe à l’œuvre magnifiquement belle, souverainement juste de la création : « Je m’accommode de tout ce qui peut t’accommoder, ô monde !… Tout est fruit pour moi de ce que produisent tes saisons, ô nature ! Tout vient de toi, tout est en toi, tout rentre en toi »******. Et plus loin : « Ma cité et ma patrie, en tant qu’Antonin, c’est Rome ; en tant qu’homme, c’est le monde »*******. Comme Hamlet devant le crâne, Marc Aurèle se demande ce que la nature a fait des os d’Alexandre et de son muletier. Il a des images et des trivialités shakespeariennes pour peindre l’inanité des choses : « Dans un instant, tu ne seras plus que cendre ou squelette, et un nom — ou plus même un nom… un vain bruit, un écho ! Ce dont on fait tant de cas dans la vie, c’est du vide, pourriture, mesquineries, chiens qui s’entre-mordent »********.

* En latin Marcus Aurelius Antoninus. Autrefois transcrit Marc Antonin. Haut

** liv. III, ch. 11. Haut

*** En grec « Τὰ εἰς ἑαυτόν ». Haut

**** « Marc-Aurèle et la Fin du monde antique », p. 262. Haut

***** En grec « πόλις φίλη Διός ». Haut

****** liv. IV, ch. 23. Haut

******* liv. VI, ch. 44. Haut

******** liv. V, ch. 33. Haut